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Geoffrey Hill, poèmes, traduits par René Gallet, Jacques Darras, ...

28 septembre 2008

par Geoffrey Hill

September Song
 
born 19.6.32 – deported 24.9.42
 
Undesirable you may have been, untouchable
you were not. Not forgotten
or passed over at the proper time.
 
As estimated, you died. Things marched,
sufficient, to that end.
Just so much Zyklon and leather, patented
terror, so many routine cries.
 
(I have made
an elegy for myself it
is true)
 
September fattens on vines. Roses
flake from the wall. The smoke
of harmless fires drifts to my eyes.
 
This is plenty. This is more than enough.
 
From King Log (1968) – Selected Poems (Penguin 2006), p. 30.
Chant de septembre
 
née le 19.6.32 – déportée le 24.9.42
 
Indésirable tu étais peut-être, intouchable
tu n’as pas été. On ne t’a pas oubliée
ou passée au moment voulu.
 
Suivant l’estimation, tu es morte. La marche,
suffisante, des choses a produit cette fin.
Juste la quantité de Zyklon et de cuir, l’application
brevetée de terreur, le nombre routinier de cris.
 
(J’ai fait
pour moi un poème élégiaque il
est vrai)
 
Septembre s’engraisse sur les vignes. Les roses
du mur écaillent des pétales. La fumée
de feux inoffensifs arrive jusqu’à mes yeux.
 
Voilà une abondance. Voilà qui suffit amplement.
 
Traduction de René Gallet

***

V
 
So much for the elves’ wergild, the true governance of
England, the gaunt warrior-gospel armoured in engraved
stone. I wormed my way heavenward for ages amid
barbaric ivy, scrollwork of fern.
 
Exile or pilgrim set me once more upon that ground : my
rich and desolate childhood. Dreamy, smug- faced, sick
on outings – I who was taken to be a king of some kind,
a prodigy, a maimed one.
 
From Mercian Hymns (1971) – Selected Poems (Penguin 2006), p. 65
V
 
Acquitté le wergild* des elfes, la vraie gouvernance
d’Angleterre, le rugueux évangile de guerre en cuirasse
de pierre gravée. Me frayai route vermiforme jusqu’au
ciel pendant des siècles entre le lierre barbare, la volute
des fougères.
 
Pérégrin, exilé, derechef m’édifiez sur mon sol : ma riche
enfance en ruine. Rêveur, face insolente, vomissant en
voyage – moi qu’on prenait vaguement pour quelque
roi, prodige ou estropié.
 
Traduction de Jacques Darras (Amiens : Les Trois Cailloux, 1989)
 
* wergild « valeur imputée à un homme en fonction de son rang » (Oxford English Dictionary).

***

LACHRIMAE COACTAE
 
Crucified Lord, however much I burn
to be enamoured of your paradise,
knowing what ceases and what will not cease,
frightened of hell, not knowing where to turn,
 
I fall between harsh grace and hurtful scorn.
You are the crucified who crucifies,
self-withdrawn even from your own device,
your trim-plugged body, wreath of rakish thorn.
 
What grips me then, or what does my soul grasp ?
If I grasp nothing what is there to break ?
You are beyond me, innermost true light,
uttermost exile for no exile’s sake,
king of our earth not caring to unclasp
its void embrace, the semblance of your quiet.
 
From Tenebrae (1978) – Collected Poems (Penguin, 1985), p. 148
LACHRIMAE COACTAE*
 
Seigneur crucifié, aussi fort que je brûle
de m’éprendre de ton paradis,
connaissant ce qui cesse et ce qui ne cessera point,
craignant l’enfer, ne sachant point où me tourner,
 
j’oscille entre une âpre grâce et un mépris douloureux.
Tu es le crucifié qu crucifie,
en toi retiré sans même ton emblème,
ton corps aux plaies pansées, ta couronne insolente d’épines.
 
Qu’est-ce donc qui m’étreint, que peut saisir mon âme ?
Si je ne saisis rien, que pourrais-je briser ?
Tu es au-delà de moi, lumière intime et véritable,
 
intime exil pour l’amour de nul exil,
roi de notre terre insoucieux de relâcher
son étreinte vide, simulacre de ta quiétude.
 
Traduction de Patrick Hersant parue à l’origine dans Po&sie (éd. Belin, n° 98, 2002).
 
* « larmes contraintes », en latin.

***

De Anima
 
Salutation : it is as though
 
effortlessly - to reprise -the unsung spirit
gestures of no account
become accountable
such matters arising
whatever it is that is sought
 
through metaphysics
research into angelic song
ending as praise itself
the absolute yet again
atoned with the contingent –
typology
incarnate – Bethlehem the open field –
 
still to conceive no otherwise : an
aphasia of staring wisdom
the souls images glassily exposed
fading to silverpoint
still to be at the last
ourselves and masters of all
humility –
 
From Canaan (1996) - Selected Poems (Penguin 2006), p. 142
De Anima
 
Salutation : on dirait que
 
sans effort – pour reprise – sans importance
les gestes silencieux de l’esprit
prennent sens
de tels sujets surgissant
quoi que l’on recherche
 
grâce à la métaphysique
l’exploration du chant des anges
qui abouti à la louange elle-même
l’absolu une fois de plus
racheté par le contingent –
typologie
incarnée – Bethlehem, champ à ciel ouvert –
 
pour ne concevoir cependant nul autrement :
aphasie de sagesse ébahie
les images des âmes exposées en transparence
s’estompant au point d’argent
pour être encore à la fin
nous-mêmes et maîtres de toute
humilité –
 
(Traduction d’Anne Mounic)

***

CXXI
 
So what is faith if it is not
inescapable endurance ? Unrevisited, the ferns
are breast-high, head-high, the days
lustrons, with their hinterlands of thunder.
Light is this instant, far-seeing
into itself, its own
signature on things that recognize
salvation. I
am an old man, a child, the horizon
is Traherne’s country.
 
From The Triumph of Love (1998) - Selected Poems (Penguin 2006), p. 192
CXXI
Alors qu’est-ce que la foi sinon
une endurance inéluctable ? Délaissées, les fougères
arrivent à la poitrine, à la tête, les journées
qui luisent, avec leur hinterland de tonnerre.
Transparence de cet instant, dont la vision avance
en lui-même, dans sa propre
signature sur des choses qui reconnaissent
le salut. Je
suis vieillard, enfant, l’horizon
est pays de Traherne.
 
(Traduction de René Gallet)

***

(i) The Argument o f the Masque
Of the personality as a mask ;
of character as self-founded, self-founding ;
and of the sacredness o f the person.
 
Of licence and exorbitance, of scheme
and fidelity ; of custom and want of custom ;
of dissimulation ; of envy
 
and detraction. Of bare preservation,
of obligation to mutual love ;
and of our covenants with language
 
contra tyrannos.
 
From Scenes from Comus (2005) - Selected Poems (Penguin 2006), p. 257
SCENES DE COMUS
PIECE POUR MASQUES
 
(1) Argument
 
1
 
De la personnalité comme masque ;
du caractère comme fondé, se fondant sur lui-même ;
et de la réalité sacrée de la personne.
 
De la licence et de l’exorbitant, du calcul
et de la fidélité ; de la coutume et du défaut de celle-ci ;
de la dissimulation ; de l’envie
 
et du dénigrement. De la pure et simple conservation,
de l’obligation à l’amour réciproque ;
et de nos alliances avec la langue
 
contra tyrannos.
 
(Traduction de René Gallet)

***

46
 
The light - generous - discovers its ascent,
gives all it can bring us.
A haze, and at odd hours the moon also is there
appearing sea-worn.
But what a hope, the mild attrition
of a dove’s call, the body
gradually winding down, becoming vacant.
 
From Scenes from Comus (2005) - Selected Poems (Penguin 2006), p. 260
46
 
La lumière – généreuse – découvre son ascension,
donne tout ce qu’elle peut nous apporter.
Brume, et la lune apparaît aussi parfois
usée par la mer.
Mais quelle espérance que cette douce érosion
du cri de la colombe, le corps
peu à peu se détendant, se libérant.
 
(Traduction d’Anne Mounic)

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