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Editorial

30 septembre 2009


Ci-dessous : Actualité

… mais je ne me crée pas moi-même, je me choisis moi-même. Tandis que la nature est créée de rien, tandis que moi-même en tant que personnalité immédiate, je suis créé de rien, comme esprit libre je suis né du principe de la contradiction, ou je suis né par le fait que je me suis choisi moi-même.

Kierkegaard, Ou bien… ou bien…

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"I will show you fear in a handful of dust."

On ne parle en cette rentrée que de financiers qui gagnent des mille et des cents et, de plus, par leur cupidité, mettent en péril la vie modeste de millions de gens, auxquels, au nom de la préservation de la planète, on va taxer les moyens de se chauffer l’hiver sans pour autant qu’il existe une quelconque alternative aux sources d’énergie en cours. D’une part, il semble que notre démocratie se change de nos jours en ploutocratie ; d’autre part, le monde dans lequel nous vivons se referme sur ses propres contradictions et resserre un peu plus l’étau qui aliène l’esprit en l’assiégeant de soucis exclusivement matériels. Dans ce monde fini de l’objet et de l’immédiat, toute réflexion éthique se noie sous les arguments de la nécessité, tous contradictoires qui plus est.

C’est bien sûr, dans ce contexte, la question de la liberté de l’individu qui se pose. Quelle est-elle quand vous vous trouvez de la sorte inondé de contraintes matérielles et que, de plus, dans le monde du travail, on vous traque, on vous juge, pour tirer de vous, instrument, le plus possible ? Et la liberté ne dépend-elle pas aussi de l’honnêteté ? C’est la question que nous posons en l’abordant sous divers angles et grâce à divers auteurs : je vous renvoie à l’introduction au thème et aux divers articles, qui permettent au moins de poser le problème. Si dans le monde immédiat, le monde fini de ce que Kierkegaard nomme la « culture esthétique », ne règne que la nécessité, il s’ensuit que la réflexion sur l’honnêteté n’y est pas pertinente ; d’ailleurs Machiavel dissocie morale et politique. Le choix éthique transcende la nécessité et ouvre l’infini : « … l’éthique est ce par quoi l’homme devient ce qu’il devient. Il ne faut nullement en conclure que celui qui vit esthétiquement ne se développe pas ; mais il se développe avec nécessité, non pas avec liberté, aucune métamorphose n’a lieu en lui, ni le mouvement infini par lequel il arrive au point d’où il devient ce qu’il devient. » Et, au-delà de l’éthique encore, stade du général et de l’abstrait, se pose la question du singulier. C’est là que se confondent la conscience réflexive de l’origine, ce retour, sans cesse, à la source de l’être, et celle du langage authentique, ou honnête. Entre « honnête homme » et « homme honnête », sans exclure la femme de cette question de l’être, nous opposerons, comme le fait Shakespeare, la rhétorique de la dissimulation et la langue honnête de la réciprocité.

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Goya

Et la question nous paraît cruciale au regard de notre condition existentielle, que l’illusion de maîtrise, dans le monde fini, nous fait la plupart du temps oublier :
« Apparaître et disparaître.
Est-il un jeu plus triste,
plus ténébreusement ironique,
plus semblable à un antijeu ?

Si le jeu était franc
il devrait avoir au moins une autre donne. »

(Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale. Traduction de Roger Munier. Paris : Corti, 1993.)

Confrontés que nous sommes à cette mauvaise donne, que nous reste-t-il d’autre sinon l’honnête réciprocité que permet un langage accueillant pleinement autrui sans rivalité ni dissimulation ?

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Rembrandt

Les illustrations que nous avons choisies pour ce thème mettent en valeur le visage humain et l’inquiétude de l’être. Les représentations de Michel-Ange, qui travailla "tordu" dans la chapelle Sixtine, comme il le dit dans un de ses poèmes (au début du seizième siècle pour la voûte et plusieurs années plus tard pour le Jugement dernier, derrière l’autel), nous paraissent servir au mieux ce thème de l’honnêteté si l’on songe au chaos politique de l’Italie aux quinzième et seizième siècles, chaos qui transparaît dans l’œuvre de Machiavel, Le Prince, et la fonde. On perçoit, dans le Jugement dernier notamment, un sorte d’effarement à l’égard du sort qui est réservé à l’être humain. La vision de l’artiste ne paraît en aucun cas dualiste : les élus semblent aussi inquiets que les réprouvés. On notera également, dans la représentation du Péché originel, que du serpent qui s’enroule le long du tronc de l’arbre comme le reptile du caducée, se détachent dans les feuillages à la fois la tentation, à gauche, et son châtiment, à droite - terrible ambivalence du destin humain. Si l’on considère que l’honnêteté se ressource sans cesse à l’origine, pour reprendre souffle comme à la racine de soi, cette œuvre s’imposait, comme celle de Rembrandt qui, s’étant peint lui-même, nous fixe maintenant du regard, ou celle de Soutine, dont les portraits sont de véritables questionnements existentiels. Et nous avons songé à Otto Dix, ainsi qu’à Goya. Considérant l’importance du visage, nous nous sommes souvenus d’une des dernières images du film de Bergman, Les Fraises sauvages (1957), l’homme âgé contemplant les joies de sa vie passée. Un autre visage s’est imposé, celui du héros de Vivre, film d’Akira Kurosawa (1952) : l’homme qui se sait condamné, n’a de cesse de faire le bien. Pour reprendre les termes de Betty Rojtman dans Le pardon à la lune (Gallimard, 2001), face à "l’ironie tragique", il choisit la "liberté", il choisit de "réparer".

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Takashi Shimura dans "Vivre" de Kurosawa

Nous aurions pu parler aussi, songeant à la photographie, d’Etienne-Jules Marey qui, créant les instruments techniques de ses recherches médicales sur le mouvement, s’en tint là. Comme l’écrit Jacqueline Brossolet dans son article de l’Universalis : "Il réalise la projection de ses films dès 1893, mais il refusera toujours d’adopter la perforation latérale qui permit aux frères Lumière de breveter et de commercialiser en 1895 les procédés mis au point par Marey et par son aide Demeny." Honnêtement, il se cantonne à sa recherche, sans songer au profit qu’il pourrait en tirer. Signalons à propos de ce chercheur un excellent site qui lui est consacré : http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/marey.htm

Viennent ensuite poèmes et proses de Claude Vigée tout d’abord, puis les poèmes de Paige Ackerson-Kiely, traduite par Michèle Duclos et Paul Fenoult, Camille Aubaude, Maya Béjerano, traduite par Esther Orner, Stephen Cushman, traduit par le Groupe d’Etudes et de Recherche Britanniques de l’Université de Bordeaux 3, Frédéric Le Dain, Yvon Le Men, André Ughetto, Gisèle Venet, Alan Wall, ainsi que de trois poètes d’Amérique latine traduits par Yvan Avena ; et les contributions en prose de Sébastien Labrusse et Jacques Sicard.

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Etienne-Jules Marey

David Gascoyne ouvre le chapitre critique par ses réflexions sur la musique et sur Le Clézio. Zina Weygand, historienne, nous présente son champ de recherche : « faire l’histoire des aveugles », et nous parle de deux intellectuels aveugles, Taha Hussein et Rabah Belamri. Christian Lippinois nous décrit un « sesshin », qui est « un temps de retraite consacré à faire l’expérience du cœur profond ». Frédéric Le Dain nous fait partager son émotion, et son analyse, du Soulier de satin de Paul Claudel. On peut aussi entendre à nouveau l’émission que Victor Malka a consacrée, le 9 août, à Jacob. Suit le texte de la conférence donnée le 23 mai au Sénat sur invitation de Camille Aubaude et de l’A.L.F.O.M. – présentation de la revue et de Jacob ou l’être du possible. Nous trouvons ensuite un certain nombre de notes de lecture, dues à Marie-France Bonicel, Nelly Carnet, Michèle Duclos, Bernard Grasset, Frédéric Le Dain et Gérard Paris. Marie-France Bonicel a effectué, à la suite de sa note de lecture, un choix de huit poèmes d’Armen Tarpinian.

Bonne lecture.

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Actualité

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Appel à poèmes pour une anthologie de femmes poètes :

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Vient de paraître, de Claude Cazalé-Bérard, Donne tra memori e scrittura : Fuller, Weil, Sachs, Morante. Roma : Carocci, 2009.

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Nous annonçons la parution d’un recueil d’essais et d’entretiens de Claude Vigée, La double voix, aux éditions Parole et Silence.

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Daniel Cohen, aux éditions Orizons, nous offre une réédition de L’Extase et l’errance de Claude Vigée.

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La revue Autre Sud, dans son numéro 46, d’octobre 2009, consacre son Dossier à Claude Vigée, sous la direction d’André Ughetto.

Autres temps, Parc d’activités de la Plaine de Jouques, 200, avenue de Coulins, 13420 Gémenos.
autresud@horizon-imprimeries.com

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François Lunven, Elytres matricielles

Nos lecteurs retrouveront Bernard Réquichot et découvriront ou redécouvriront François Lunven, peintre et graveur du "corps meurtri", à la Galerie Alain Margaron du 10 septembre au 17 octobre.
5, rue du Perche – 75003 Paris 01 42 74 20 52 – Du mardi au samedi de 11 à 13 h. et de 14 h. 30 à 19 h. 30.
http://temporel.fr/Bernard-Requichot-par-Jean-Revol
http://temporel.fr/Bernard-Requichot-vers-la

Rude journée, gravure de François Lunven

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A l’occasion de la parution de Masque de nuit, poème d’Anne Mounic, préface de Claude Vigée, illustrations de Guy Braun, aura lieu du 3 au 15 novembre une exposition de Guy Braun – monotypes et gravures – à la Galerie Caractères, 7, rue de l’Arbalète, 75005 Paris. 01 43 37 96 98
Vernissage le jeudi 5 novembre à partir de 18 heures.

Guy Braun exposera notamment ses travaux sur des thèmes bibliques – la lutte de Jacob et de l’ange, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, dans la traduction d’Henri Meschonnic – et ses illustrations poétiques (Le puits du ciel et Masque de nuit).

Masque de nuit, monotype, Guy Braun

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Nous annonçons aussi la parution de La houle sous la langue aux éditions Encres Vives, Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

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