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Frédéric Le Dain : poèmes

1er mai 2008

par Frédéric Le Dain

Gouttes de réel tracées à la main
(Prose en poèmes)

Traces humaines
Il y a dans le ciel quelques gouttelettes de réel. La musique chante à tue-tête. La mémoire défile calmement et l’on peut se demander si le ruban des souvenirs pourra aller au bout de lui-même. La voix est grave, et elle conduit vers l’intérieur, rassemblant des fantômes et des images. Elle écrit ce qui ne se voit plus, ce qui ne se sent plus, ce qui n’a plus cours. Elle éveille, elle réveille. Elle dénonce la mort à l’œuvre. Dans le ciel, quelques gouttelettes de réel.

Sourire
Blonde, et rose, d’un rose doux et mûr. Peut-être un lilas qui passe sous mes yeux. Elle me tend la main. Son sourire entre en moi, effaçant quelques nuages noirs. Elle dit que c’est la vie qui s’anime sur la scène qu’elle habite. Elle donne vie à cette scène qui est venue d’ailleurs. Sa voix. C’est sa voix qui grave un bonheur nourri de fleurs multiples. Sa voix qui s’élance au loin pour faire signe ici. Dans mes yeux une lumière qui s’éveille, un feu peut-être. (Un amour).

Mémoire
Le matin, quand quelques rayons noirs franchissent le palier, j’attends avec impatience l’aube d’un souvenir qui s’élance et qui fend le mur gris des habitudes. Parfois, dès le matin, à bout de souffle, je vais respirer un air plus sain en me réfugiant au creux de ces rochers que ménage la vie. Le trou noir et les gouffres intérieurs que réveille la page blanche, comme un miroir, pourraient prendre le dessus sur la beauté des yeux qui se perdent dans l’infini.

Terre
C’est drôle, mais je n’ai pas le sentiment que la vie colle. Je ne sais exactement comment dire cela. Comme si mon voisin toujours voulait aussi cette terre poétique et comme si je pouvais quelque chose pour la transférer dans sa propriété. Mais à coup sûr, marchands, je ne peux céder un pouce de ce corps qui est ma vie, et tout au plus puis-je, avec les mots que j’écris, avancer un territoire de partage, puisque la parole que j’énonce s’en va au loin se perdre dans le vide.

Peut-être
Peut-être un peu de jour viendra éclairer ma nuit. J’aime cultiver cet espoir. Je ne sais pourquoi, d’ailleurs, et c’est peut-être ce qui me pousse, jour après jour, à aller plus loin. Des moqueries, nous sommes tous capables d’en produire en nous. Des moqueries ? Ce sont peut-être plutôt des cris très sourds que nous nous disons à nous-mêmes et qui surgissent du fond de la mémoire. Au fond, je cherche comment m’adresser à cette vie et j’envoie des lettres, de préférence le matin.

Coquillage éternel
Vide, j’ai le sentiment de l’être parfois quand je regarde de trop près autour de moi. Il y a en effet comme un vide qui me saisit. Mais il y a aussi l’odeur qui revient d’une longue balade d’été, où je faisais l’ascension des neiges éternelles. Il y a le vert profond et plein d’une prairie qui énonce une voyelle intérieure. Il y a une musique qui vient de la mer et qui s’écrit au fond d’un coquillage qui est posé au bord de la plage.

Encre
Dans l’infini j’aimerais vivre. Mais d’où vient un tel nuage ? Est-il déjà passé tout à l’heure ? Vit-il de sa vie propre et a-t-il un cœur ? J’ai l’impression que je ne suis pas seul. Que la vie, ici et là, dans un sourire, dans un regard, oui, juste au fond de tes yeux, dit et redit, appelle, se donne. J’aime une telle parole qui se fait chant, j’aime ces quelques notes que tu prends à la table d’un café et qui deviendront, dans une coulée d’encre, une forme de louange.

Plume
Je me suis un peu perdu. J’avançais avec souplesse et voilà que je m’arrête sans d’ailleurs trop savoir pourquoi. Je repense. Oui, voilà, j’ai compris. Je n’ose plus faire un pas vers les ongles d’une tigresse. Pourtant un certain calme. Du bout des ongles je me suis fait une plume et j’envoie ainsi des poèmes à la face des morts C’est d’ailleurs une activité que je recommande. Le défilé des mots sur la page est en rang serré et je fais flèche de tout bois. Et j’aime la vie.

Psaume
Louange. Pas trop tôt. Pas trop tôt à dire. Comme si l’on s’ébattait de joie sans rien voir. Mais dans les mots qui me portent vers toi il y a ce mot que j’écris ainsi. Est-ce que j’y peux quelque chose si de ces mots une musique a jailli ? D’ailleurs qui dit que la musique n’était pas là ? Au creux de tes bras ? Dans mes pas ? Je ne sais, je ne sais. Une voix, ce matin, a chanté un psaume. Et il y avait quelqu’un. Le feuilleté de la vitre est devenu vitrail.

Poème
J’ai marché vers le poème. J’ai couru. J’ai cherché, après lui, la trace d’un pas sur le sol. Je me suis fait poussière. J’attendais une réponse qui ne venait pas. Apparemment. Sur les murs, un peu de neige. J’ai attendu. Mais il y avait du sang, aussi. Un homme était crucifié. J’attendais de savoir pourquoi. Il en subsiste quelque chose et je ne peux vraiment le dire. Je ne sais comment le dire. J’avance avec cela sans trop savoir qu’en faire. Je cherche le poème.

Main
Je n’ai pas osé. Je n’ai pas osé lui serrer la main. Mais serre-t-on la main à la Beauté ? Je ne savais comment lui parler. J’ai écrit. Mais écrit-on un poème à la Beauté ? Je n’ai rien dit. Peut-être peut-on la contempler en silence… Mais je ne savais pas si cet hommage suffirait. J’ai prié. Je n’étais pas sûr de moi. Mais je savais pourtant que ces mots qui viennent quand le cœur saigne peuvent peut-être, si c’est permis, d’un geste de la main, fendre le mur des nuages.


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