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Eugène Braun, par Nelly Carnet

22 septembre 2013

par Nelly Carnet

Eugène Braun, Promenade à chameau au clair de lune avec Touboul mon copain. Paris : Editions Marsa, http: // marsa-algerielitterature.info, 2013

Avant de disparaître en 1989, Eugène Braun avait raconté à ses enfants les aventures de ses jeunes années passées en Algérie puis celles de ses débuts dans la vie professionnelle. La famille en avait conservé des enregistrements. Ce sont ces derniers qui ont permis à Guy Braun, son fils, et Anne Mounic, sa belle-fille, de composer le plus fidèlement possible ce récit autobiographique dont le rythme épouse celui d’une vie pimentée. La langue oralisée d’un autochtone d’Algérie participe au dynamisme général et les expériences de la vie d’un enfant modeste sont des plus rocambolesques. Le lecteur se trouve rapidement pris dans un tourbillon comique découvrant en même temps une culture d’un autre temps. Les jeux d’enfants sont des plus simples et parfois terribles. La débrouillardise de ceux qui n’ont rien pousse à la réalisation de quelque chose à partir du presque rien. Enfant, Eugène Braun fabriquait par exemple des trottinettes calquées sur celles « des fils à papa » : « On regardait comment c’était fait, allez hop ! On se fabriquait une trottinette ! Ce n’était pas difficile, un manche de bois, une fourche, des roues de lit, des vieux lits, on piquait les roues, on les mettait avec un clou qui faisait le moyeu, on te faisait des trottinettes, elles marchaient mieux que les leurs. »

Très tôt dans son enfance, pour des raisons familiales, le jeune Braun est obligé de travailler. Il est alors déscolarisé alors qu’il est très bon élève. Il devient porteur de journaux aux abonnés se levant à trois heures du matin puis confiseur. Il remplace ensuite un de ses copains dans un restaurant. A partir de cet instant, il ne quittera plus la restauration. Lorsqu’il s’agit de gagner un sou de plus, le conteur a tous les tours dans sa poche. Il a véritablement le sens des affaires. Lorsqu’un client coutumier de l’hôtel où il travaillait lui demandait par exemple de porter une lettre à sa maîtresse, payant le fiacre pour s’y rendre, le jeune Braun enfourchait son vélo afin d’économiser l’argent du fiacre. Braun avait le sens du détail lorsqu’il racontait son passé. Ce qui donne encore plus de piquant à toutes les histoires dont certaines sont plus touchantes que d’autres. C’est ici une vie élémentaire qui parle à voix haute.


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