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Editorial

27 septembre 2006

par temporel

Tuscania - Basilique San PietroCe numéro 2 de Temporel s’ouvre à plusieurs domaines de la pensée et de l’expérience, non seulement la poésie et l’art, mais aussi la philosophie et les sciences sociales avec Max Weber et cette « cage d’acier » qui symbolise, à la fin de L’Ethique protestante, le capitalisme moderne. « Le puritain voulait être un homme besogneux - et nous sommes forcés de l’être. » Nous voici livrés au mécanisme de la production économique, comme par fatalité. Et l’organisation du travail, comme nous l’explique Christophe Dejours dans l’entretien qu’il nous a accordé, se déshumanise en cette perspective réifiante. Comme l’écrivait Camus en 1946 dans son essai intitulé « Prométhée aux Enfers » : « L’humanité, aujourd’hui, n’a besoin et ne se soucie que de techniques. Elle se révolte dans ses machines, elle tient l’art et ce qu’il suppose pour un obstacle et un signe de servitude. Ce qui caractérise Prométhée, au contraire, c’est qu’il ne peut séparer la machine de l’art. Il pense qu’on peut libérer en même temps les corps et les âmes. L’homme actuel croit qu’il faut d’abord libérer le corps, même si l’esprit doit mourir provisoirement. Mais l’esprit peut-il mourir provisoirement ? » [1]

Le thème de la cage nous invite à une réflexion sur l’expérience et sur la dimension temporelle de l’existence. « C’est par la durée seulement que le temps est conquis », écrivait T.S. Eliot, ici traduit par Claude Vigée, qui fondait aux Etats-Unis, en 1947, une revue dénommée Cronos, dont il nous parle dans l’entretien qu’il nous a accordé. De Temporel à Cronos, la coïncidence est fortuite, mais nous ne la récusons pas.

Puisque l’œuvre humaine constitue une façon de métamorphoser le temps destructeur en durée créatrice, le cahier de création s’ouvre très largement à diverses voix. On y lira d’abord un poème de jeunesse de Claude Vigée, poème très délicat, écrit à Bischwiller en mai 1937 et intitulé « Mon jardin ». Viennent ensuite des proses poétiques de Claude Bauwens, des poèmes de Céline Boyer, Annie Briet, Anton Brunnengeber (en allemand, avec leur traduction), Michel Cosem, Paul Fenoult, Patrick Joquel, Frédéric Le Dain, Isabelle Normand et David Schnee ; des nouvelles de Jean-Luc Wauthier. Paul Van Melle nous fait part de ses réflexions sur la (difficile) diffusion de la poésie et nous proposons, en collaboration avec Michèle Duclos et Roger Scott, la première partie d’un dossier sur David Gascoyne traducteur, d’anglais en français, de ses propres poèmes. Dossier à suivre dans le prochain numéro de la revue.

Enfin, nous pénétrerons l’univers pictural de Sibylle Baltzer, fille de l’écrivain Laure Fardoulis et petite-fille du poète Michel Fardoulis-Lagrange, grâce à quelques reproductions de ses œuvres et à l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder.

Dans la rubrique « à l’écoute », nous vous invitons à la lecture... recueils de poèmes, de nouvelles, ouvrages critiques, essais, mais tout d’abord Jean Revol nous parle de son exposition qui eut lieu à Lyon, sa ville natale, au printemps 2005.

Les numéros suivants seront bâtis selon la même architecture ; le thème (à propos), le cahier de création, indépendant du thème (à l’œuvre) et le volet critique (à l’écoute). En cliquant sur « à rebours », vous pouvez vous reporter aux numéros précédents, le numéro 1 pour l’instant, dont le thème, rappelons-le, était « La lutte avec l’ange ».
Nous envisageons à l’avenir les thèmes suivants :

- numéro 3, mai 07 : le rythme de la marche.
- numéro 4, octobre 07. La joie sur le fil du rasoir, la joie malgré tout.

Et vous pouvez nous contacter, nous proposer articles, nouvelles, poèmes,...

Photos : Tuscania - Basilique San Pietro

Notes

[1Albert Camus, « Prométhée aux Enfers », L’Eté. Paris : Gallimard Folio, 1994, p. 120.


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