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Etymologie de la paresse

25 avril 2009

par Anne Mounic

Tirer au cul, au flanc, ne pas se fouler la rate,
ne pas en ficher un coup, une rame, une secousse, se tenir, rester les bras croisés,
ne pas se faire d’ampoules, ne rien, ne pas se casser,
se tourner les pouces, se les rouler, avoir les pieds nickelés.
- Paresser.


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Gravure de Jacques Callot

Etymologie de la paresse

Le mot français « paresse », vient de parece, au douzième siècle, de l’ancien français, peresce qui dérivait du latin pigritia, de piger, qui répugne à, paresseux, indolent (dictionnaire Gaffiot). Le paresseux répugne au travail et à l’effort et se complaît dans l’inaction. Cette indolence peut être due à l’indifférence ou au manque de volonté. Le dictionnaire Robert donne un certain nombre de mots approchants : Fainéantise, indolence, lâcheté (vx), mollesse, néantise (vx) ; fam. cagnardise, cosse, flemme, rame. Apathie, inertie, langueur, négligence, nonchalance, nonchaloir (vx). Désoeuvrement, oisiveté. Il fournit aussi un certain nombre d’expression savoureuse comme équivalent de « se laisser aller à la paresse » : - Acagnarder (s’), dorloter (se), prélasser (se). Cf. fam. Tirer au cul, au flanc, ne pas se fouler la rate, ne pas en ficher un coup, une rame, une secousse, se tenir, rester les bras croisés, ne pas se faire d’ampoules, ne rien, ne pas se casser, se tourner les pouces, se les rouler, avoir les pieds nickelés. - Paresser.
Et voici pour la paresse intellectuelle : Assoupissement, engourdissement, lenteur, lourdeur et aussi facilité. En termes médicaux, on parlera d’atonie, le contraire de tout cela étant : Activité, application, effort, énergie, travail. – Rapidité, puisque, comme chacun le sait, la paresse, l’un des sept péchés capitaux, « est mère de tous les vices ».

L’étymologie d’ « oisiveté », de « oiseux », puis du latin otior, être de loisir, prendre du repos ; otiositas, oisiveté ; otiosus, oisif, sans occupation, qui prend son temps, qui s’attarde ; otium, repos ; loin des affaires, loin de la politique ; inactivité, oisiveté ; loisir studieux : paix, calme, tranquillité. C’est l’idéal de l’aristocratie romaine ; à l’otium s’oppose le negotium, occupation, travail, affaire ; affaire causant de la peine, du souci, de l’embarras ; activité politique ; tâche, travail. Il se dessine ici un dualisme entre travail et inaction.

En grec, on trouve plusieurs mots pour désigner lenteur et paresse. oknéô, être lent, paresseux ; tarder, différer ; hésiter, différer ; oknos, la lenteur, d’où la paresse et la nonchalance ; indécision, hésitation, crainte (dictionnaire Bailly). Oknos est un personnage allégorique qui enroule une corde qu’une ânesse ronge à mesure – en parlant d’un travail ou d’une entreprise qui n’aboutissent pas.
Améléia est la négligence, l’indifférence ; améléô, ne pas s’inquiéter, négliger, mélété étant le soin, l’inquiétude. Nochélia est aussi lenteur et nonchalance ; nochélés, qui se meut lentement, lourd, nonchalant. L’individu désigné comme bradus est lent ; il va lentement, bradéos, et manifeste une certaine lenteur d’esprit, bradunoia.
Argos désigne celui qui ne travaille pas à la terre ; qui est donc paresseux, oisif. Le a- privatif revient dans apraxia, inaction, inertie ; repos, loisir, insuccès ; apragia, inaction, inertie ; aprageô, ne rien faire ; demeurer inactif ; aprargon, qui ne s’occupe pas d’affaires ; qui aime la tranquillité, paisible ; apraktéô, ne rien faire ; apraktos, qui ne fait rien, qui n’arrive à rien, vain.

Et en ces temps troublés vécus cette année, un collègue, grâce à nos échanges Internet, m’a donné l’idée d’aller fouiller du côté de scholé, dont le premier sens est celui d’arrêt, d’où repos, loisir ; occupation d’un homme de loisir, particulièrement occupation studieuse, entretien savant, étude. Scholas légein signifie faire des cours, des conférences. Scholé devient ensuite le lieu d’étude, donc l’école ; le produit de l’étude, traité, ouvrage, puis le relâche et la trêve, et ensuite, mais cette fois-ci en mauvaise part, l’inaction, l’oisiveté. Le verbe qui correspond, scholazô, signifie tout d’abord avoir ou prendre du loisir, être oisif, inoccupé ; scholastikos veut dire qui a du loisir, oisif, désoeuvré ; qui consacre son loisir à l’étude, studieux ; qui concerne les gens d’étude, puis l’école.
On notera donc que l’étude, l’occupation intellectuelle, ne sont pas assimilés au négoce, c’est-à-dire aux affaires causant de la peine. Il ne faut vraiment pas sous-estimer les capacités de résistance et de pertinence de l’étymologie. Le langage se fait ainsi le gardien de la vie, et demeure, opiniâtrement, fidèle à lui-même – ainsi qu’à une certaine idée de l’existence.


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