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Cedric Barfoot, poèmes

26 septembre 2010

par C. C. Barfoot

Translations
 
Glosses, interpretations, versions,
adaptations, reversions – we
 
translate ourselves from one
place to another, from one
 
thought to another, from one
self to another. Furnishing
 
an equivalent of self, abbreviating,
burnishing, augmenting or abandoning
 
its bawdy, to authenticate our selves
as glosses on interpretations
 
or creative plagiarisms of self,
versions and reversions of self.
 
Selves adapted to different companies,
in different places to trip over
 
and different tongues to trip off,
to drip off, adapt, wrapped in self,
 
randomly, raptly, translated.
Traductions
 
Gloses, interprétations, versions,
adaptations, réversions – nous
 
nous transposons d’un endroit
dans un autre, d’une
 
pensée dans une autre, d’un être
à l’autre. Fournissant
 
l’équivalent d’un soi, abrégeant,
polissant, augmentant ou abandonnant
 
son obscénité, pour nous authentifier
comme gloses sur interprétations
 
ou plagiats créatifs de l’être,
versions et réversions de soi.
 
Des entités qui s’adaptent à diverses compagnies,
en différents endroits où trébucher
 
et différentes langues où se montrer volubile,
s’épancher, s’adapter, enveloppé en soi,
 
au hasard, en extase, traduites.

***

The Leiden Riddle
 
Mec se ueta uong, uundrum freorig,
ob his innaðae aerest cændæ.
Ni uaat ic mec biuorthæ uullan fliusum,
herum ðerh hehcraeft, hygiðonc....
Uundnae me ni biað ueflæ, ni ic uarp hafæ,
ni ðerih ðreatun giðraec ðret me hlimmith,
ne me hrutendu hrisil scelfath,
ni mec ouana aam sceal cnyssa.
Uyrmas mec ni auefun uyrdi craeftum,
ða ði geolu godueb geatum fraetuath.
Uil mec huethrae suae ðeh uidæ ofaer eorðu
hatan mith hæliðum hyhtlic giuæde ;
ni anoegun ic me aerigfaerae egsan brogum,
ðeh ði n... ...n siæ niudlicae ob cocrum.
The bowels of the earth
 
damp and wondrous cold
gave me birth
 
that no art
either from wool or hair
wove me I know
 
I have neither warp nor weft
for I have never been woven or spun
and have escaped the violence of the weaver
 
silkworms that adorn
other fine fabrics with splendour
have not touched me
 
all the same
throughout the world
I am worn as a comforter
 
and fear not
the penetrating flight of the arrow
though dispatched with fierce force.
L’énigme de Leyde
 
Les entrailles de la terre
humides et extraordinairement froides
m’ont donné naissance
 
qu’aucun art
ni de lainier ni de fourreur
ne me façonna je le sais
 
Je ne possède ni chaîne ni trame
car je n’ai jamais été ni filée ni tissée
échappant à la violence du tisserand
 
les vers à soie qui ornent
de leur splendeur d’autres tissus délicats
ne m’ont pas touchée
 
malgré tout
de par le monde
on me porte comme réconfort
 
sans craindre
le vol pénétrant de la flèche
même décochée avec une terrible vigueur.
The Second Riddle
 
The spectrum of rain
over the valley
linking hill to hill
 
the bow of the covenant
between heaven and earth
for perpetuity
 
an alliance of colours
of skin and beliefs
a prism pledging freedom
 
we may think we know
“her woof, her texture”
but the poetry survives.
La deuxième énigme
 
Le spectre de la pluie
par-dessus la vallée
lie une colline à l’autre
 
l’arc de l’alliance
entre ciel et terre
à jamais
 
union de couleurs
de peau et de croyances
prisme qui promet la liberté
 
nous pouvons penser que nous connaissons
« sa trame sa texture »
mais la poésie survit.

***

The Third Riddle
 
The lips between the thighs
the nest that welcomes

the touch of the light finger
the gentle tongue
 
on the prompting trigger
and eventually yields
 
to the sturdier messenger
with the seed. Once
 
the heaving is over
in the passage swim
 
heads propelled
towards the egg chest.
 
After heavy months
fierce waves pulse
 
through the stretched
estuary and deliver.
La troisième énigme
 
Les lèvres entre les cuisses
le nid qui accueille
 
la caresse du doigt léger
la langue douce
 
sur la détente incitatrice
et cède à la fin
 
au messager ragaillardi
qui porte la semence. Une fois
 
retombée la houle
dans le passage à la nage
 
se propulsent les têtes
qu’attire l’ovule en son étui.
 
Après de gravides mois
de violentes lames se soulèvent
 
afin de franchir l’estuaire
élargi pour la délivrance.

***

The Fourth Riddle
 
Draw them to keep
the neighbours out.
 
Draw them to let
the light in.
 
Raise them to glamour
the stage.
 
Lower them to end
the show.
 
For the final calls
lowered and raised
 
the performers even
stepping in front
 
to gesture and bow
to clap and cheer
 
until the still ashes
are draped in the urn.
La quatrième énigme
 
Tire-les, à l’abri
du regard des voisins.
 
Ouvre-les pour qu’entre
la clarté.
 
Lève-les pour donner
à la scène son éclat.
 
Baisse-les à la fin
du spectacle.
 
Pour les derniers rappels
baissés et levés
 
les acteurs se présentant
même devant
 
pour faire signe et saluer
pour applaudir et ovationner
 
jusqu’à draper dans l’urne
les cendres en silence.

***

The Fifth Riddle
 
Stumble round the chipped
sarcophagus in the grass
the jackdaw has flown over
 
observing the half-relief
of ancient saints & sacrifice
dribbled on & stained –
 
a simple scentless flower
stems from a crevice where
the green muslin fluttered.
 
Decorative & gloomy
not beneath the august regard
of wissenschaftlich monograph :
 
yet is it other than the fracturing
bonebox to be riddled
into bone-meal at the last
 
organic feast of otherwise
chemical fields ? Or in the parched
month is it more
 
than a catacomb
beneath the manhole
where the fish-eaters wait
 
for the phosphorus
to luminate the innards
shining brighter the confirmation
 
of fish-meal than prophecy ?
But bones are laid down
to mature in racks for ruin
 
abiding sarcophagus
or catacomb the pale lettuce
angel of hope or resurrection.
La cinquième énigme
 
En tombant sur les fragments
du sarcophage dans l’herbe
que le choucas a survolée
 
pour observer le haut-relief
des saints antiques et du sacrifice
raviné & souillé –
 
une simple fleur sans parfum
surgit d’une fissure où
voletait la mousseline verte.
 
Décoratif & lugubre
tout à fait digne de l’auguste attention
d’une monographie wissenschaftlich :
 
pourtant est-il différent que cette boîte osseuse
qui se fragmente et tamisée se change
en poussière d’os au dernier
 
festin organique des champs
par ailleurs chimiques ? Ou en ce mois
brûlant est-il plus
 
que catacombe
sous la bouche d’égout
où les piscivores attendent
 
que le phosphore
illumine les entrailles
éclairant de plus d’éclat la confirmation
 
de la farine de poisson que la prophétie ?
Mais les os sont déposés
afin de mûrir dans des casiers jusqu’à la ruine
 
dans l’attente sarcophage
ou catacombe de l’ange
pâle laitue de l’espoir ou de la résurrection.

***

Answers to the riddles

The First Riddle : A chain-mail corslet (byrne). This is a translation of an Anglo- Saxon Riddle, usually known as “The Leiden Riddle”, since the manuscript is in Leiden University Library.
The Second Riddle : A rainbow
The Third Riddle : Life
The Fourth Riddle : Curtains
The Fifth Riddle : The grave
1. cotte de mailles. Traduction d’une énigme anglo-saxonne généralement connue sous le nom d’Enigme de Leyde, car le manuscrit se trouve à la bibliothèque de l’Université de Leyde.
2. arc-en-ciel.
3. Vie.
4. Rideaux.
5. Tombeau.
Traduit par Anne Mounic

Abbaye de Cluny. Photographie de Guy Braun.


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