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Gascoyne : traduction

30 septembre 2009

par David Gascoyne

A l’occasion de la remise du Prix Nobel de Littérature à JMG Le Clézio en 2008, notre correspondant universitaire britannique, Roger Scott, grand spécialiste de David Gascoyne, nous a envoyé deux notes de lecture par le poète anglais des premiers romans du Français, textes retrouvés par lui après qu’il a édité les Selected Prose 1934-1996 (Enitharmon , 1998). Ces textes témoignent de l’acuité critique de celui qui fut un temps l’ami et ensuite l’exégète des Surréalistes français.
Outre ces deux textes Roger Scott nous a proposé une lettre ouverte où David Gascoyne révélait son attirance précoce pour la musique, tant profane que religieuse, tant ancienne que moderne, de Palestrina à Webern et Fats Waller, et en particulier sa relation d’amitié et de travail avec la compositrice Priaulx Rainier, élève de Nadia Boulanger et amie de Peter Pears.
Mais son Dieu resta Mozart ; dans ce culte il communiait avec Pierre Jean Jouve avec lequel il se sentait en profonde empathie. Ce qui nous permet de rappeler le bel ouvrage, édité et présenté par Roger Scott, des poèmes de Pierre Jean Jouve traduits par Gascoyne, Despair Has Wings ( Enitharmon Press, 2007).

Michèle Duclos, traductrice

Publié dans le Times Literary Supplement du 4 octobre 1985

J M G Le Clézio  : Le Chercheur d’or

A sa parution en 1963, Le Procès Verbal de JMG Le Clézio fut salué comme le premier ouvrage d’un écrivain inhabituellement doué et reçut le prix Renaudot cette même année. Par l’originalité de sa forme il aurait été tentant d’annexer Le Clézio à la tradition alors bien établie du nouveau roman, tant la caractérisation des personnages et la structure narrative lui paraissaient négligeables. Néanmoins, dans les années qui ont suivi, après la parution de L’Extase matérielle et de Terra amata, il est devenu évident que les préoccupations de l’auteur avaient peu ou prou à voir avec celles de ses prédécesseurs immédiats et que ses affinités le rapprochaient plus vraisemblablement d’un Saint Exupéry ou d’un Giono. Ses récits traitent habituellement du sort de spoliés ou d’exploités et proposent aujourd’hui des équivalents du « noble sauvage », placés dans un décor d’immensité cosmique et d’une nature opulente et austère.
L’emploi du temps présent semble beaucoup plus fréquent chez les romanciers français que chez leurs collègues britanniques ou américains ; mais peu d’écrivains contemporains y recourent aussi continument que Le Clézio. « Comme il est long, le temps de la mer », s’exclame le narrateur de son dernier roman, le Mauricien Alexis L’Estang, de retour des tranchées de la Première Guerre mondiale reprenant sa quête obsessionnelle d’or piraté dans l’Océan Indien. Son histoire commence en 1982, il a alors huit ans, et se prolonge sur trente années, mais en dépit des dates, le roman n’est en rien historique mais répondrait plus précisément à l’appellation de fable. Les personnages ont une simplicité quasi- archétypale ; ils communiquent en des dialogues d’une brièveté proche du taciturne. A l‘exception d’une relation durable mais ténue du narrateur avec sa sœur Laure, le principal intérêt se centre sur son idylle chastement érotique avec Ouma, la jeune indigène ou « manaf », qu’il découvre sur l’ile de Rodrigues où l’ont mené les plans laissés par son père qui guident sa quête d’un trésor pillé caché là par un corsaire légendaire. Ouma est un archétype de l’ordre de la Rima de W H Hudson ou de « Nada the Lily » de Rider Haggard ( présentée au début du livre comme l’héroïne des lectures préférées d’ Alexis et de sa soeur).
Le Chercheur d’or a beaucoup en commun avec le roman précédent de Le Clézio, Désert, qui a pour héroïne une enfant tribale de la nature, et contraste les étendues sableuses de l’ Afrique du Nord avec une Marseille corrompue de la même manière que l’océan indien ici fait contre poids aux champs de mort des Flandres. Dans les deux livres, la distinction entre le temps historique jaugé par la civilisation et le temps premier de la légende et du mythe court en filigrane. Le Chercheur d’or incorpore nombre d’éléments symboliques cosmiques tels que le chalta dans le jardin familial du protagoniste, que le narrateur et sa sœur qualifient d’ « arbre du bien et du mal », et tel que le cyclone représentant le déluge qui met fin à l’ère paradisiaque de leur enfance. Alexis est presque autant obsédé par les constellations de Sirius et par la Croix du Sud qu’il ne l’est par l’or chimérique caché. Il pense au bateau qui enfin l’emmène vers l’ile au trésor supposé de Rodrigues comme à l’Argo, tandis que le grottes, qu’il consacre son temps à localiser, appartiennent au modèle traditionnel de l’initiation ; un modèle qui offre la motivation première du récit tout entier.
L’éloignement de Paris par Le Clézio et son indifférence soutenue à ses modes et ses manoeuvres littéraires amènent à s’interroger sr la nature de son lectorat. Il y a dix ans, dans une enquête sur la mauvaise santé de la littérature contemporaine, Julien Gracq exprimait son aversion à l’égard des romans étouffants, bourrés de spécimens humains amers et exaspérés, « dans lesquels on entre comme dans un wagon de métro à six heures du soir », et déplorait la tendance des écrivains à favoriser l’exclusion de ce qu’il définissait comme « la plan te humaine ». On peut inférer que les lecteurs de Le Clézio sont attirés par son œuvre parce que, bien qu’il se soucie peu d’inventer des « personnages » individualisés au sens conventionnel, elle manifeste une sensibilité inhabituelle à une dimension où les êtres humains peuvent respirer naturellement, en harmonie avec les rythmes saisonniers, et par là recouvrer quelque espoir d’atteindre la complétude et la sérénité ultimes.

Publié dans The Literary Review N°32, 1-14Janvier1981, pp.6-7

J M G Le Clézio, Trois villes saintes, Gallimard/NRF, 82 pages
J M G Le Clézio, Désert, Gallimard/NRF, 411 pages

Le Procès Verbal , premier roman de JMG Le Clézio, publié par Gallimard ,fut récompensé par le Prix Renaudot en 1963, attribué à un auteur âgé de 23 ans. La majorité des critiques français réputés s’enthousiasma à l’apparition d’un écrivain si jeune au talent évidemment exceptionnel. L’opinion générale n’était pas si unanime pour ce qui est du sujet ou de l’intention essentiels du livre. A en juger par la description, par France Sharratt’s , du lauréat Renaudot de l’année dernière (dans un article sur « The Glittering Prizes », LR n°20), le jury Renaudot continue de favoriser des auteurs jeunes et légèrement mystérieux. J’ai forgé mon jugement personnel sur ce premier roman en le lisant immédiatement après sa publication, et à l’époque il m’a frappé comme le travail d’un écrivain né que distinguait un sentiment spécial envers la nature, pour la solitude et les états subjectifs extrêmes, combinés avec un dégoût sous- jacent pour l’état présent de la civilisation occidentale.

Au début des années soixante la nouvelle vague et le nouveau roman étaient déjà bien implantés ; mais si ma mémoire est bonne, il y eut au départ des tentatives pour intégrer Le Clézio dans cette dernière catégorie bien que, autant que je puisse juger du roman , Le Procès verbal, certes présentant une forme originale, expressive du syndrome aujourd’hui trop familier d’aliénation-dislocation, était fondamentalement le produit d’une sensibilité poétique manifestant un souci poétique et une préoccupation pour le langage , chose dont la plupart des prosateurs et des poètes français contemporains de quelque distinction se préoccupent beaucoup plus que leurs homologues britanniques, toujours traditionnellement inhibés par la peur de se montrer trop sérieux dans quelque domaine que ce soit.
Depuis 1963, Le Clézio a ajouté une douzaine de titres à sa bibliographie, presque tous justifiables de l’appellation de fiction, et sa réputation aujourd’hui bien établie est celle d’un romancier. Quiconque abordant son récent Trois villes saintes sans idée préconçue de son œuvre pourrait justement ne pas conclure à sa lecture si l’auteur est un romancier ou un écrivain de voyages. Comparé avec Désert, le roman que Le Clézio a publié cette année,

c’est en terme de longueur un ouvrage beaucoup plus léger, de 73 pages étroites d’un texte divisé en trois parties dont chacune porte, comme l’indique le titre, le nom d’une ville, toutes trois apparemment mexicaines ou péruviennes, certainement sud- américaines : Chancah, Tixcacal et Chun Porn.
Ce qui ressort comme immédiatement évident de cette triple « méditation sur les civilisations d’Amérique disparues », c’est que, outre une intimité familière avec l’histoire et les traditions associées avec les sites qui l’ont inspiré, l’auteur possède une intuition rare, d’un ordre qu’il serait difficile de ne pas décrire comme métaphysique. En dépit de sa brièveté, le livre exprime un sens puissant de l’espace immense et d’un ordre du temps autre, dans une prose simple, calmement cadencée mais singulièrement évocatrice.

Désert, tout comme (dans un genre légèrement différent Trois villes saintes) confirme ma conviction première sur Le Clézio qu’il est fondamentalement un poète, également doté de capacités techniques narratives du romancier aujourd’hui pleinement développées. En même temps il ne m’apparaît pas que l’analyse psychologique typiquement française est quelque chose où il excelle ou qui le motive. Ses romans sont généralement de taille supérieure à la moyenne, non parce qu’il se laisse aller ou soit incapable d’économie mais parce qu’ il a besoin d’espace pour manifester son individualité particulière, qui est avant tout celle d’un aristocrate apparemment aussi distant que sa prose est froide ; ce n’est en aucun cas dédain pour les « gens ordinaires », encore moins pitié condescendante pour les « pauvres gens » mais au contraire parce qu’il éprouve non seulement un amour wordsworthien de la solitude mais une tendance à s’identifier avec des natures simples et primitives ; il possède ce moins galvaudé des attributs, un cœur pur.
Désert est un roman qui se prête inhabituellement bien à un type d’analyse herrméneutique ou symbiotique, aussi dois-je me limiter à une esquisse. Le personnage central est une petite arabe d’Afrique du nord, Lallah, apparentée partiellement aux « hommes bleus » maures légendaires aujourd’hui sévèrement décimés. Il y a deux récits qui s’entrecroisent, relatant des événements qui appartiennent à deux époques et utilisent deux tons et deux temps distincts, et qui se distinguent l’un de l’autre non seulement par les dates mais par la typographie ; les passages décrivant l’épopée arabe, antérieure à 1910, des souvenirs tribaux de l’oppression coloniale sont imprimés sur des pages dont les marges sont deux fois plus vastes que celles qui racontent l’histoire de Lallah aujourd’hui.

Cette héroïne pourrait probablement être décrite comme la descendante d’une minorité ethnique prestigieuse mais aussi comme l’équivalent féminin du « noble sauvage » présenté dans le numéro de LR déjà cité (dans un article par un quasi homonyme). En tout cas, cette « enfant du désert » à qui sont associés un représentant mystérieux des rares « hommes bleus » survivants et aussi un chevrier muet aussi jeune qu’elle qui l’initie sexuellement, quitte son bidonville sordide de la ville côtière natale de son Afrique du nord pour Marseille, que son imagination enfantine avait naguère transformée en un idéal. La déception s’ensuit inévitablement ; le port français, où elle doit travailler dans un hôtel miteux, s’avère être plus sordide encore que les taudis qu’elle pensait fuir, et après que sa rare et noble beauté ait été dégradée par l’ exploitation qu’en fait un photographe de magazine, elle finit par fuir l’enfer des hommes et revenir à la pureté de son désert vide et à tout jamais incorruptible.

Ce scénario comprimé rend indéniablement le récit bizarre et sans nul doute beaucoup diront qu’il en est ainsi. J’ajouterai simplement que l’intrigue, réussie ou non, n’est pas ce qui devrait motiver la lecture de Le Clézio. Mon évocation plus haut de Wordsworth aura peut-être été légèrement déplacée et l’auteur auquel on pensera le plus souvent en lisant Désert est Camus, et à l’occasion Saint Exupéry. Un lecteur anglais pourra aussi à bon escient évoquer
la dernière section du Waste Land de T S Eliot.

Publié dans Adam International Review, n° 337-339 ed. Miron Grinda (1970)

Mon cher Miron,

Je suis ravi que vous me demandiez d’écrire sur la musique pour votre Adam car c’est la première fois qu’une telle chose m’arrive ; et ce en dépit du fait que je ne suis pas un écrivain inconnu, avec une éducation musicale inhabituellement excellente et une éducation artistique sous le grand organiste Sir Walter Alcock, comme choriste de la Cathédrale de Salisbury, alors comme aujourd’hui un haut lieu de la plus pure tradition musicale religieuse anglaise.
J’y ai chanté pendant six ans jusqu’à ce que ma voix mue à l’âge de quatorze ans. Après quoi je n’ai plus jamais chanté, sauf peut-être occasionnellement dans mon bain.
Mon goût en musique est extrêmement ouvert et éclectique ; il va de Palestrina à Fats Waller. Je me rappelle avoir harcelé Andrew Porter pour lui faire écouter un enregistrement pionnier du trio à cordes de Webern, par des exécutants auxquels appartenait la merveilleuse, et insuffisamment reconnue Winifred Copperwheat (quel beau nom !). J’ai eu aussi l’honneur de traduire et introduire en Angleterre, dans u n numéro d’Horizon dirigé par Peter Watson et Cyril Connolly , l’ extraordinaire exégèse du Don Juan de Mozart par Pierre-Jean Jouve - ce, pendant la première année de la dernière guerre.
J’ai eu mes premières leçons de piano à l’âge de six ans, par une Miss Pitt, la fille du laitier de Fordingbridge, qui tapait sur mes doigts avec une règle et jetait les feuilles de musique à travers la salle quand mon inaptitude l’exaspérait par trop. Avant cela, à l’âge de quatre ans, il m’a été donné d’écouter jouer un pianiste aujourd’hui célèbre, Ernest Lush, alors bien connu grâce à la BBC, et que j’ai entendu grâce à une certaine Mrs Farnel-Watson, de Bornemouth, pour qui ma mère, tôt initiée à l’enregistrement radiophonique, donnait des leçons d’élocution.
Ma musique de piano favorite aujourd’hui, me semble-t-il, est celle de Scarlatti, Haydn, Satie, Busoni et Bartok ; et j’aimerais explorer celle de Mompou.
Pour en revenir à mon temps à Salisbury, mon expérience sensible la plus forte me vint de participer à ce qui, j’en suis sûr, fut une représentation exceptionnellement réussie du Rêve de Gérontion [TheDream of Gerontion, oratorio composé par Sir Edward Elgar sur un poème du Cardinal Henry Newman] sous la direction de W G Alcock , avec la Société Chorale de Salisbury, le London Symphony Orchestra et Margaret Price dans le rôle de l’Ange. Je me rappelle avoir aussi chanté dans le Messie, avec Elsi Suddaby comme soprano soliste.
En quittant Salisbury je suis allé pendant deux ou trois ans à l’école secondaire de la Regent Street Polytechnic, en quittant chaque jour East Twickenham où vivaient alors mes parents et mes deux frères jumeaux. C’est alors que j’ai fait la passionnante découverte de toute la musique profane, à l’exception du concerto pour le piano de Schumann, qu’un maitre à Salisbury, Mr Griffiths, avait l’habitude de me passer en disque chez lui (le pianiste, je me le rappelle, était Cortot). Je ne puis ici entrer dans les détails de cette période d’exploration, en particulier des maîtres les plus avancés du 20ème siècle, car cela demanderait beaucoup plus d’espace que cette lettre. Je dirai seulement que j’étais un auditeur assidu du vieux Queen’s Hall, particulièrement pour les concerts des Proms [Promenade Concerts]de Sir Henry Wood et les concerts du Mercredi de la BBC, pour lesquels un généreux inconnu alors, Mr Bosanquet, m’offrit un abonnement (il fit de même pour le poète Leonard Clark, qui fut ainsi l’un des premiers poètes que j’ai rencontrés, à l’exception de Harold Monro de la Bloomsbury Poetry Bookshop, dans la maison de sa femme où vivait alors une vieille amie de ma mère). Au Queen’s Hall je me rappelle particulièrement avoir entendu la première exécution du Belshazzar’s Feast de Walton, où les choristes femmes étaient toues vêtues de robes arc-en-ciel ; et les merveilleuses apparitions , toujours dans un costume approprié, d’Harriet Cohen, particulièrement dans les Nuits dans les Jardins d’Espagne, de de Falla.
Tandis que je fréquentais la Polytechnic, j’eus l’ occasion pendant une classe d’initiation à la musique à l’heure du lunch, de donner ce qui fut probablement, sinon la première, du moins l’une de toutes premières exécutions des Six Petites Pièces pour Piano de Schönberg, op. 19. A cette époque j’étais capable de jouer sur les pianos des autres toute une variété de morceaux pour la plupart modernes, à partir de l’admirable collection des éditions Schott and Universal ; également de l’Album des Six ; et bien sûr, le merveilleux Erik Satie, dont j’ai possédé à un moment ou un autre presque toutes les partitions que j’ai données, peut-être trop hâtivement, à Katherine Wolpe (dont j’ai rencontré le père compositeur, à Yaddo, aux USA ).
A l’âge de seize ans, après avoir quitté la Polytechnic, j’ai publié un premier et unique roman, expérimentant dans le courant de conscience, appelé Opening Day (publié par Cobden and Sanderson). ; et à l’époque, partiellement grâce à une avance sur les royalties de ce livre, j’ai fait la première de mes nombreuses et durables visite, à Paris.
Pendant l’un de ces séjours à Paris j’ai pu contracter une grande amitié avec Priaulx Rainier, la compositrice Sud-africaine, qui étudiait alors avec Nadia Boulanger. Plus tard j’ai écrit le texte pour son magnifique Requiem pour voix seule et chœur, qui a eu sa première exécution lors d’une des Soirées du Dimanche au Victoria and Albert Museum, avec en soliste Peter Pears et la chorale sous la direction d’Imogen Holst. Cette œuvre a été par la suite diffusée plus d’une fois sur la Third [la troisième chaine, musicale et culturelle, de la BBC]. J’avais une relation spéciale avec cette chaine grâce au producteur Douglas Cleverdon, qui fut à l’origine de mes Night Thougths, un poème radiophonique avec une musique composée spécialement par Humphrey Searle. (Il a composé aussi quelques pièces courtes pour accompagner ma lecture radiodiffusée de The Man with a Blue Guitar [L’Homme à la guitare bleue] de Wallace Stevens , dont j’espère qu’elle sera un jour reprise ; incidemment, j’ai reçu une commission pour écrire une nouvelles émission sur Stevens, cet artiste impeccable de la plus haute civilisation américaine, avec pour titre à venir The Stoical Dandy. Disons en passant que j’aimerais recommander à vos lecteurs la Collection des Lettres de cette grande figure encore trop peu estimée, lettres qui à mon opinion méritent d’être placées presque au niveau de celles de Keats.
Je termine mon bref et incomplet récital de mes activités musicales en mentionnant un grande ambition personnelle, qui est de persuader Humphrey Searle qu’un Sprechtimme opéra pourrait être écrit avec un livret basé sur le Jest Book de Beddoes (1) ; une ambition qui prolonge celle de deux amis chers, Norman Cameron et Dylan Thomas, qui avaient aussi conçu l’idée de réduire ce drame terrifiant à des proportions théâtrales.
Je vous remercie, comme dit précédemment, de pouvoir dire à vos lecteurs quelque chose de ma vie musicale.

NdT :Thomas Lovell Bedoes (1803-1849) , poète romantique qui étudia à Oxford avec Shelley et après une existence tourmentée se suicida par le poison. Death’s Jest Book (ou The Fool’s Tragedy) pièce en vers commencée en 1828, fut publiée après sa mort en 1850. Présentée dans l’encyclopédie Wikipidia (Bedoes – the literary Gothic) comme développant ses thèmes favoris : « necromancy, occultism, the supernatural, anatomy and revenge among other delights… »