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David George, poèmes traduits par Jean Migrenne

20 avril 2013

par Jean Migrenne


Hommage à Apollinaire

Cette huile sur toile (1911-12) est aussi un hommage à Canudo, Cendrars et Walden, dont les noms figurent aux pieds d’Apollinaire, centre du tableau. (C’est la plus importante toile de Chagall en date.)

Son étalage de formes géométriques et son symbolisme biblique (Adam, Ève et la pomme) marquent une étape essentielle dans l’évolution de l’artiste. Le soleil dans lequel il inscrit son personnage clivé est aussi horloge cosmique. Voir les chiffres 9, 0 et (1)1 en périphérie. Le nom des 4 personnages évoque l’eau, le feu, la terre et l’air par leurs sonorités ou leur composition. Apollinaire « poète prophète de son siècle » selon Jean Cassou, trouve en Chagall la réalité lyrique qu’il recherche. Il la qualifie de surnaturelle, puis de surréelle…

1
Porteur d’un nom dérivé du dieu grec du soleil,
Apollinaire est debout au centre d’un cosmos
Géométrique et orphique. Posé dans l’air, bien
Sûr, enraciné dans la lumière, Apollinaire

Devient lame de fond cosmique porteuse
Des forces de la peinture et de la poésie
Du Paris de l’époque. Tous le considèrent
Comme le géniteur de l’hérésie orphique

Qui met la lumière et la couleur au-dessus
De la forme, de la froide, cubiste et objective réalité
Que renie Chagall lorsqu’il subordonne

La géométrie à la nature. Apollinaire proclame
Que Chagall et son univers paranormal frappent
D’obsolescence les autres façons de peindre.

2
Les cubistes sont atterrés. Apollinaire,
Leur champion pas plus tard que l’année
Précédente, leur tourne le dos, proclame Chagall
Le meilleur des peintres, le père de tous.

Picasso hausse les épaules et Braque laisse
Aboyer. Ils poursuivent leur œuvre cubiste
Comme s’ils étalaient une tempête dans un verre
D’eau. Cela disparaîtra comme c’est venu.

Chagall se tourne vers le Zohar, l’Ein sof,
Le Yin/yang de la cosmologie juive,
Le travers gnostique du christianisme.

Le personnage de droite, très nettement masculin,
Tente d’élider avec le personnage de gauche,
L’unité de lumière dans le temps et l’espace.

3
Dans l’un de ses derniers poèmes, Apollinaire
Proclame sa foi dans le surnaturel :
J’ai fini par rompre avec tout
Ce qui est naturel. Il trouve que Chagall

Peint l’idée qu’il a du temps et de l’espace :
« Temps et espace sont un fleuve sans rives. »
Il écrit un poème qu’il envoie à Chagall :
Mais tes cheveux sont le trolley/À travers l’Europe

Vêtue de petits/feux multicolores.
Le fait de partir, la quête, les adieux éplorés
Valent le voyage, l’errance. Chagall

Sait ce que c’est qu’être Juif errant.
Ses amis sont bohémiens. Ils correspondent :
Dis-moi, Blaise, sommes-nous loin de Montparnasse ?

Homage to Apollinaire

This oil on canvas, 1911-12, painted in Paris by Marc Chagall and now in the Netherlands, is also a tribute to Canudo, Cendrars and Walden, whose names appear at the feet of Apollinaire in the heart of the painting. This was Chagall’s most important painting up to that date.

In its deployment of geometrical forms and in its biblical symbolism of Adam and Even with the apple, it is a milestone in the painter’s development—according to Franz Meyer in MARC CHAGALL (1964) and Jean Cassou in his CHAGALL (1965). The sun he centered his split figure in is also a cosmic clock. Observe the numbers 9, 10, 11 on the circle to which they correspond.

Guillaume Apollinaire, “the poet and prophet of this century” (according to Cassou), found in Chagall the lyric reality he was searching for. He called it supernatural.

1
Named after Apollo, god of the sun,
Apollinaire is standing in the center
Of geometric, Orphic cosmography.
Standing on air, of course, rooted in light,

Apollinaire became the cosmic surge
Behind the forces of painting and poetry
In Paris at the time. They turned to him
To father forth the Orphic heresy

Exalting light and color over form—
The cold, cubistic, objective reality
Chagall repudiated when he made

Geometry serve nature. Apollinaire
Declared Chagall and his psychic universe
Made other forms of painting obsolete.

2
The Cubists were distressed. Apollinaire
Had been their champion just the year before
He turned his back on them, declared Chagall
The best of painters, the father of them all.

Picasso shrugged and Braque ignored the fuss.
They carried on with their cubistic work
As if it were a tempest in a teapot
That would pass, vanish without a trace.

Chagall turned to the Zohar, the Eyn-Sof—
The yin/yang of Jewish cosmology,
The Gnostic twist of Christianity.

The figure on the right—distinctly male—
Tries to elide with the figure on the left
In time and space, the unity of light.

3
In one of his last poems, Apollinaire
Declared his faith in the supernatural :
I have finally broken away
From all things natural. He found Chagall

Painted what he thought about time and space :
“Time and space is a river without banks.”
He wrote a poem and sent it to Chagall :
But your hair is the trolley/ That runs through Europe/

Clad in little multicolored fires.
Departure alone, the quest, the sad farewells
Were worth the journey, the wandering. Chagall

Knew what it was to be a wandering Jew.
His friends were gypsies. They sent each other notes :
Tell me, Blaise, are we far from Montparnasse ?

http://uploads0.wikipaintings.org/images/marc-chagall/homage-to-apollinaire-1912.jpg


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