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Choix de textes

29 septembre 2007

par temporel

Ce choix de textes se déroule comme une promenade d’un auteur à l’autre afin d’éclairer les diverses manières d’appréhender cette joie que promet l’œuvre.


William Blake | Charles Baudelaire | William Wordsworth | Edwin Muir | Katherine Mansfield |John Keats | Catherine Pozzi | Pierre Reverdy | Georges Bernanos | Jean Giono | Saint-John Perse | Robert Graves | Goethe | R.M. Rilke | Giuseppe Ungaretti | Clément Rosset | Sören Kierkegaard | L’Ecclésiaste*

William Blake

Dans Jerusalem, Blake affirme pleinement la dimension de l’œuvre poétique. Il refuse toute forme de dualité et oppose au savoir universel celui des « menus détails » (« minute Particulars »). Dans l’œuvre, dont Jérusalem est le lieu dans l’imagination, utopie du dire, la poésie réconcilie le multiple et les siècles.

« All things acted on Earth are seen in the bright Sculptures of
Los’s Halls, & every Age renews its powers from these Works
With every pathetic story possible to happen from Hate or
Wayward Love ; & every sorrow & distress is carved here,
Every Affinity of Parents, Marriages & Friendships are here
In all their various combinations wrought with wondrous Art,
All that can happen to Man in his pilgrimage of seventy years.
Such is the Divine Written Law of Horeb & Sinai,
And such the Holy Gospel of Mount Olivet & Calvary. (J, Planche 16, 61-69, K638)
Toute chose accomplie sur terre se révèle dans les sculptures des
Demeures de Los, et chaque époque à partir de ses œuvres renouvelle ses pouvoirs.
On trouve là tout ce qui peut advenir, tout récit pathétique dû à la haine ou
Aux caprices de l’amour ; chaque chagrin, chaque désarroi est ici sculpté,
Toute affinité de parenté, mariages et amitiés s’y trouvent
Dans toute leur variété d’association façonnée avec un art merveilleux,
Tout ce qui peut arriver à l’homme en son pèlerinage de soixante-dix années.
Telle est la Divine Loi écrite de l’Horeb et du Sinaï,
Tel est le Saint Evangile du Mont des Oliviers et du Calvaire. »

Thomas Traherne lui-même écrivait : « When the Bible was read, my spirit was present in other ages. » (Centuries of Meditation, p. 119. Une fois la Bible lue, mon esprit fut présent en d’autres époques.) Pour Blake, le divin réside en l’intériorité dans une réciprocité de l’intérieur et de l’extérieur, du temporel et de l’éternel, un véritable jeu de correspondances :

« What is Above is Within, for every-thing in Eternity is translucent :
The Circumference is Within, Without is formed the Selfish Center,
And the Circumference still expands going forward to Eternity,
And the Center has Eternal States ; these States we now explore.
(J, Planche 71, 6-9, K709)
Ce qui est au-dessus est au-dedans, car tout dans l’Eternité est translucide :
La circonférence est au-dedans, au-dehors se forme le centre égoïste,
Et la circonférence se déploie encore en s’avançant vers l’Eternité,
Et le centre a des Etats éternels ; ce sont eux que nous explorons maintenant. »

D’ailleurs, le poète retient en sa vision tous les temps, dépassant par là l’étroitesse de l’Ego (« Selfhood ») :

« I see the Past, Present & Future existing all at once
Before me. (J, Planche 15, 8, K635)
Je vois le passé, le présent et l’avenir exister tout à la fois
Devant moi. »

Cette capacité de l’esprit à se faire « fontaine intellectuelle » (associant le sublime et le pathos) est joie. Jérusalem, émanation d’Albion, le géant qui représente l’Angleterre et ses habitants, mais aussi l’homme éternel, répand la joie :

« “Albion gave me to the whole earth to walk up & down, to pour
Joy upon every mountain, to teach songs to he shepherd & plowman.
(J, Planche 79, 36-37, K720)
Albion me donna la terre entière afin que je la parcoure, pour répandre
La joie sur toute montagne, pour apprendre des chants au berger, au
[laboureur. ” »

La quête spirituelle, qui est connaissance, est aussi joie :

« What is the Joy of Heaven but Improvement in the Things of the Spirit ? What are the Pains of Hell but Ignorance, Bodily Lust, Idleness & devastation of the things of the Spirit ?
(J, Planche 77, “To the Christians”, K717)
Quelle est la joie céleste si ce n’est amélioration au sein des choses de l’esprit ? Quelles sont les douleurs de l’enfer sinon l’ignorance, la concupiscence, l’oisiveté & le ravage des choses de l’esprit ? »

Amour et pardon, qui assurent la fluidité du temps, oeuvrent pour la joie en libérant l’être de l’emprisonnement dans l’Ego (« Selfhood ») et en lui permettant d’accéder à la vision, le jeu plénier des correspondances.

Ce bonheur des correspondances, on le retrouve chez Baudelaire, lui aussi marqué par Swedenborg.

Charles Baudelaire

On connaît le sonnet des « Correspondances » et la « ténébreuse et profonde unité » qu’elles créent. Dans son poème en prose du Spleen de Paris, « L’invitation au voyage », Baudelaire les associe au « pays de Cocagne », pays « supérieur aux autres, comme l’Art l’est à la nature » : « Oui, c’est là qu’il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l’infini des sensations. » Ce pays qui est tout œuvre humaine, nature « réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue », se partage avec la « femme aimée », la « sœur d’élection ».
L’œuvre est « jouissance positive » et éternelle ouverture, dilatation de l’esprit dans l’élan du langage et de l’amour :

« Un vrai pays de Cocagne, te dis-je, où tout est riche, propre et luisant, comme une belle conscience, comme une magnifique batterie de cuisine, comme une splendide orfèvrerie, comme une bijouterie bariolée ! Les trésors du monde y affluent, comme dans la maison d’un homme laborieux et qui a bien mérité du monde entier. Pays singulier, supérieur aux autres, comme l’Art l’est à la Nature, où celle-ci est réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue.
Qu’ils cherchent, qu’ils cherchent encore, qu’ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l’horticulture ! Qu’ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j’ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !
Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c’est là, n’est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu’il faudrait aller vivre et fleurir ? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?
Des rêves ! toujours des rêves ! et plus l’âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l’éloignent du possible. Chaque homme porte en lui sa dose d’opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée, et, de la naissance à la mort, combien comptons-nous d’heures remplies par la jouissance positive, par l’action réussie et décidée ? Vivrons cous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu’a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble ?
Ces trésors, ces meubles, ce luxe, cet ordre, ces parfums, ces fleurs miraculeuses, c’est toi. C’est encore toi, ces grands fleuves et ces canaux tranquilles. Ces énormes navires qu’ils charrient, tout chargés de richesses, et d’où montent les chants monotones de la manœuvre, ce sont mes pensées qui dorment ou qui roulent sur ton sein. Tu les conduis doucement vers la mer qui est l’Infini, tout en réfléchissant les profondeurs du ciel dans la limpidité de ta belle âme ; – et quand, fatigués par la houle et gorgés des produits de l’Orient, ils rentrent au port natal, ce sont encore mes pensées enrichies qui reviennent de l’Infini vers toi. »

La joie de l’œuvre est extension et élévation de l’esprit, mouvement sans limite en pleine réciprocité avec le monde :

ÉLÉVATION

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

William Wordsworth

Le poète romantique anglais connaît ces moments d’extase, qui sont chez lui le fruit de la tranquillité plutôt que du bouillonnement du désir. Il parle, dans « Lines Composed a Few Miles above Tintern Abbey, on Revisiting the Banks of the Wye during a Tour. July, 13, 1798 » (Vers composés à quelques kilomètres au-dessus de Tintern Abbey lors d’un retour sur les rives de la Wye durant une excursion. 13 juillet 1798.), de :

« … – that serene and blessed mood,
In which the affections gently lead us on, –
Until, the breath of this corporeal frame
And even the motion of our human blood
Almost suspended, we are laid asleep
In body, and become a living soul :
While with an eye made quiet by the power
Of harmony, and the deep power of joy,
We see into the life of things. (Vers 41-49)
– Cette humeur sereine et bénie,
En laquelle les émotions doucement nous entraînent, –
Jusqu’à ce que, le souffle de ce corps
Et même le mouvement de notre sang humain
Presque suspendus, nous voici endormis
En notre chair et devenus âme vivante :
Tandis que d’un œil apaisé par la puissance
De l’harmonie, et celle, profonde, de la joie,
Nous pénétrons la vie des choses. »

Cette joie est procurée au poète à l’âge adulte par la contemplation conscient de la nature, non pas joie immédiate et sans partage de l’enfance, mais pénétrée plutôt de la « tranquille musique triste de l’humanité » :

« …And I have felt
A presence that disturbs me with the joy
Of elevated thoughts ; a sense sublime
Of something far more deeply interfused,
Whose dwelling is the light of setting suns,
And the round ocean and the living air,
And the blue sky, and in the mind of man :
A motion and a spirit, that impels
All thinking things, all objects of all thought,
And rolls through all things. (Id., vers 93-102)
Et j’ai senti
Une présence qui me trouble de la joie
Des pensées élevées ; le sublime sentiment
D’une chose bien plus profondément mêlée,
Qui demeure dans la clarté des soleils couchants,
Le rond océan et l’air vivant,
Le ciel bleu et l’esprit de l’homme :
Un élan et un esprit, qui meut
Toutes choses pensantes, tous objets de toute pensée,
Et dans sa course traverse toute chose. »

Dans la célèbre « Ode : Intimations of Immortality from Recollections of Early Childhood » (Ode : Suggestions de l’immortalité à partir de réminiscences de la tendre enfance), la joie est ce qui subsiste des premiers moments ; elle est la mémoire de ces instants de grâce dont la nature témoigne :


« O joy ! that in our embers
Is something that doth live,
That nature yet remembers
What was so fugitive !
The thought of our past years in me doth breed
Perpetual benediction. (Vers 130-135)
O joie ! qu’en nos tisons
Réside chose vivante
Que la nature se rappelled pourtant
Ce qui fut so fugitif !
La pensée de nos années passées fait naître en moi
Perpétuelle bénédiction. »

Edwin Muir

On retrouve chez le poète écossais Edwin Muir ce double mouvement du temps, l’instant d’être, puis celui de la réminiscence, qui parachève cet être autrement sans véritable accès à la joie qu’est la fable, ou unité d’être dans le dire, écho du paradis perdu.

« I realized that I must live over again the years which I had lived wrongly, and that every one should live his life twice, for the first attempt is always blind. I went over my life in that resting space, like a man who after travelling a long, featureless road suddenly realizes that, at this point or that, he had noticed almost without knowing it, with the corner of his eye, some extraordinary object, some rare treasure, yet in his sleep-walking had gone on, consciously aware only of the blank road flowing back beneath his feet. These objects, like Griseldas, were still patiently waiting at the points where I had first ignored them, and my full gaze could take in things which an absent glance had once passed over unseeingly, so that life I had wasted was returned to me. (An Autobiography, p. 187)
Je me rendis compte qu’il me fallait vivre à nouveau les années que j’avais faussement vécues et que chacun devait vivre sa vie deux fois, car la première tentative toujours se révèle aveugle. Je me repassai mon existence dans ce lieu tranquille, comme un homme qui, après avoir cheminé sur une longue route uniforme se rend soudain compte que, ici ou là, il avait remarqué presque sans le savoir, du coin de l’œil, quelque objet extraordinaire, quelque rare trésor, tout en poursuivant son chemin, somnambule, n’ayant conscience que de la route vide se résorbant sous ses pas. Ces objets, comme Grisélidis, attendaient toujours patiemment aux endroits où je les avais d’abord ignorés et, en y regardant bien, je vis ce qu’un œil étourdi n’avait, en passant, pas vu autrefois, de sorte que la vie que j’avais perdue m’était rendue. »

Il n’empêche qu’en sa vision platonicienne, Edwin Muir considère que le poète est en perpétuel exil de son propre dire.

The Poet
 
And in bewilderment
My tongue shall tell
What mind had never meant
Nor memory stored.
In such bewilderment
Love’s parable
Into the world was sent
To stammer its word.
 
What I shall never know
I must make known.
Where traveller never went
Is my domain.
Dear disembodiment
Through which is shown
The shapes that come and go
And turn again.
 
Heaven-sent perplexity –
If thought should thieve
One word of the mystery
All would be wrong.
Most faithful fantasy
That can believe
Its immortality
And make a song. (Last Poems. Complete Poems, p. 262)
Le poète
 
Et dans l’ahurissement
Ma langue va dire
Ce que mon esprit jamais n’avait conçu
Ni ma mémoire remisé.
En tel ahurissement
La parabole de l’amour
Fut envoyée dans le monde
Pour bégayer son dire.
 
Ce que jamais je ne connaîtrai
Je le dois faire connaître.
Où le voyageur n’est jamais allé
Voici mon domaine.
Chère désincarnation
Qui révèle
Les formes qui vont et viennent
Et s’en retournent.
 
Perplexité que le ciel envoie –
Si la pensée devait ravir
Un mot du mystère
Tout serait gâché.
Très fidèle fantaisie
Qui puisse croire
En son immortalité
Et la chanter.

Katherine Mansfield

Chez Katherine Mansfield, par contre, le double mouvement du temps, passé et futur, converge dans l’intensité verticale du moment présent, dont la forme visible, en toute plénitude d’être, est l’arbre :

« As they stood on the steps, the high grassy bank on which the aloe rested rose up like a wave, and the aloe seemed to ride upon it like a ship with the oars lifted. Bright moonlight hung upon the lifted oars like water, and on the green wave glittered the dew.
"Do you feel it, too," said Linda, and she spoke to her mother with the special voice that women use at night to each other as though they spoke in their sleep or from some hollow cave –" Don’t you feel that it is coming towards us ?"
She dreamed that she was caught up out of the cold water into the ship with the lifted oars and the budding mast. Now the oars fell striking quickly, quickly. They rowed far away over the top of the garden trees, the paddocks and the dark bush beyond. Ah, she heard herself cry : "Faster ! Faster !" to those who were rowing.
How much more real this dream was than that they should go back to the house where the sleeping children lay and where Stanley and Beryl played cribbage.
"I believe those are buds," said she. "Let us go down into the garden, mother. I like that aloe. I like it more than anything here. And I am sure I shall remember it long after I’ve forgotten all the other things."
(“Prelude”, The Collected Stories, p. 53)

Comme elles se tenaient sur les marches, le haut talus herbeux sur lequel était l’aloès se souleva comme une vague, et l’arbre parut y voguer comme un navire aux rames levées. Un brillant clair de lune y était suspendu, pareil à de l’eau ; sur la vague verte luisait la rosée.
- Ressens-tu cela aussi, dit Linda, s’adressant à sa mère de la voix particulière des femmes, quand elles se parlent le soir, comme parlant dans leur sommeil, ou bien terrées dans quelque grotte creuse… N’as-tu pas l’impression qu’il vient vers nous ?
Elle se rêva repêchée dans l’eau froide et montée à bord du vaisseau aux rames levées et au mât bourgeonnant. Maintenant les avirons retombèrent en un rythme rapide, rapide. On ramait bien au-delà de la cime des arbres, des enclos et de l’obscure broussaille plus loin encore. Ah, s’entendit-elle crier aux rameurs : « Plus vite ! Plus vite ! »
Comme ce rêve revêtait bien plus de réalité que le retour à la maison où reposaient les enfants endormis, où Stanley et Beryl jouaient aux cartes.
- Je pense que ce sont des bourgeons, dit-elle. Descendons dans le jardin, Maman. J’aime cet aloès. je l’aime plus que tout ici. Et je suis sûre que je m’en souviendrai longtemps après avoir oublié tout le reste. »

On retrouve, dans « Bliss » (« Félicité »), la même intensité de présence de l’arbre en fleurs, à portée de regard, à portée de souffle.

« "There !" she breathed.
And the two women stood side by side looking at the slender, flowering tree. Although it was so still it seemed, like the flame of a candle, to stretch up, to point, to quiver in the bright air, to grow taller and taller as they gazed – almost to touch the rim of the round, silver moon.
How long did they stand there ? Both, as it were, caught in that circle of unearthly light, understanding each other perfectly, creatures of another world, and wondering what they were to do in this one with all this blissful treasure that burned in their bosoms and dropped, in silver flowers, from their hair and hands ?
For ever – for a moment ? And did Miss Fulton murmur :
"Yes. Just that." Or did Bertha dream it ?
(“Bliss”, Id., p. 102)

- Là ! souffla-t-elle.
Et les deux femmes, l’une près de l’autre, de regarder l’arbre élancé, en fleurs. Bien qu’il fût tant immobile, il avait l’air, comme la flamme d’un cierge, de s’étirer, de s’effiler, de frémir dans la clarté de l’air, de ne cesser de croître sous leur regard… à toucher presque le bord de la lune ronde et d’argent.
Combien de temps demeurèrent-elles là ? Toutes deux, pour ainsi dire, prises dans ce cercle de lumière surnaturelle, en une parfaite réciprocité de compréhension, créatures d’un autre monde, se demandant ce qu’elles allaient faire dans celui-ci avec tout ce trésor de félicité qui brûlait dans leur poitrine et gouttait, en fleurs d’argent, de leurs cheveux, de leurs mains ?
A jamais… l’espace d’un instant ? Et Mademoiselle Fulton murmura-t- elle :
- Oui, rien que cela, là.
Ou Berthe le rêva-t-elle ? »

Non seulement passé et futur convergent-ils dans la figure de désir et de plénitude qui s’épanouit en l’intériorité, mais l’éternité surgit dans le paradoxe de l’instant – véritable vision kierkegaardienne de l’accès de l’individu à sa pleine dimension existentielle.

John Keats

Si l’on parle d’intensité, on ne peut éluder le poète romantique anglais, pour lequel, en ce début célèbre du poème Endymion, la beauté est joie, refuge et apaisement. Elle crée un lieu où l’on puisse respirer, comme chez Katherine Mansfield d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard.

« A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases ; it will never
Pass into nothingness ; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing. (Vers 1-5)
Une chose belle est une joie à jamais :
Son charme s’accroît ; Jamais elle n’ira
Au néant, mais toujours conservera
Pour nous paisible demeure, sommeil
Empli de doux songes, de santé, de souffle apaisé. »

Catherine Pozzi

Catherine Pozzi écrit à R.M. Rilke, le 14 juillet 1924, en lui citant quelques vers d’Elizabeth Barrett Browning, extraits de « The Mask » (Le masque) (« I have a smiling face, she said […] And so you call me gay, she said. » J’ai le visage souriant, dit-elle […] Et c’est ainsi que vous me nommez gaie, dit-elle) : « Je suis une voix qui résonne à peine, cher Monsieur ; une ombre, une fumée, une mourante, quelque chose qui aura disparu de votre chemin, à peine vous aurez le dos tourné. » (Correspondance, p. 40) Elle est en effet, comme Keats, comme Katherine Mansfield, atteinte de la tuberculose. Elle commence ainsi sa lettre, le 28 juillet de la même année : « C’est mon espèce de corps qui m’a empêchée de répondre plus tôt à votre lettre amicale. Cet autre moi qui a été si heureux de vivre, me rend l’existence lourde à présent. » (p. 49)
Elle dévoile, dans son Journal, en mars 1913 (p. 43), une des sources de sa joie : « … je vais aux choses avec l’insouciance enfantine, l’insouciance-porte du paradis qui seule peut faire communiquer un être à l’univers. Pour retrouver le chemin qui mène à la douce réalité des choses, tout égoïsme doit tomber du cœur. » Elle se partage entre une grande tristesse, un désir de mourir, et une véritable aspiration à la joie : « Les premiers jours, j’écrivais sur mon balcon devant le gouffre lumineux du paysage : la joie royale de ce pays blanc et sépia, teinté de bleu, inondé d’or. Une fumée qui monte d’un feu en bas sur la route, brûlant sous les rayons brûlants comme une offrande à l’Apollon des neiges. Tout est stable et vibrant, un grand accord heureux, ô contes d’Andersen ! Contrée des petits enfants ! Contrée douce et radieuse, hors des microbes du monde. Soleil, tu déferais les streptocoques impossibles, javelot d’or et javelot d’or. Neige, tu mettrais une barrière aux trahisons, aux peurs, aux jalousies, tu ensevelirais le mal, tapis blanc et flocon blanc. » (Journal, p. 60)
Elle avoue, en 1920 : « J’écris pour ne pas mourir de solitude. » (Id., p. 130) Un peu plus tard, le 22 juillet (elle avait la connaissance de Paul Valéry) : « Vivre. Travailler, consentir à moi-même. Atteindre, en allant au bout de ma raison, le point extrême où, peut-être, vous m’attendez. » (p. 148)

Louvre

La joie paraît ainsi pour elle s’attacher à un lieu, requérir un lien avec l’univers, lien fondé sur la mémoire, ainsi qu’un lien à l’autre, cette deuxième personne, « vous ». C’est ce que suggère ce passage de haute intensité poétique de Peau d’âme. En exergue, ce mot de Catherine de Sienne : « S’armer de sa propre sensualité. »
« Le jardin de juillet s’étendait sans limites, car les paysans de ce pays n’élèvent pas de murs entre leurs vignes, seulement des haies qui sont aux pampres confondues.
Un espace de fleurs divisé par quatre allées droites, de quoi marcher cent pas, laissait marcher la fantaisie sur cent hectares, des ceps au ciel. Mais à vos pieds les passe-velours, trop nombreux par tige, ronds comme des mandarines, un frelon au cœur, envoyaient jusqu’à vos genoux une odeur orange ; et à votre main la couleur de votre sang avait fait une seule rose, et elle approfondissait l’azur. Vous étiez assis sur un banc.
C’étaient les dahlias que vous regardiez, ils jouaient déjà dans l’automne, ils étaient déjà, ce matin, dans le faste soir ; ils accompagnaient déjà de cris épanouis les raisins qui n’étaient pas mûrs, comme au chant des vendanges passées.
Soudain vous entendîtes les jours passés.
Ils résonnaient sous ce jour-ci, et non pas dans votre mémoire ; ils n’étaient pas en votre corps, mais dans les choses, dehors, – plutôt, ils étaient on ne sait où, entre les choses et vous. Ce n’était pas du souvenir, mais du sentir. Une fissure, une faille du temps, ouverte jusqu’aux entrailles de la conscience, rejoignait un élément nouvel, inépuisable, troublement pur, où des instants passés pareils à celui-ci, étaient pris.
Je sens ce que j’ai déjà senti. »
(Peau d’âme, pp. 41-42)

Cette joie qui fait à la fois deuil d’elle-même, est élévation, c’est le « très haut amour » du poème « Ave ».

On écoutera ci-dessous, dans « à l’œuvre », deux poèmes de Catherine Pozzi, « Ave » et « Vale », mis en musique par Noël Lee.

Pierre Reverdy

Puisqu’il est question de musique, Pierre Reverdy, dans « Note », poème publié dans Sources du vent (1929), l’assimile aux mots.

« Les douze notes éveillèrent une émotion
en vibrant dans le silence de la nuit
Une autre toute seule dans le carré du ciel se détacha
Les mots rayonnaient sur la table
[…]
La musique
Les mots
la lumière artificielle
Et l’auteur avait disparu emportant son secret
Tous les assistants comprenaient ce qu’il avait voulu dire
Une émotion unique les étreignait
Bientôt ils oublièrent l’auteur la table les mots la lumière
Il ne restait plus que l’émotion sublime – dégagée de tout – l’humanité »

Même si le mot « joie » n’est pas prononcé, nous la percevons dans cette « émotion sublime » qui, dans l’œuvre, crée l’humanité.

Georges Bernanos

La joie, par contre, est le titre du roman que Georges Bernanos publia en 1929, roman à dénouement tragique. La joie, dans cet ouvrage, est une façon d’échapper, par instants brefs, à l’étouffement de l’être dans les limites de son « secret ».
« Si cruel que fût au malheureux Clergerie un coup de lancette trop brutal, il ne sentit d’abord que la délicieuse rémission de la honte qui suit l’aveu, et, dans sa joie d’être enfin délivré d’un secret qu’une volonté plus forte venait d’arracher à sa confiance, les larmes lui vinrent aux yeux. » (p. 137)
Ce sentiment jaillit paradoxalement : « La perfection, l’excellence de ce dénuement, la toute-puissance de Dieu sur une pauvreté si lamentable, la certitude de dépendre presque entièrement de ce que les hommes nomment hasard, et qui n’est qu’une des formes les plus secrètes de la divine pitié, tout cela lui apparut ensemble pour l’accabler d’une tristesse pleine d’amour, où éclata tout à coup la joie splendide… » (p. 58)
Les êtres humains, M. de Clergerie et sa fille notamment, y sont décrits sous le signe du petit. L’adjectif est répété trois fois au cours des vingt-cinq premières lignes, puis revient pour qualifier les « mains jointes » de Chantal (p. 91) ainsi que les « mille profits que se disputent les ambitions serviles » (p. 123) de son père.
La tristesse émane de Satan (p. 83), dit Chantal, qui dénonce le mensonge des adultes (p. 167) après que le Russe Fiodor l’a lui aussi brocardé (p. 119). La grand-mère, folle, tremble de joie une fois que son secret est découvert (p. 167). La joie pleine et entière s’avère participation au monde et correspondance à l’instant – secret paradoxal « qui lui donnait autrefois l’illusion de courir à perdre haleine au bord d’un abîme enchanté » (p. 31).

« La joie du jour, le jour en fleur, un matin d’août, avec son humeur et son éclat, tout luisant, – et déjà, dans l’air trop lourd, les perfides aromates d’automne, –éclatait à chaque fenêtre de l’interminable véranda aux vitraux rouges et verts. C’était la joie du jour, et par on ne sait quelle splendeur périssable, c’était aussi la joie d’un seul jour, le jour unique, si délicat, si fragile dans son implacable sérénité, où paraît pour la première fois, à la cime ardente de la canicule, la brume insidieuse traînant encore au-dessus de l’horizon et qui descendra quelques semaines plus tard sur la terre épuisée, les prés défraîchis, l’eau dormante, avec l’odeur des feuillages taris.
De son pas juste et léger, rarement hâtif, la jeune fille traversa toute cette lumière, et ne s’arrêta que dans l’ombre du vestibule, les volets clos. Elle écoutait battre son cœur et ce n’était assurément ni de terreur, ni de vaine curiosité, car depuis des semaines et des semaines, sans qu’elle y prît garde peut-être, chaque heure de sa vie était pleine et parfaite, et il lui semblait que toutes ses forces ensemble n’y eussent rien ajouté ni moins encore retranché... C’étaient les heures de jadis, si pareilles à celles de l’enfance, et il n’y manquait même pas la merveilleuse attente qui lui donnait autrefois l’illusion de courir à perdre haleine au bord d’un abîme enchanté. Délices profondes, plus secrètes qu’aucun battement du cœur profond ! » (p. 31)

Jean Giono

Si l’on parle de romans sur la joie, il faut évoquer celui de Giono, Que ma joie demeure (1935), dont le titre emprunte à la traduction française du choral final « Jesus bleibet meine Freude » de la cantate de Bach « Herz und Mund und Tat und Leben, BWV 147, jouée lors de la fête de la Visitation le 2 juillet 1723, mais existant déjà dans une version de 1716.

« ‘La joie peut demeurer’, se dit Jourdain.
‘Seulement, se dit-il, il faudrait que celui-là vienne.’
Il ne pensait pas à ce petit-fils de Marion, à celui-là du delà des mers. Non. Il pensait à un autre, n’importe lequel, il ne savait pas, mais quelqu’un. Il lui avait suffi de savoir que des hommes existaient qui avaient des mains soignantes et qui n’avaient pas peur des grosses maladies qui se donnent.
Un de ceux-là. Voilà ce qu’il fallait. Un homme avec un cœur bien verdoyant.
Et rien que de savoir que celui-là existe on entend le chant de la flûte et l’espoir vous porte même dans les longs chemins qui font le tour des forêts. » (p. 16)

Saint-John Perse

Une joie fougueuse, et nommée, habite par contre ces lignes de Saint-John Perse, extraite de « Etroits sont les vaisseaux », section III (Amers, pp. 88-89) :

« Submersion ! soumission ! Que le plaisir sacré t’inonde, sa demeure ! Et la jubilation très forte est dans la chair, et de la chair dans l’âme est l’aiguillon. J’ai vu briller entre tes dents le pavot rouge de la déesse. L’amour en mer brûle ses vaisseaux. Et toi, tu te complais dans la vivacité divine, comme l’on voit les dieux agiles sous l’eau claire, où vont les ombres dénouant leurs ceintures légères… Hommage, hommage à la diversité divine ! Une même vague par le monde, une même vague notre course… Etroite la mesure, étroite la césure, qui rompt en son milieu le corps de femme comme le mètre antique… Tu grandiras licence ! La mer lubrique nous exhorte, et l’odeur de ses vasques erre dans notre lit… Rouge d’oursin les chambres du plaisir. »

Robert Graves

Le personnage de la Déesse blanche est pour le poète anglais Robert Graves une façon d’aborder l’ambivalence du désir et de la crainte, de la joie et de l’angoisse, une manière de mettre le souci existentiel au cœur du poème et de trouver, au sein du paradoxe, la joie, malgré tout. (Complete Poems, volume 2, p. 179)

THE WHITE GODDESS
 
All saints revile her, and all sober men
Ruled by the God Apollo’s golden mean –
In scorn of which we sailed to find her
In distant regions likeliest to hold her
Whom we desired above all things to know,
Sister of the mirage and echo.
 
It was a virtue not to stay,
To go our headstrong and heroic way
Seeking her out at the volcano’s head,
Among pack ice, or where the track had faded
Beyond the cavern of the seven sleepers :
Whose broad high brow was white as any leper’s,
Whose eyes were blue, with rowan-berry lips,
With hair curled honey-coloured to white hips.
 
Green sap of Spring in the young wood a-stir
Will celebrate the Mountain Mother,
And every song-bird shout awhile for her ;
But we are gifted, even in November
Rawest of seasons, with so huge a sense
Of her nakedly worn magnificence
We forget cruelty and past betrayal,
Heedless of where the next bright bolt may fall.
LA DEESSE BLANCHE
 
La vilipendent tous les saints et les sages
Que gouverne du divin Apollon le juste milieu -
Au mépris duquel nous parcourûmes les mers pour la trouver
En ces régions lointaines où très vraisemblablement elle demeurait,
Elle que nous désirions par-dessus tout connaître,
Sœur du mirage et de l’écho.
 
Ce fut vertu de ne point rester,
Que de suivre notre opiniâtre route héroïque
A sa recherche au faîte du volcan,
Sur la banquise, ou là où ses traces s’étaient estompées
Par-delà l’antre des sept dormeurs :
Elle dont le front haut et large avait la blancheur de la lèpre,
Elle qui avait les yeux bleus, les lèvres sorbe,
Elle dont les boucles couleur de miel effleuraient de ses hanches la blancheur.
 
La verte sève du printemps au jeune bois tout en émoi
Célébrera la Mère de la montagne,
Et tout oiseau l’espace d’un instant l’appellera de son chant :
Mais il nous est donné, même en novembre,
De toute saison la plus âpre, le sentiment si extrême
De cette splendeur qu’elle porte en sa nudité,
Que nous oublions sa cruauté et ses trahisons passées
Sans nous soucier de l’endroit où le prochain trait de foudre, vif, risque de tomber.

(Robert Graves, Poèmes, p. 188)

Goethe

Goethe dit de Spinoza et de L’Ethique, dans Poésie et vérité (p. 401) : « Ce que j’ai pu tirer de cet ouvrage, ce que j’ai pu y mettre du mien, je ne saurais en rendre compte ; en un mot, j’y trouvai l’apaisement de mes passions ; il me semblait voir s’ouvrir une vaste et libre perspective sur le monde sensible et le monde moral. Mais ce qui m’attachait surtout à lui, c’était le désintéressement sans bornes qui brillait dans chaque phrase. » Il ajoute un peu plus loin : « Le calme de Spinoza, qui accorde tout, contrastait avec mon élan qui soulevait tout, sa méthode mathématique était à l’opposé de mon caractère et de mon talent de création poétique. Or, c’était précisément cette dialectique réglée, que l’on prétendait impropre aux matières morales, qui faisait de moi son disciple passionné, son admirateur le plus déclaré. » Il écrit quelques pages plus loin (p. 429) : « Ma confiance en Spinoza reposait sur l’effet de pacification qu’il produisait en moi. » L’une de ses maximes était : « Qui agit dans la joie et se réjouit de ce qui est accompli est heureux. » (Maximes et réflexions, p. 24)
Dans Le divan, le poème intitulé « Confession » (p. 33) s’achève ainsi :

« Mais ce qu’il y a de plus difficile à cacher c’est un poème,
On ne le met pas sous le boisseau.
Si le poète vient de le chanter,
Il en est tout pénétré ;
S’il l’a élégamment calligraphié,
Il veut que le monde entier l’aime.
Il le lit à chacun, joyeux et à voix haute,
Peu lui chaut qu’il tourmente ou édifie. »

Le poème « Vœu audacieux » (p. 40) parle de l’œuvre comme joie :

« Qu’est-ce qui fait qu’en tout lieu,
Chacun se sente heureux
Et que chacun prête l’oreille
Quand les mots s’ordonnent en harmonie ?
 
[…]
Avant d’ouvrir son chant, avant de le cesser,
Il faut que le poète vive.
 
Et qu’ainsi la corde d’airain de la vie
Fasse vibrer ton âme ! […] »

R.M. Rilke

Ce poème, extrait de Neue Gedichte (Nouveaux Poèmes), associe joie, plaisir et chair, faisant de l’acte et de l’œuvre le fondement de l’être.

Leda
 
Als ihn der Gott in seiner Not betrat,
erschrak er fast, den Schwan so schön zu finden ;
er ließ sich ganz verwirrt in ihm verschwinden.
Schon aber trug ihn sein Betrug zur Tat,
 
bevor er noch des unerprobten Seins
Gefühle prüfte. Und die Aufgetane
erkannte schon den Kommenden im Schwane
und wußte schon : er bat um eins,
 
das sie, verwirrt in ihrem Widerstand,
nicht mehr verbergen konnte. Er kam nieder
und halsend durch die immer schwächre Hand
 
ließ sich der Gott in die Geliebte los.
Dann erst empfand er glücklich sein Gefieder
und wurde wirklich Schwan in ïhrem Schooß
Léda
 
Lorsque le dieu dans sa détresse l’envahit,
presque effrayé de trouver le cygne si beau,
il se laissa tout troublé disparaître en lui.
Mais sa feinte déjà vers l’acte le portait,
 
avant même qu’il eût sondé les sentiments
de l’être inéprouvé. Dans le cygne déjà
l’ouverte reconnut celui qui s’approchait
et sut : il implorait un don
 
que sa résistance troublée
ne pouvait plus celer. Il descendit sur elle
et son col triomphant de la main fléchissante
 
le dieu se déchaîna dans le corps de l’aimée.
Alors avec bonheur il sentit son plumage
et devint vraiment cygne dans son sein.

(Le vent du retour, pp. 64-65. Traduit de l’allemand par Claude Vigée)

Giuseppe Ungaretti

Pour Claude Vigée, comme pour Nietzsche, la joie se conquiert sur ce qui lui fait obstacle. Cette lucidité appartient aussi au poète italien qui donne pour titre à son recueil de poèmes de 1914-1918, L’Allegria (L’allégresse). « Le titre primitif, » écrit-il en note à ses Œuvres complètes (Tutte le poesie, p. 517), « étrange, dit-on, était Allégresse des naufrages. Etrange, si tout n’était pas naufrage, si tout n’était pas emporté, étouffé, usé par le temps. Exultation que donne, parce que fugitif, l’instant, quand il advient, instant que seul l’amour peut arracher au temps, l’amour plus fort que ne peut l’être la mort. C’est là que surgit cette exultation d’un moment, cette allégresse qui, comme source, n’existera jamais sans le sentiment de la présence de la mort à conjurer. Il ne s’agit pas de philosophie, il s’agit d’expérience concrète, effectuée dès l’enfance vécue à Alexandrie et que la guerre de 1914-1918 devait promouvoir, exacerber, approfondir, couronner. » (Traduction A.M.) Ce recueil correspond, chez Ungaretti, à la « prise de conscience de soi », une lente découverte culminant un jour, le 16 août 1916, « en pleine guerre, dans la tranchée » en un chant, un poème intitulé « I fiumi » (Les fleuves). le poète veut se reconnaître « fibre docile / de l’univers » (« una docile fibra / de’ll universo » p. 44) :

« Il mio supplizio
è quando
non mi credo
in armonia »
« Je suis au supplice
quand
je ne me crois pas
en harmonie »

Le poème qui porte le titre finalement écourté, « L’allegria dei naufragi » (p. 61), a été écrit le 14 février 1917, comporte six vers, débute, in medias res, par « E subito » (Et aussitôt), passant sous silence la catastrophe pour n’exprimer que la reprise du voyage :

« come
dopo il naufragio
un superstite
lupo di mare »
« comme
après le naufrage
un survivant
loup de mer »

Le poète se dépeint lui-même comme « un habitué de la lutte » (p. 518) : « l’indignation et le courage de vivre ont été l’axe de ma vie. Volonté de vivre malgré tout, en serrant les poings, malgré le temps, malgré la mort. »

Clément Rosset

Clément Rosset consacre à Nietzsche la majeure partie de son ouvrage La force majeure, revenant sur la notion d’amor fati, ou acceptation inconditionnelle de la condition humaine, et montrant que la pensée de la mort, chez le philosophe et poète, loin de porter préjudice à celle de la vie, l’exalte. « Point de joie qui ne soit éprouvée – je veux dire, naturellement, prouvée, mise en évidence – par la connaissance de la peine : cette association d’idées est au cœur de tout ce qu’éprouve et pense Nietzsche, elle est le fondement de sa philosophie. » (p. 42) La connaissance du tragique apporte un « surcroît de gaieté qui l’emporte sur la souffrance comme la pensée de la vie l’emporte sur la pensée de la mort » (pp. 43-44).
Dans son post-scriptum « sur le mécontentement de Cioran », le philosophe note : « De toutes les questions dont ait à connaître la philosophie, celle que pose ici Cioran est sans doute la plus grave et la plus sérieuse : y a-t-il une alliance possible entre la lucidité et la joie ? » (p. 101) Pour Cioran, explique Clément Rosset, c’est la notion de « chétivité » de l’existence, « la conscience de ce que Cioran appelle la ‘présence infime’ qui condamne le principe même de toute existence. Si elle ne brouille pas à mort avec elle, par voie de suicide, elle y interdit du moins toute participation active : ‘Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ?’ De même, dans De l’inconvénient d’être né : « Dans cinq cent mille ans l’Angleterre sera, paraît-il, entièrement recouverte d’eau. Si j’étais Anglais, je déposerais les armes toute affaire cessante.’ Cette souffrance occasionnée par le sentiment lancinant de la présence infime est d’un autre ordre, et plus cruel, que toute humeur seulement sceptique et pessimiste. […] Seul peut-être Pascal, parmi les philosophes, a souffert précisément de cette angoisse-là : de la pensée qu’il n’est aucun rapport concevable entre le fini et l’infini. » (p. 99)
Entre fini et infini, on effleure là le paradoxe kierkegaardien. D’ailleurs, Clément Rosset, dans son premier chapitre, « La force majeure », affirme, comme Kierkegaard, que « la joie est une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l’existence » (p. 22).

Sören Kierkegaard

Dans « Le lis des champs et l’oiseau du ciel : Trois pieux discours » (1849 – Œuvres complètes, Tome 16), le philosophe danois, se fondant sur l’Evangile de Matthieu (6, 24-34 : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans les greniers ; et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup mieux qu’eux ? D’ailleurs qui d’entre vous peut ajouter par son souci une coudée à sa taille ? Et quant au vêtement, pourquoi vous en inquiétez-vous ? Considérez les lis des champs. Voyez comme ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent. » p. 293), consacre son troisième discours à la joie :

« Considérons donc le lis et l’oiseau, ‘ces maîtres pleins de joie’ ; ces maîtres pleins de joie, car, tu le sais, la joie est communicative et nul ne l’enseigne mieux que l’être lui-même joyeux. Sa seule tâche consiste à être lui-même joyeux, à personnifier la joie ; l’on a beau s’efforcer de la communiquer, si l’on n’est pas soi-même joyeux, l’enseignement que l’on en donne est imparfait. Ainsi rien de plus facile à enseigner que la joie : il suffit, hélas ! d’être soi-même toujours vraiment joyeux. Ce « hélas ! » suggère qu’il n’est malheureusement pas si aisé de l’enseigner – c’est-à-dire d’être soi-même joyeux ; mais si on l’est, la joie est alors facile à enseigner : rien n’est plus certain. » (p. 323)

Kierkegaard s’adresse là à « l’Individu qu’avec joie et reconnaissance j’appelle mon lecteur » (p. 289), établissant un rapport intime avec cet autre, qui échappe au général, « catégorie qui (s’opposant à celle de ‘public’) exprime en abrégé toute une conception de la vie et du monde » (« Point de vue explicatif de mon œuvre », O.C., Tome 16, p. 15). « L’Individu » échappe en effet à ce phénomène de masse qu’est la « démoralisation », « car tout ce qui est impersonnel et, partant, plus ou moins dégagé de responsabilité et de scrupules, est un facteur de démoralisation » et va avec « l’anonymat », expression suprême de l’abstraction » (p. 32). Le philosophe se donne pour mission de rendre les individus « attentifs » (p. 26) : « Il est une objection qu’en mon for intérieur je me suis cent fois adressée contre ceux qui, dans la chrétienté, annoncent régulièrement le christianisme : c’est qu’au milieu de tant d’illusions qui les garantissent, ils n’ont pas le courage de rendre les hommes attentifs. En d’autres termes, ils ne témoignent pas d’une abnégation suffisante dans la cause qu’ils représentent. Ils veulent bien faire des prosélytes, mais pour fortifier leur cause et, par suite, sans trop vérifier s’ils ont recruté de vrais adeptes ou non. Autrement dit, ils n’ont pas proprement de cause ; car ils se comportent en égoïstes dans celle qu’ils représentent. Aussi n’osent-ils pas réellement sortir parmi les hommes ni dissiper l’illusion pour donner la pure impression de l’idée, car ils ont le vague sentiment qu’il est vraiment dangereux de rendre les hommes attentifs. »
Le philosophe se dit « auteur religieux » (p. 33), car il s’adresse, en un rapport personnel, à cet « Individu » qu’il nomme « catégorie de l’esprit, du réveil de l’esprit » (p.97) :
« La foule se compose en fait d’Individus ; il doit donc être au pouvoir de chacun de devenir ce qu’il est, un Individu ; absolument personne n’est exclu de l’être, excepté celui qui s’exclut lui-même en devenant foule. » (p. 88)
La joie de l’œuvre sera donc cette relation d’écho, d’intériorité à intériorité. « … l’intériorité c’est quand les paroles dites appartiennent à celui qui les reçoit comme si c’était son bien propre – et c’est vraiment maintenant son bien. » (Post-scriptum, p. 173) Kierkegaard exprime sa joie quand « l’observateur sérieux de qui l’on peut se faire comprendre à distance, à qui l’on peut parler dans le silence » (p. 15) est capable de repérer ses intentions (« ce qui me donna une grande joie »). La joie de l’œuvre est donc ce rapport intime et partagé, qui devient la joie du lecteur, joie d’être un Individu, « seul, absolument seul au monde entier, seul en face de Dieu » (p. 99), joie d’un sujet fondé dans le paradoxe de l’existence, l’instant face à l’éternité, loin du concept, qu’il soit scientifique ou politique.
Cette joie, loin d’être un enfermement, comprend sans cesse ce qu’Emmanuel Levinas nomme le « visage de l’Autre » et a le même caractère inconditionnel que l’exigence éthique que ce dernier impose. « Si ce dont on se réjouit n’est rien, alors pourtant que l’on est incroyablement heureux, cela prouve excellemment que l’on est soi-même la joie, et la joie elle-même, comme c’est le cas du lis et de l’oiseau, ces maîtres joyeux qui instruisent de la joie parce qu’ils sont inconditionnellement joyeux, sont la joie elle-même. » (p. 324)
Que nous enseignent donc le lis et l’oiseau ? La faculté de l’instant, tout simplement. « Qu’est-ce que la joie, ou qu’est-ce qu’être joyeux ? C’est être vraiment soi-même présent ; et l’être vraiment, c’est ce « aujourd’hui », c’est être aujourd’hui, vraiment être aujourd’hui. Et plus il est vrai que tu es aujourd’hui, que tu es toi-même entièrement présent en étant aujourd’hui, plus aussi est inexistant pour toi ce jour de malheur qu’est le lendemain. La joie, c’est le temps présent, tout l’accent étant mis sur : le temps présent. C’est pourquoi Dieu est dans la félicité, lui qui dit éternellement : aujourd’hui, lui qui, de façon éternelle et infinie, est lui-même présent en étant aujourd’hui. Et le lis et l’oiseau sont la joie parce que, grâce au silence et à l’obéissance inconditionnée, ils sont eux-mêmes entièrement présents en étant aujourd’hui. » (p. 325)
La joie serait alors l’exigence éthique de l’Individu : « Mais je l’ai dit, pas de « mais » ; car il s’agit du sérieux : du lis et de l’oiseau, tu dois apprendre la joie. » Kierkegaard parle de « cette souplesse de l’inconditionné » (p. 328) qui est « un prodigieux tour de force ». La joie est en effet cette façon de se décharger « sur Dieu de tous vos soucis » (I Pierre, 5, 7 – p. 328), dit le philosophe et il s’agit là, à l’opposé de la « distraction » ou du « divertissement », par « un tour de force de contradiction » (p. 329) d’ « un recueillement grâce auquel tu te débarrasses inconditionnellement de tous tes soucis ». Cette « obéissance » va à l’encontre du « désespoir » : « Telle est en effet la formule qui traduit l’état du moi une fois que le désespoir en est entièrement extirpé : le moi qui se rapporte à lui-même devient transparent et se fonde en la puissance qui l’a posé. » (La maladie à la mort, Tome 16, p. 172)
Le désespoir à l’inverse est « désharmonie », ou plutôt « désaccord au sein d’un rapport qui se rapporte à lui-même et qui a été posé par autre chose ». On verra donc la joie comme conciliation paradoxale de l’immanent et du transcendant, à certains égards le contraire de la révolte, mais le début de toute forme d’insoumission à quelque dogme que ce soit : « il est vraiment dangereux de rendre les hommes attentifs. »
Kierkegaard, philosophe de la joie ?
Il écrit, fin 1843, à sa nièce, Henriette Lund (diminutif : Jette) : « Porte-toi bien, chère Jette ; sois joyeuse, « toujours joyeuse », c’est le seul conseil qui se puisse donner contre tous les chagrins possibles que tu pourrais avoir, toi aussi. » (Correspondance, p. 198) Plus tard, fin avril 1846, il parle, dans un projet de lettres à un autre écrivain de « la joie heureuse qui naît du travail » (p. 238), puis définit ainsi sa foi, dans une lettre à sa belle-sœur en décembre 1847 : « Croire, c’est sans cesse attendre le joyeux, l’heureux, le bien. » Il affirme, quelques lignes plus loin : « … distrayez-vous l’esprit, accoutumez-vous, dans la foi, à transformer la souffrance en attente de la joie. » (pp. 274-75), tout en conseillant à celle qui est alitée : « … fais bien attention à t’aimer toi-même ».
Nous réparerons une lacune de notre numéro précédent en signalant le goût de Kierkegaard pour la marche. Il écrit, en août 1848 : « Moi qui ne m’y connais pas en politique, je m’y connais en revanche à fond en matière de marche. Ma vision de la vie est celle du pasteur : ‘La vie est un chemin’ – et c’est pourquoi je marche. Tant que je peux marcher, je ne crains rien, pas même la mort ; car tant que je peux marcher, je peux m’éloigner de tout. Mais quand je ne peux marcher, je crains tout – surtout la vie ; car quand je ne peux marcher, rien ne marche pour moi. » (p. 293)

L’Ecclésiaste*

Terminons ce voyage forcément incomplet par un retour aux sources, en citant la sagesse de l’Ecclésiaste (8, 15-17), pris entre la vanité de la conduite humaine (8, 9) et l’allégresse de vivre (« Celui qui s’associe à tous les vivants, il a de l’espoir, puisque le chien vivant vaut mieux que le lion mort. » 9, 4) :

« 15. J’ai donc loué, moi, la joie [l’allégresse], puisque rien de bon n’est accordé à l’homme sous le soleil, si ce n’est de manger et de boire et de se réjouir, et voilà ce qui l’accompagne tant qu’il trimera durant les jours de sa vie que l’Elohim lui a donnés sous le soleil.
16. Quand j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à considérer les choses qui se font sur la terre, – car aussi bien de jour que de nuit, il ne goûte nul sommeil dans ses yeux –,
17. j’ai vu toute l’œuvre de l’Elohim : l’homme ne peut pas trouver ce qui s’accomplit sous le soleil, et même si l’homme s’évertue à chercher, il ne trouvera guère ; et le sage non plus, en s’efforçant de savoir, ne pourra pas trouver. »

Mais cette ignorance, qui est peut-être plutôt inconnaissance, et à laquelle la science, malgré tout le bien-être et le réconfort que nous lui devons, ne peut remédier puisqu’elle n’a pas prise sur l’essence des phénomènes, n’incite pas le sage à la négativité, mais le pousse, en conscience, à exalter la vie et l’œuvre humaines (9, 4-10) :

« 4. Celui qui s’associe à tous les vivants, il a de l’espoir, puisque le chien vivant vaut mieux que le lion mort :
5. parce que les vivants savent qu’ils mourront et les morts ne savent rien du tout ; il n’y a plus pour eux de salaire, car oubliée est leur mémoire.
6. Autant leur amour que leur haine et leur jalousie sont en perdition, et plus jamais pour eux il n’est de part dans ce qui fut sous le soleil.
7. Va, mange dans la joie ton pain
et bois ton vin d’un cœur content,
car depuis longtemps l’Elohim agrée tes œuvres.
8. Qu’en tous temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile parfumée ne manque point sur ta tête.
9. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes tous les jours de ta vie de vanité qui t’a été accordée sous le soleil tous les jours de ta vanité, car telle est ta part dans la vie, et dans ton labeur où tu t’échines sous le soleil.
10. Tout ce que dans ta force, ta propre main trouvera à faire, fais-le, car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni savoir, ni sagesse là-bas, dans le Chéol [le séjour des morts] vers lequel tu marches. »

De même que la joie dont Qohélet fait l’éloge est traversée de la conscience aiguë de l’injustice des hommes et de celle de leur sort unique (9, 2), l’humanisme qui se fait jour en ces vers n’est pas enfermé dans la cage d’une individualité bornée, mais fonde au contraire une intériorité en écho dans cette parole qui se partage (du Je au Tu) et trouve son fondement dans le vivant – cette troisième personne, cet inconnu qui est la source, Dieu, ou la vie telle que le langage peut l’appréhender, le mystère tel qu’il se renouvelle en nous.

* Les versets bibliques cités ont été traduits de l’hébreu par Claude Vigée le 30 août 2007, à notre demande. Nous l’en remercions vivement.

Ouvrages cités :

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)
Maximes et réflexions. Traduit de l’allemand et présenté par Pierre Deshusses. Paris : Rivages Poche, 2001.
Poésie et vérité : Souvenirs de ma vie ((1811-1831). Traduit de l’allemand par Pierre du Colombier. Paris : Aubier, 1999.
Le divan (1814-1819). Préface de Claude David. Traduction d’Henri Lichtenberger. Paris : Gallimard Folio, 1984.

William Blake (1757-1827)
Complete Writings. Edited by Geoffrey Keynes. Oxford : Oxford University Press, 1989 (K).

William Wordsworth (1770-1850)
The Poems. Volume 1. Edited by John O. Hayden. London : Penguin Books, 1977.

John Keats (1795-1821)
Poetical Works. Edited by H. W. Garrod. Oxford : Oxford Paperbacks, 1976.

Sören Kierkegaard (1813-1855)
Oeuvres complètes, Tome 16. Point de vue explicatif de mon oeuvre d’écrivain. Deux petits traités éthico-religieux, la maladie à la mort, Six discours. Traduction de Paul-Henri Tisseau et Else-Marie Jacquet-Tisseau. Introduction de Jean Brun. Paris : Editions de l’Orante, 1971.
Post-scriptum aux Miettes philosophiques. Traduit du danois et préfacé par Paul Petit. Paris : Tel Gallimard, 2001.
Correspondance. Traduit du danois, présenté et annoté par Anne-Christine Habbard. Paris : Editions des Syrtes, 2003.

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal (1857). Présenté par Jean-Paul Sartre. Paris : Le Livre de Poche, 1967.
Le spleen de Paris (1864). Préface par Claude Roy. Paris : Le Livre de Poche, 1964.

Rainer Maria Rilke (1875-1926)
Le Vent du retour. Traduit de l’allemand par Claude Vigée. Paris : Arfuyen, 2005.

Catherine Pozzi (1882-1934)
Journal (1913-1934). Nouvelle édition, revue et augmentée, établie et annotée par Claire Paulhan. Préface de Lawrence Joseph. Paris : Editions Claire Paulhan – Phébus, 2005.
Correspondance avec R.M. Rilke (1924-1925). Edition présentée et établie par Lawrence Joseph. Paris : La Différence, 1990.
Peau d’Ame. Préface et notes de Lawrence Joseph. Paris : La Différence, 1990.

Edwin Muir (1887-1959)
An Autobiography (1954).Introduced by Professor Peter Butter. Edinburgh : Canongate Classics, 1993.
Complete Poems. Edited by Peter Butter. Aberdeen : The Association for Scottish Literary Studies, 1991.

Saint-John Perse (1887-1975)
Amers (1957), suivi de Oiseaux (1963). Paris : Gallimard Poésie, 1998.

Katherine Mansfield (1888-1923)
The Collected Stories. London : Penguin Books, 2001.

Giuseppe Ungaretti (1888-1970)
Vita d’un uomo : Tutte le poesie. Milano : Mondadori, 2008. Première édition, 1969.

Pierre Reverdy (1889-1960)
Sources du vent (1929, précédé de La balle au bond (1928). Préface de Michel Deguy. Paris : Gallimard Poésie, 1996.

Georges Bernanos (1889-1948)
La joie (1929). Paris : Livre de Poche, 1972.

Robert Graves (1895-1985)
Complete Poems, Volume 2. Edited by Beryl Graves and Dunstan Ward. Manchester : Carcanet, 1997.
Poèmes. Introduction et traduction d’Anne Mounic. Paris : l’Harmattan, 2000.

Jean Giono (1895-1970)
Que ma joie demeure. Paris : Livre de Poche, 1986.

Clément Rosset (né en 1939)
La force majeure. Paris : Minuit, 1983.


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