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Frédéric Le Dain, poèmes

27 septembre 2012

par Frédéric Le Dain

Mots dits dans le noir

poèmes

(mai-juin 2012)

« Au fond de toi tu heurteras le roc originel
Et, frappant ses parois de nuit, peut-être feras-tu
Sourdre l’eau de la délivrance
Ou de la guérison. »
Claude Vigée, « Solitude d’Ariel »
*
Sur le grand lit du temps
Nous dormirons un jour
Blanc comme un linceul tout neuf
Une feuille blanche
Sur l’oreiller des jours
Pour que ceux qui nous aiment
Viennent écrire
Les mots d’un poème à venir
Les maux que nous avons soufferts
Dans le silence des jours sombres
Et le sourire d’un regard
Qui écrase soudain
L’espace
D’une lumière sans pareille
*
 
L’Amérique en un sourire
Sur le quai de la gare
Les trains s’en vont
 
Nous ne savons plus où
Nous restent les paroles
Les langues les accents
 
Sur la bouche du vent
 
*
 
Les décolletés de l’Histoire
Laissent apparaître
De belles avenues sur lesquelles
Les piétons de la vie
Vous moi
Peut-être
Flirtent en rêvant
A l’ombre des tilleuls
Très loin
Derrière nous
 
Avec de belles jeunes femmes
Riches passantes
Dévêtues
Dans le noir tamisé
Rêves de tous les jours
Qui consolent et passent
 
Le désir est patience
De vivre
Au cœur des labyrinthes
 
*
 
Dire tout haut le poème
Du secret de la vie
 
Entre toi
Et moi
 
*
 
Qu’as-tu donc, ô Féconde
Dans la nuit nue
A soupirer
 
*
 
Le lac des fauves
Et tout près la rosée
Le jour bayant
A l’approche de la nuit
 
*
 
Elle danse dans la vie
Sur les trottoirs du monde
Passante chevelure
 
Elle est aussi
Comme le poète
Une boule de neige
 
Lancée à la face
De l’Histoire
 
*
 
Une abeille dans la ville
Eros bourdonnant à mes oreilles
On me dit que les Français
ont gagné
au football
Mais on dirait la guerre
 
Elle n’a pas mis de soutien-gorge
Et son charme est sans pareil
Elle donne sans compter
C’est le pays de la liberté
 
Que sais-je demain peut-être
Je l’aimerai
Vraiment
Au moins
 
Demain peut-être
Au pays de la liberté
 
*
 
Et comme un grand trou noir
Scotché au fond du cœur
Sur une tapisserie jaunie
Collée sur le grand mur
De la vie
S’est installé
Un brouillard
 
Vidage
 
Vidé
Le corps se vide
De soi
Vers où va-t-il
 
Il descend
Plus bas peut-être
Encore
 
De quoi
Est-il vide
 
De quoi
Es-tu plein
 
Le souffle est là
Encore
 
Et tu es plein
De ta plainte
 
*
 
Quelques jours du mois de mai
Annoncent la saison
D’une fleur de printemps
 
Sur quelque coin de table
Tu publies ton poème
En oubliant certainement
Le malheur qui t’étreint
Le malheur de tous
 
Un trou blanc
Dans le trou noir
Des nuits
 
Un trou noir
Dans le trou blanc
Des jours
 
*
 
Les mains d’une femme
Sur une épaule
Sur votre angoisse
 
C’est
 
Depuis le berceau
Jusqu’au tombeau
Un remède puissant
Infaillible
Et beau
 
*
 
Et qu’aurait-elle fait, Blanche
A ta place
Elle était humble et grande de
Simplicité
Sa maison était un refuge
Contre le vent d’hiver
Les images dans sa cuisine
Disaient l’admiration
La foi
Et les vignes de l’automne
Livraient leur vie
 
*
 
Le coquelicot des champs
 
Et son rouge aux lèvres
Pétille dans le vent
 
Jour d’orage
En grisaille
 
*
 
Et le soleil brille
Sur la page grise
Du monde
 
*
 
Et le regard des villes
Est semblable à une femme
Qui vous suit
Dans la nuit
 
*
 
Et puis tu marches
Un peu de nuit autour
 
Tu marches
 
Et tu pleures
Sur ton malheur
D’exister
 
Les trous
Où l’on sombre et où
L’on chute
Où l’on descend la corde
Raide où l’on
Disparaît
 
*
 
J’aurais voulu dire ma haine
Elle me serrait la gorge
Mais je n’ai pas pu
La desserrer
J’ai crié
 
J’ai marché vers la sortie de nuit
Pour marquer ma séparation
Avec la haine
Hurlée
 
Choisir la haine est un mauvais parti
La serrer contre soi
Comme une femme mal aimée
 
J’aurais voulu dire ma haine
 
Elle m’étouffait
De ses
mots-dits
Dans le noir

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