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Claude Vigée, par Michèle Duclos

28 septembre 2008

par Michèle Duclos

Claude Vigée, Mon heure sur la terre, Poésies complètes 1936-2008. « Le siècle des Poètes », Collection dirigée par Jean-Yves Masson. Paris : Galaade, 2008.
Claude Vigée, Lièwesschprooch Dichtung Langue d’amour Poésie 1940-2008. Bischwiller : Association des Amis du Musée de la Laub, 2008.

Claude Vigée, Mon heure sur la terre, Poésies complètes 1936-2008.

Ce très beau volume fort de 928 pages offre la totalité (à ce jour, car Claude Vigée continue d’écrire) des poèmes précédemment parus dans de nombreux volumes à partir de 1950 et jusqu’en 2008, dans leur version désormais définitive ; il comprend, placés à la fin du volume, ceux de l’adolescent non encore engagé dans la vision biblique du monde qui allait orienter toute sa poétique y compris son écriture.

Deux photos, à l’entrée et à la fin du volume, présentent, pour la première, prise à vingt ans à Toulouse au début de la guerre, un visage lisse, d’un bel ovale avec encore la rondeur de l’adolescence, qui retient l’attention par des lèvres un peu minces et serrées qui indiquent une détermination. Puis, à la page 879 (précédant une biographie par Anne Mounic), non daté, un visage émacié surtout vers le bas, à peine ridé, le front à peine plus haut que sur la première photo, couronné de cheveux blancs, et une bouche plus large relevée sur un sourire un peu narquois, qui cache peut-être une tristesse, mais que viennent relever des yeux vifs.

Deux présentations, par deux grandes spécialistes du poète, préparent l’entrée dans les poèmes, même pour qui a pu lire les livres d’essais de Vigée parus au cours des dernières années. Pour Michèle Finck, sa poésie se structure autour des deux thèmes opposés mais complémentaires de la lutte et de la grâce, cette dernière étant incarnée par la femme aimée et par Mozart. Tel Jacob sortant blessé mais vainqueur de sa lutte nocturne avec une puissance supérieure, son esprit de résistance a arraché Vigée à la tentation du renoncement, du néant, de l’absurde, au bénéfice du « démonique » étudié surtout chez Goethe, sujet de la thèse qui permit à l’exilé d’entrer dans l’enseignement universitaire américain. Cette dynamique au niveau thématique se retrouve également dans son écriture qui « a pour soubassement un refus de la perfection formelle, sacrifice de la beauté, par lequel les mots sont régénérés […] Une éthique de l’imperfection est à l’origine du verbe de Vigée » en un combat contre « la langue française trop bien ciselée, trop élégante » mais en un effort aussi de « sauvegarder un équilibre entre les forces formelles et informelles » - d’où son attachement aussi à l’alexandrin. La grâce chez lui se « reconnaît à sa poétique de l’oreille et du souffle ».

« Claude Vigée : Le temps ouvert devant nous » : ainsi Anne Mounic présente-t-elle le poète « Passeur du vivant » ; elle aussi pose au départ une dialectique entre une « conscience malheureuse » accablée par toute la souffrance du monde, « un irrémédiable désespoir face au mal » et « son désir de jouir du monde et de l’existence en ce qu’il nomme ‘connaissance par joui-dire’ mais il s’agit d’une connaissance transcendée par la mémoire muette de l’origine » ; « une « énergie d’être ». La poésie de Vigée dépasse le stade de l’esthétique et du lyrique par une démarche où « le sujet se fonde en dépassant l’enfermement du moi » pour ouvrir le Je sur le Tu et le Nous. Le vivant se manifeste sous toutes les formes de la sensorialité, avec une primauté accordée à l’oreille dans la plus pure tradition hébraïque mais aussi du « judéo-alsacien » originaire du poète. Sensuelle autant qu’exploration de l’invisible en quête de l’originelle Unité, sa poésie est « danse / à l’entour de la mort ».
Accompagné de ces deux viatiques, le lecteur peut emprunter le sentier qui traverse toute l’œuvre. Il pourra commencer par les poèmes de jeunesse –Perce-Neige, poèmes de l’enfance et de l’adolescence -1936-1940 - placés tout à la fin, poèmes qui, avant l’engagement dans la Résistance et le retour à la foi des ancêtres et la décision que « être juif/ ou poète//c’est tout un » (p.479) révèlent un jeune homme déjà maître de son art, dont les rythmes évoquent immédiatement Baudelaire et l’ampleur de sa prosodie encore traditionnelle la générosité sonore des grandes maîtres du romantisme ; il cultive le sonnet et la ballade à la versification plus souple, traite de thèmes existentiels et emprunte son symbolisme allégorique à la mythologie grecque. La dimension religieuse n’y figure que passagèrement – et encore vue de l’extérieur comme devant cette statue de la cathédrale de Strasbourg aperçue par le lycéen depuis son banc scolaire, qui montre la foi juive humiliée par sa rivale chrétienne.

Le déroulement des volumes permet de suivre celui d’une vie même si l’ordre chronologique n’en est pas toujours respecté. L’inspiration du poète, sa vision du monde même, s’inscrivent largement dans le sentiment que lui inspirent les pays dans lesquels il a été amené à résider ; par leur culture plus encore que par leurs paysages, encore qu’il semble élire dans ces derniers des éléments fondateurs ou temporaires de son être-au-monde.

Nous connaîtrons ainsi l’enfance (narrée dans ce volume aussi en Epilogue dans Le Buisson Ardent). « Cartable au dos, l’enfant maigre et triste qui porte/l’ardoise et le plumier, la règle et le compas/voit grandir dans la brume où l’angoisse l’escorte/ l’école, au bout des rues qui n’en finissent pas. » (p 334) Mais aussi : « Fermant le vieil herbier plein de photographies/ j’entends rire et crier l’enfant dans la maison. » (p.335). Le poète est revenu à mainte reprise, dans ses poèmes, et dans des essais, sur cette période alsacienne de sa vie encore proche de l’origine.
Son passage par la Résistance est évoqué et surtout son retour au « Peuple-Christ déchiré sur l’arbre de l’histoire » (p.77). Jacob au gué de Phanuel va désormais parcourir sa pensée plutôt que directement ses poèmes. Son ennui profond en Amérique sera surtout dit à travers des paysages : « Les montagnes en moi se meurent de tristesse » (p.128) et « La cruelle torpeur des étés d’Amérique » (p.102). Il en critique sans s’attarder le matérialisme : « Afin de la gagner nous vendons notre vie » (p.182). Ce sera une traversée d’un Waste Land, éclairée néanmoins par la beauté et la multiplicité de la nature, arbres et oiseaux, autour de Boston où il enseigne à l’université de Brandeis. Les arbres le rattachent à l’espoir d’un autre monde, saules, pins gris, bouleau blanc « mince arbre solitaire » ; « La nuit/ J’écoute/ Un jeune noisetier / Verdir » (p. 209). L’arbre se fait mythique et originaire, « chêne inverse, qui bois la sève des étoiles » (p.200) « ). Il connaît aussi des joies conjugales et familiales : « La main d’un enfant, tenu dans la nuit, / T’enseigne le chemin sur la terre inconnue » (p.212). « Un poème, une enfant, sont nos gages de vie » (p. 165). Présence d’Evy : « Tu me réconcilies avec toute la terre. » (p.251) car « Dans chaque étreinte je remonte à l’origine » (p. 261). Interlude des retours en Europe, à Paris, en Italie et surtout en Alsace où « Les rives du Rhin sont lèvres de l’aurore » (p.253).
Puis vient la joie profonde de découvrir Israël et Jérusalem ; joie des retrouvailles avec le pays de l’origine spirituelle où « Assis avec mon fils sur les banc de l’école, / A quarante ans j’apprends ma langue maternelle… » (p.379), joie qui se déchiffre sans peine dans les magnifiques descriptions des paysages autour de Jérusalem : « Les collines de Judée sont des oranges vertes / Que la brise a fait choir hors de l’arbre du monde ». (Le Poème du retour, p.386) « Là se célèbre encore le culte du premier jour » (p. 387) ; « Me voici de retour dans mon commencement » (p. 409). En 1960 la vie de la jeune nation le remplit d’espoir : « Nos pères à la nuque roide / Ont duré dans l’exil […] A la trahison de soi / Ils ont préféré le combat de Jacob […]/ Donc // ‘Un peuple dominateur et sur de lui’/ Qui met l’orgueil des puissants au supplice. » (p. 434).
Au milieu des années quatre-vingt, Israël ne peut plus être la Terre Promise de la Paix et du retour vers l’unité de l’origine, « Terre et ciel joints dans un feu de joie » (p. 403). La douleur du rêve écroulé dans ce même pays se reflète dans un paysage et surtout une lumière voilée et salie : « cri d’une étoile qui se noie dans l’œil sournois du marécage/ entre les touches noires » (septembre. 1988, p 658) ; « L’herbe verte est devenue cendre dans la lumière inerte du soir /sous la moisissure sale et triste de la neige » (p.660) ; « Lumière étale et grise/ du crépuscule d’octobre » (p.662). La situation n’a fait qu’empirer : « Sous les murs écroulés / pousse le lierre obscur […] Sur le murs de Judée ensemencés de peur / la haine entre les hommes / est en fleur tout l’automne // Quelle pluie espérer / quelle averse de sang ?/ Le roc se fait silence/dans l’attente du pire. » (Jérusalem, 5 novembre 2000). « L’Ange noir de la fin » (p.733) réveille la hantise de la mort : « quand nos bouches béantes seront bourrées de terre » (p. 743). « Apothéose 2004 » esquisse un tableau terrible et désabusé de l’existence individuelle.

Mais Vigée s’épanche peu. Sa vision du monde, politique au sens large mais aussi intime, passe par des grandes figures de la Bible, et pour commencer par l’alphabet hébraïque : revenir à l’origine et à l’unité, c’est retrouver l’aleph : « Chaque homme est cet Aleph, qui éveille à l‘ici / l’universel oubli, et qui fait resurgir / la vie simple du monde mort. » (p.666). Son message, son éthique passent par des figures qui disent la lutte victorieuse contre des puissances supérieures telles celles de Jacob et d’Abraham, valorisées par rapport à des figures plus résignées comme Job, Jonas, voire Joseph ; Caïn est une figure-clé terrible pour comprendre le mal éternel : « pour Caïn notre frère /- l’enfant préféré d’Eve - / le plaisir de tuer reste l’unique loi. » (« Leçon de la Shoah ») (p.684) ; « Sur les cendres de Treblinka niées et piétinées […] « Dans le cœur de Caïn nourri par la colère/ le désir de tuer n’aura-t-il pas de fin ? » (p.730).
Inversement la figure de Jacob à Phanuel devient immédiatement une étoile à suivre, moins un sujet d’écriture qu’une inspiration vitale, « le gué de la naissance « (p.165). Elle donne son titre au premier volume publié : La Lutte avec L’Ange qui, en 1950, donne la quasi-totalité des poèmes composés entre 1939 et 1949 – tous ceux du moins qui disent à la fois le retour à la foi et l’exil géographique. La figure de Jacob sort le poète de l’« Exil de la parole, exil de la présence ». Jacob devient le symbole du peuple hébreu « trop haï pour jamais succomber ». « Ce peuple qui perdit la langue de son Dieu / Et ne sut plus gémir qu’en des jargons impurs / A fait rouler soudain la pierre des ténèbres » (p.412). ). « Jacob à Phanuel/ Qu’apprit-il ?/ A mourir pour ne pas mourir. / Il apprit à ne pas appartenir, / A fonder son matin sur sa perte en ce monde ; / A boiter pour la vie. » (p.235) « L’Acte du Bélier » (p.446) fonde toute l’humanité. « Le défi de Jacob / -son unique destin - / soit la parole : enfin / humaine. » (p.495). « Sous le bûcher d’Isaac offert au dieu blessé, / déjà le bélier crie dans le fourré d’épines, / La corne du rachat souffle à travers les flammes » (p. 208).

L’approche hébraïque de la sexualité et de l’érotisme ignore les pruderies du puritanisme. Vigée célèbre le corps et l’âme réunis et rajeunis dans la jouissance à travers le mythe d’Ammon et Tamar : « Agiles, longues et fraîches les jambes de Tamar,/ Qu’Ammon caresse en remontant jusqu’aux racines sombres/ Où se confond le sang de l’homme et de la femme » (p. 392) ; noces cosmiques puisqu’ils sont « à moitié frère et sœur/ Par leur père le ciel et leur mère la terre. » (p.390) ; noces ontologiques puisqu’« Ils célèbrent la descente et la montée vers le brasier de l’unité » (p.391) ; « Ici l’origine à nouveau s’est faite chair » (p.393) ; et même noces politiques puisque « Dans Tamar et Ammon un peuple divisé / Se rassemble du fond des geôles de l’histoire. » (p.393).

Anne Mounic souligne dans son Introduction l’apport du dialecte bas-alémanique à la poétique de Claude Vigée pour ce qui est de la langue en ses signifiés et ses rythmes. Dans leur version seconde en langue française (dont l’original figure dans Lièwesschprooch Dichtung Langue d’amour Poésie 1940-2008 publié en quasi simultanéité avec Mon Heure sur la Terre), Les Orties Noires et Le Feu d’une Nuit d’Hiver usent d’un lexique et de tournures familières inhabituels ailleurs au poète même s’ils sont appelées par le contexte d’un paysage humain lui-même familier, s’agissant de la vie d’un village alsacien revu en souvenir depuis Israël. Un village et sa province plongés aussi au cœur de la tourmente historique auquel le jeune poète résistant et réfugié dans le Sud-Ouest de la France avait de justesse échappé. En « Alsacien frondeur » (p.584) relayé ici par un français dru, Vigée se fait satirique sans méchanceté envers les bonnes mœurs de sa petite patrie de braves petits bourgeois, commerçants ou artisans, mais il inscrit ce Clochemerle alsacien dans le grand Armaggedon du conflit planétaire : « rescapé, je dis le destin d’une génération vouée toute entière au désastre » (p. 558). Dans ces mêmes poèmes la langue, familière pour la vie quotidienne, se fait incendiairement incisive pour aborder le plus grand drame de l’histoire contemporaine que le poète a vécu de loin : « Bien sûr, a souligné le Président Laval, / en conseil des ministres,/ nous allons distinguer - pour quelque temps encore -/, les nobles juifs français de ce déchet humain / Que les nazis eux-mêmes expédient outre-Rhin / à destination d’un bon four crématoire./ […] Mais qu’est-il arrivé aux cinq mille enfants juifs / que les gendarmes français, ces héros sans reproche,/ont empilé à l’aube en partance pour Auschwitz / dans les wagons à bestiaux bien plombés ? […] Voilà ce qu’a confié le Président Laval / aux gens des Amitiés chrétiennes de Lyon. ». Par-delà le rappel de certaines complicités religieuses passives Vigée porte un regard sans indulgence ni illusion sur ses semblables et son ironie se fait encore plus mordante : « Sans remords, sans pitié, toujours dure et glacée/ indifférente à tout : telle est l’humanité !/ Pourtant au pauvre diable elle aime bien donner/ un double coup de pied/ savamment appliqué, qui vole droit au but : / la botte dans le cul, c’est là son seul progrès. ». Nul n’échappe au jugement dans cette impitoyable Danse Macabre : pas même « notre grand Roi-Soleil de France et de Navarre,/ Louis-A-La Perruque parfumée et poudrée,/ ce singe vaniteux qui s’était mis en tête / de trôner, absolu, sur la terre et sur l’onde ». Et pourtant le poème se clôt sur un appel attendri à la jeune génération : « Gosses de Bischwiller […] quand vous osez entre vous, gaiement, / si le cœur vous en dit, / laisser trotter au vent votre langue natale / […] Aujourd’hui vous aurez retrouvé ce courage / d’oser chanter l’instant dans vos propres paroles… » (Les Orties Noires, pp. 567, 568, 569, 577 et 584).

Polémiste aux accents de prophète biblique, satiriste des mœurs au langage direct et dru, Vigée est capable d’utiliser aussi un langage prosaïque pour dire ce qui habituellement appartient à la conversation ordinaire. Cette inclusion du prosaïque intervient dès les premiers volumes (peut-être à l’exemple des Preludes d’Eliot, dont Vigée citera le Waste Land, et surtout traduira les Four Quartets) : ironie ou humour d’une pancarte ferroviaire mais bel exemple d’alexandrin régulier : « Pour New York et Boston changement de voiture » (p. 217). Avec souplesse le poète passe de l’alexandrin le plus formel et à un long vers plus libre : « Tu répares la chaîne de ta bicyclette/ […] sous les grappes de glycines du vaste portail double » (p.300). Il revient alors à un rythme savamment spontané de transformer l’ordinaire en poème ; ainsi du poème dédié à son « Antique Remington », aux sonorités hachées imitatives : « Ma machine à écrire a cinquante-neuf ans […]/ elle a fidèlement cliqueté sous mes doigts … » (p.700) ; des vocables par ailleurs ordinaires allongent leurs syllabes qui se font méditatives pour dire la grâce de la musique : « Lorsque j’entends le soir / le concerto pour clarinette de Mozart […]/ l’angoisse de vivre est devenue légère comme l’air ». (p.687).

Néanmoins, maître des formes et des mètres, Claude Vigée m’apparaît en tout premier lieu comme un Poète cosmique qui, par delà l’angoisse existentielle à laquelle nul esprit conscient ne saurait échapper, surtout en ces temps de manque, sait que « Dans la douleur renaît le chant d’amour du monde » (Le Poème du retour) (p.380) et que « par delà toute errance / ta nuit sera chargée en ce feu qu’elle voit / Le feu t’enseignera ta véritable voix : / L’espoir en la parole est promesse du monde. » (p.389). A « la baudruche immense de l’histoire » (p.164) il oppose sa conviction que « L’homme est en parenté avec toute la terre. » (p.268) et que « Le poète est passeur du feu de l’origine » (p.263). Le monde naturel qu’il vit, voit, entend, touche avec les yeux, est certes fait de la glèbe où finit par s’anéantir toute vie, mais il est transmuté par « le lourd humus des mots » (p.633) « Par le chant nous brisons l’amère nuit d’attente. » (p.743). Le feu, la lumière triomphent sur l’eau, le « soleil sous l’écume, errant vers sa lumière (p. 383) ; « La lumière est l’encre magique/ dans laquelle s’écrivent au ciel, entre les astres/ le passé, le présent et l’avenir du monde. » (p.692). « Le poème, arbre de l’être » est l’intercesseur entre le monde sensible et le ciel, et cet arbre s’incarne dans la vie et les vers du Poète, du cerisier alsacien à l’amandier de Jérusalem où perche le rouge-gorge entre les fleurs blanches.

Claude Vigée, Lièwesschprooch Dichtung Langue d’amour : Poésie 1940-2008. Bischwiller : Association des Amis du Musée de la Laub, 2008.

Ce fort beau volume est illustré de plusieurs photographies de Claude et Evy Vigée à diverses périodes de leur vie, de très belles photographies de paysages pris dans le froid et la neige, de deux reproductions de tableaux d’Anne Mounic et de deux gravures de Guy Braun. Dédié à Evy, il porte en épigraphe une citation tirée livre de Claude Vigée Passage du Vivant (ed. Parole et Silence, 2001) :

« Tant que des poètes s’engagent à la faire vivre en y consacrant les efforts conjugués de leur intelligence et de leur cœur, une langue populaire intacte, fût-elle diminuée et décriée, peut échapper à la destruction définitive programmée par ceux qui la frappent d’interdit, ou simplement l’ignorent comme une survivance négligeable (…) »

Le corps du volume est composé pour l’essentiel de deux longs poèmes, Les Orties Noires et Le Feu d’une Nuit d’Hiver, ici présents dans leur version originale en dialecte bas-alémanique qui fut la première langue de Claude Vigée (ou plutôt du petit Claude André Strauss), poèmes repris en version française dans les Poésies complètes aux éditions Galaade. Un tout petit nombre de courts poèmes sont aussi donnés en français. Le volume se clôt sur un poème, « La gravité perdue », inspiré par Evy treize mois après sa mort.