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Eveil de feuilles et de racines, par Annie Briet

27 septembre 2006

par temporel

Annie Briet, Eveil de feuilles et de racines. Colomiers : Encres Vives, 2006.

L’univers d’Annie Briet est un univers de l’instant, des moments du jour dans la nature : « Soleil levant » (p. 2), « Soirs d’été » (p. 3), l’aube (p. 2), la nuit (p. 3), « ce matin », dans « Stupéfiante nouvelle » (p. 6). Qui dit nature, dit rythme des saisons, (« Saisons », p. 7), l’été étant la préférée, même si la neige est invoquée (p. 10), et « Testament d’avril » (p. 5), le cours du monde se voyant confier au coucou « qui gravement / berce le monde entre ses deux notes ». L’instant s’allie au lieu : « Ici » (p.4) : « Ici je fais provision de l’essentiel » ; la restriction, « Rien que », ne sert qu’à resserrer pour lui donner sa magnitude, cet essentiel, les menues épiphanies de la nature.

On rencontre aussi les éléments, « L’eau, le feu, la pierre, la terre » (p. 11), énumération d’où l’air est absent, mais l’unicité, dans « Bruits et sortilèges », qui donne lieu à anaphore, confère au son, et donc à l’air qui le propage, toute sa puissance de manifestation : la forme se dresse sur le vide, comme dans peinture et poésie chinoises :

« Une seule clarine
et se dresse la montagne
un seul cri de mouette
et l’océan remue
un seul trille de merle
et le printemps s’installe. »

La nature est non seulement le lieu de l’apparition du merveilleux, mais elle se voit aussi apprivoiser aux dimensions humaines : les fleurs ont des lèvres (p. 2) pour les papillons ; la lune s’endort (p. 3) ; le vent étreint (p. 4) ; les feuilles ont des mains (p. 6) et la vigne est un collier tandis que la neige câline le grand pin. C’est un univers de la proximité qui se révèle ici. Annie Briet décèle aussi des correspondances au sein de la nature elle-même :

« Des pêches de vigne
comme ventres de bouvreuil » (p. 7)
La cendre est « douce et chaude comme un ventre d’oiseau » (p. 8).

L’évocation de l’enfance revient ici et là (pp. 3, 4) et c’est un univers de confiance et de tendresse que le poète nous dépeint. Mon poème préféré est celui-ci, dans lequel le rythme bénéficie de la contrainte métrique (trois hexasyllabes puis un vers impair) :

« Cachée derrière un chêne
La lune est dans le pré
Loup blanc grimpant au ciel
Pour faire sa ronde autour des bois » (p. 3)

On aboutit à un monde dépouillé des vanités, des inepties sociales, un monde en deçà de la distance du regard, qui mène à l’origine, l’être tel qu’en lui-même le poème l’affranchit :

« les chemins offrent leurs mains de vent
leurs mains de feuilles
pour entrer dans l’île du silence
une île d’âme nue » (p. 15)

Juin 06


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