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Georges-Emmanuel Clancier

29 avril 2012

par Anne Mounic

Georges-Emmanuel Clancier, Mémoires inédits. Pages choisies.
Cahiers Robert Margerit, n° XV - décembre 2011. Revue d’auteurs limousins.

A la suite d’une évocation, en de nombreux articles, de Robert Margerit et de son œuvre, la revue consacrée à cet écrivain publie des extraits des mémoires de Georges-Emmanuel Clancier. Il y parle de son ami romancier, qui fut aussi graveur, témoin la reproduction d’une linogravure, Odette nue, et retrace également quelques souvenirs du Limousin autour de 1937. On reconnaît entre ces pages la sensibilité de leur auteur à la défense de la justice sociale, de la fraternité et de la liberté, sans « fibre politique » toutefois, « encore moins partisane ». C’est en songeant à la rude vie des ses « grands-parents maternels, Marie-Louise et son mari, Jules Reix, ouvrier de son état » qu’il saisit la portée des avancées du Front populaire : « Si, par exemple, je lisais ou j’entendais ‒ et c’était alors à tout bout de champ ‒ des invectives contre le Front populaire osant promulguer la semaine de quarante heures et les congés payés, résonnaient en même temps dans mon souvenir des propos de Jules et Marie-Louise évoquant la longue lutte qu’il avait fallu mener pour obtenir la réduction de la journée de travail à huit heures. » Georges-Emmanuel Clancier nous dépeint également son père, mobilisé durant la Première Guerre mondiale et contestant « la bêtise criminelle de tant de commandements ».

Aspirant à écrire, l’auteur de ces lignes se souvient de sa solitude : « Comment avoir pour seule passion les mots, trouver en eux des sources d’images, de musique, de rythmes, d’émotions, d’échos secrets et mystérieux ? Comment pouvait-on être ainsi différent, jusqu’à la solitude, jusqu’à une étrangeté solitaire bien que jamais avouée ? » Cependant, son engagement poétique, tout en transcendant le politique, l’incorpore, pour ainsi dire, dans un souci élargi de l’humain. L’œuvre incarne donc le choix éthique de l’homme, choix qui prend sa source, non dans des idées abstraites qui perdraient toute résonance sensible, mais dans l’expérience elle-même, et l’écoute des figures de l’enfance, puis de l’âge adulte. « Mon savoir, ma culture politiques pouvaient comporter de graves lacunes, je n’en étais pas pour cela moins conscient de la condition de servitude, de pauvreté, voire de misère et de détresse subie par tant et tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Je ne doutais pas non plus, en revanche, de l’impérieuse soif de bonheur inscrite originellement en tout homme. Et j’étais persuadé que nombre d’hommes, de femmes ‒ souvent dans leur adolescence ‒ sentaient en eux, les uns avec lucidité, les autres plus ou moins obscurément, au-delà de l’appel au bonheur, une aspiration à la plénitude de l’esprit, du cœur, du corps, de l’être tout entier. De cette aspiration, la poésie me semblait, je l’ai dit, porter témoignage et incarner l’espérance. » De cette conscience de la dimension pleinement humaine de l’œuvre dépend le parti-pris esthétique : « Quant à la NRF elle-même, il me semble qu’elle pouvait être pour Blanzat le symbole des qualités d’élégance des lettres françaises en même temps que de leurs limites à côté de l’ampleur, de l’épaisseur humaine des romans anglo-saxons ou russes. »

Poétiquement, politiquement, Georges-Emmanuel Clancier nous donne en ces quelques pages matière à réfléchir en nous suggérant le caractère constant de cette réflexion.


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