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Eliane Biedermann

26 avril 2010

par Anne Mounic

Eliane Biedermann, Calme des feuillaisons. Photographies de Baya Kanane. Paris : Caractères, 2009.

Ce recueil s’ouvre sur des vers de Claude Vigée, extraits du poème « Epiphanie », dans les Poèmes de l’été indien (Mon heure sur la terre, p. 341) :

« dans le nid du matin le poème et l’enfant,
promesses faites chair naissent d’un même feu,
ils portent la pourpre immédiate du soleil.
L’oiseau s’il chante n’a qu’un cri : TON CŒUR FAIT MONDE,
le double empire uni sous la simple couronne »

Eliane Biedermann poursuit alors une promenade poétique durant laquelle les évocations de l’enfance affrontent les rappels de la mort.

« On a fermé la porte de la maison
pour marcher dans le halo
des origines

Un enfant y apprend la poésie
en regardant les girouettes
trembler en embuscade
comme des fresques d’étoles » (p. 19)

La « patience du temps » modèle l’espace dans lequel se blottit l’intériorité :

« Dans un silence mi-clos
une photo d’enfance
réveille des voix perdues

Le poème se fraie un passage
dans le calme de l’absence » (p. 29)

Les « souvenirs d’enfance » deviennent un « fil d’Ariane » (p. 30) à travers parcs et jardins : « Tous les possibles nous appellent » (p. 35).

« J’habite à l’ombre des morts
dont la flamme impalpable
reste entière
malgré les voix
qui se sont tues » (p. 47)

A la douleur, le poète oppose l’émerveillement :

« En bordure de la neige
Noël fait briller ses icônes
étend son drap de lin
sur les rêves d’enfance » (p. 50)

Et le poème est pareil à un « acte de foi » (p. 53). Le langage est une demeure :

« Les livres et les amis
équilibrent les pierres
de nos maisons
et nous font regarder
la transparence du ciel
où la lune se penche
comme un fleur géante » (p. 57)

Ce recueil au rythme paisible paraît, écrit tout au présent, une exploration de l’ici et du maintenant. Cet adverbe, d’ailleurs, comporte sa part de merveille. Dans La lune d’hiver (Honoré Champion, 2002, p. 230), Claude Vigée fait remarquer qu’il signifie « en tenant par la main » ; il s’agit en effet du participe présent de « maintenir », de manutenere, tenir avec la main.

Eliane Biedermann, à travers ce recueil, sonde tous les possibles de l’instant présent tandis que le poème, ou l’enfant, la tiennent par la main, contre l’amertume du destin :

« Le rythme du poème
apprivoise le destin
pour voyager dans la lumière » (p. 65)


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