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Gérard Bocholier

20 avril 2013

par Anne Mounic

Gérard Bocholier, Belles saisons obscures. Paris-Orbey : Arfuyen, 2012.

Ce recueil de poèmes se compose de trois parties : « I. Consentir à la nuit », « II. Jeunesse des morts », « III. Le veilleur ». Si l’on passe du premier vers : « De longs trains de nuées grises » (p. 9) au dernier : « D’une seule flèche de lumière », en considérant aussi le second et le troisième : « Courent sur le ciel le vert / Foncé des arbres les verts » (p. 9) ainsi que l’avant-dernier : « Maintenant lui l’haleine des herbes », on peut parler d’une sorte d’illumination du monde par le poème, illumination qui convertit la passivité du seul passage en veille. « La terre entière en exil / Et ce trajet pour nous perdre » (p. 9). Si dans la première partie, le poète s’attarde sur la « nudité des choses » (p. 17), longeant l’abîme en un style très lié, au rythme régulier, dans la dernière, la « voix » revenant à la « lutte », apparaît bientôt la seconde personne, ce Tu des psaumes, qui invite à la « renaissance » (p. 97). « Le matin verse une joie pure / D’iris à l’âme qui prend source » (p. 101). Dans le mitan de l’ouvrage, le poète vise à « Sonder l’absence / Qui se dénoue » (p. 43), explorant « L’afflux la perte / Tout court ensemble » (p. 47), ou peut-être ce que Benjamin Fondane a appelé « l’expérience du gouffre » : « L’immense vide où l’on descend » (p. 57). Des morts le poète obtient une initiation « A l’inconnu qui veut grandir » (p. 61) et se met à l’écoute de « Ce qu’a dit la mort » (p. 65 et suiv.) et nous retrouvons ces trois nuances : « le grand nocturne des herbes » et, dans les yeux, le « Feu sous les germes » ‒ vert, ombre et flamme. La lutte conduit à l’aube, puisque « Le vent a écrit toute la nuit » (p. 112), mais cette seconde personne incarnée dans la voix est matricielle, même si elle demeure fugitive en l’appréhension qu’on en peut avoir :

Là où un arbre au cœur
Noir veut oublier l’homme
Mais Ta voix je l’entends
Comme un feu va reprendre
Ne cesse d’appeler
Sûre de ce silence
D’aube au cœur retrouvé (p. 109)


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