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Claude Vigée : Poèmes

1er mai 2008

par Claude Vigée

Lu dans le ciel après minuit

De la génération d’Adam à la dernière,
ainsi court la rumeur de l’humain dans la pierre :

De nos spermes chacun est un astre orphelin
qui se perd dans le noir sans y laisser de trace,
comme un vol de perdreaux dispersés par le vent
pour repeupler la nuit dans les lits de l’espace !

Dès qu’ils ont percé l’œuf niché
au creux du ventre obscur et chaud,
pour naître de nouveau frère et sœur s’y retrouvent,
enfants incestueux qu’emporte un même fleuve.

De nous deux qu’incendia l’éclair de la rencontre,
qui gémira dehors, qui dans sa geôle danse ou crie ?
Lui seul il est joyeux, il rit,
il est comblé de cent fils, notre père :

« Maintenant, je te prie,
parle pour moi au roi :
passé minuit, David ne s’oppose plus guère
à ce que je sois toi. » *

Ainsi chante le chœur des oiseaux sous la terre.

(22 avril 2008, en humant longuement le parfum des lilas.)

* Samuel II, 13, v. 13. Ce matin, Evy aurait eu 85 ans.

« L’origine, c’est cette saisie de soi toujours recommencée au sein de la parole et de la temporalité, […] qui trouve dans l’extériorité les correspondances nécessaires à l’expression de l’inouï. » (Anne Mounic, « Les risques du poème », 2008.)

***

Au poteau les artistes

Que sont maintenant devenus
nos doux et gentils musiciens ?
Je ne vois et je n’entends plus
de tous côtés que bruit-siciens.
Plutôt que leur affreux raffut,
mieux vaut cent fois n’écouter rien.
Aujourd’hui le silence est mon souverain bien.

31 octobre 2007

A la belle enseigne : « Züem iserne Mànn »

La cendre est le bon lieu
où guérit toute chair,
la pharmacie de Dieu
que garde nuit et jour
le vieil homme de fer,
place du Jeu des Enfants à Strasbourg :
en enfer…

Pour la plus grande peur
de la petite Evy,
dans sa cotte de maille
qui nous glace le cœur
on coffre pour toujours,
à l’étroit dans la nuit
au-dessus du portail,

dès qu’elle désobéit
l’insouciante marmaille :
celle qui court et qui braille,
qui sème la pagaille,
celle qui n’est pas sage,
qui fait pipi au lit,
et recrache son potage
en plein dans ton visage !

novembre 2007

***

La gravité perdue

Plutôt que somnambule, – c’est bien trop dangereux ! –,
le seul métier qui s’ouvre à une jeune morte,
c’est de se faire, un soir, danseuse-étoile au ciel.

Comme ballait le Christ le soir du samedi saint
après tant de souffrance et la brève agonie,
délivrée à jamais de toute gravité

mais devenant soudain
divinement légère,
ma morte, pour danser,
pèse un peu moins
que l’air.

24-28 février 2008

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