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Editorial

29 septembre 2007

par temporel

Joie, belle étincelle des dieux…

Joie – plus profonde encore que peine de cœur.
Douleur dit : Passe –
Toute joie pourtant veut éternité –
Veut profondément profonde éternité.
Friedrich Nietzsche, « Chant d’ivresse »
Tiré de Zarathoustra.
Traduction de Georges Ribemont-Dessaignes.
Freude, schöner Götterfunken,
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum.
Friedrich Schiller, „An die Freude“.

Tarquinies
Ce numéro d’automne de Temporel, numéro 4 déjà, rassemble musique, poésie, prose, gravure, peinture, photographie et philosophie. Nous accueillons avec grand plaisir et gratitude, sur le thème de la joie, le point de vue de Robert Misrahi, spécialiste de Spinoza, celui de Nicolas Go ainsi que la réflexion de Raphaël Enthoven. Robert Misrahi s’entretient avec Kenneth White. Nous avons lu aussi l’ouvrage, La joie spacieuse : Essai sur la dilatation, de Jean-Louis Chrétien, qui a bien voulu répondre à notre question. On s’apercevra que la question de la joie est centrale dans la réflexion philosophique, non seulement chez Spinoza, mais également chez Kierkegaard, pour lequel elle s’associe à la défense de l’individu, « catégorie de l’esprit », individu que le philosophe se donne pour dessein de rendre « attentif », c’est-à-dire éthiquement conscient plutôt qu’enfermé dans le souci du lendemain. La joie est liberté de l’esprit dans l’instant. « C’est que la joie, » écrit Robert Misrahi, « dans son intensité et son exaltation, enveloppe une affirmation significative : elle affirme, elle exprime l’accord profond et neuf de l’individu avec lui-même et avec le monde. Elle est l’admiration de l’existence pour l’existant, ou bien l’existence se louant elle-même d’être ce qu’elle est et de rencontrer un monde qui s’accorde à elle et auquel elle s’accorde. »

Clément Rosset écrit que Nietzsche associait la joie à la musique. C’est donc pour notre bonheur que nous entendrons la musique de Hans-Georg Renner sur son propre poème en hommage à Evy, ainsi que celle de Noël Lee sur deux poèmes de Catherine Pozzi.
Dans le cahier de création, à l’œuvre, nous accueillons également, autour de Cézanne, Charles Tomlinson et Eannon Grennan, traduits par Michèle Duclos, Henry Braun, poète américain, Béryl Cathelineau-Villatte, Gérard Cathelineau, tous les deux médecins également, Pierre Cendors, poète de Suisse romande, Michel Cosem, Chantal Danjou, Rome Deguergue, Colette Gibelin, Yvon Le Men, Ysabel Lorans, Tony McManus, traduit par Michèle Duclos et Augustus Young, poète irlandais vivant en France, traduit par Caroline Andriot-Sallant. Pierre Furlan, écrivain et traducteur, passionné de Nouvelle-Zélande, nous a confié un extrait de son Journal. Nicolas Go nous propose, dans sa traduction, une nouvelle du grand écrivain et poète bengali Rabindranath Tagore. Roger Scott met à notre disposition plusieurs textes et poèmes de David Gascoyne. Denise Gellini, dans la rubrique critique, à l’écoute, nous parle d’Anne-Marielle Wilwerth. Rome Deguergue nous présente un poème d’Emilie von Berlepsch sur la joie.
Nous retrouvons Claude Vigée avec plusieurs poèmes, extraits de ses Chants de l’absence, et la continuation de son Cahier parisien. Michèle Duclos nous parle de son récent voyage en Inde, à Dharamsala, et de sa rencontre avec le Dalaï-lama.
La gravure est bien représentée, par Solberg, Rudi Munger et Pascale Hémery ; la photographie par Solberg et Jean-Michel Jeannot. Rudi Munger, avec lequel s’entretient Guy Braun, est également peintre.

Il nous reste à espérer que notre joie de l’œuvre et du partage sera celle du lecteur.
Peut-être la joie est-elle ce qu’exprime le poète japonais Santoka (1882-1940), à l’inverse du pessimisme de Cioran à l’égard de notre « présence infime », en une lucidité délivrée de l’inutile souci, autant que faire se peut…

« me voilà
à où le bleu de la mer
est sans limite »
Un puissant désir de vivre
Traduction Cheng Wing fun et Hervé Collet.
Millemont : Moundarren, 1995.

La joie, c’est aussi cet état d’esprit, et de cœur, auquel nous invite le Dalaï-lama :

"Chaque jour, au réveil, pensez :

Quelle chance de m’éveiller aujourd’hui !
Je suis vivant, j’ai une précieuse vie humaine.
Je ne vais pas la gaspiller
Je vais utiliser
toutes mes énergies pour me développer,
ouvrir mon cœur aux autres,
atteindre l’éveil pour
le bénéfice de tous les êtres."

La joie, ou atteindre l’éveil... et, comme nous y invite aussi le Dalaï-lama : Ne renonçons jamais.

Louvre, Epoux de Cerveteri

On peut entendre, dans "La revue", le thème offert à Temporel par Hans-Georg Renner et intitulé Himmelsschlüsselchen, c’est-à-dire Petites primevères célestes, ou bien Petites clefs du ciel. Nous remercions vivement Hans-Georg pour cette joie musicale.


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