LACHRIMAE COACTAE*
Seigneur crucifié, aussi fort que je brûle
de m’éprendre de ton paradis,
connaissant ce qui cesse et ce qui ne cessera point,
craignant l’enfer, ne sachant point où me tourner,
j’oscille entre une âpre grâce et un mépris douloureux.
Tu es le crucifié qu crucifie,
en toi retiré sans même ton emblème,
ton corps aux plaies pansées, ta couronne insolente d’épines.
Qu’est-ce donc qui m’étreint, que peut saisir mon âme ?
Si je ne saisis rien, que pourrais-je briser ?
Tu es au-delà de moi, lumière intime et véritable,
intime exil pour l’amour de nul exil,
roi de notre terre insoucieux de relâcher
son étreinte vide, simulacre de ta quiétude.
Traduction de Philippe Hersant
* « larmes contraintes », en latin.