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Claude Vigée, Cahier Parisien

25 avril 2009

par Claude Vigée

« Que chacun patauge dans sa propre merde ! » vient de proclamer peu diplomatiquement la chancelière d’Allemagne Angela Merkel, avant de changer d’avis le surlendemain même. En condamnant à la faillite les financiers aveugles et insouciants qui dirigeaient la banque d’affaires Lehman Brothers, le secrétaire au Trésor américain a ouvert sans nulle précaution la boîte de Merd’or de la haute finance mondiale, de Hong-Kong jusqu’en Islande. C’est – piètre consolation –, la revanche de la poésie brute en fureur sur la morne prose quotidienne, un exemple quasi-shakespearien de la justice poétique à l’œuvre dans le monde sinistre d’aujourd’hui.

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L’esprit ouvert du Grand Pardon ne devrait se fixer nulle frontière. Ainsi, pour étoffer quelque peu la liste trop maigre des saints du jour, ne serait-il pas urgent d’engager enfin la procédure de canonisation de Ponce-Pilate, ce juste aux vertus héroïques cruellement méconnues jusqu’ici comme chacun sait ? Qu’en eût pensé le pieux Pie XII ?

(9 octobre 2008, à la fin de Yom Kippour)

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Passé mes quatre-vingt-huit ans, les gens autour de moi semblent tous devenir trop vieux. Il serait donc grand temps de se faire de nouveaux amis parmi les puînés, pour pallier l’ennui qui monte de ces bandes de vieux qui boitent, qui bêlent et qui chevrotent, à la ronde. Voilà de solides résolutions à prendre, en cette aube de l’année 5769 depuis la création du monde. Un monde claudiquant lui aussi, en chute libre depuis toujours vers son commencement, qui n’est nulle p art.

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A peine le long jeûne d’expiation des péchés rompu, nous enseigne le sage roi Salomon dans ses Proverbes, « le chien revient avec obstination à son vomissement ». Et qui d’entre nous songerait à l’en dissuader ? Ce serait peine perdue, hélas, après tant de millénaires gâchés. Pour le chien de Salomon comme pour les autres, la table du festin est toujours mise. Déjà le monde entier sort griffes et dents ; l’abattoir se mue sous nos yeux en une salle des fêtes immense. Honni soit qui mal y danse !
Ainsi parle le mauvais esprit.

(8-10 octobre 2008)

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Comment caractériser en deux mots les responsables financiers aussi rapaces qu’incompétents de la grande crise économique en cours ? A la fois cupides et stupides, tels m’apparaissent les héros de cette triste déconfiture à l’échelle du monde entier. La rime est trop riche, trop belle, pour ne pas s’appliquer parfaitement aux génies de la nullité absolue qui sont à la tête des principales banques internationales, et continueront – si on les laisse faire comme devant, à nous mener droit dans le mur pour le profit de quelques-uns, aux dépens de tous les autres. Seule la poésie nous permettra de voir un peu plus loin que le bout de leur nez, à supposer qu’ils aient du nez. Mais ont-ils donc jamais possédé un véritable nez pour flairer les catastrophes à venir ? A la place d’un nez, juste deux trous d’aération bouchés, creusés sous le crâne vide qui leur tient lieu de cervelle, car la bêtise est encore pire que l’avidité ; elle empêche le crétin au pouvoir de savoir ce qu’il fait et d’en prévoir les conséquences. Ainsi furent semées les graines dont ont germé Staline et Hitler. Résultat : soixante-dix millions de morts. Les crises de 1917, 1923, 1929 ont fixé le destin de la génération de nos pères, un sort suivi de près par le nôtre. Y échapperons-nous de justesse cette fois-ci, nous et ceux à qui nous avons transmis imprudemment la vie ?

(14 octobre)

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Pour devenir un être humain il ne suffit pas de savoir se réjouir férocement du malheur des autres. Il faut aussi pouvoir se réjouir de leur bonheur sans arrière-pensées malignes. Cette mutation du cœur de Caïn a toujours été rare et l’espèce en diminue de jour en jour. L’humain est passé de mode depuis longtemps. L’Ecclésiaste avait raison : Rien de nouveau sous le soleil de Satan.

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Maintenant qu’Evy s’est quittée, il y aura bientôt deux ans, et qu’elle m’a laissé errer de mon côté, sans elle, moi aussi, je commence doucement à comprendre que j’ai reçu d’elle, notre vie durant, trois présents capitaux marqués par l’empreinte de notre destin terrestre, trois signes de présence décisifs qui relèvent à la fois de l’ordre le plus intime et du domaine de la séparation absolue : celui qui s’ouvre pour chacun sur la sainteté originelle cachée au plus secret de son être.
Quand j’avais deux ans et quelques mois, j’ai d’abord reçu d’elle, en me penchant vers son berceau sur le bras de mon grand-père Léopold, son petit cri d’enfant à peine venue au monde, à l’instant où elle a été nommée Evelyne-Sarah et promenée sur les épaules des hommes de notre famille selon le rite des Juifs d’Alsace : hoolegrasch, qui vient peut-être de l’ancien français « haut-la-crèche ».
Ensuite, parvenus ensemble à notre jeune et joyeuse maturité, Evy m’a donné en partage le long cri sauvage de sa jouissance, le chant de joie pur, irrépressible dans lequel elle nous oubliait et nous incluait tous deux dans l’abandon de soi, son corps soulevé tout entier contre le mien.
Et dans la nuit funèbre du 17 janvier 2007, Evy m’a donné à entendre comme un dernier adieu le râle montant de son agonie, sa tête couchée sur mon bras gauche, les yeux soudain grands ouverts – hors du coma – sur l’ailleurs impensable ; ses deux bras se sont levés tout droit au-dessus de moi, puis sont retombés ensemble contre ses flancs immobiles : un élan ultime vers la vie évanescente, avant l’arrêt du souffle sur ses lèvres entrouvertes, et le silence brusque de sa mort, où elle s’engouffrait à mes côtés.
Tels ont été, pour elle comme pour moi, les trois chants d’extase d’Evy, qui ont ordonné, – dans les liens puis dans la coupure des liens – toute sa vie, et assuré la mienne auprès d’elle. Jusqu’à cette nuit d’hiver où le grand silence blanc et noir l’a saisie. Seul son silence m’est resté en propre : c’est là l’ultime présent de l’absence. Comme mon corps par sa danse jadis, dans la jeunesse, mon oreille a été habitée, comblée par le chant de sa bouche désormais muette. J’ai entendu le cri de sa naissance, celui de sa jouissance, et celui de son agonie : comme un nœud, ils se sont liés en un seul chant de vie et d’amour, un seul chant de détresse sans nom.
Tout cela, je l’ai reçu de toi. Mais le plus beau de tes chants, celui dont je me souviens dans le noir, c’est le chant indompté, sans limites, de l’être éclos à l’être dans nos corps enlacés, à la fois réunis et distincts dans l’étreinte. Pour le triple chant de l’existence de celle que j’appelais Evy, – parturition, orgasme, agonie –, pour sa mélodie unique, recueillie dans mes entrailles, absorbée par mon tréfonds, pour tout son être enfui si loin d’ici, je lui dis merci, merci, merci !
Et maintenant, quel autre silence dans ma chambre déserte, dès que retombe la nuit.

18-21 octobre 2008

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(suite, 2008-2009)

Comme l’a chanté magnifiquement Goethe, « Wer den Dichter will verstehn, Muß nach Dichter’s Lande gehen. » Quel est pour moi le pays de la poésie ? C’est celui de toute ma vie, à commencer par l’enfance en Alsace, bientôt perdue et dévastée par la guerre.

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Il est défendu, édicte le Talmud, de compter sur les miracles. Je ne dois donc forcer ni la main de Dieu, ni la fragilité croissante de mes yeux pour corriger les six cents dernières pages d’épreuves de Mélancolie solaire et du Fin murmure de la lumière qui sont sous presse. Telle est la théodicée de mon double glaucome.

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Dans le livre des Nombres (14, v. 21 et 28), Henri Meschonnic traduit ‘Haï ani (Vivant moi) par : « Dis vers eux : c’est moi la vie. » On retrouve cette exclamation capitale dans Isaïe et dans Jérémie, avant que Jésus ne l’adopte dans les évangiles. Nous sommes là au cœur de la révélation biblique, qui la distingue de toutes les autres, souvent fascinées par la mort : « Mais tu choisiras la vie pour que tu vives, toit et ta semence. » (Deut. 30)

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Mes lettres à Evy, je les ai ramenées dans un sac d’hôtel en plastique bleu ciel de Jérusalem à Paris, en octobre 2007. A chaque lettre que je lui écrivais, n’ai-je pas respiré au même instant ma vie entière ? Et elle, en les lisant à travers tant d’années passées ensemble, n’a-t-elle pas respiré toute sa vie à chaque phrase venue de moi, qu’elle lisait en silence ? Ecrire, parler, respirer : vivre.

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Selon Alain Ouaknin, le mot théophore El, singulier d’Elohim, viendrait, lui aussi, comme l’expression Ehiéh ascher éhiéh dans l’épiphanie du Buisson ardent, du terme hébreu Oulaï, peut-être. Abîmes lumineux de la langue d’Israël.

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Paradoxe des talents : sans le génie, le talent est tout. Avec le génie, le talent n’est (presque) rien. Mais à défaut de talent, le génie reste muet, et la beauté sensible demeure mutilée, impotente dans l’ordre du paraître, hic et nunc. Il lui faut aussi le talent, pour se manifester pleinement dans l’espace-temps fini de notre monde.

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« On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté. » (Gn32, 29)

Ce fragment s’inscrit dans la lutte de Jacob avec l’Ange, qui est en fait une créature mi-divine, mi-démoniaque. Il m’apparaît extrêmement troublant, comme beaucoup de textes dans la Bible, et en même temps exaltant. Au lieu de céder, de régresser, de s’anéantir, de pleurer sur soi, Jacob résiste. Il nous invite à rejeter le renoncement alors que tout nous y pousse. Jacob reçoit ce nouveau nom d’ « Israël », qui signifie « celui qui a soutenu le combat avec Elohim ». C’est aussi le nom de ses descendants, que nous portons tous aujourd’hui. Et nous recommençons toujours cette histoire. Ce qui me frappe, c’est cette obstination à continuer, à tenir le coup, et par là même à ramener un sorte de rédemption sur l’humanité entière. Il y a là un sens messianique. Que veut dire « tenir jusqu’au bout » ? Ce passage rejoint la parole du Christ dans le Nouveau Testament : « Celui qui tiendra jusqu’à la fin connaîtra la rédemption » (Mt 10, 22).

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Visite au cimetière : si tu veux lire d’une âme égale les éloges gravés rituellement sur la stèle funéraire de certains de nos contemporains, mieux vaut pour toi, – comme pour les défunts, s’il leur en reste une –, ne pas être doué d’une trop bonne mémoire… « Tous les morts sont des saints », s’il faut en croire l’humour sans limites du Talmud de Babylone. Il est vrai qu’en hébreu, kadosh veut dire séparé, inaccessible.

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Malgré mon grand âge, et le danger de trébucher en chancelant de temps en temps sur les marches d’escalier abruptes des longs couloirs souterrains, j’aime bien prendre parfois le métro ou le R.E.R. pour aller voir mes éditeurs ou mes amis au centre de Paris. Comme cela, je me mêle encore un peu aux autres morts-vivants, qui hantent de leurs ombres les transports publics surpeuplés par ces étranges voyageurs, au lieu de me morfondre tout seul entre mes quatre murs parisiens, éternellement dressés l’un contre l’autre, entre la lumière et la nuit.

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Beaucoup de gens haïssent le mal par pure jouissance de la haine, plutôt que par amour désintéressé du bien, qui leur semble toujours un peu trop fade.

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Daniel vient de faire à mon intention un rapprochement étonnant entre les mots hébreux ‘Eth (moment, époque) et ‘Aïth (vautour). L’analogie est d’ordre purement phonétique, sans base étymologique commune. Le moment du mal fond sur nous comme le vautour sur sa proie déjà défaite par le destin.

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A part l’amour tempéré par le sens de l’équité, qui seul nous sauve de la rage envieuse, du mensonge, de la comédie sociale perpétuelle, tout le reste n’est qu’illusion en ce bas-monde.

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Mélancolie solaire : encore un fragment tardif de mon auto-zoo-biographie.

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« On survit à tout, disait ma grand-mère Coralie, sauf à sa propre mort. » Double motif de se réjouir, entre-temps…

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J’ai beau ruminer en ce début de ma quatre-vingt-neuvième année : à part la vie humaine qui s’obstine, je n’ai pas encore contracté de maladie mortelle connue. Peut-être juste quelques petits signes de la fameuse difficulté d’être, celle dont souffrait le bon Fontenelle à la veille de ses cent ans, avant que vienne pour lui « le temps de se regretter », comme il disait si joliment avec un long soupir.

(fin octobre 2008 - janvier 2009)

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Plus de deux ans après sa mort ma souffrance se creuse et perdure. Ce n’est pas seulement qu’Evy me manque encore chaque jour, que je doive continuer obstinément, selon ma propre nature, à vivre pour moi seul, privé d’elle et de son amour complice de ma vie. Le manque, dit Qohéleth, ne peut pas être compté, il est de l’ordre du mauvais infini. Pour moi, le pire de tout, c’est que toi, ton bel être-au-monde féminin et solaire, la créature terrestre que j’aime per se, tu te prives aujourd’hui de toi-même. Le pire, c’est que la personne même d’Evy est détruite, effacée au milieu du monde qu’elle aimait bravement. Le pire, c’est qu’elle ne peut plus jouir encore pour elle-même de sa propre vie humaine anéantie à jamais. Là se situe à mes yeux le scandale ultime, le tort sans remède, l’inconsolable douleur d’inexister que la mort lui a causé. Ma petite Evy d’antan est perdue pour elle comme pour moi. Métamorphosée depuis deux ans en poussière inerte, réduite au mauvais silence tout au fond de son trou noir, livrée au lourd pourrissoir invisible, sous l’argile et le sable roux du petit cimetière de famille à Bischwiller.

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Dans la dune en hiver

Marchant tout seul ce soir sur la plage déserte,
je me souviens d’une aube d’été dans l’avant-guerre
où nous allions pieds nus tous deux par la bruyère verte :
si douce pour tes yeux était notre lumière,
quand tu voyais courir les poulains vers la mer !

(30 janvier 2009)

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La petite rue des Marronniers de Passy, où je loge désormais au soir de ma vie, peut se targuer d’être devenue depuis plus d’un siècle la rue des Quatre Claude. Presque au coin de la rue Raynouard y demeure toujours l’ethnologue et philosophe Claude Lévi-Strauss, qui vient de fêter ses cent ans. Au milieu de la rue a longtemps habité le dramaturge Claude-André Puget, l’auteur jadis célèbre de J’ai dix-sept ans (1938). Son appartement est devenu le nôtre en 1975, et je l’occupe encore. Mais de très loin nous dépasse en réputation à l’autre bout, du côté de la rue de Boulainvilliers, l’illustre bordel de Madame Claude, que fréquentèrent et célébrèrent les personnages les plus en vue de Paris avant la première guerre mondiale. Honneur à nos penseurs, aux poètes et aux dames ! Le grand Hugo l’a dit : je l’ai lu quelque part, jadis, dans un gros livre.

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A mon sens, il existe ici-bas dans l’ordre de l’amour et du bien une engeance encore pire en perversité native que celle des « peuples de la terre » païens ou barbares contre lesquels tonne l’Ecriture. Ce sont leurs soi-disant élites. Elles constituent partout, à l’état pur, un élixir concentré de la canaillerie universelle. Ceci posé et compris une fois pour toutes, je sais aussi qu’il y a des canailles sympathiques à tous les niveaux de la société des humains en cette ère infernale, égale en malignité à celles qui l’ont précédée. Tout est donc pour le mieux dans le pire des mondes possibles. Le grand philosophe Pangloss avait-il raison ? A sa manière optimiste, peut-être… Comme nous périrons tous de tristesse ou d’ennui un de ces beaux matins, autant vaut se dire optimiste entre-temps.

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Il y a quelques jours à peine, navré puis outré, j’ai vu de mes yeux et entendu sur ma télé l’évêque intégriste anglais Richard Williamson déclarer ce qui suit à la télévision suédoise lors d’un séjour éloquent à Berlin ( !), une ou deux semaines avant d’être à nouveau accueilli ès qualités par le pape Benoît XVI au sein de l’Eglise catholique dont il avait été excommunié par le pape Jean-Paul II pour de bonnes raisons : les chambres à gaz, sauf preuve du contraire, n’ont jamais existé, tout au plus deux cent ou trois cent mille Juifs ont été tués (par qui, comment, pourquoi) au cours de la seconde guerre mondiale en Europe ; la Shoah n’est qu’un mythe, une invention de la juiverie internationale. Face au tollé provoqué par ces déclarations publiques faites avec un aplomb et un cynisme incroyables, et à la réaction embarrassée du pape bavarois, auquel l’évêque négationniste Williamson a regretté de « faire de la peine », Williamson de retour dans l’Eglise après la levée de son excommunication par le pape, a réitéré ses positions négationnistes, « tant qu’on ne lui apporterait pas la preuve de l’existence des chambres à gaz » et de ses conséquences. Génocide juif, connais pas. Les cinq millions et huit cent mille Juifs, femmes, hommes et enfants, manquant au compte macabre de Monseigneur Williamson ont sans doute pris trop de douches à l’eau de Cologne concentrée dans les luxueuses salles de bain d’Auschwitz, de Maidanek et de Sobibor.

Parmi ces baigneurs imprudents dont le meurtre a été froidement nié par le pieux évêque Williamson, et la disparition inexplicable passée allègrement chez lui et ses amis par profits et pertes, quarante-trois membres partis en fumée de ma propre famille, originaires comme moi de la communauté juive millénaire d’Alsace.
Le crime monstrueux des nazis est d’une double nature : au meurtre programmé de tous les Juifs d’Europe s’est ajouté l’effacement méthodique des traces de ce meurtre collectif. En coopérant jusqu’à nos jours à cet effacement des traces du crime, Williamson et ses disciples se font les complices actuels de ce double meurtre des Juifs d’Europe. Cet évêque négateur des traces du martyre les assassine lui-même une seconde fois, en étendant sur les victimes muettes l’ombre de son mensonge qui les renvoie au néant définitif, et les prive même de la mémoire de leur agonie dans les générations nouvelles. Le mélange savant et pervers du doute, évidemment simulé sur la réalité de la Shoah, avec sa négation qui est l’objectif véritable visé par Williamson et ses partisans, – avant comme après la levée de l’excommunication par Benoît XVI –, fait apparaître au grand jour le côté proprement diabolique de leur entreprise obscène. Pour compromettre Benoît XVI aux yeux du monde entier, ils n’auraient pu inventer mieux. Serait-il tombé dans un piège ? Dieu seul sonde les reins et le cœur double des hommes.
En accueillant de nouveau dans sa communion des hommes tels que Richard Williamson, l’Eglise aurait-elle oublié la parole de Jésus dans les Evangiles : « Que ton oui soit un oui, et que ton non soit un non » ? Et sur l’alliance contre nature du mensonge avec le meurtre, Jésus a trouvé, en bon enseignant juif, les mots exacts qui caractérisent un Williamson, comme ceux qui le suivent ou essaient de l’innocenter :
« Vous avez pour père Satan, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été le meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fond : car il est menteur et le père du mensonge. » (Jean, VIII, v. 44)
Même au Vatican ces paroles-là sont articles de foi, ou devraient l’être encore. Sinon, « Oï vavoï lanou ! », comme pleurait Jérémie le prophète sur les ruines de Jérusalem…

(9 février 2009)

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« Kant, affirme un critique du grand philosophe idéaliste allemand, a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » Heureusement pour Kant, dont on peut se demander décemment ce qu’il en aurait fait, s’il en avait eu…

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Les appareils de photo et les caméras de cinéma sont les souricières du temps, qu’ils attrapent et qu’ils tuent sur-le-champ, instant par instant, pour mieux les ressusciter, icônes immuables, dans les lourds albums noirs, ou ombres fugitives dans les vieilles salles obscures, qui sont à la fois les paradis perdus nocturnes et les enfers désolés du souvenir. Grâce à eux, la mémoire défaillante donne déjà rendez-vous à chacun de nous dans son au-delà invisible.

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L’anagramme d’Israël, c’est sans doute Shir-El – le chant (ou la poésie) de Dieu, qui germe dans le triste monde de la prose quotidienne. D’où l’appel prophétique à « mon serviteur dont le nom est germe » (Zacharie, 3, 8 et 6, 12).

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(25 mars 2009)

La mort est un endroit où l’on ne doit pas manger beaucoup de chocolat au lait truffé de noisettes savoureuses. Peut-être y grignote-t-on seulement, pour passer d’une éternité à l’autre, un mince carreau de chocolat amer d’un noir intense ? « Après un infarctus fatal, m’a confié pour me rassurer mon cardiologue céleste, c’est le meilleur moyen de faire chuter le taux de mauvais cholestérol. »

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Sans elle, sous les fleurs

Pour la troisième fois depuis qu’elle est partie,
le prunellier d’Evy a refleuri ce soir
dans le sentier caché au fond du Ranelagh.
La nuit retombe tôt, en mars, sur le brouillard,
Le temps devient muet dans le grand parc désert.

Quand j’aspire en secret l’odeur de son absence,
elle surgit soudain de mon intime obscur
belle comme le point du jour dans nos jeunes années,
troublante comme un cri d’attente à la mi-nuit.
Et moi, que fais-je seul ici ? J’attends encore un peu
sans elle, sous les fleurs, un soir de mars, ici.

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(30-31 mars 2009)

Selon le droit canon pur et dur, la moindre petite copulation commise hors des liens sacrés du mariage serait un acte peccable et strictement délice(c)tueux. Braves jeunes gens pieux, si votre lit est prêt, vivement que vienne la nuit de noces !

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Encore neuf bons mois de grossesse extra-utérine, et j’entrerai tout nu dans ma quatre-vingt-dixième année de présence sur terre. Hélas, Erde ruft, nous murmurait Rilke au crépuscule. Alors, joyeux anniversaire ?

(3 avril 2009)

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