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Editorial

22 avril 2020


Espérons que la spirale, en ce printemps de crise, ne nous mènera pas au cœur du labyrinthe, mais nous guidera vers l’issue. Christian Lippinois étudie sa place dans l’art et Didier Lafargue la suit chez Dante. Pour ma part, je la cherche chez Gérard de Nerval.
Vous pourrez lire, dans ce numéro, plusieurs traductions, entre autres celle d’Auden par Aurélien Saby, de Gascoyne (présenté par Roger Scott), par Michèle Duclos, d’Hamlet, par Jean Briat. Vous retrouverez le feuilleton sur Defoe de Jean Migrenne et les coutumières notes de lecture.
Bruno Duval, rencontré au Salon de la Revue où il était venu, attiré par le titre Temporel, nous parler d’André Hardellet, nous propose quelques considérations sur cet auteur qui lui est cher.

Bonne lecture.

Chalifert, le 29 mars 2020.

Actualités

Parutions :


Considérer la vie comme digne d’être vécue : Marcel Proust à la Recherche du temps perdu, étude du début de l’œuvre « à partir du fameux incipit – Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » –, jusque : « ... les positions successives que nous montre le kinétoscope. ». Elle est publiée aux éditions du Bord de l’Eau dans la collection « Études de style », selon l’expression de Leo Spitzer, que dirige Nicolas Martin. En voici la quatrième de couverture :

Je voudrais, en étudiant de près le début de la Recherche du temps perdu, tenter de saisir pourquoi cette longue phrase complexe qui se plaît à nous égarer dans les dédales de « l’inexprimable » nous entraîne dans un univers qui ne nous paraît pas étranger, même si l’auteur affirme que les « beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ». L’analyse des temps utilisés, notamment, permet de pénétrer plus finement le mouvement de l’esprit que Proust décrit par le menu au seuil de la Recherche.

J’aimerais, grâce à une étude précise de ces premiers paragraphes, m’employer à la caractériser. On comprendra ainsi pour quelle raison cette œuvre, dès ses premières lignes, nous saisit, car elle nous semble aussitôt accueillante et douillette. Nous nous sentons, dès les premiers mots, en domaine familier. Ce « Je » qui ouvre le premier volume ne nous éloigne pas par une sorte de fermeture égocentrique, mais au contraire ouvre à un instant transmis et partagé.

Anne Mounic, maître de conférences honoraire à Paris 3 Sorbonne nouvelle, est l’auteur de plusieurs essais critiques, Italie du récit, terre de ses métamorphoses (Classiques Garnier, 2019) ; Force, parole, liberté : Rupture tragique ou continuité du récit (Honoré Champion, 2018), ainsi que de romans (La Vérité, suivi de Vive esquive du rien, utopie de l’étreinte, Feuilles / Beauchesne, 2019) et de poèmes (Presque dans une fresque, Carnet de voyage poétique, Italie, 2019, suivi de Patiente insinuation exploratoire, Poèmes 2018-2019, Atelier GuyAnne, 2020).

Considérer la vie comme digne d’être vécue : Marcel Proust à la Recherche du temps perdu. Collection Études de style. Lormont : Le Bord de l’Eau, 2020.

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Presque dans une fresque, Carnet de voyage poétique, Italie, 2019, suivi de Patiente insinuation exploratoire, Poèmes 2018-2019, Atelier GuyAnne, 2020.

Ce recueil commence en plein cœur de l’été, puis nous retrouvons l’automne, l’hiver, – saison de l’attente –, pour cheminer tout au long de l’année, éprouver la surprise de la reverdie et regagner l’été. Patiente insinuation exploratoire s’achève (ou plutôt s’inachève) où commence Presque dans une fresque. On peut toujours revenir à l’origine. La patience esquisse une spirale, qui revient sur elle-même pour s’élancer plus haut ou plus avant, sans céder au découragement du temps qui file et nous épuiserait si nous ne le rendions singulier par cette tentative, cet espoir, de surmonter les limites individuelles pour accéder à ce rien dans l’air que nous pourrions partager parce que nous nous y reconnaissons. La parole creuse notre nuit afin de nous rendre attentifs aux nuances du jour.

sans cesse nourrisse

J’aimerais pouvoir m’insinuer en louvoyant
entre les êtres, sans cette herse dressée
des rivalités, des utilités et des aigreurs.
Que la part commune de joie et de peine
sans cesse nourrisse l’élan du possible,
que la réciprocité, à tout moment, autorise
le renouvellement du commencement.
Alors, le souffle commun sur nous
veillera. La neige aujourd’hui se blottit
là où le froid se réfugie, à l’ombre,
au nord, dans les ornières du chemin.
Lentement, y fond le souvenir.


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