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Emilie Saqué, poèmes

22 avril 2011

par Emilie Saqué

Berceuse pour l’enfant qui naîtra à l’aube

Je t’offrirai
Mon cœur scindé
Dans une coquille de noix.
Aube, Aube
Peins tes lèvres béantes
De la vive couleur amarante !
Vent, Vent
Glisse à sa cuisse cuivrée
Une couronne de fleurs d’oranger !
Mer, Mer
Couvre ses épaules dorées
D’une mantille d’écume nacrée !
Quand le crépuscule à ton doigt
Passera son anneau de lilas
Je t’offrirai
Mon cœur scindé
Dans une coquille de noix…

La edad perdida de Chile

A Richard et Line

D’Isla Negra à Valparaìso
Les pêcheurs jettent des filets de rosée dans l’eau
De Valparaìso à Santiago
Les paroles d’Allende brillent comme des cristaux
D’Isla Negra à Valparaìso
Les enfants brodent de vert les haillons de la Misère
De Valparaìso à Santiago
L’Espoir poignarde à mort le démon Meuler
De la Terre de Feu au désert d’Atacama
Des pumas assoiffés lapent des rivières de salpêtre
De la Terre de Feu au désert d’Atacama
Chuquicamata déchire la terre comme la plaie le traître
De la Terre de Feu au désert d’Atacama
Coquillage d’écume et de nacre Auchimalgen Princesse araucane
De la Terre de Feu au désert d’Atacama
Les soldats de Pinochet ont planté leur noir drapeau dans ton crâne
D’Isla Negra à Valparaìso
Un serpent ailé s’abreuve du sang glacé du poète
De Valparaìso à Santiago
Apparaît dans la nuit froide de septembre une Lune rutilante
D’Isla Negra à Valparaìso
Les pêcheur jettent des filets de sang dans l’eau
De Valparaìso à Santiago
Les paroles D’Allende agonisent dans leur tombeau


Shema Israël

Si je t’oublie Ô Israël
Que ma main droite se dessèche
Et que ma langue à mon palais
Si je perds ton souvenir colle*

Qui d’Isaac ou d’Ismaël
Porte en lui le souffle sacré
La flamme bleutée du nephesh
Qui trace le sillon de Paul

Les chemins ne menaient pas à
Yiéroushalahim quand l’Histoire
De ton peuple se détourna

Le temps s’enfuit mais la mémoire
Dans l’oubli ne se confond pas
Le passé est chair du présent
Les hommes vont et les enfants
S’amusent au bord des rivières
Dans leurs yeux Rose de Sharôn
Passent des rêves des prières

Loin est la terre de Sion

Quand à l’ombre de leur lumière
Les mères lavent des draps blancs
Ô Toi écoute leur prière

Qu’il est loin le mur d’Occident

*Psaume 137 (136) ; 5-6 : Si je t’oublie, Ô Jérusalem…


Intifada

Et la pierre dit : « Dois-je au corps, à la blessure
Aux imparables violences dont je suis la victime, de rouler ? »
Et le juif dit : « Frappé comme la pierre, le corps meurtri de coups,
L’infime violence qui s’exerce sur moi, est-elle comparable à mon errance ? »
Edmond Jabès

Les histoires que je ne te dis pas
Sont celles que tu enterres déjà
Quand je serre ton ombre dans mes bras
Ces longs soirs que ton silence corroie

Avi les rues n’ont jamais été mères
Et leurs gris cailloux des chevaux de bois

Je le connais le prix de cette Terre
Le voile L’exil près de la frontière

N’est-il pas libre le peuple qui erre
La poudre le sang les larmes la chair
Je le connais le prix de cette Terre

A dix ans on ne joue pas à la guerre
Enfant laisse aux hommes cette faiblesse
Quand la blanche pierre au visage blesse
Aveuglée la foi n’est pas la raison
Elle n’est qu’insulte haine trahison
Alors laisse la pierre aux cimetières

Et Toi Dieu Toi si cruel qui a pris
Mon homme et mes frères Pour quelle terre
Leur souvenir se confond dans l’oubli
Que reste-t-il de l’homme qu’on enterre
Du fusil désarmé en bandoulière

Oh mon fils Avi prends-moi dans tes bras
Ces longs soirs que ton silence corroie


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