Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Gérard Bocholier, par Nelly Carnet

Gérard Bocholier, par Nelly Carnet

26 septembre 2011

par Nelly Carnet

Gérard Bocholier, Psaumes du bel amour. Paris : Ad solem, 2010.


Autour d’un titre où l’harmonie sonne juste, la langue poétique détient sur toute autre langue un supplément d’âme qui lui autorise de se soustraire à la ponctuation. Sur chaque page du recueil bipartite, deux quatrains équilibrés structurent les psaumes pour suivre le souffle liminaire annoncé dès le premier vers et tenter de capter, dans « la caverne » de l’être et du monde, « l’aube » prête à « resplendir ». Un jaillissement, une éclosion, un éclat, mettent en mouvement chacun des poèmes adressés à la divinité dont la présence demeure fugitive, légère et subtile garantissant « le bel amour » comme dans ce quatrain : « La lumière que la neige / Veut étendre au cœur des pierres / Nous révèle la naissance / D’un jour qui ne peut mourir… »

Ce dieu mystérieux est désigné dans les nuances suggestives que les mots permettent : « On relève sur les terres / Les indices du passage […] C’est toujours le même feu / Aux tempes du ciel le vent / Qui transporte la parole / Du visiteur invisible ». Il est cependant accompagné de figures plus tangibles comme le berger, Lazare ou les pèlerins. Chacun est un guetteur, un guide pour le poète avide d’apparition et se laissant traversé par la langue. Sur fond noir, toujours il existe un passage lumineux. Bocholier interprète l’existence de l’homme sur terre à travers une métaphore filée. Aucun mot n’est à prendre au premier degré. En lui, le sens déploie sa plénitude. Le poète parle autant de lui-même que de l’espèce humaine : « Réunis par tant de souffles / Nous ne pouvons pas mourir / Un fil se tend sous les sources / Unit la vie à la vie » Cette vie surmonte toujours la mort, le visage du divin se tenant en arrière-plan. Comme une prière, les poèmes seraient à dire à haute voix, particulièrement ceux du deuxième pan du diptyque qui s’adressent à la divinité. Le pronom « Toi » engage cette fois-ci le Dieu transparent présent dans la première partie. « Dans ma gorge qui s’étrangle / S’élève ton nom et tremble / Mon âme en peine de Toi / Quand soudain tombe le soir // C’est alors que vient la neige / Rendre au monde le silence / Sous ta main donner la paix / A toute souffrance humaine ».

Ce dieu est le garant de rencontres plaisantes toutes à son image. Les poèmes vont vers lui sans l’atteindre. Quatrain après quatrain, la main arrache quelque vérité supplémentaire. De mort, il est beaucoup question, de celle du poète en particulier, comme si elle était toute proche, et pourtant différée par l’écriture même. Bocholier livre un testament : « Je ne veux d’autre tombeau / qu’un enclos creusé dans l’ombre où frissonnent des feuilles / Sous un drap léger de souffle / déjà le berger repousse / Pour moi les barrières noires ».

La mélancolie solaire caractériserait ces psaumes d’homme mortel mené par un amour indéfectible pour la vie. L’espoir est conservé pour poser un pas devant l’autre dans de légers heptasyllabes à la langue considérée encore trop « brusque » par le poète. Cependant, ainsi que Jean-Pierre Lemaire nous le confie dans sa préface, Gérard Bocholier sait nous offrir « le murmure des commencements  ».


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page