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Gérard Bessière, par Nelly Carnet

26 septembre 2011

par Nelly Carnet

Gérard Bessière, La sève de nos vies. La Riche : Diabase, 2011.

En exergue au livre, une comparaison de l’être humain au végétal est établie autour de deux sèves qui circulent en suivant deux mouvements opposés. L’une s’inscrit dans l’instantané, l’autre est pénétrante, « brute » ou « élaborée ». Elles sont basées sur la réminiscence de ce qui s’est infiltré en soi. C’est donc autour du souvenir que les fragments de récit trouvent leur source avec une relation constante aux arbres et aux plantes. L’auteur nous livre cette surprise heureuse qu’il vit depuis quelques années seulement grâce au souvenir de présences humaines des plus récentes aux plus lointaines. Il refait les gestes de son grand-père, se remémore la vie simple pour ne pas qu’on l’oublie. Lorsque la mémoire s’ouvre, c’est la vie même qui parle.
Le retour sur ses jeunes années de formations théologique et philosophique lui fait constater la traversée des années d’incertitude, de tristesse et d’humeur changeante. Les cahiers autrefois noircis laissent transparaître une marge avec ce qui a été écrit plus récemment. Cette écriture est travaillée par la réflexion sur la retranscription du vécu et de son ressenti. Ce qui n’est autre qu’une continuité des préoccupations qui remuaient autrefois le jeune Gérard Bessière n’hésitant pas à aller à la rencontre du philosophe Maurice Nédoncelle, dont les livres ne sont pas seulement « l’élaboration intellectuelle » mais également « l’expression de sa vie ». Ils ouvrent « des horizons de lumière ». Bessière aura également la chance de croiser Alquié, Gouhier, Wahl et surtout Bachelard, « bon comme le pain » selon les termes de Claude Vigée.
Dans La sève de nos vies, l’autre que l’on découvre par son visage, sa présence soudaine et absolue, renverse celui qui le reçoit. On est « happé hors de [soi] », nous dit l’auteur. La rencontre est à cette condition. L’autre devient le centre du monde comme dans la relation amoureuse.
Sédentaire depuis déjà plusieurs années dans son village d’origine, Gérard Bessière voyage autrement en écoutant les nouvelles du monde et en parcourant les livres, le regard chaque jour porté sur la nature environnante, diversifiée et chatoyante. Il ne cesse de s’en délecter en simple observateur et réceptacle accueillant. C’est en être heureux qu’il traverse ses journées. Il nous fait part de ses amitiés qui l’ont orienté vers de nouveaux chemins. Quant à son approche de la religion, elle demeure ouverte et s’accompagne d’un poème allégorique pour fermer le volet du livre. « (…) Persiennes de ma vie / Portée offerte à l’aube, / Quelle annonce voilée / Hésite en nos attentes ? »


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