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Le Journal, première et deuxième parties

Claude Brémond : Introduction au journal de Gabrielle Bernheim

26 avril 2010

par Claude Bremond

Introduction

Biographie de Gabrielle Bernheim-Rosenthal (1881-1941).



Fille d’Isaac Bernheim (1846-1914) et d’Anna Marx (1854-1888), Gabrielle Bernheim est issue d’une famille juive de Lorraine à laquelle appartiennent en particulier le psychiatre Hippolyte Bernheim, cousin germain du père de Gabrielle, et son oncle maternel, le critique d’art Roger Marx,. Orpheline à l’âge de sept ans, elle est d’abord élevée, ainsi que son frère Marcel, par des gouvernantes (sept au total), puis éduquée dans un pensionnat catholique de Neuilly. Elle y reçoit l’éducation d’une jeune fille de la bonne société et commence à tenir son journal en mars 1897. Celui-ci nous apprend qu’elle a commencé à lire Renan, Daudet, Pierre Loti. Il nous instruit aussi de ses rapports affectifs compliqués avec ses professeurs, surtout féminins, et des sentiments exaltés qu’elle porte à Marie, une ancienne condisciple roumaine dont les lettres sont impatiemment attendues.

En 1899 elle quitte avec regret la pension pour aller vivre à Nancy sous la tutelle de sa grand’mère maternelle Franziska (1835-1924) . Epouse d’Emile Marx (1823-1899) et mère de Roger Marx, Franziska réside à Nancy, l’hiver dans un appartement en ville, l’été ans dans une propriété champêtre, 55 Avenue de la Garenne. Une carte de visite nous indique en outre qu’elle dispose d’un appartement à Paris, 12 Place Victor Hugo, et que ses jours de visite sont les 2ème et 4ème mardis, le matin.

Les événements nancéiens nous sont connus, de l’été 1998 à l’automne 1903, par la suite du journal de Gabrielle, qui a bien du mal à défendre son intimité contre la curiosité inquiète et les projets matrimoniaux de sa grand’mère Franziska.

Gabrielle suit en auditrice libre les cours de la Faculté des lettres (ses professeurs préférés sont Châtelain et Souriau) et se passionne pour l’Université libre de Nancy. Elle fréquente un cénacle d’intellectuels et d’artistes (André Spire, Jules Rais, Emile Gallé, Hippolyte Bernheim) qui sont parents ou amis de sa famille. Engagée avec eux dans la défense de Dreyfus, elle fait signer une pétition en faveur du colonel Picquart. Déjà éveillée par diverses lectures (dont celles de Renan, de Maeterlinck et de Pierre Loti), sa vocation humanitaire se précise quand elle se fait expliquer les rudiments du socialisme par son lointain cousin André Spire (qui ne semble pas encore lui-même converti à la cause du sionisme).

Elle s’éprend de son initiateur mais, apprenant qu’André Spire « n’est pas libre », elle reporte un peu plus tard son espoir d’un mariage d’amour sur Gérard Hekking, violoncelliste privé de la reine de Hollande. C’est une nouvelle déception, car Gérard Hekking ne demande pas sa main et épouse peu après la pianiste Julie Cahun. Ces amours de jeunesse fourniront la matière des deux romans de Gabrielle, L’Eveil et L’Initiation.

Le journal s’arrête le 17 février 1904, au milieu d’un voyage à Paris. La cause de cette interruption est la présentation par Roger Marx à Gabrielle de Léon Rosenthal (1870-1932), normalien, agrégé d’histoire, historien de l’art, militant socialiste, conseiller municipal à Dijon, où il enseigne. Il y a une différence d’âge de onze ans, mais Gabrielle, consciente des lacunes de sa formation intellectuelle, est subjuguée par l’universitaire. Fiançailles. D’avril à août, Léon envoie chaque jour un bouquet de Dijon à Nancy et Gabrielle lui répond en lui adressant jusqu’à deux lettres par jour. Le mariage est célébré civilement le 2 août 1904. Voyage de noces en Italie, avec retour par la Suisse et l’Allemagne.

Nous apprenons par quelques feuillets insérés dans le journal ultérieur que, dès le 6 octobre, Gabrielle a conscience de s’être trompée : entre Léon et elle, il y a convergence d’intérêts intellectuels, mais divergence de sensibilités.

Le couple est d’abord allé s’établir à Dijon, où Léon enseigne l’histoire, mais n’y reste guère : on peut supposer que l’entregent de Roger Marx, bien introduit Rue de Grenelle, est pour quelque chose dans la nomination de Léon à Versailles en 1905, puis à Paris, au Lycée Louis-le Grand, en 1906. Léon et Gabrielle s’installent, 9 rue du Val de Grâce, dans un appartement, qu’ils garderont jusqu’à la mort de Léon, en 1932.

Entre 1905 et 1911, Gabrielle élève ses enfants : Dante, conçu à Florence et né à Dijon en 1905, Sylvie, née en 1906 à Paris. Outre ses activités de « femme au foyer », elle collabore avec Léon à un Carpaccio (1906) ; fait paraître en 1908 un roman, L’Eveil , donne un compte-rendu du Salon dans L’Humanité (1912).

A-t-elle tenu un journal pendant cette période ? C’est probable, car le journal, tel qu’il nous a été transmis, recommence en août 1911 avec un cahier numéroté 2. Gabrielle dira en outre plus tard, dans un poème d’hommage à un amant disparu, lui avoir donné les cahiers rédigés avant leur rencontre.

A partir de 1912 et jusqu’en 1919, Gabrielle, forte d’un pacte de tolérance conjugale qu’elle obtient de Léon Rosenthal, entretient une liaison amoureuse avec Emile Borel, mathématicien hors pair, rencontré au bal de l’Ecole Normale supérieure. Elle milite pour la création d’un groupe socialiste féminin et, quand la guerre éclate, participe comme infirmière bénévole à la garde des blessés dans l’Ecole Normale transformée en hôpital militaire.

Après la fin vers 1919 de son aventure avec Emile Borel (qui restera son ami) elle noue d’autres liaisons, qui ne nous sont connues que par ce qu’en dit fragmentairement le journal. La principale, vers 1920-1921, concerne un diplomate (ou ancien diplomate) qu’elle nomme « Mr Gérard ». Une autre, moins importante pour elle, a pour héros le mime Tony Gregory (jamais nommé mais sans doute concerné par plusieurs passages dans les années 1925-1930).

Une première dépression nerveuse conduit Gabrielle à se faire soigner, en 1920, par un neurologue, le Dr Laignel. Une seconde crise la conduira, en 1930 à un séjour de trois mois dans la clinique d’un autre psychothérapeute, le docteur Medvediff.

Quand Léon Rosenthal est nommé professeur à là Faculté de Lyon , puis, grâce à Edouard Herriot, directeur des musées de la ville, en 1924, Gabrielle vit quelques temps à Lyon, où Léon occupe un appartement de fonction à l’Hôtel de Ville, mais se replie rapidement sur Paris, où elle a ses centres d’intérêt et ses amis. Dante et Sylvie sont tantôt à Paris, tantôt à Lyon où ils continuent leurs études (chronologie incertaine).

1924 est également l’année de la mort de Franziska Marx, la grand-mère de Gabrielle. Franziska avait institué Gabrielle son unique héritière (au détriment de son frère Marcel et de son cousin Claude-Roger Marx), mais une « interprétation » du testament rétablit Claude dans des droits égaux à ceux de Gabrielle. Cet héritage a pu néanmoins assurer à Gabrielle une autonomie financière relative pendant quelques années. Elle est également aidée par son frère Marcel, expert en œuvres d’art, qui, bien que lui-même dépressif et suicidaire, subvient à certains de ses besoins, dont les frais entraînés par les séjours en maison de santé.

Dans les années qui suivent, Gabrielle continue à voir ses amis anciens (André Spire, Jules Rais, Marguerite Cahun, Ernest Laurent, Aman Jean) et à fréquenter divers cercles du milieu intellectuel ou artistique, en particulier le salon de Miss Natalie Barney, où elle retrouve Emile Borel. Elle fait des démarches pour faire jouer deux pièces, publie des poèmes, écrit des sketches radiophoniques .

Léon Rosenthal, qui souffre de la prostate, subit une première opération à la fin de 1930. Mais ce n’est qu’une rémission : il meurt le 15 août 1932, lors d’une seconde opération. Cette date marque l’arrêt du journal de Gabrielle .

Gabrielle vit à Paris dans un studio, 4bis rue de la Grande Chaumière, les neuf années qui suivent. Dante et Sylvie se marient. Ruinée par sa prodigalité et consciente de son incapacité à gérer un budget, Gabrielle accepte d’être mise sous tutelle par ses enfants.

Un programme retrouvé annonce la représentation de La Femme intégrale , un acte en trois tableaux (avec Sylvie Rosenthal dans le rôle d’Yvonne) le 23 février 1934.

Le frère de Gabrielle, Marcel Bernheim, depuis longtemps neurasthénique, se suicide en 1936.

Un poème en prose, daté de 1933 et dédié à sa petite-fille Lucile (née en1938), nous apprend que Gabrielle voue à la mémoire de Mr Gérard, apparemment décédé, une adoration amoureuse intacte.

Gabrielle meurt le 29 mai 1941. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse dans le caveau acheté en 1889 par son père Isaac Bernheim après le décès de sa mère Anna Marx.


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Les cahiers.
Les treize cahiers qui composent le journal de sa grand’mère ont été retrouvés par une de ses petites filles, Claude Rosenthal-Bremond, alors qu’elle déménageait un grenier après la mort de son père, Dante Rosenthal. Des raisons évidentes rendaient la publication de cet ensemble inconcevable du vivant de la fille de Gabrielle, Sylvie. A la mort de cette dernière, survenue en 2001, Les petites filles de Gabrielle et de Léon, Claude, Lucile et Annie, ont jugé que l’obstacle était levé et qu’une édition, loin de desservir la mémoire de leurs grands parents, ferait honneur à l’un et à l’autre.


Présentation matérielle du journal.

Le journal de Gabrielle est composé de treize cahiers (deux pour Neuilly, 4 pour Nancy, 5 pour Paris :

Le journal de Neuilly est composé de deux cahiers, numérotés 1 et 2. Le premier comporte 117 pages, et va du 3 mars au 20 juillet 1897 ;
le second comporte 110 pages et va du 14 octobre 1897 au 10 mai 1898.

Le journal de Nancy est composé de quatre cahiers, numérotés 3, 4, 5 et 6, très différents par la qualité du papier et de la couverture :
- le 3, volumineux, muni d’une couverture noire solide, comporte 224 pages ; il va du 14 juin 1898 au 28 octobre 1900 ;
- le 4, muni d’une couverture beige, comporte 54 pages (les suivantes ont été arrachées) et va du 7 juin au 2 décembre 1901 :
- les 5 et 6, rédigés sur des cahiers de brouillon de mauvaise qualité, avec des feuilles détachées et pas toujours numérotées, vont, le premier du 10 mars 1902 au 8 juillet 1903, le second du 30 juillet 1903 au 17 février 1904 :

Le journal de Paris est composé de cinq cahiers :
- Cahier vert, numéroté 2, du 22 août 1911 au 1er septembre 1914  [1] , 106 p.
- Cahier d’écolier gris-violacé, numéroté 3, du 7 septembre 1914 au 2 décembre 1915, 45 p.

- Cahier bleu numéroté 4 - du 11 décembre 1915 au 14 juillet 1919., 130 p.


- Cahier brun numéroté 5 – du 22 septembre 1919 au 30 juin 1921, interrompu p. 57.
- Cahier gris-blanc (non numéroté) - du 12 juillet 1922 au 15 août 1932, interrompu p. 96.

Les cahiers ont été complétés par :

- Trois feuillets datés du 6 et du 29 octobre 1904, puis du 4 janvier 1905. insérés au début du cahier 1911-1914
- des extraits des lettres de Gabrielle à son fiancé (entre avril et août 1904).
- un poème d’hommage funèbre daté du 16 mai 1933.

Claude Bremond, mari de Claude Rosenthal, a assuré la transcription presque intégrale, l’annotation et la présentation du journal, complété par des extraits de lettres.

Méthode.

La démarche la plus habituelle pour l’éditeur d’un journal consiste à présenter les textes selon l’ordre chronologique de leur rédaction et de leur datation, ordre qui est en outre celui dans lequel le manuscrit de l’auteur les lui offre.

Notre expérience du journal de Gabrielle, confirmée par celle de quelques lecteurs de bonne volonté qui ont eu en main sa transcription par ordre chronologique, nous a cependant convaincu de renoncer à cette solution. Sous cette forme, le journal de Gabrielle, est trop touffu pour être aisément lisible. Il peut être comparé à une tresse d’une douzaine de brins enchevêtrés (chaque brin correspondant à un thème). En lecture chronologique, les brins de la tresse apparaissent, disparaissent, réapparaissent à tour de rôle, déjà trop nombreux pour que le lecteur puisse garder en mémoire le point de développement atteint par chacun d’eux. L’attention, s’éparpillant entre les différents noyaux thématiques qui la sollicitent l’un après l’autre, n’arrive plus à intégrer correctement, ni les moments successifs d’un même « brin » thématique, ni les rapports simultanés d’un brin avec un autre.

Que peut l’éditeur du journal pour pallier cet inconvénient et amener le texte à un seuil de lisibilité acceptable ? Multiplier les notes ? Proposer des itinéraires de lecture ? Mais le lecteur se lassera bientôt de faire le va-et-vient entre ces notes et le texte ou de jouer à saute-mouton par-dessus des blocs de pages. Nous avons choisi une autre solution : décomposer le texte en ses thèmes principaux, et procéder à une édition thème par thème. Quitte à prendre nous-même en charge la tâche d’effectuer les raccords indispensables pour éclairer les liaisons sous-jacentes, soit dans la durée entre les moments successifs d’un thème, soit dans la simultanéité entre un thème et tels autres qui lui sont liés.

Il s’agit en quelque sorte de procéder à une « distillation fractionnée » du texte, au bénéfice de la limpidité et de l’intensité de chacun des composants thématiques, en acceptant les inconvénients qui sont la contrepartie de l’opération (monotonie, saturation, perte des effets de contraste résultant de la juxtaposition des thèmes).

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Comment le problème, crucial pour nous, de la sélection et de la hiérarchie des thèmes se pose-t-il dans le cas des cahiers de Gabrielle ? On concèdera aisément que le moi souffrant et jouissant de Gabrielle constitue son sujet principal. La matière du journal s’organise à partir et en vue d’une expression de ses affects. Affects qui sont le plus souvent associés à des personnes comme à leur cause la plus immédiate, mais parfois aussi à des événements, des lieux, des institutions, des valeurs.

Parmi les personnes, nous avons distingué, selon un ordre d’intensité affective grossièrement décroissant, les amants, les membres de la parenté proche, les non-parents composant un entourage stable ou régulier, des individus ayant fait l’objet de rencontres occasionnelles ; parmi les choses du monde matériel, d’une part les êtres naturels (fleurs, arbres, jardins, astres, saisons…) par lesquelles une entité transcendante, la nature, est censée nous émouvoir ; d’autre part les objets culturels (livres et œuvres d’art) par lesquels la civilisation affine notre sensibilité et notre intelligence ; parmi les idées et valeurs, d’une part les grandes causes nationales, sociales ou politiques qui appellent ici-bas une activité militante (la patrie, le socialisme, le féminisme), d’autre part les institutions et croyances qui fondent notre rapport à l’au-delà (judaïsme, christianisme, panthéisme, paganisme).

Nous avons complété ces thèmes par quelques autres, éphémères ou périphériques (chronique de la vie d’un pensionnat, réflexions philosophiques, aspects physiques ou moraux de Gabrielle), ainsi que par une analyse des fins et moyens du journal.

Cette catégorisation ne vise qu’à donner une idée approximative du champ thématique couvert par le journal de Gabrielle, tant il est évident, d’une part que tous ces thèmes sont susceptibles de se recouper partiellement l’un l’autre, d’autre part qu’un certain nombre de cas résiduels lui échappe. Telle qu’elle est, elle suffit pour répartir la majorité des notations selon le plan suivant :

I - Diariste débutante.
Quelques échantillons des premières pages du journal de Neuilly, à un moment où la diariste novice tâtonne à la recherche de sa matière et de sa manière propres.

II - Les amours.
Le thème « Amours » est la grande constante du journal. Il court de la première à la dernière page, entrelacé aux autres, connecté à eux par de multiples liens. En coupe longitudinale, il se segmente entre les partenaires successifs (à Neuilly Marie ; à Nancy, André Spire, Gérard Hekking, Léon Rosenthal ; à Paris, Emile Borel, Julien Benda, Mr Gérard, Tony Grégory) ; en coupe transversale, il connecte parfois deux partenaires sexuels (le mari et l’amant), ou le thème de l’amour avec un autre (par exemple, le thème « socialisme » en la personne d’André Spire).

III - La famille.
Après le thème prépondérant des « Amours », le thème « Parenté proche » occupe une place plus discrète et moins continue. Spécifié en fonction du lien de parenté et de la période considérée, il concerne : le père, Isaac Bernheim, entre 1897 et 1914 ; la grand’mère, Franziska Marx, à Nancy entre 1898 et 1904 puis, sporadiquement, à Paris, entre 1911 et 1924 ; le frère, Marcel Bernheim, presque exclusivement dans la période nancéienne ; l’oncle maternel, Roger Marx, à Nancy et Paris, d’abord en tant que vivant jusqu’en 1913, puis à titre de défunt évoqué jusque dans les années 20 ; la tante maternelle par alliance, Elisa Marx, uniquement dans la période nancéienne ; les cousins germains Claude et Léon, occasionnellement pendant les périodes nancéienne et parisienne ; le lointain cousin par alliance, Jules Rais, surtout dans la période nancéienne ; les enfants, Dante et Sylvie, à partir de 1911, Sylvie prenant une importance prépondérante dans la décennie 1920-1930.

IV - Entourage et rencontres.
Le thème se segmente selon les trois périodes de Neuilly, Nancy et Paris, chacune caractérisée à un pôle par des relations privilégiées avec deux ou trois confidents de l’un ou l’autre sexe, et à l’autre pôle par une poussière de figures ponctuellement évoquées.

V - Jardins et saisons.
Ce thème est surtout fréquent à Neuilly et Nancy. Il se compose de tableaux descriptifs, sans continuité narrative de l’un à l’autre, servant souvent de tremplin à un envol lyrique vers le thème religieux sous sa forme panthéiste.

VI - Les lettres et les arts
Ce thème réunit les acquisitions culturelles de Gabrielle, ses « nourritures spirituelles » sous forme de lectures, pratiques ou auditions musicales, visites d’exposition, cours ou conférences. Il se répartit en quantités de notations sensiblement égales entre Neuilly, Nancy et Paris. Par leur nature même, ces textes sont en connexion étroite avec les thèmes sociaux ou politiques et les thèmes religieux. Dans le cas où il s’agit d’œuvres produites par des contemporains connus de Gabrielle, une connexion est également possible entre « Lettres et arts » et « Entourage et rencontres ».

VII - Réflexions philosophiques.
Regroupement de quelques méditations sur des problèmes très généraux (l’art en particulier) sans relation directe avec l’histoire propre de Gabrielle.


VIII - L’action militante.
Trois sous-thèmes spécifient ce thème : socialisme, patriotisme, féminisme. Il prend forme à Nancy (affaire Dreyfus, initiation au socialisme, participation à l’Université populaire) et s’épanouit à Paris entre 1911 et 1925 (groupe des femmes socialistes, veille des blessés à l’E.N.S. transformée en hôpital militaire, projet d’un Service civique des femmes).

IX - Quête du divin
En germe à Neuilly et s’affirmant à Nancy, ce thème connaît une éclipse à Paris entre 1911 et 1916, puis revient en force au cours de la décennie 1920-1930. Il concerne le judaïsme (qu’il récuse), un paganisme panthéiste et mystique en connexion étroite, d’une part avec le thème « Jardins et saisons », d’autre part avec le thème « Amours », le christianisme (d’une part sous forme d’un message évangélique affranchi des dogmes et confluant avec l’idéal socialiste, d’autre part sous forme d’une attraction exercée par les mystiques catholiques).

X - Gabrielle par Gabrielle.
La diariste, telle qu’elle se voit elle-même à différentes époques : affirmations juvéniles de non-conformisme ; l’enfant sans mère ; la passéiste ; l’enlisée à Nancy ; l’insomniaque à Paris.

XI - La création littéraire.
Ce thème rassemble une série de notations faisant écho à des projets de romans, de nouvelles, de poèmes ou de pièces de théâtre, aux avatars de leur gestation, ou à des ébauches de textes destinés à y être intégrés.

XII - Poétique.
Sous ce thème, nous réunissons des échantillons de divers procédés poétiques, rhétoriques ou stylistiques qui caractérisent l’écriture de Gabrielle.

Notes

[1Le n° 1, manquant, est probablement le « cahier jaune » auquel Gabrielle fait allusion dans des fiches de relecture de ses propres cahiers.


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