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El Golem, de Jorge Luis Borges, par Gabriel Sivak

26 avril 2014

par temporel

lire le poème original


Il s’agit un peu de l’exemple opposé à Voyelles ; la voix de Borges récitant son poème est en elle-même une écriture musicale et son interprétation par l’auteur lui-même. La poésie est rythme. As-tu tenu compte de ces composantes ? Si oui, comment ? Le danger pour un artiste, quelle que soit la forme d’expression, c’est l’illustration, le danger de s’abandonner, de coller à l’autre sans apporter, en perdant sa personnalité. D’ailleurs dans certain passages tu laisses à Borges le premier rôle ; ton accompagnement se veut neutre voir absent.

G. S. : J’ai conçu cette pièce en prenant la couleur de la voix de Borges, son timbre, sa cadence, qui est assez asymétrique, parfois même bancale. Il parlait comme ça, il avait même, je crois un problème d’élocution, comment dit-on, il bégayait un peu. J’ai donc essayé d’intégrer la voix comme un instrument dans le quintette. C’est un quatuor à corde, piano et voix. J’ai essayé d’intégrer la voix de façon sonore comme s’il s’agissait d’un hautbois ou d’un cor. Les premiers accords sont un peu obscurs. Je les ai conçus parce que la pièce devait être créée dans la synagogue en face du cimetière juif de Prague, là où est né la légende du Golem. J’étais un gamin lorsque j’ai commencé à écrire ça ; je devais avoir vingt ans. On devait présenter la pièce dans cette synagogue devant sa veuve, Maria Kodama, et je me souviens que j’ai pensé à ces accords à partir de la couleur de sa voix. Je ne sais pas pourquoi cela a marché ; je crois que ces accords, je les avais même écrits auparavant pour une autre pièce, que je n’ai pas finie. C’est ma mère qui m’a conseillé d’utiliser la voix.de Borges. Au début, le poème devait être lu par quelqu’un d’autre. Ma mère m’a rendu visite à Barcelone alors que j’étais très angoissé pour le concert. Il me restait un mois et j’étais bloqué ; je n’arrivais pas à écrire et on ne savait pas qui allait lire le poème. J’ai envoyé quelqu’un pour trouver l’enregistrement de Borges dans une librairie de l’avenue Corriente à Buenos Aires. Il me l’a envoyé par la poste. Entre temps j’essayais de faire des esquisses au piano en regardant les jours courir et quand c’est arrivé, j’ai tout de suite écouté le disque et j’ai dit : c’est parfait, c’est ça. Ensuite, je suis passé par plusieurs versions, j’ai corrigé, corrigé, toujours en laissant plus de silences pour que la musique soit un écho de la voix et la voix, un écho de la musique.

Anne Mounic :
C’est très réussi, j’ai trouvé que cela donnait au poème une sorte de continuité et en même temps une résonance.

El golem - Poemas de Jorge Luis Borges

Si (como afirma el griego en el Cratilo)
el nombre es arquetipo de la cosa
en las letras de ’rosa’ está la rosa
y todo el Nilo en la palabra ’Nilo’.
 
Y, hecho de consonantes y vocales,
habrá un terrible Nombre, que la esencia
cifre de Dios y que la Omnipotencia
guarde en letras y sílabas cabales.
 
Adán y las estrellas lo supieron
en el Jardín. La herrumbre del pecado
(dicen los cabalistas) lo ha borrado
y las generaciones lo perdieron.
 
Los artificios y el candor del hombre
no tienen fin. Sabemos que hubo un día
en que el pueblo de Dios buscaba el Nombre
en las vigilias de la judería.
 
No a la manera de otras que una vaga
sombra insinúan en la vaga historia,
aún está verde y viva la memoria
de Judá León, que era rabino en Praga.
 
Sediento de saber lo que Dios sabe,
Judá León se dio a permutaciones
de letras y a complejas variaciones
y al fin pronunció el Nombre que es la Clave,
 
la Puerta, el Eco, el Huésped y el Palacio,
sobre un muñeco que con torpes manos
labró, para enseñarle los arcanos
de las Letras, del Tiempo y del Espacio.
 
El simulacro alzó los soñolientos
párpados y vio formas y colores
que no entendió, perdidos en rumores
y ensayó temerosos movimientos.
 
Gradualmente se vio (como nosotros)
aprisionado en esta red sonora
de Antes, Después, Ayer, Mientras, Ahora,
Derecha, Izquierda, Yo, Tú, Aquellos, Otros.
 
(El cabalista que ofició de numen
a la vasta criatura apodó Golem ;
estas verdades las refiere Scholem
en un docto lugar de su volumen.)
 
El rabí le explicaba el universo
"esto es mi pie ; esto el tuyo, esto la soga."
y logró, al cabo de años, que el perverso
barriera bien o mal la sinagoga.
 
Tal vez hubo un error en la grafía
o en la articulación del Sacro Nombre ;
a pesar de tan alta hechicería,
no aprendió a hablar el aprendiz de hombre.
 
Sus ojos, menos de hombre que de perro
y harto menos de perro que de cosa,
seguían al rabí por la dudosa
penumbra de las piezas del encierro.
 
Algo anormal y tosco hubo en el Golem,
ya que a su paso el gato del rabino
se escondía. (Ese gato no está en Scholem
pero, a través del tiempo, lo adivino.)
 
Elevando a su Dios manos filiales,
las devociones de su Dios copiaba
o, estúpido y sonriente, se ahuecaba
en cóncavas zalemas orientales.
 
El rabí lo miraba con ternura
y con algún horror. ’¿Cómo’ (se dijo)
’pude engendrar este penoso hijo
y la inacción dejé, que es la cordura ?’
 
’¿Por qué di en agregar a la infinita
serie un símbolo más ? ¿Por qué a la vana
madeja que en lo eterno se devana,
di otra causa, otro efecto y otra cuita ?’
 
En la hora de angustia y de luz vaga,
en su Golem los ojos detenía.
¿Quién nos dirá las cosas que sentía
Dios, al mirar a su rabino en Praga ?