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Franco Buffoni, par Gérard Paris

26 avril 2014

par Gérard Paris

Franco Buffoni, Depuis que la mort va / Di quando la morte va. Traduction de Philippe Di Méo. Thonon- les -Bains : Ed .Alidades, 2011.

Ornés d’une belle gravure de Favorski, traduits et présentés par Philippe Di Méo, ces vingt-trois poèmes (en édition bilingue italien-français ) sont extraits d’un recueil intitulé Guerra. Pas de rhétorique ni de grandiloquence dans ce recueil de Franco Buffoni mais plutôt de la rigueur ,du réalisme et souvent de la cruauté. Franco Buffoni se contente de nous décrire brièvement ‒ en choisissant ses mots, leur impulsant beaucoup de force ‒ des scènes réelles de guerre : entre les Serbes et les Croates, entre les Kurdes et les Turcs, entre les Allemands et les Italiens. Par une syntaxe torturée , par un entrechoquement des mots et une apposition subtile des phrases, Franco Buffoni met en valeur le Mal avec ses corollaires la cruauté, le sadisme et la violence :

Sur la fourrure blanche de la vallée
La casquette sur le corps renversée
Pour retenir les intestins

Franco Buffoni alterne, parfois, par des récits antinomiques (comme pour en atténuer la crudité) la douceur et la beauté de la musique de Mahler avec le passage au lointain du train de Fossoli, issu du camp de concentration. Nous assistons là à un véritable continuum dans l’effroyable :

Les sections des crânes des conscrits rapprochées,
Morts faits de glace, de gangrène
Pieds verts, poux, doigts coupés
Sont la pétrification d’un gâchage
Marmoréen, un jaspe cristallin.

Car :

Depuis que la mort va
Elle vient du corps
Même trois fois par nuit.


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