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Eric Faure, par Michèle Duclos

23 avril 2016

par Michèle Duclos

Eric Faure, Histoires japonaises de moines, de maitres du yin-yang et de guerriers. Paris : L’Harmattan, 2015.

Succédant à Histoires japonaises d’esprits, de monstres et de fantômes et à Les fêtes traditionnelles à Kyoto parus aux éditions de l’Harmattan respectivement en 2005 et 2003,

ce tout récent et impressionnant (250 pages) volume d’Eric Faure nous plonge dans une période médiévale, « l’époque Heian [qui] débuta en 794 avec l’établissement d’une nouvelle capitale à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui la ville de Kyôto et […] se termina en 1185 ». Mais si cette époque « vit, entre autres choses, le développement d’une culture aristocratique dont on retrouve les échos dans les grands romans », il s’agit ici d’un domaine – dont les femmes et la cour sont pratiquement absentes – plus austère et impressionnant, où de grands moines, grâce à leurs pouvoirs particuliers longuement et concrètement développés traitent d’égal à égal avec leurs suzerains politiques et surtout avec les forces naturelles et avec ou plutôt contre les démons qui les menacent. « Dans sa forme la plus primitive, le dragon japonais est une créature malfaisante qui a l’apparence d’un serpent à plusieurs têtes et plusieurs queues et qui symbolise les forces destructrices de la nature. »

Les maitres du yin yang se distinguent par une « connaissance des mouvements intrinsèques du cosmos ». Ils sont capables d’« insuffler la vie à une chose inanimée » nuisible, pour ensuite la détruire. « Donner une forme concrète à une forme invisible ou à un phénomène naturel était fréquent dans l’ancien Japon. »

Après les moines et les maîtres du yin yang, nous tombons sur les onis (non pas des ovnis, encore que !) plus ou moins monstrueux, inspirés de « tous les individus qui sortaient de la norme pour une raison ou pour une autre ». Ils sont combattus vigoureusement par des guerriers « protégés par les dieux » dans un univers médiéval non coupés de l’au-delà que visitent aussi, favorisés, des aristocrates et des juges ; ils descendent (rappelant nos héros occidentaux antiques) visiter les six degrés d’enfers ou plutôt les « six voies de réincarnation » où se fut peut-être retrouvé Dante… avec toutefois la possibilité pour les pécheurs nippons de se sauver pour une renaissance meilleure en récitant les sutras de la Terre Pure.

Il est difficile de rendre compte en quelques lignes de la richesse concrète de cet ouvrage, en outre abondamment et judicieusement illustré de photos, prises par l’auteur, de temples et d’une statuaire multiple, et dont les mythes sont explorés avec une précision scientifique dans un style sobre.


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