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En bref

25 avril 2015


Damien Berdot, Le livre des montagnes païennes. Paris : L’Harmattan, 2014.

Un recueil de poèmes sur la région des Vosges.

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En bref, par Michèle Duclos


Fulvio Caccia, John F. Deane, Voix d’ Irlande et du Québec / Voices from Ireland and Québec. Québec et Dublin : Le Noroît/Dedalus,1995.
Ce volume dont l’ancienneté relative n’affecte en rien l’intérêt est le fruit du festival annuel franco-anglais de poésie qui se tient sous l’égide de la revue La Traductière à l’occasion du Marché de la Poésie qui se tient chaque année en juin place Saint-Sulpice à Paris autour de poètes invités, chaque année d’une nationalité différente, entre des poètes francophones et des poètes anglophones, qui interviennent à tour de rôle chacun en tant que poète à traduire et en tant que traducteur. Dans le cas présent et suivant le protocole traducteur/traduit, la partie anglophone était représentée par des poètes irlandais et la francophonie par des poètes québécois, la seule limite d’inscription, chronologique, étant fixée par l’année 1940. On proposera aussi pour les poètes québécois malheureusement moins connus que leurs voisins états-uniens, la conclusion d’un des deux préfaciers de l’ouvrage : « La poésie irlandaise s’ouvre au monde. Les frontière tombent. Une merveilleuse époque pour la poésie. »

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Philippe Dautais, Si tu veux entrer dans la vie : thérapie et croissance spirituelle. Bruyères-le-Chatel : Nouvelle Cité spiritualité, 2013.

En 2010 le Père Philippe Dautais présentait dans Le Chemin de l’homme selon la Bible une anthropologie judéo-chrétienne dont l’itinéraire retraçait le progrès diachronique de l’humanité à travers les grandes figures biblique depuis Adam jusqu’au Christ. (1)

Sur les mêmes bases anthropologiques, dans la même perspective eschatologique, le présent livre s’adresse non plus à l’humanité tout entière mais à nos contemporains, nos voisins et à nous-mêmes qui à titre individuel cherchons à sortir du mal-être où s’est enlisée notre culture oublieuse de la nature spirituelle véritable de l’Homme (le H majuscule, précise le Père Dautais, désigne l’homme et la femme créés conjointement à égalité par le Créateur). La réaffirmation de notre nature première dénuée du péché originel est la première étape, nécessaire, d’un cheminement vers une guérison, vers l’épanouissement total de l’esprit, de l’âme et du corps réconciliés. Car « Ce que nous appelons l’Homme est un tout indissociable ». L’Introduction du livre postule la « relation » des Hommes entre eux et avec Dieu, et au départ à l’intérieur chez l’Homme lui-même entre le corps l’âme l’esprit (vous), et le pneuma divin. L’Homme est un être de progrès spirituel. Le péché n’est pas originel, il est lié à la coupure (dia-bolus) entre l’âme et le corps, or le corps, contrairement à ce qu’en avait Platon, n’est pas « le tombeau de l’âme » mais « un lien avec le cosmos ». L’Homme est fait pour la joie et un juste désir d’aspiration vers son Créateur. Capable de résilience et doté de liberté il trouve dans le Christ, dans son enseignement de l’Amour, Le Thérapeute pour retrouver une vraie vie.

L’itinéraire du volume, précis, concret, documenté et appuyé sur des exemples tirés de la vie sociétale quotidienne, part de ce qu’une tradition qualifierait d’oeuvre au noir. Aux chapitres 3 et 4 – « L’Homme blessé » et « Le Processus pathologique » - blessé dès l’enfance ou plus tard par la vie, humilié, compensant par un orgueil qui lui fait ériger avec un faux Dieu punisseur un idéal du Moi inatteignable, l’individu se réfugie dans la culpabilité ou dans l’agressivité. Leur succèdent avec les chapitres 5 et 6 « Le Processus thérapeutique » et « L’Eveil de la conscience » qui postulent un « retour à soi » passant par le corps et une écoute de son langage, de nos rythmes naturels, de nos sensations, et en premier lieu du souffle qui nous unit au monde, aidés aussi par la tempérance de l’alimentation, en direction d’ « une liberté qui suppose le non-attachement », liée à une éthique de la responsabilité. « La vie est intelligente, elle est aussi pédagogique » : la philocalie, amour de la Beauté comme du Vrai et du Bien, mène à l’émerveillement de la « vraie Vie », à l’invisible au sein du visible, en cultivant l’attention, la vigilance (la neptis des Pères du désert). Le désir, « désir de vie et désir de guérir », « désir d’être et d’accomplissement […] se révèle être un bien précieux […] inscrit dans la profondeur de chaque être ». Il doit mener à la métanoïa , (objet du chapitre 8) « transformant […] l’échec en possibilité d’éveil de la conscience et de croissance spirituelle ». Par une descente profonde dans son être avec comme « chemin préalable…l’acceptation de ce qui est » « la métanoia est une sortie de la confusion par un retour à l’originel, une sortie de l’exil par un retour vers la source […] fondement de tout chemin de guérison. »

Elle commence par une ascèse ordinaire et quotidienne : « L’attention à ce qu’on fait est déjà un exercice spirituel, au cœur de la réalité quotidienne. » Cette faculté implique aussi le thérapeute [qui, et le Père Dautais cite Françoise Dolto] « est celui qui prête une oreille à l’autre pour qu’il puisse s’entendre ».

Mais plus que d’analyse freudienne nous sommes orientés au moins lexicalement vers Jung quand (au chapitre 7) le Père Dautais présente « Le Processus de « désidentification » comme un « processus d’individuation » qui dépasse les limites de l’approche strictement psychologique et nécessite, souvent par un long combat intérieur pour démanteler les défenses, « de passer par la distinction entre ce que ‘je suis’, c’est-à-dire mon identité profonde et ce à quoi je m’identifie ». « La métanoïa introduit un nouveau mode d’existence divino-humain où l’Homme n’est plus identifié aux aléas de la vie existentielle, où il n’est plus enfermé en lui-même mais où se révèle sa capacité de transcendance qui va le libérer de toute aliénation ».

Le dernier chapitre (9) aborde « Le pardon ». « Tout ce parcours a été nécessaire pour arriver sur la rive du Pardon […] fruit d’une maturité qui articule élévation de l’âme et traversée de ses enfers intérieurs […] Nous retrouvons ici l’unité ontologique de l’humanité qui est le fondement de la compassion […] Le pardon est certainement ce qui est le plus essentiel au vivre ensemble […] Il est le seul remède à la question du mal […] la seule réponse à la propagation du mal et à logique de la violence. ». Cette grâce n’est pas réservée à ceux que l’on considère comme des saints : Mère Térésa, sœur Emmanuelle ou Gandhi cités, mais aussi à des Hommes d’action qui ont joué un rôle majeur dans l’histoire de leur pays et du monde : de Gaulle et Adenauer, Robert Schumann, Martin Luther King, Nelson Mandela (dont le Père Philippe cite une partie du magnifique discours d’investiture).

En conclusion du volume, le Pardon constitue l’ « Accès à la Vraie Vie ». Le volume se clôt enfin –« Pour aller plus loin » en rappelant que « Pour approfondir et mettre en œuvre dans sa vie personnelle les thèmes développés dans ce livre, des sessions intitulées « Chemin de guérison » sont proposées au Centre Sainte-Croix en Dordogne

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Raymond-Jean Lenoble, Mémoires de l’Oubli. Bruxelles : M.E.O., 2015.

Dans une forme classique, avec élégance et bonhomie, ces courts poèmes développent l’oxymore du titre, une sagesse inspirée de La Rochefoucauld teintée d’une nostalgie à la Chénier, pour « cet étrange vivier/ Où poissonnent les jours d’entre vivre et mourir/ Dans cette eau de l’oubli, croupie et sans désir. » Ou « Le mieux voisine avec le pire ». « Sauvetage » voisine avec « La déchirure », « O K » avec « K O ». surtout « Ne pas mettre l’amour en cage ».

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Noël Monahan, Celui qui porte un veau The Calf-Bearer. Aizy-Jouy : L’arbre, 2014.

L’Irlande rurale quotidienne et éternelle que nous présente avec humour et bonhomie le poète Noël Monahan est aussi celle de l’antiquité grecque, « quelque chose enraciné bien profond/ hors du temps/ insondable » du fermier « qui porte un veau » sur l’Acropole (d’où le titre) ; Irlande modeste des petits ânes et des grenouilles, au contact rude et boueux avec la nature, Irlande des gamins qui chahutent en douce et jouent des tours pendables au curé ; Irlande de vieilles femmes un peu dérangées ; mais aussi une Irlande parsemée de toponymes celtes exotiques et de la déesse terre Cuilagh ou Cailleach, « restaurant ce qui est magique ». Même si elle « parl[e] à Dieu sur internet » . Très bien traduite par le poète et éditeur Emmanuel Malherbet, qui rappelle dans sa présentation qu’ « En Irlande, le poète, quelles que soient la hauteur de ses vues, l’intimité de ses préoccupations, ne choisit (généralement) pas de s’installer dans l’inaccessibilité d’un monde à part ».

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Monique Thomassettie, De Blancs Oiseaux boivent la lumière suivi de Nuit de Grand Vent Poèmes, réédition. Bruxelles : M. E. O., 2015.
Monique Thomassettie, Vogue la Terre ? Vogue le Monde ? Bruxelles  : Poésie M. E. O., 2015.

Monique Thomassettie est peintre autant que poète : certains de ses poèmes furent composés pour illustrer ses tableaux. Elle a créé le logo de la Maison d’édition M. E. O. et ses tableaux ornent aussi ses couvertures et celles d’autres volumes de l’éditeur. Une inspiration dynamique aux couleurs flamboyantes - « compacte [sa]lumière », « des blocs d’arc-en-ciel / plein les bras », « des couleurs magmatiques / d’Absolu ».
Une inspiration bouillonnante qui se retrouve aussi dans sa langue écrite, textes poétique plutôt que poèmes, qui se propose de « Pétrir à plein cœur / les argiles des mots ». Une entreprise roborative de créer « Un Monde [qui prenne] appui sur les cailloux d’espoir » en célébrant la « joie de l’esprit/ dans le corps /du corps autour de lui // Cet esprit et ce corps qui sont miens ». Epanchement tumultueux et interrogation qui se retrouvent aussi dans la multiplicité de son d’inspiration métaphysique éclatée qui s’interroge, comme en témoigne le titre doublement interrogatif du second volume, sur une Terre et un Monde toujours à construire entre « l’imagination et la raison ». Selon elle « Le21ème siècle sera conscient ou ne sera pas. » et elle s’interroge sur « Une quadrature du cercle », « Une paix commune ? » sur un Dieu aussi invisible que « La Pensée »... Cet « Odyssée d’un Verbe /inlassable/ en nous /retrouvé » se déploie sur deux décennies de textes courts repris ici en volume indépendamment de toute chronologie. Invoquant nombre d’inspirateurs, à commencer par Rimbaud, Valéry, Cendrars... Mais aussi Aurore Dupin devenue George Sand. Mais aussi la trinité hindouiste, « Un Tao sans Taïaut » et « la compassion / du Bouddha ». Mais aussi dans une belgitude largement revendiquée, Magritte, Maeterlinck, Ensor, Tintin copain de Charlot et Julos Beaucarne. Dans un ardent besoin de communication qui finit par s’ouvrir en dialogues et en comédie.

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Jean-Pierre Thuillat Dans Les Ruines précédé de Marmailles et suivi de Mutants. Jégun : L’Arrière-Pays, 2015.

Cet ensemble de trois courts recueils est un thrène discret sur une civilisation en voie de disparition.
Dans Marmailles le poète évoque ses souvenirs d’enfance rurale joyeuse, innocente auprès de son père menuisier, ignorant alors l’or et l’argent dans l’amusement des copeaux magiques. Tel le poète irlandais petit paysan admirant son père et promettant d’imiter sa bêche avec sa plume.
Avec Dans les Ruines l’Expérience succède à l’Innocence, avec les noms d’Hiroshima et de Tréblinka, de Sarajevo et de Pristina – Thuillat et sa revue sont voisins d’Oradour. Mais encore plus présents sont les sans-papiers ; et la source qui se tarit.La Genèse, le Suaire, la Parole sont invoqués mais surtout Le Bateau Ivre. Et aussi Bertran de Born * et Bernard de Ventadour, avec un stoïcisme discret, avec en arrière-plan une tapisserie d’arbres, de fleurs, de pierre, d’eau et de lumière, pour témoigner de persistance de toute une vie naturelle éternelle et quotidienne liée intrinsèquement la pensée et au style du poète.
Les Mutants annoncent une nouvelle civilisation du virtuel, célébrée par Michel Serres dans Petite Poucette mais source ici d’inquiétude et de nostalgie. Avec ces « écrans hypnotiques » « nous avons perdu nos repères ». Sans animosité mais obstination le poète poursuit sa descente fluviale « plus léger qu’un ondin » et nous sommes charmés de l’accompagner voire de reprendre son modeste mais tentant périple.

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Elizabeth Wassell, Sustenance. Dublin : A Liberties Press Book, 2011.

Le récit est celui d’une femme et d’un homme encore jeunes, lui, restaurateur en vogue à Dublin, elle critique gastronome dans cette même ville bien que d’origine russo-judeo-américaine, qui vont s’aider mutuellement par leur amour à dépasser des souvenirs douloureux. La profession de l’héroïne narratrice nous vaut de succulents et délicieux menus d’inspiration surtout française voire provençale (la romancière partage sa vie entre Cork et Nice) où le magret de canard ne dédaigne pas une vraie salade niçoise suivie de soles meunières et de cartes de vins somptueuses. Mais par delà ces deux trames menées avec délicatesse et élégance éclatent quelques scènes terribles d’un attentant dans la capitale de la République causé par un fanatisme aveugle, et à l’occasion d’une soirée entre amis de ce milieu élégant de la haute restauration, une violence antisémite elle aussi aveugle et absurde déclenchée surtout par des hôtes Américains.

L’auteure, à la ville Mrs John Montague, est le sujet du très beau poème :

Landing

for Elizabeth

They sparkle beneath our wings ;
spilt jewel caskets, lights strewn
in rich darkness, lamp strings of pearls.

And then the plane tilts, a warm
intimate thrumming, like travelling
within the ambergris-heavy belly of a whale.

The abstract beauty of our world ;
gleams anvilled to a glowing grid,
how the floor of earth is thick inlaid

Traffic borne, lotus on a stream,
planes lofting, hovering, descending, kites
without strings, as I race homewards

towards you, beside whom I now belong,
age I am, meorum finis amorum,
my late, but final anchoring.

( John Montague, Drunken Sailor, 2005, repris dans New Collected Poems, 2012)

Atterrissage

Elles étincellent sous nos ailes, cassettes
de joyaux déversés, lumières éparses
dans l’ombre riche, lampes colliers de perles.

Et puis l’avion s’incline ; chaude vibration
intime, comme voyager
dans le ventre lourd d’ambre gris d’une baleine.

Beauté abstraite de notre monde ;
lueurs forgées sur une grille rougeoyante,
le sol de la terre en est tout incrusté.

Porté par le trafic, lotus dans le courant,
avions s’élançant , planant, descendant, cerfs -volants
sans cordes, tandis que je me hâte

vers toi, près de qui est maintenant ma place,
age iam, meorum finis amorum,
toi, mon ancrage tardif, mais définitif.

(Trad. M. Duclos, M.Gibson, F. Loppenthien, S. Marandon première publication dans Le Journal des Poètes, 2012/2)

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Autour du temps, Anthologie de poètes québécois contemporains. Québec : éd. Du Noroît, 1997.
Le titre, Autour du Temps, de ce modeste recueil joliment présenté annonce le thème général du volume qui présente15 poètes, pour moitié des femmes (dont Hélène Dorion alors directrice littéraire des Editions du Noroît et la féministe Nicole Brossard), ce qui explique peut-être l’orientation lyrique d’une inspiration diverse tournée plutôt vers le temps présent, l’amour, que vers le tragique, la métaphysique de la mort ou du sens de la vie. En tout cas une diversité dans l’inspiration et une forme plutôt classique qui dément heureusement la prétention d’un des poètes affirmant que « ce Québec[...] se meurt ».
Ce volume est accompagné d’un CD où chaque poète lit ses poèmes avec illustration musicale de Violaine Corradi.


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