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Christine Lièvre : poèmes

25 avril 2009

par Christine Lièvre

Pétales du silence

Extraits.

Les poèmes suivants sont extraits du recueil de Chrsitine Lièvre dont nous a parlé Frédéric Le Dain en octobre dernier : http://temporel.fr/Christine-Lievre-par-Frederic-Le, Pétales du silence.
« Toute vie est unique et chaque destin, singulier. Le gouffre noir de Paul Celan, qui le conduisit à se donner la mort en se jetant dans la Seine, qu’on me le permette ici en toute piété poétique – je ne l’évoque pas avec plaisir me servira de guide pour dire, à demi-mots, le destin d’une poétesse pour beaucoup inconnue, Christine Lièvre. Mais dont la mémoire est précieuse à quelques-uns. »
(F. Le Dain)

Roger Lièvre*, son père, nous précise ceci : « Christine avait décidé de remettre une partie des recettes de son livre à une association indienne oeuvrant pour une population pauvre. » Pour acquérir Pétales du silence, s’adresser à Roger Lièvre : roger.lievre@orange.fr>

le premier matin

La nuit s’écroule
aux pieds de la rosée.

L’instant soulève l’ardent.

Les jours d’attente
sont en flammes.

Un regard atteste tout.

Les ronces sont en fleurs
blanches
comme le premier matin.
Toi
tu étreins les vagues
qui me mettent au monde.

***

femme fragment de blé

Femme fragment de blé,
accoudée, éblouie, dans l’aveu des bleuets,
tu tisonnes les sèves sur la pointe des pieds
et des semences douces s’échappent de ton ventre.
Quand tu parcours la terre
à pas de braise en murmurant
un saule rit et danse dans ta chair,
les yeux ouverts.

Femme initiée lointaine
à l’étreinte des graines, de la pierre et des ailes
dont le reflet s’est pris aux branches de ta voix,
tu multiplies partout l’intensité des choses
et quand tu passes près de lui

le jour se lève et il te suit.

entre Ciel et Terre

Passagers dans l’immense.
Funambules
au centre
des ténèbres
unies
à la lumière infuse à chaque pas.
L’éternité qui brûle dans l’instant.

***

le fleuve invisible

Tes doigts effeuillent l’insaisissable
sur la Terre immobile assoiffée
où nous allons,
pétris d’une incertaine fièvre.
Forgés par la braise des jours,
passant, inlassables,
de l’étoile aux racines obscures
et du silence nu aux lourdes floraisons,
nous creusons le fleuve invisible
de Ta brûlante beauté.

Et traversés de quelques larmes
nous approchons de l’horizon,
là où enfin le cœur bascule,
à l’infini.

O Vie ardente

aux yeux d’argile.

***

l’or de l’instant

La blancheur du ciel
qui souligne nos gestes,
la fumée des besognes
s’ajoute à la beauté.
C’est un jour de la Vie,
fragment d’humanité,
la main de l’Ange
à notre épaule
et nous, penchés
à recueillir

l’or de l’instant.

dans l’être

Tant de courage épars
dans l’air et sur la Terre,
ces empreintes de roses blessées,
la béatitude du chaume.

Le toit du ciel débordé d’infini
et ceux qui sont partis,
les hommes silencieux,
habillés en montagnes
de neige ou de feu,
si près de l’ineffable.

Les femmes aux mille mains,
multipliant la Vie.
Les allées et venues
sous l’azur impassible
et ceux
qui traversent des gouffres,
ciselés par la nuit.

Cette soif qui aimante
et bâtit un périple,
ce souffle de la Vie
que l’on boit en tous lieux.
Tout devient un vertige
et bascule dans l’être.

***

hommage

A force de piocher sous la lune
et de tirer le soc de l’aube
il a rapiécé la faim
et agrandi l’eau des ruisseaux.

Attelés au silence
ils ont raisonné les vents sauvages
et renversé la nuit.

Sur ce quart de terre
éclairé de ciel
la moisson a jailli.

L’homme, les bêtes et les champs,
Epaule contre épaule.

***

pour le Monde

La nuit étrangle le jour
et l’innocence ensevelie
s’étend jusqu’aux étoiles.

Le jour étreint la nuit,
ses larmes inventent l’aube.
Les mains vides initient
aux racines essentielles.
Les femmes, de nouveau,
allument les instants.
L’évidence est un feu.

La Vie nue et sans prix
dévoile
brusquement nos mirages,
embrase
les paroles claires,
provoque l’impossible
fleuve
de la présence réunie.

La Vie
de mains en mains
apprivoisée
tremblant d’amour
à l’infini
se lit sur les visages
et se relie
d’un ciel à l’autre.

***

* J’ai demandé à Roger Lièvre s’il voulait nous dire quelques mots sur Christine. Dans un premier temps, il a décliné ma suggestion. Puis, quelques jours plus tard, j’ai reçu ce massage que je reproduis intégralement :

« Bonjour Anne,
Je voudrais tout de même dire quelques mots sur Christine et ses poèmes. Je remarque qu’elle a dédié son recueil « aux Enfants du Monde et à la Vie ». Il y a quelques mois en relatant le titre de son livre, j’avais écrit « Pétales de silence » et je me suis aperçu que le titre exact était « Pétales du silence » ce qui me paraît tout à fait différent. Alors que « Pétales de silence » renvoie à un silence abstrait, « Pétales du silence « fait plutôt penser au silence d’une personne, et au sien en particulier consécutif à sa disparition.
La page de son premier recueil de poèmes, publié en 1985, s’ouvre sur cet hymne à la beauté :

« Il y a sur la terre
Une immense beauté
Qui ne nous cédera Jamais »

Ce qui fait penser inévitablement au vers du poète anglais : « A thing of beauty is a joy for ever », expression peut-être plus banale !!!
Il est vrai qu’au cours des diverses réunions organisées çà et là (groupes d’écriture) par une des ses amies, ses poèmes ont été appréciés par beaucoup de personnes. Christine a d’abord été éducatrice spécialisée, puis a exercé pendant plusieurs années une activité d’aide-soignante. Dans ses dernières semaines, elle m’a dit : « Sache que j’ai été heureuse dans ma vie, lorsque je partais le matin pour retrouver mes personnes âgées, c’était pour moi comme si j’allais à une fête… »
La maman de Christine a écrit aussi beaucoup de poésies, dans un registre plus classique. Elle est décédée alors que Christine avait treize mois.
Je vous laisse le soin d’en tirer ce que bon vous semble pour la prochaine parution.
Notez qu’on peut accéder directement à l’hommage rédigé par Frédéric Le Dain dans la revue Temporel, en donnant le mot clé « Christine Lièvre » sur Google.

Cordialement,
Roger »

Roger Lièvre me demande d’ajouter que sa fille était très appréciée de beaucoup de gens : « Beaucoup ont gardé des liens d’amitié avec elle. Et elle a même souvent eu à leur apporter un soutien moral. C’est pourquoi vous pourriez écrire que sa mémoire est précieuse à de nombreuses personnes. »


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