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David Gascoyne : Auto-traduction 2

9 mars 2007

par David Gascoyne

David Gascoyne traduit en français ses propres poèmes. [1]

UNSPOKEN

Words spoken leave no time for regret
Yet regret
The unviolated silence and
White sanctuses of sleep
Under the heaped veils
The inexorably prolonged vigils
Speech flowing away like water
With its undertow of violence and darkness
Carrying with it forever
All those formless vessels
Abandoned palaces
Tottering under the strain of being
Full-blossoming hysterias
Lavishly scattering their stained veined petals

In sleep there are places places
Places overlap
Yellow sleep in the afternoon sunlight
Coming invisibly in through the pinewood door
White sleep wrapped warm in the midwinter
Inhaling the tepid snow
And sleeping in April at night is sleeping in
Shadow as shallow as water and articulate with pain

Recurrent words
Slipping between the cracks
With the face of memory and the sound of its voice
More intimate than sweat at the roots of the hair
Frozen stiff in a moment and then melted
Swifter than air between the lips
Swifter to vanish than enormous buildings
Seen for a moment from the corners of the eyes

Travelling through man’s enormous continent
No two roads the same
Nor ever the same names to places
Migrating towns and fluid boundaries
There are no settlers here there are
No solid stones

Travelling through man’s unspoken continent
Among the unspeaking mountains
The dumb lakes and the deafened valleys
Illumined by paroxysms of vision
Clear waves of soundless sight
Lapping out of the heart of darkness
Flowing endless over buried speech
Drowning the words and words

And here I am caught up among the glistenings of
Bodies proud with the opulence of flesh
The silent limbs of beings lying across the light
Silken at the hips and pinched between two fingers
Their thirsty faces turned upwards towards breaking
Their long legs shifting slanting turning
In a parade of unknown virtues
Beginning again and beginning
Again

Till unspoken is unseen
Until unknown
Descending from knowledge to knowledge
A dim world uttering a voiceless cry
Spinning helpless between sleep and waking
A blossom scattered by a motionless wind
A wheel of fortune turning in the fog
Predicting the lucid moment
Casting the bodiless body from its hub
Back into the cycle of return and change
Breathing the mottled petals
Out across the circling seas
And foaming oceans of disintegration
Where navigate our daylight vessels
Following certain routes to uncertain lands

TACITE

Les mots ne laissent pas de temps pour le regret
Mais regrettons quand même
Le silence inviolé et
Les sanctus blancs du sommeil
Sous les violettes amoncelées
Les veillées inexorablement prolongées,
La parole coulante comme de l’eau
Avec ses marées profondes de violence et de ténèbres
Emportant pour tout jamais
Tous ces vaisseaux sans formes
palais abandonnés
Chancelant sous la tension de l’être
Des hystéries en pleine floraison
Dispersant un prodige de pétales tachées et veinés

Dans le sommeil il existe des lieux des lieux
Les lieux se recouvrent
Sommeil jaune au soleil de l’après-midi
Qui entre en invisible par la porte en bois de pin
Sommeil blanc chaudement enveloppé au milieu de l’hiver
Qui hume la neige tombée tiède
Et dormir en avril la nuit est dormir
Dans de l’ombre peu profonde comme de l’eau et articulée par la
[douleur

Des mots périodiques
Qui glissent entre les fissures
Avec le visage du souvenir et le son de sa voix
Plus intimes que la sueur aux racines des cheveux
Glacés rigides dans un instant et puis fondus
Plus vite que l’haleine entre les lèvres
Plus vite à disparaître que des bâtisses énormes
Que l’on voit un instant au coin des yeux

Voyageant à travers l’énorme continent de l’homme
Jamais on ne trouve deux routes pareilles
Ni jamais les mêmes noms aux lieux
Villes qui émigrent et frontières fluides
Pas de colons ici ni des pierres
Solides non plus

Voyageant à travers le continent tacite de l’homme
Parmi les montagnes qui ne parlent pas
Les lacs muets et les vallées assourdies
Qu’illuminent des paroxysmes de vision
Des vagues claires de vue sans bruit
Clapotantes hors du cœur des ténèbres
Coulantes sans fin sur la parole enfouie
Et qui noient les mots les mots

Et me voici accroché parmi les lustres/éclats [2] de
Corps fiers de toute l’opulence de leur chair
Les membres silencieux d’êtres couchés sur la lumière
Soyeux aux hanches et pincés entre deux doigts
Leurs visages assoiffés se retournant vers la rupture
Leurs longues jambes changeantes s’inclinant tournant
Dans une parade de vertus inconnues
Qui recommence et recommence
Encore

Jusqu’à ce que le tacite soit l’invisible
Soit l’inconnu.
Descendant de connaissance en connaissance
Un monde blafard qui pousse un cri sans voix
Tournoyant sans secours entre le sommeil et le réveil
Une fleur dispersée par un vent immobile
Une roulette de la fortune qui tourne dans la brume
Et prédire le moment de lucidité
rejetant de son axe le corps incorporel
Pour rentrer dans le cycle du retour et du changement
Soufflant sur les pétales madrés pour
Les diriger vers les mers circulantes
Et écumantes de la désintégration
Là où naviguent nos vaisseaux de plein jour
Suivant des routes certaines vers des pays qui ne le sont pas.

Notes

[1© The estate of David Gascoyne 2006.

[2Les deux mots figurent l’un sous l’autre, ni l’un ni l’autre n’étant rayé.


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