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En bref

25 avril 2009


En bref…

Yvan Avena | Jean Bensimon | Marc-William Debono | Daniel Pierre Brivet | Francesca Y. Caroutch | Bernard M.-J. Grasset | Emmanuel Hiriart | Jean-Pierre Naugrette | Gilles de Obaldia | Patricia Proust-Labeyrie | Yannis Ritsos

Revue Anterem, Rivista di ricerca litteraria, n° 77, V serie.

Sous le titre « Forme di vita », ce numéro de la revue accueille Pascal Quignard, Yves Bonnefoy ou Henri Bauchau, entre autres.

« E immaginare un languaggio significa immaginare una forma di vita. » Wittgenstein. (Et imaginer un langage, c’est imaginer une forme de vie.)

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Yvan Avena, Indignation. Goias, Brésil : Editora de UGC, 2008.

Un recueil haut en couleur, dans les jaunes et les orangés, les poèmes étant insérés dans de grandes pages de dessin. Le poète dénonce la guerre, la publicité, les automobiles, etc. Il est l’auteur des illustrations.

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Jean Bensimon, Chroniques de l’entre-mondes. Nice : Ovadia, 2009.

Ce recueil de nouvelles, contées à la première ou la troisième personnes, fait suite aux Récits de l’autre rive. Voir : http://temporel.fr/Jean-Bensimon

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Marc-William Debono, L’Epissure des mots. Paris : L’Harmattan, Espace expérimental. Poètes des cinq continents. Collection dirigée par Emmanuelle Moysan et Philippe Tancelin. Paris : L’Harmattan, 2009.

Nous recevons ce recueil. Pour donner une idée de la tonalité :
« Mes mentales à nu
Elle était donc bien là, ma pensée troglodytes. Enfouie sous des strates épaisses, diffuses, désuètes, autant qu’étranges, des mues volcaniques. Je saisis la primitive. Déflorée, surprise dans es mailles enchevêtrées, elle fait chavirer une à une toutes mes certitudes. »

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Daniel Pierre Brivet, Souffle vespéral. Colomiers : Encres Vives, 2008.

Un recueil de poèmes aux vers brefs :
« regarder par-dessus
son épaule
et entrevoir enfin
ce que disent les deuils »

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Francesca Y. Caroutch, Naissance quotidienne. Colomiers : Encres Vives, 2009.

Un recueil qui, en dépit du vertige, en appelle à la résurrection.

« Surgie de terre
Perséphone est assise nue
au milieu d’un champ de blé
C’est une paysanne fruste
en fichu à pois
dans un nuage de guêpes
sous la pleine lune de juin » (« Vallons intimes »)

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Bernard M.-J. Grasset, La Porte du Jour 3. Chaville : Interventions à haute voix, 2008.

Ce recueil rassemble des poèmes écrits entre 1995 et 1997. Le monde en ses infinis détails y est conçu comme manifestation du Nom.

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Emmanuel Hiriart, Les Prairies d’Altamira. Paris : Editinter, 2009

Le poète est redevenu chaman, non encore divisé comme dans le mythe platonicien : elle et lui, guidés par la voix (« La Scène primitive » pp.38-46) découvrent les parois vierges de la grotte d’Altamira et les décorent à foison d’animaux, en dansant et en chantant. « Hier j’ai de nouveau vu dans la prairie tout un groupe d’animaux qui n’existait pas encore, comme tracés avec une pointe noircie sur le paysage. Ils semblaient vrais » (p.46). Eros, c’est Blanche, c’est Marie-Eurydice, une Eurydice chtonienne qui « recueillit les restes d’Orphée, épars sur les champs de Thrace, ranima l’or de vivre » (p.29). Blanche est pierre « philosophale », « pierre lumineuse du sens » (p.27) avec qui le poète éveillera « dans les pierres/ Mal jointes de mes murs/ La musique endormie » (p.25) ; pierre lui aussi, il « oublie le ciel » (p.26). Mais cet éros cosmique est aussi celui de la montagne qui « enlace tendrement/ D’un geste millénaire/Le ciel/et lui parle », il est le ginkgo qui « connaît aussi, /Frôlant l’or fou de ses nuits, / La frénésie des hirondelles » (p.28). Le dieu est du poète est le « lare suppléant » « qu’aux heures de pesante solitude on invoque avec inquiétude et ferveur/ (…) Nous sommes quelques-uns à lui devoir la magie de vivre » (p.22). Il veille aussi sur les limaces : « Au jardin, les salades, les dahlias, les impatiens et même un magnolia qui se rêvait arbre jouirent mortellement des viscosités de leur baveux festin ». Le poète salue aussi le « Dieu noir », Dionysos « calomnié » (p.23) ; et l’ « Etrange peuple/(…) venu d’Inde dit-on (…) Peuple de danseurs et d’amoureux/ Peuple impur que ses voisins évitent (…) Poètes facilement fascinés par la parole/ Et qu’un cheval, un vautour émerveillent encore » (p. 14).
Hiriart, écrit Jean Joubert, « est avant tout un poète, (…) un vrai poète, un poète singulier [qui] a choisi de célébrer avec sensibilité, émotion, sobriété et dans un style concret et irrigué les images d’un quotidien volontiers champêtre ». Ajoutons qu’il continue de dire la vie de ses Pyrénées, du lac du Vignemale et du « Neste Gave ou Nive » qui « s’égare/ Se disperse entre les galets/ Semble céder aux caresses/ Brutales du soleil » : encore « une histoire d’amour » avec la montagne et « Un vieux pin demi-nu », « les hêtres » les « bouleaux échevelés », « Dans la joie du granit/ L’ardoise douce des maisons/ La tendresse émue du calcaire … » (p.53-58). L’homme, la femme surtout, font partie de son cosmos.

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Jean-Pierre Naugrette, Retour à Walker Alpha. Nouvelles. Cadillon : Le Visage Vert, 2009.

Nous recevons, au moment de mettre en page, ce recueil de nouvelles de Jean-Pierre Naugrette, auteur des Variations Enigma (http://www.temporel.fr/Les-Variations-Enigma-par-Jean). Ces nouvelles sont toutefois reliées entre elles comme semble le dire dès l’abord la conservatrice du Museum 13, Sara Wu. Elle affirme aussi que « cette disposition ne présage pas une conception linéaire du temps, qui comme chacun sait est réversible, et ne se déroule pas en ligne droite. » (p. 7) On pourrait presque dire que le temps se manifeste entre ces pages aussi souplement que dans l’esprit de l’homme cultivé qu’est leur auteur. On retrouve les personnages favoris de Jean-Pierre Naugrette, Sherlock Holmes en premier lieu, qui s’inquiète des aventures d’Alice : « Le plus invraisemblable, pour cette curieuse affaire qui devrait rester dans les annales de notre profession, n’est pas tant, de mon point de vue, la mort puis la réapparition du lapin blanc que la séquence des événements elle-même. » (p. 67) Et une foule d’allusions aux grands noms de la littérature anglaise. Comme dans Les Variations Enigma, une célèbre œuvre musicale réapparaît ici et là, mais, cette fois-ci, les Variations Goldberg de Bach. Un tableau revient également : « L’Appareillage de la goélette La Méduse pour les terres australes (1656, un Rembrandt peu connu » (p. 156). Le livre débute à Rome, en 41 après Jésus-Christ : « Hier au soleil tombé mon fidèle Tullius Titus Andronicus m’ayant apporté la liste des conjurés… » et s’y achève, tout en ayant parcouru quelques siècles, jusqu’à l’époque de Sara Wu, 2075. La superposition des temps, tout au long de la spirale mythique des reprises, révèle dans les lignes suivantes sa puissante ténacité existentielle, entre l’imminent futur de la destruction et la résurrection du motif : « … un Boeing 2050 de la MINOAN AIRLINES en flammes qui s’abat lentement mais sûrement sur l’hôtel Heraklion, dont la destruction va coïncider avec la nôtre dans quelques secondes.
Le motif de la double hache est nettement visible sur la carlingue.
Ariane danse, plus belle que jamais, antique et svelte, plus belle, nue, plus pure que je ne l’ai jamais vue ni revue, des années, des siècles après notre rencontre, des siècles après notre rupture. »
(p. 88)
Le temps, dans l’esprit d’un enthousiaste lecteur cultivé, s’étire comme une constante coïncidence du passé et de l’avenir, de l’imagination et de la mémoire, de la connaissance et de l’intuition. « Je m’en souviens comme si c’était demain. » (p. 43) Jusqu’à ce que tout se perde dans les brumes de l’oubli : « Pink Floyd estime que ce texte est de la plume de Sir Arthur Conan Doyle, un auteur très ancien du dix-neuvième siècle, le créateur du détective Sherlock Holmes, aujourd’hui complètement oublié. Slimane pense que Lewis Carroll, le créateur d’Alice, qui appartient aux mêmes temps reculés en est l’auteur, » écrit la conservatrice du musée, à venir, de ce qui, dans notre esprit, appartient encore à notre temps.

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Gilles de Obaldia, L’herbe haute. Poèmes. Paris : La Maison de Poésie, 2008.

Très joli recueil de poèmes au rythme souple et sans emphase.

« Convoyeur de fonds
dans les surfaces bleutées du moi

Quelques chalutiers ivres ont bercé
ce soir les berges ajournées

Le rêveur aux ailes bibelotes
a touché terre avec sa meute de riens […] » (Extrait d’ « Acte », p. 46)

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Patricia Proust-Labeyrie Au Jardin des Sois
Ce petit conte, qui narre l’amour un temps contrarié entre une fleur et son jardinier, illustre allégoriquement la nécessité vitale d’une entente entre le corps et l’âme, animus et anima. Mais, à la différence du mythe d’éros et de psyché, ici le principe féminin est le plus puissant, de par sa puissance créatrice, même si la plante dépend pour sa survie physique de l’attention d’un jardinier en somme plus près de la matière.

L’auteure , poète, est surtout plasticienne (elle travaille aussi au sein du groupe de recherches PSA (Plasticité Sciences Arts)). Cet apologue se déroule sur 47 feuillets de petite taille ( 11 x 8,7 cm) imprimés sur papier LANA de 130 grammes, livre-objet numéroté et signé par l’artiste et illustré d’une encre originale et d’une photo originale imprimée sur rodhoïd. Il s’agit de 40 exemplaires uniques, placés dans un magnifique coffret de toile bise doublé de papier à motifs damassés ; le dessus de la boîte (ou 1ère de couverture) est orné d’une encre originale en camaïeu avec la toile encadrée de branchettes de forsythia. Une véritable œuvre d’art à s’offrir pour la lecture et la vue et à exposer dans une vitrine.

Michèle Duclos

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Yannis Ritsos, Erotika. Courbesserre : Eros Onyx, 2009.

Recueil de poèmes érotiques du grand poète grec.

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