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David Gascoyne par Roger Scott

29 septembre 2007

par David Gascoyne , Roger Scott

Version Française

Roger Scott Introduction to Premier Manifeste Anglais du Surréalisme

In 1929, at eighteen, the American Edouard Roditi published ‘The New Reality’, the first Surrealist manifesto in English, in The Oxford Outlook. Six years later, David Gascoyne at nineteen produced his unilateral ‘Premier Manifeste Anglais du Surréalisme’ which appeared with no discernible response in England, in June 1935 in the Paris review Cahiers d’Art, X, together with a translation of his poem to Max Ernst, ‘Charity Week’ by his friend Paul Eluard. The manifesto is described as a fragment, and although a note in that journal announced the future publication of the full version, it was never completed. Many years later, in August 1991, Gascoyne wrote in a letter, ‘I was introduced to Roditi in Paris when I must have been very young. We have at least three mutual friends. We have met of late only very occasionally. As I am often acclaimed for having introduced Surrealism to this country, I find Edouard Roditi very forbearing à mon égard, because it was really he who was the first to do so !’

On 7th May 1935, prior to publication, Gascoyne had written to Man Ray, to clarify his own views about England and Surrealism : ‘I think we can say that the development from dadaism to Surrealism was dialectical ...a new declaration of the rights of man...Surrealism is very much needed here in England’ (in Neil Baldwin, Man Ray, American Artist, New York, Da Capo, 1988). Fifty-seven years later, in an interview with Lucien Jenkins (Selected Prose 1934-1996, Enitharmon Press, 1998), Gascoyne made the point that :

That was what appealed to me in Surrealism, the attempt to overcome the contradictions between all these aspects of reality [...] The Surrealists claimed to be based upon dialectics, and the whole idea of dialectics, as developed by Hegel particularly, is that in order to bring about synthesis you have to carry the opposites to extremes to bring about a conjunction- this is alchemical as well as dialectic thought - the fusion or reconciliation, the final reconciliation if you like, is brought about by pushing things to extremes rather than by reconciling them in a superficial - insincere - way.

Roger Scott : Présentation du Premier Manifeste Anglais du Surréalisme, écrit en français par David Gascoyne

Traduction de Michèle Duclos

En 1929 – il avait dix-huit ans – l’Américain Edouard Roditi publiait « The New Reality » premier manifeste Surréaliste en anglais, dans l’Oxford Outlook. Six ans plus tard, David Gascoyne, âgé de dix-neuf ans, publiait unilatéralement son « Premier Manifeste Anglais du Surréalisme » qui parut en juin 1935 sans attirer de réaction particulière en Angleterre, dans la revue de Paris Cahiers d’Art, X, avec une traduction, par son ami Paul Eluard, du poème « Charity Week ». qu’il avait consacré à Max Ernst, Le manifeste est présenté comme un fragment, mais bien qu’une note dans le Journal annonce une future version complète, il ne fut jamais achevé. Bien de années plus tard, en août 1991, Gascoyne écrivait dans une lettre : « Roditi me fut présenté à Paris alors que j’étais très jeune. Nous avons au moins trois amis communs. Ces derniers temps nous ne nous sommes rencontrés que très occasionnellement. Puisque on me félicite souvent d’avoir été le premier à introduire le Surréalisme en Angleterre, je trouve Edouard Roditi bien patient à mon égard, car c’est réellement lui qui a été le premier à le faire.
Le 7 mais 1935, précédant la publication du Manifeste, Gascoyne avait écrit à Man Ray pour clarifier ses vues sur l’Angleterre et le Surréalisme : « Je crois pouvoir dire que le passage du dadaïsme au surréalisme fut dialectique … une nouvelle déclaration des droits de l’homme… Le Surréalisme est très nécessaire ici en Angleterre » (dans Neil Baldwin, Man Ray, American Artist, New York Da Capo, 1988). Cinquante-sept ans plus tard, dans une interview avec Lucien Jenkins (Selected Prose 1934-1996, Enitharmon Press, 1998) Gascoyne précisait que :
« C’est ce qui m’attirait dans le surréalisme, la tentative pour dépasser les contradictions entre tous les aspects de la réalité.[...] Les Surréalistes proclamaient qu’ils se basaient sur la dialectique, et toute l’idée de la dialectique, développée par Hegel en particulier, est qu’afin d’amener une synthèse il faut porter les opposés aux extrêmes pour faire advenir une conjonction, ce qui ressortit à la pensée alchimique autant que dialectique. La fusion ou réconciliation, la réconciliation finale, si vous voulez, est créée en portant les choses à leur extrême plutôt qu’en les réconciliant d’une manière superficielle et insincère. »



David Gascoyne : Premier Manifeste Anglais du Surréalisme

Des groupements surréalistes existent aujourd’hui dans toute l’Europe, en Amérique, aux Canaries, au Japon. II n’est plus guère que l’Angleterre - pourtant un des derniers pays non-fascistes - où un tel groupement organisé fasse défaut. Le moment nous paraît venu de combler cette lacune.
Proclamons tout d’abord notre volonté de ne rien sacrifier aveuglément à ce qu’on nomme en général « la grande tradition anglaise » : c’est en vain que nos adversaires brandiront cet épouvantail
dans la discussion . Le surréalisme n’est pas un apport exotique, que cette tradition serait libre d’accepter ou de rejeter. Ce n’est pas non plus une école littéraire ; c’est un système d’idées international déterminé par les conditions particulières de notre époque. Soit dit pour la tradition, c’est dans Swift, Edward Young, Monk Lewis, William Blake, Lewis Carroll que nous reconnaissons nos précurseurs et nous savons saluer aussi tous les écrivains vivants qui ont fait preuve de dévouement à la cause révolutionnaire. Mais nous affirmons notre indépendance à l’égard de tous les « standards » critiques étrangers ; notre intention est de suivre résolument notre voie sans préjudice des attaques qui peuvent nous venir tant de littérateurs individualistes que de membres de l’Association internationale des écrivains.
A l’heure où nous écrivons ces lignes (mai 1935) à Londres, toute l’Angleterre - presse capitaliste en tête - se prépare à une explosion hystérique des plus vaines et des plus écœurantes : le Jubilé. Ne peut-on voir là un symptôme de justice historique : lorsqu’un pays est convié par son gouvernement à une telle parodie de réjouissances au nom du patriotisme et de l’impérialisme, le désespoir est la première réaction des poètes.

LE SURRÉALISME EST LA SOLUTION DIALECTIQUE DU PROBLÈME DU POÈTE

Le surréalisme, tout en attribuant une importance capitale à la lutte de classes, est par sa substance même opposé à l’attitude « gauchiste » selon laquelle la littérature « prolétarienne » et l’art de propagande seraient la seule littérature et le seul art révolutionnaires. Les poètes qualifiés n’auraient le choix qu’entre deux directions : d’une part la ’poursuite d’un art simplifié, populaire, « prolétarien » - n’ayant d’autre but que l’efficacité de sa propagande et, d’autre part, celle d’un art non politique, subjectif à l’extrême, n’aspirant qu’à l’expression individuelle de l’auteur. Mais le surréalisme indique une troisième voie, seule valable, qui conduit triomphalement hors des pièges dont les deux premières sont hérissées. Nous, surréalistes, croyons à un avenir où la Révolution révélera à l’homme la réelle, la surréelle étendue de toutes ses facultés de vie, d’amour et de pensée, où toutes les chaînes qui nous entravent seront brisées à jamais. La poésie n’a plus à se confondre avec la propagande. Elle est l’acte par lequel l’homme parvient à la plus complète connaissance de lui-même.

LES BUTS ET LES MÉTHODES DU SURREALISME

L’ambition fondamentale du surréalisme est d’abolir toute distinction formelle entre le rêve et la réalité, outre la subjectivité et l’objectivité pour que, de la distinction de ces vieilles « antinomies » surgisse en pleine clarté le futur état de choses pour lequel luttent tous les révolutionnaires...
Les moyens employés par le surréalisme pour atteindre ce but sont, avant tout, l’écriture automatique et les expériences sur la nature de l’automatisme. Le surréalisme est un instrument à travers lequel parle une voix universelle et pure. Les textes surréalistes n’expriment que des pensées à l’état naissant, que des pensées non interceptées par la raison et la logique. D’importantes théories relatives à la technique surréaliste ont été développées au cours de ces dix dernières années.
« Comparer deux objets aussi éloignés que possible l’un de l’autre ou, par toute autre méthode, les mettre en présence d’une manière brusque et saisissante, demeure la tâche la plus haute à laquelle la poésie puisse prétendre. En cela doit tendre de plus en plus à s’exercer son pouvoir inégalable, unique, qui est de faire apparaître l’unité concrète des deux termes mis en rapport et de communiquer à chacun d’eux, quel qu’il soit, une vigueur qui lui manquait tant qu’il était pris isolément. Ce qu’il s’agit de briser, c’est l’opposition toute formelle de ces deux termes ; ce dont il s’agit d’avoir raison, c’est de leur apparente disproportion qui ne tend qu’à l’idée imparfaite, infantile qu’on se fait de la nature, de l’extériorité du temps et de l’espace. Plus l’élément de dissemblance immédiate paraît fort, plus il doit être surmonté et nié. C’est toute la dignification de l’objet qui est en jeu. Ainsi, deux corps différents, frottés l’un contre l’autre, atteignent, par l’étincelle, à l’unité suprême dans le feu ; ainsi le fer et l’eau parviennent à leur résolution commune, admirable, dans le sang, etc. La particularité extrême ne saurait être l’écueil de cette manière de voir, de sentir : aussi bien la décoration architecturale et le beurre se conjuguent-ils parfaitement dans le torma thibétain, etc. » (André Breton).

LES DÉCLARATIONS DU SURREALISME

I. Nous nous déclarons en parfait accord avec les principes du surréalisme tels qu’ils ont été exposés pour la première fois par André Breton. - 2. Comptant uniquement pour la libération de l’homme sur la Révolution prolétarienne, nous proclamons notre adhésion sans réserves au matérialisme historique de Marx, Engels et Lénine. - 3. Nous estimons que, devant le surréalisme, s’ouvre en Angleterre un vaste champ d’action poétique, plastique, philosophique, etc. 4. Nous nous engageons à combattre sans répit le fascisme et la guerre, l’impérialisme, le nationalisme, l’humanisme, le libéralisme, l’idéalisme, l’individualisme anarchiste, la théorie de l’art pour l’art, le fidéisme religieux et, d’une manière générale, toute doctrine émanant d’un parti ou d’un individu que le capitalisme puisse utiliser pour tenter de justifier sa continuation.


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