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Defoe, L’Anglais de race pure, Partie 1

22 septembre 2014

par Jean Migrenne

L’ANGLAIS DE RACE PURE
I

Là où Dieu érige une maison de prière,
Le Diable toujours bâtit chapelle derrière [1],
Qui immanquablement à l’examen révèle
Que ce dernier a davantage de fidèles.
Du jour où il a faussé notre entendement,
Le genre humain, conquis, le suit aveuglément.
Il s’attache à tous sans discrimination
Et règne en maître sur toutes les nations.
Aucune secte non-conformiste ne vient
Secouer son joug, rare est celui qui s’en plaint.
Il connaît le génie et le moindre penchant
De chacun des pays qu’il damne à l’avenant.
Il n’a nul besoin de forcer pour s’imposer :
De nous-mêmes nous pouvons toujours disposer.
Si douce est sa loi et si léger son empire,
Qu’il est plus qu’agréable de lui obéir.
Devant ceux à qui il délègue ses pouvoirs,
Vains sont les Alexandre, nains sont les César.
L’infernal soutien jamais ne leur fait défaut
Et jamais il n’y eut de séides plus féaux.
Par eux, sous ses ordres, le monde entier est mis,
Et la mort étend son empire à l’infini.
Ils gouvernent si bien et sont si grands experts
Qu’on les prendrait pour les Grands Juges de l’enfer.
Chacun joue son rôle dans la ruine de l’homme
Et, en l’esprit, lui plante un pandémonium.

L’Orgueil, qui préside en enfer, en est le prince,
Dont l’Espagne est la plus étendue des provinces.
Il a manifesté son génie politique
En lui réservant l’or des mines du Mexique
Et l’argent extrait des montagnes du Pérou :
De quoi, bien employé, rendre le monde fou,
Mais il les savait par nature si hautains
Et si fainéants qu’ils en auraient grand dédain.
Ces gens si imbus, si fiers, si supérieurs,
Même mendiants mendieraient avec grandeur.
Ils font, pour paraître, assaut de munificence,
Et meurent de faim, dédaigneux de la dépense.
Jamais peuple, dans l’histoire de cette terre,
N’a, pourtant si riche, fait si traîne-misère.

Le Stupre a fait sienne la torride Italie :
Le sang y tourne au viol, à la sodomie,
Les veines en crue sont grosses d’un flux vivant ;
Ses coulées ardentes, qu’éjacule un volcan,
Accumulées, bouillonnent dans leurs solfatares :
Au corps de l’homme adhèrent les boues du Tartare.
La nature s’y forge aux braises du désir
Qu’attise l’effluve du souterrain empire.
Sur son trône infernal en toute quiétude,
Il commande aux éruptions de turpitude.

Silène, de la damnation fils chéri,
Règne avec tant de bonheur sur la Germanie
Qu’il n’a pas de sujets plus prêts à le servir,
Plus obséquieux, plus prompts à lui obéir.
Sa ruse les fait autant trinquer à l’enfer
Que, par respect du ciel, s’incliner jusqu’à terre.
Tant qu’à lui et au vin va leur religion,
Peu lui chaut la foi dont ils font profession,
À quel dieu sont adressées leurs dévotions.
Que souffle de Rome, de Luther ou Calvin
Le vent du salut, il les mène par le vin.

L’Excès en tout s’établit en terre de France
Où l’on vit en hâte, au petit bonheur la chance ;
Ce peuple de frivoles danseurs hypocrites
Entraîne souvent les autres dans sa faillite ;
Prompt à obéir aux oukases infernaux,
Dans les faveurs de l’enfer il est au plus haut.

Il mène la meute aveugle du paganisme
Et donne l’exemple d’un total despotisme.
Bas le masque, démon vrai, son titre il confirme,
Et, où qu’il aille tenter son pouvoir, s’affirme.
Il laisse libre cours à son ambition
Comme aux beaux jours avant sa destitution.
Adoré comme un Dieu, ses autels tout fumants
Des païens qui l’évoquent s’abreuvent du sang.

Ailleurs, il s’est adjoint une troupe de sbires
Installés aux avant-postes de son empire.
De son pouvoir secret ils ont en main les rênes,
Et le monde ploie sous ses infernales chaînes.

Russes en folie [2] et Irlandais fanatiques,
Danois en furie, Suédois mélancoliques,
Moscovites sans cervelle [3] et gens de la Chine
Auxquels baille l’enfer intelligence fine ;
Perses, dans l’opulence trop efféminés,
Et Tartares, dans l’indigence forcenés ;
Turcs et Maures sous le joug de Mahomet ;
Et pour régir les Juifs, Dieu à lui s’en remet ;
À l’Écossais le faux, au Portugais la bave,
Vengeance au Polonais, avarice au Batave.

Sois douce Ô satire, laisse tomber le voile
Sur les vices d’Albion, ta terre natale :
Ou alors, si c’est trop demander à ton art,
Sois juste, et à ses vertus prête égale part :
Mais, face aux premiers, elles sont, hélas ! trop rares.

Albion stagnait, inconnue, inhabitée :
Son état la vouait à la félicité,
Des voisins elle excitait la cupidité.
Ses havres hospitaliers, ses fertiles champs,
Fierté des paysans et gloire des marchands,
Ces hordes de barbares qui la trahissaient,
Ou bien s’en emparaient, ou bien l’envahissaient.
Telle beauté, dont le rempart est Innocence,
Ne peut que succomber, par défaut de défense.

D’un noir démon elle est comme née possédée :
L’Ingratitude en a fait sa chasse gardée.
Esprit égoïste, laid, revêche et bougon,
Hérités de Satan, il a les pires dons
Et ne lui concède que force et malfaisance :
Pire encore à l’intérieur qu’en apparence.

Ses premiers habitants avaient tout de la bête
Et la laissaient en proie à toutes les conquêtes ;
Des hordes de gueux, de vagabonds l’écumaient,
La mettaient en coupe réglée, la décimaient.
Après chaque victoire mise à son actif,
Elle adoptait les mœurs, la langue du captif.
Dans ce pot-pourri de reliques, notre race,
Dégénérait, prospère avec le temps qui passe,
Au point de n’avoir plus de propre caractère,
D’être la bâtarde des peuples de la terre.

Rome commença lorsque Jules César vint
Avec tous ceux qui portaient le nom de Romain,
Ses Gaulois, Grecs et Lombards, ses centurions,
Son train d’esclaves et la lie des légions.
Hengist [4] et ses Saxons, Swend [5] et tous ses Norrois,
Venus pour piller, n’avaient cure d’être rois.
Et les Écossais, Pictes, Celtes d’Hibernie,
Et Guillaume, venu vainqueur de Normandie !

Tous y ont implanté leur semence barbare,
Leur cosmopolite ramassis de soudards,
Mélangé aux Bretons, premiers sur cette terre,
Dont les Gallois avaient trempé le caractère.

De cette populace amphibie mal venue
Éclot l’anglais, ce vaniteux, ce malotru.
Les us, les coutumes, les parlers et les noms
De ces peuplades font leur réputation ;
On en trouve relents si forts, si persistants
Qu’ils ont marqué notre langue de leurs accents ;
Sans fatigue, vous trouverez à peu de frais
Romain et Saxon, Danois, Normand et Anglais.

Le grand conquérant normand nous rendit palpable
Ce dont tout autre envahisseur serait capable :
Chaque mousquetaire [6] venu dans son sillage
Reçut de lui des terres, nouvel apanage ;
Une fois assis sur le trône d’Angleterre
Il ne renvoya point ses Flamands outremer.
Son règne ne connut aucun remaniement :
Davenant [7] aurait pu laisser son livre en plan.
Nul parlement à chasser armes à la main,
Il payait en nature, pas besoin d’emprunt.
À jamais installé, chaque légionnaire
De sa part du pays fut plein propriétaire.
Cadastrée, la campagne fut distribuée
Et chaque soldat fut en habitant mué.
Il couvrit de titres sa canaille enrichie,
Flatta ces parvenus d’un parler rafraîchi
Et dans le Grand Registre ancra sa monarchie.

De nos vieilles lignées c’est le point de départ
Qui de nos pauvres nobles fit de grands vantards.
Ces rejetons de la soldatesque française
Suivaient dans ses fourgons le bâtard de Falaise.
On en retrouve la trace dans leurs blasons
Où épée, arc et lance montrent ce qu’ils sont :
L’arme du géniteur passe sur l’écusson.
Leurs armoiries dûment patentées montrent bien
Que ces nobles familles sont issues de rien.
Nul ne saurait dire si le héros d’un jour
Avait du galon ou bien jouait du tambour.
Honteuses, les archives noient dans leur silence
L’originelle roture de cette engeance.


Montrons-nous généreux et expliquons comment
On peut être Anglais de race pure et Normand.
Par son long pedigree, un cheval de Turquie [8]
A de quoi prouver qu’il est de bonne écurie.
Les modernes entendent bien que conquérir
Des terres peut être un moyen de s’anoblir.
Mais qu’un Français doive à la longueur de sa lame
De passer pour un Anglais, le diable ait mon âme !

Voyez ces héros qui se gaussent des Bataves,
Et devant l’étranger nouveau posent en braves,
Qui oublient qu’ils sont chargés de l’hérédité
Des plus beaux scélérats que la terre ait portés,
Bandits de grand chemin, bons à rien et forbans
Qui mirent notre royaume à feu et à sang :
Picte, fourbe Écossais, Breton de guède teint
Attirés par le vol, la rapine et la faim ;
Pirates norvégiens et boucaniers danois,
Dont la tignasse des marmots partout rougeoie,
Eux sont la souche, alliée aux Franco-normands
Dont la race pure de ces Anglais descend.

Et pour que nul n’ait envie de dire que l’âge
Associé au climat l’ait rendue plus sage,
La Providence avisée rabat les caquets
Et prend grand soin, chaque jour, de nous mélanger.
De l’Europe nous sommes l’égout, la tinette
Où ses résidus de fausse-couche elle jette.
Depuis Henry, cinquième du nom, notre roi,
Elle est la garenne de tous les hors-la-loi,
L’éternel asile de tous ces chiens galeux
Que les pays voisins ont chassés de chez eux.
Le temps que leur viennent quelques bonnes manières,
Voici qu’ils s’acclimatent, qu’ils se régénèrent,
Qu’ils apprennent à mépriser l’humanité,
Race d’Albion dans toute sa pureté.

Wallonie, Flandre, Irlande, Écosse et Pays-Bas,
Terres des Huguenots, Valtelins et Vaudois,
Du temps de notre bonne Reine Elizabeth,
Ont déversé chez nous trois cent milliers de têtes :
La Religion, Dieu soit loué ! les mena,
Prêtres et Protestants, et diable, et cetera.
De toutes professions et de tous métiers,
Poussés par la peur, ils étaient persécutés,
Endettés, accusés et pour cela fuyaient.
Tout comme à Hakila, David les commandait [9].

Les rejetons de cette foule hétéroclite,
Anglais, dans leurs pénates, devinrent très vite :
Hostiles, d’un mauvais œil ils considérèrent
Les Écossais venus tremper dans leurs affaires.
Un Picte couronné, à Londres devint roi ;
Écossais et pouilleux descendirent du froid.
Au cours de ses sept premières années, la paix
Fit de lui, de la moitié d’entre eux des Anglais [10].
Ses Écossais, venus des glaces de la Tay,
Fondirent sur nous, rustres ployant sous le faix,
Et comme plaie d’Égypte chez nous s’abattirent
Orgueilleux, morts de faim, armés pour envahir,
Férus d’aphorismes, sans argent, vérolés,
Mettant notre Canaan en coupe réglée.
Mais bien vite devenus seigneurs et messieurs,
Les voici tous, aujourd’hui, anglais jusqu’aux yeux.

Les guerres intestines désopilent fort
Et toujours du pays contribuent à l’essor :
Elles ouvrent la porte à des flots d’émigrés
Une fois Charles dans ses droits réintégré [11].
Le royal réfugié requinque notre sang
De putains étrangères et de courtisans ;
Il s’applique à remonter le taux des naissances
Régnant sous le signe de la concupiscence
Entouré d’un joli fretin d’Anglais bien nés
De notre noblesse portraits enfarinés.
Les en remercier noircira le tableau :
Les siècles à venir leur tourneront le dos
Lorsqu’ils jaugeront la pourpre à l’aune du sang :
Celui de Lindsay et celui de Carnavon [12],
Du fier Stafford, de Cambridge, Capel, Lucas, Lisle [13].
Dont la mort couronne celle du premier roi Charles [14]
Dont la perte est compensée, comble de largesse
Pour Albion, par un renouveau de noblesse
En la personne de six ducs, bâtards du règne [15],
Accouchés de la Castlemaine [16] italienne,
De la Portsmouth [17], la Tabby Scott [18], la Cambrienne [19].
Sans compter les belles, les pures à foison [20],
Ce sexe glorieux qu’épargne ma chanson.
De nos jours, s’ils prolifèrent à qui mieux mieux,
La moitié de nos Lords sera composée d’eux :
Et, à la chambre, leur morgue anglaise pur jus
Toisera Schomberg et Portland [21], ces parvenus.

Gâte-sauces de France, gitons d’Italie,
Camelots d’Écosse, tous furent anoblis.
Mendiants et bâtards, en personne ou fils de [22],
De notre pays augmentèrent le sang bleu.
Et tous, avant longtemps et depuis peu titrés,
Que nos seigneurs d’antan seront aussi bien nés.

Mais il lui faut aussi recruter du bourgeois,
Et des guerres d’hier réparer les dégâts ;
Pour cette pieuse tâche mieux accomplir,
Les Protestants français il invite à venir,
Fuyards pour l’amour de Dieu et sauver leur peau :
Dévots ou affamés, voici les Huguenots.
Deux cent mille paires de sabots débarquèrent
Que Dieu, dans sa bonté, plongeait dans la misère.
Et pour nos pauvres, grâce au ciel en soit rendue,
Ce fut, par charité, la portion congrue.
Ils s’installent dans chaque port et, prolifiques,
S’activent à nous repeupler d’Anglais authentiques
Dont les enfants, une fois atteint l’âge adulte,
Comme nous pétris d’orgueil et rois de l’insulte,
Nous imiteront, mépriseront l’étranger,
Mauvais coucheurs, madrés, Anglais sans déroger.

Ainsi d’autant d’espèces de gens la mixture
Fit un Anglais, hétérogène créature.
Fruit d’un rut furieux, de viols quotidiens
Entre Écossais et Bretons de leur guède teints,
Vite couchée, sa progéniture complice
Sous le joug romain fit labourer ses génisses.
Une populace mâtinée, là germée
Sans nom ni patrie, sans langue ni renommée,
Mais au sang chaud, s’offrit à l’imprégnation
Du nouvel influx des Danois et des Saxons.
Leurs catins de filles, dignes de tels parents
À toutes les nations s’ouvrirent en grand.
Et c’est dans un tel pot répugnant et pourri,
Que la race des Anglais pur-sang se nourrit.

Sept royaumes s’étaient partagé le mélange,
Qui répondaient à la rapsodie de phalanges
Qu’opposaient guerres et luttes sempiternelles,
Tandis qu’aux vainqueurs s’abandonnaient les donzelles.

Les Angles de l’Ouest finirent par triompher,
Peuple brutal, barbare et de sang assoiffé,
Maitre de la moitié du pays par le glaive
Tandis qu’il forçait l’autre à respecter sa trêve.
Et comme le plus grand s’impose au plus petit,
Le tout doit adopter le nom de la partie.
Écossais, Pictes, Bretons, Romains, Danois plient
Et aux Anglo-Saxons par la force s’allient.
Les composants, par eux si bien amalgamés,
Font que noms et souvenirs en sont sublimés :
Sans trace de Breton, pas plus que de Romain,
Le Pays de Galles résiste, mais en vain.
Le silence les fond dans un obscur magma :
Le nom d’« Anglais » les plonge dans l’anonymat.
Dévider le fuseau, Dieu seul saurait comment :
Quoi qu’ils furent, les voici Anglais cent pour cent.

Il ne reste qu’à s’étonner de notre orgueil
Qui vante ce qui du sage ne trompe l’œil.
Lorsqu’un Anglais se targue de son ascendance,
Il bafoue son pays, prouve son ignorance.
Le sang pur de l’Anglais est contradiction,
Ironie du discours et, de fait, fiction.
C’est un attrape-nigaud, une galéjade,
Juste retour de flamme après la mascarade ;
C’est la métaphore faite pour exprimer
La parenté d’un homme avec le monde entier.

Car si les Écossais, à croire la science,
Par tout l’univers ont répandu leur semence,
L’Angleterre, réputée pour son ouverture,
De la planète récupère les glanures.

Certains pensent que le Sauveur ayant voulu
Que son Évangile partout fût répandu,
Il advint que l’apanage de l’Angleterre
Fût de prêcher la bonne parole sur terre.

Il est bon que vertu de noblesse soit gage
Sinon Dieu seul sait où ancrer notre lignage,
Puisqu’il ne reste guère de famille en vie
Qui, d’un étranger, ne procède pas du lit.
Sur soixante mille Anglais reconnus titrés
Dont noms et blasons sont dûment enregistrés,
À tous les juges d’armes le défi je donne
De nous trouver dix familles anglo-saxonnes.

La France est fière de ses anciennes maisons
De Lorraine, de Montmorency, de Bourbon.
L’Allemagne porte ses Habsbourg au plus haut,
La Hollande a ses invincibles Nassau,
Noms de très ancienne noblesse, enracinée,
Quand celle des Anglais attendait d’être née.
L’Écosse aussi honore d’antiques héros
Dont les noms de Gordon, Hamilton et Monroe,
Douglas, Graham, MacKay sonnaient déjà la gloire
Bien avant qu’un seul en Albion fût notoire [23].

Mais Albion est fort douée pour la technique :
Sa noblesse, elle l’importe ou se la fabrique ;
Elle s’affiche fière et aristocratique,
Elle se dit par l’étranger parasitée
Et s’octroie un brevet de haute antiquité.
Les Sackville, les Saville, Cecil et Delamere,
Les Mohun, les Montague, les Duras [24], les Vere,
Pas un seul nom anglais, mais tous pairs d’Angleterre.
Les Houblon [25], les Papillon, les Lethulier,
Tous aujourd’hui titrés, figurent au terrier,
Ils sont bons sénateurs ou maires à collier.
En Albion, l’argent n’a pas la moindre odeur :
Il fait lord un maraud et monsieur un flambeur.
Nul besoin d’antiquité ou bien de naissance :
On devient pair par l’argent, grâce à l’impudence.

Combien nous connaissons de ces nobles édiles,
Droit issus de l’hôpital [26] ou bien des asiles [27].
Nos échevins sont des rouliers, des portefaix
Et la pourpre magistrale vêt le laquais.
Le destin n’a guère envie de discriminer
Les armoiries et enseignes d’estaminet. [28]
Pages de renom, grands seigneurs de la sentine [29],
Ne doivent leur nom qu’à leurs haillons d’origine.
Nous arborons nos grandes familles d’hier,
Et nos seigneurs dont Dieu seul connaît père et mère.

Notes

[1*, **, extrapolé d’un proverbe anglais, déjà présent chez Burton (1621) et Herbert (1640).

[2Référence à Ivan le Terrible qui régna de 1547 à 1584 et ouvrit ses territoires au commerce britannique.

[3Fédor I, fils d’Ivan le Terrible, régna de 1584 à 1598 et continua d’entretenir des relations étroites avec la couronne anglaise. Il était simple d’esprit.

[4Personnage, peut-être mythique, du cinquième siècle.

[5Nom d’au moins deux rois de Danemark qui soumirent l’Angleterre autour des 10ème et 11ème siècles.

[6Sic. Variante : archer. À prendre dans le sens de mercenaire.

[7Charles Davenant, 1656-1714, pamphlétaire, économiste tory, Membre du Parlement, **auteur en 1700 de A Discourse upon Grants and Resumptions.

[8Pur-sang arabe.

[91 Samuel 26:1. La comparaison avec David sera poursuivie et développée dans ‘Britannia’.

[10Jacques VI-I Stuart accède au trône en 1603, dissout le Parlement en 1610, meurt en 1625.

[11Charles II, couronné en 1661.

[12Colin Lindsay, noble écossais, 1652-1722 ; Charles Dormer, deuxième comte Carnavon, 1632-1709. Alliés des Stuarts.

[13Tous les cinq mis à mort pour avoir servi Charles I. Dans l’ordre : Thomas Wentworth, 1593-1641 ; James Hamilton, 1606-1649 et Arthur Capel 1608-1649, exécutés le même jour (9 mars) ; Charles Lucas, 1613-1648 et Sir George Lisle, 1616-1648, officiers, fusillés le même jour (28 août).

[14Charles I, fils de Jacques I, décapité en 1649.

[15Le roi, sans descendance légitime, reconnut une douzaine d’enfants nés de différentes maîtresses, anoblis mais exclus de la succession au trône. Wikipedia lui en attribue quatorze.

[16Barbara Villiers, (aucune origine italienne suggérée), 1654-1708, eut six enfants, dont quatre garçons nés du roi, tous anoblis et fort prolifiques. L’Italienne pourrait être Hortense Mancini, l’une des nièces de Mazarin. Aucune descendance ne lui est reconnue, qui soit née de Charles II.

[17Louise de Keroual, 1649-1734. Donne naissance en 1672 à Charles Lennox, fait duc de Richmond. Certains de ses descendants furent naguère ou sont encore aujourd’hui, a portée immédiate de la succession au trône d’Angleterre.

[18Tabby (la chatte) Scott, (**Peut-être Nell Gwynn) 1650 ?-1687, célèbre actrice de mœurs plus que légères. Eut du roi un enfant, Charles Beauclerc, 1670-1726, qui fut fait comte de Burford et duc de St Albans.

[19Peut-être Lucy Walters, 1630-1658, dont il eut un fils, James Crofts, puis Fitzroy, puis Scott, fait duc de Monmouth. Voir ‘Britannia’. Lucy était d’origine galloise.

[20Peut-être Theresa Frances Stewart, 1647-1702, réputée plus grande, et chaste, beauté du royaume. Elle servit de modèle pour la première Britannia, la Marianne anglaise, sous le règne de Charles II. Seule Écossaise de la liste. Voir note 14.

[21Meinhardt von Schönberg, 1644-1719, fils d’un maréchal de France, d’origine saxonne, général au service de Guillaume III, fait duc de Leinster après la bataille de la Boyne en 1690 ; Hans William Bentinck, 1649-1709, hollandais, conseiller du roi, fait duc de Portland, reçut d’immenses domaines en Irlande après la Boyne.

[22Dénomination du bâtard normand : Fitzroy, Fitzallan, etc. Extrapolation du traducteur.

[23Ce quatrain figure au frontispice d’une édition écossaise de 1555.

[24Louis de Duras, comte de Feversham, neveu de Turenne, huguenot.

[25Jean Houblon, chevalier, commandant naval lors de l’expédition contre Brest. Voir ‘Britannia’ note7.

[26Uniforme que portaient les écoliers orphelins de Christ’s Hospital.

[27**Bridewell Royal Hospital : institution pour apprentis sans famille, et prison.

[28Voir la dernière partie intitulée « Son beau discours, etc. ».

[29Désigne les officiers de marine sortis du rang.


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