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Bonheur et solitude dans les romans de J.M.G. Le Clézio, par Ruth Amar

25 septembre 2018


La solitude est une énigme difficile à cerner. Elle est inhérente à la condition humaine, car une part de notre être est inexprimable, incommunicable, ce qu’il nous faut assumer. Elle est diverse dans ses manifestations. Pour certains, elle se traduit par un sentiment d’ennui ; pour d’autres, par un état d’angoisse. Gilles Lipovetsky, quant à lui, parle de « malaise existentiel » [1].

Différents critiques ont mis en lumière les principaux éléments fondateurs des récits le cléziens : le désert, le silence, la nature, sans toutefois les relier à la source qui les rassemble tous : la solitude, dont l’écriture le clézienne reflète toutes les versions possibles. En effet, les attributs des personnages sont plutôt ceux de la solitude. La tâche sociale n’est pas véritablement sociale et la réclusion est en tous les hommes, même ceux qui vivent au sein de la société ; Le Clézio s’exprimait à ce sujet dans L’Extase matérielle  :

La société, on la porte en soi. Tout commence et finit par elle et elle n’est qu’en les individus. Cela, c’est la discordance familière, la pénible dialectique de la solitude et de la promiscuité. Il est inutile de nourrir certaines illusions : toute tâche sociale comporte sa part d’égoïsme, et toute réclusion est symptomatique de la généralité humaine. Nous sommes prisonniers de ce cycle. [2]

Ainsi, les personnages des récits reflètent-ils les aspects de ce cycle. Au premier abord, le lecteur peut s’étonner du rapprochement de la notion de solitude de celle de bonheur. D’emblée, le côté négatif de la solitude semble l’écarter de la thématique du bonheur. Or, en lisant l’œuvre le clézienne, on ne peut s’empêcher de penser à tous ceux qui, comme les grands créateurs, philosophes, écrivains, artistes, ont délibérément choisi la solitude afin de s’épanouir spirituellement, ce qui a mené certains d’entre eux à découvrir la voie du bonheur.

Mais il faut tenir compte du fait que la solitude qui domine l’œuvre le clézienne est ambivalente et qu’elle varie en fonction de l’espace et des conditions d’existence des protagonistes, à savoir ceux qui vivent dans le monde urbain de la société européenne, aux caractéristiques de la société hypermoderne de Lipovetsky, et ceux qui, intégrés au monde naturel, édénique, incarnent les traits d’une solitude positive et bienfaitrice.

En effet, dans ses récits, Le Clézio expose d’une part, les éléments fondateurs de la civilisation moderne qui ne peuvent que conduire à une illusion du bonheur, et d’autre part, ceux de la culture de l’homme naturel, qui eux, mènent, après une quête initiatique, à un possible espoir. Si les hommes naturels errent ou font pour la plupart, de longs voyages initiatiques, s’ils sont solitaires, ils évoluent le plus souvent de la recherche de la joie individuelle à l’approfondissement d’une quête personnelle du bonheur qui ne peut être obtenu dans l’œuvre, qu’en solitude : elle est indispensable pour qui désire s’évader de la superficialité d’un monde insensible. Dans l’étude qui suit nous proposons d’analyser le rapport solitude-bonheur dans quelques romans de Le Clézio. Comment la solitude y est-elle exprimée au sein de la civilisation moderne ? Comment en revanche est-elle révélée dans le monde de la nature ? Quel sont les rapports entre le monde de l’enfance et la solitude ? Par l’intermédiaire de ces questions nous tenterons de répondre à l’interrogation de la relation solitude – bonheur.

1. Une approche pervertie du bonheur : la civilisation moderne

Selon Isabelle Roussel-Gillet, « le projet le clézien, à distance de la pensée occidentale, est ] … ] de fuir ce qu’on a avalé pendant des siècles » [3]. En effet, dans l’œuvre le clézienne, la civilisation occidentale apparaît généralement comme l’antidote du bonheur, car l’homme moderne tente de contrôler la nature. Antithèse de la liberté, la civilisation occidentale ne peut engendrer de beaux sentiments. Le monde de la technologie, de la vanité, de la matérialité, de la multiplication des choix, l’abondance de l’information ne parviennent pas à combler l’individu, vont à l’encontre du bonheur, alors que ses composantes sont en fait simples, gratuites. De fait, l’homme doit apprendre à respecter la nature et à l’aimer, à la ré-apprivoiser, ce qui finalement implique qu’il faut renoncer à la science urbaine, au développement excessif de la technologie, et retourner à la pureté et à l’innocence.

Dans la société moderne, où se disputent la violence, la médiocrité, l’ennui, il n’y a aucune possibilité d’atteindre le bonheur pour Le Clézio : « Le rythme n’est pas forcément dans la civilisation » [4]. La civilisation moderne sous bien des aspects, est néfaste à l’homme. Basée sur la culture technologique et le progrès scientifique, elle est fondée sur un système qui selon Le Clézio, tend à abolir les caractéristiques positives de l’être humain. Nous ne manquerons pas de rappeler May Rollo, qui tout en analysant la situation de l’homme moderne, exprimait ainsi sa solitude profonde en la reliant à la perte de ses relations avec la nature :

... la solitude […] est l’ultime conséquence de quatre siècles de travail de la séparation de l’homme en tant que sujet du monde objectif. Cette solitude s’est exprimée pendant plusieurs siècles par la passion de l’homme occidental d’exercer son pouvoir sur la nature, mais se montre maintenant dans un détachement total de la nature et dans un sentiment, vague, inarticulé, de désespoir d’atteindre de vraies relations avec le monde de la nature... [5]

La même idée est exprimée dans l’œuvre de Le Clézio et tout particulièrement dans L’Extase matérielle. Selon Miriam Stendal Boulos, dans cet essai philosophique, « Le Clézio met l’accent sur […] des expressions sensorielles, illustrations d’une relation intime avec le monde » [6]. Il affirme que la civilisation moderne ayant profondément modifié, sinon démoli, le vrai rythme qui reposait sur des bases naturelles, il est nécessaire de tenter à nouveau de « faire coïncider son rythme avec celui de la nature » [7]. Aussi, l’homme doit-il rechercher son propre rythme et l’accorder avec celui de la nature ; ce rythme :

...n’est pas seulement une affaire collective. C’est aussi la recherche de chacun, isolément, mis en rapport. C’est l’œuvre complète de chaque être vivant, l’œuvre intelligente et instinctive, qui associe, qui éduque, qui ne dompte pas mais libère. C’est peut-être la seule œuvre vraiment morale [...] Comprendre les rythmes [...] Renouer avec la terre... [8].

Au sein de la société moderne, parallèlement à la perte de ce rythme essentiel, un autre phénomène s’est développé : une approche pervertie du bonheur. En effet, la civilisation moderne souffre d’instabilité, d’abstraction qui proviennent d’une course constante et presque obsessionnelle au bonheur qui, selon Le Clézio, est utopique :

L’idée du bonheur est le type même du malentendu. Pourquoi le bonheur ? Pourquoi faudrait-il que nous soyons heureux ? De quoi pourrait bien se nourrir un sentiment si général, si abstrait, et pourtant si lié à la vie quotidienne ? [...] il est une incarnation. Une civilisation qui fait du bonheur sa quête principale est vouée à l’échec et aux belles paroles. [9]

La civilisation et le bonheur modernes ne sont qu’une représentation (une « incarnation ») liée « aux belles paroles », au langage, néfaste aux êtres humains. Selon Le Clézio, la volonté d’une jouissance illimitée qui semble être le but de la société moderne, ne fait que conduire l’homme vers sa perte. Dans L’Inconnu sur la terre il souligne le fait que « la civilisation moderne est aveugle, [...] et ce qu’elle aperçoit est déformé par ses lunettes… » [10]. Les conséquences de cette civilisation engendrent un malaise qui s’empare d’un nombre toujours croissant de sujets et qui dégénère en un désespoir envahissant, un sentiment de vide intérieur et d’absurdité de la vie, une incapacité à sentir les choses et la nature. C’est donc la conception même du bonheur qui favorise ce processus dans la société moderne. C’est à cette société que Pascal Bruckner reprochait le « devoir de bonheur », posture qui s’est généralisée à la fin du 20e siècle, et qui entraîne l’homme moderne à tout apprécier selon la culture du plaisir et du désagrément, l’invitant à l’euphorie et au rejet dans la honte de ceux qui ne s’y adaptent pas. Le phénomène d’individuation auquel l’homme moderne est sujet ne lui permet qu’un bonheur superficiel. Cioran, analysant les conséquences de l’individuation de l’homme moderne, ne disait pas autre chose :

Je vois en l’homme un tremblement de l’individualité : insécurité et peur inhérente à une vie devenue vulnérable au travers de l’individuation, insécurité et peur que la vie connaît depuis qu’elle s’est isolée en autant d’individus. [11]

En effet, le développement de l’individuation au 20e siècle entraîne de graves conséquences pour l’homme. Dans ce contexte, l’historien Christopher Lasch discerne une sorte de performance de la vie quotidienne à travers un moi-acteur marqué par une emprise croissante de la conscience de soi. Il décrit une culture où « l’individu s’examine sans cesse », anxieux, à la recherche de signes de défaillances ou au contraire de bonne santé. Dans la postface de son essai La Culture du Narcissisme [12], Lasch revient sur les effets sur la personnalité de ce qu’il nomme « la société du spectacle », selon l’expression de Guy Debord, en ces termes : « Les individus réagissaient les uns aux autres comme si leurs actions étaient enregistrées et simultanément transmises à un public invisible ou stockées pour une analyse ultérieure. » [13] Le moi-acteur est sans cesse surveillé par les proches et les étrangers : « …nous cherchons à nous rassurer sur notre pouvoir de captiver ou d’impressionner les autres, tout en demeurant à l’affût des imperfections qui pourraient nuire à l’apparence que nous voulons donner. » [14] La critique de soi finit par étouffer toute spontanéité. Gilles Lipovetsky dans L’Ere du vide, reprenant la pensée de Lasch, confirme : « c’est à un détachement émotionnel qu’aspireraient de plus en plus les individus, en raison des risques d’instabilité que connaissent de nos jours les relations personnelles. » [15] L’homme occidental moderne fait l’expérience de son moi solitaire, subit la séparation ontologique et n’est plus capable d’assumer la communication avec les autres, vit une perte des relations personnelles et manque de communion avec autrui. Il semble que ce soient ces caractéristiques déplorables de la civilisation moderne que Le Clézio choisit de refléter dans plusieurs de ses récits. Ainsi, la mise en perspective des romans nous incite à remarquer que la civilisation occidentale est souvent marquée par l’inquiétude et par le vide. Le narrateur de L’Inconnu sur la terre s’exprime à ce sujet : « Notre civilisation de papier-monnaie et de fausses idées nous angoisse comme une nuit vide. Nous avons faim, nous avons froid, et nous sommes bien seuls. » [16]

Dans Désert, la ville de Marseille est le laboratoire les plaies du monde moderne. Lalla y croise « les marques de la solitude, de l’abandon... » [17]. Il ne s’établit aucun contact entre elle et les autres. Pas de regard, pas de paroles, pas d’attention. La description de Marseille est manifestement celle de la ville moderne qui ne permet aucun lien entre les hommes. Bien que cette ville soit surpeuplée, la solitude y règne elle ne rappelle en rien le pays natal de Lalla qui ne devient, à Marseille, qu’un reflet d’elle-même : « ...sa forme, son image, rien d’autre » [18].

2. Un bonheur relié au rythme de la nature

Comme une solution apportée à l’existence pénible de l’homme moderne, une autre destinée possible – celle de l’homme naturel, nomade – est proposée par Le Clézio. L’homme à l’état naturel, n’ayant pas été altéré, ne recherche pas le bonheur tel qu’il est conçu dans la civilisation moderne. Il vit au diapason de la nature. La plupart des protagonistes le cléziens ne sont pas intégrés dans la civilisation moderne, mais sont plutôt des nomades, des indiens, des africains. Européens, ils sont marginaux comme Maou dans Onitsha, ou aliénés comme Adam dans Le Procès-verbal.

Le Clézio propose une autre solitude, la solitude dans la nature, en marge des lois et de l’ordre de la civilisation moderne, en réponse à la question de la solitude de l’homme moderne. A l’opposé de l’homme occidental, loin de la ville, l’homme naturel en symbiose avec les éléments et les forces cosmiques, est fascinant. Pourvu de la naïveté et de l’innocence chères à Le Clézio, l’homme naturel paraît noble et plus vertueux que le civilisé. Le Clézio affirme dans L’Extase matérielle : « Moi, ce que je voudrais trouver dans chaque homme, c’est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l’accorde au temps et au monde. » [19] On pense à Rousseau qui exprimait cela par l’affirmation d’une excellence de la nature en opposition à la corruption du monde civilisé. Dans le premier discours sont exprimées les louanges du sauvage, en guise d’illustration de la liberté. Rousseau décrit l’état où l’homme, affranchi des besoins factices, ne peut être soumis ni dégradé de sa dignité naturelle : En parlant des sauvages d’Amérique il pose la question : « ...quel joug imposerait-on à des hommes qui n’ont besoin de rien ? » [20] Dans le second discours, le sauvage est décrit comme celui qui est en accord avec son milieu, ne souhaite rien qui excède ses besoins immédiats, et dont l’esprit n’en conçoit pas d’autres : « ses modiques besoins se trouvent si aisément sous sa main, et il est si loin du degré de connaissance nécessaire pour désirer d’en acquérir de plus grandes, qu’il ne peut avoir ni prévoyance, ni curiosité » [21]. L’homme sauvage ne saurait être malheureux : il ne dépend que de lui-même et ignore les tensions et les besoins créés par la société.

L’idée d’état de nature présente chez Rousseau resurgit dans l’œuvre de Le Clézio et semble servir de principe, d’instrument pour magnétiser la contingence qui a instauré parmi les hommes une situation de corruption et d’asservissement meurtriers, cause de nombreux maux qui frappent la société moderne actuelle, dont l’expression suprême est la civilisation urbaine. Le rythme absent chez l’homme moderne, se découvre facilement dans l’œuvre afin de rétablir les traces de l’homme naturel.

En effet, à l’encontre des hommes blancs (les colonisateurs), apparaissent dans Désert, les hommes bleus. Par leur mise en solitude, tout comme celle du peuple des Umundri dans Onitsha, se dessine l’image des nomades dont l’errance n’est même pas un choix. Elle leur est consubstantielle et leur garantit de ne jamais succomber à la civilisation européenne qui a échoué. Les hommes bleus, à l’opposé des « hommes blancs » ne recherchent jamais le bonheur ; ils sont plutôt « au-delà » ou à l’écart du bonheur. Cette notion leur est étrangère, puisqu’au contraire, ils acceptent de longues souffrances qu’ils endurent.

Paradoxalement, le bonheur n’est possible que lorsque l’homme n’espère rien, que lorsqu’il peut affronter le désespoir, la souffrance et le renoncement. En quelque sorte, dès que l’homme a franchi le seuil du désespoir, s’ouvre devant lui la porte de la sérénité. Le Clézio trouve la réponse de l’incarnation du bonheur fictif de l’homme moderne dans l’errance des hommes bleus : « ...certains [...] étaient morts en route [...] les bêtes aussi étaient mortes en route » [22]. L’existence pour eux n’est que souffrance : « ... on marchait sans ombre au bord de sa propre mort » [23]. Face à cette désolation, les hommes bleus ne remettent jamais en question leur destin. Ils disparaissent subitement, « sans un cri » et ils sont recouverts par le sable des dunes. Ils acceptent la force de la nature et le pouvoir du désert sacré jamais contesté.

Comme les hommes bleus de Désert, les Umundri d’Onitsha entreprennent le parcours douloureux du désert. Ils sont conduits par leur reine, la dernière de Meroe, qui n’est pas une reine « d’apparat, portée dans son palanquin… » [24] C’est une femme amaigrie, pieds nus dans le sable du désert, « au milieu de la horde affamée » [25]. Durant la traversée du désert, les Umundri ne cherchent en aucun cas à gagner le refuge des illusions matérielles, ni même métaphysiques. Le désert est pour eux une nécessité qu’ils acceptent sans le mythifier ni le justifier. Il est là, impossible à contourner ou à nommer autrement. Si la liberté est à la fois connaissance d’une nécessité et maîtrise de celle-ci, il semble que l’œuvre le clézienne postule une morale de la liberté rendue possible par la solitude. La mort de nombreux hommes dans le désert ne leur fait aucunement chercher d’autres buts avec des consolations factices et artificielles (comme c’est le cas pour l’homme moderne). Par leur errance et leur solitude, tout en ne connaissant jamais le bonheur tel qu’il est conçu chez les hommes blancs, ils ne s’identifient qu’à leur propre destin. Par leur traversée du désert, ils subissent un processus de purification que l’homme moderne ne connaîtra jamais, et il semble que la condamnation à l’errance leur soit fondamentale.

La sérénité est inscrite dans ces récits, qui loin d’être opposée à la solitude, la complètent et l’enrichissent. C’est un bonheur cosmique, manifesté dans le monde naïf et naturel de l’autochtone, car « quelle que soit l’idée qu’on s’en fait, le bonheur est simplement un accord entre le monde et l’homme » [26]. Bonheur sans objet et sans pensée, installé dans une durée instantanée, retranché du passé et de l’avenir. Expérience d’une harmonie, située dans un espace très distinctif : celui des paysages grandioses, reliés aux éléments cosmiques, du désert, de l’errance. Bonheur relié au rythme de la nature que l’homme moderne a perdu mais qui subsiste chez l’homme naturel. Le bonheur « magique et prompt comme une danse, le bonheur de la lumière, de la mer du ciel » [27] échappe à l’homme moderne. En revanche, les civilisations élémentaires possèdent le don de jouir des choses simples et concrètes. Le Clézio nomme ces civilisations les « civilisations manuelles » [28].

La partie de Désert sous-titrée « Le Bonheur », offre la possibilité de repérer les détails de ce bonheur élémentaire. Entre les dunes du désert, se déroulent des moments composés de petites expériences quotidiennes de la vie de Lalla isolée, enfouie dans la nature. Ce sont les moments de solitude passés en contact avec les éléments cosmiques : la terre, le ciel, le vent et la mer. Lalla passe des heures à trouver des chemins nouveaux dans le sable, à se « saouler de vent et de mer » [29]. La notion du bonheur est également reliée à la présence du vent : « Lalla pense qu’il est beau, transparent comme l’eau, rapide comme la foudre, et si fort qu’il pourrait détruire toutes les villes du monde s’il le voulait... » [30] De même, Lalla est en contact avec la mer qui souvent « l’appelle » [31]. Le bonheur de l’homme naturel provient du fait qu’il n’essaie jamais de modifier la terre. Le Clézio affirmait en reprenant les termes d’un chef indien : « ...notre volonté, c’est de laisser à nos enfants la terre telle qu’on l’a trouvée [...] on a reçu quelque chose, on nous l’a prêté [...] il faut le rendre à ceux qui viennent comme ça nous a été prêté » [32]. Le bonheur est fondé sur la conservation de la terre et de l’homme vivant en harmonie avec elle.

Comme on le voit dans Onitsha, durant la marche des Umundri qui vont à la rencontre de leur cruel destin, il n’est aucunement question de bonheur. Pourtant, l’espoir existe qui serait, semble-t-il, dans la progéniture des survivants : la naissance d’un enfant qui pourra tout recommencer : « Ainsi a grandi Okawho, jusqu’à ce qu’il rencontre Oya, qui porte enfermé en elle le dernier message de l’oracle, en attendant le jour où tout pourra renaître. » [33] Cette progéniture est le symbole de la continuation du peuple des Umundri, l’espoir d’une renaissance incertaine pour l’instant, mais qui si elle se réalisait serait le salut pour les Umundri.
Parmi les hommes bleus, Nour symbolise le mouvement d’une solitude dynamique : apparaissant au début de l’histoire des hommes bleus en compagnie de sa famille, il finit par se séparer d’elle pour entrer dans un parcours initiatique : « ...il marchait sur les traces des chevaux et des hommes, sans savoir où il allait, sans voir son père ni sa mère, ni ses sœurs [...] Il ne parlait à personne, et personne ne lui parlait. » [34] Notons qu’il est un représentant des hommes bleus, l’un des privilégiés qualifié d’un nom propre : pas n’importe lequel, à savoir, Nour, « la lumière ». Nous constatons que même durant l’épreuve des hommes bleus, de paisibles instants de plénitude sont décrits à travers ce personnage : ce sont les moments dépourvus de l’angoisse de la mort où lorsque se révèle l’espoir de l’atteinte du but : « Nour avait oublié déjà l’impression de mort. Il était heureux parce qu’il pensait, lui aussi, que c’était la fin du voyage... » [35] Tout comme Lalla, Nour est heureux quand il observe des insectes : « Il y avait si longtemps que Nour n’avait pas vu d’animaux, qu’il était heureux de voir ces mouches et ces guêpes. » [36] C’est un bonheur composé de brefs instants où le regard s’aiguise : « Mais c’est en regardant la ville que Nour était émerveillé [...]Nour regardait cela sans pouvoir détourner son regard. » [37]
Les hommes naturels les plus excentriques et les plus solitaires sont les singuliers « magiciens ». Le Hartani est solitaire, car il fait « peur aux gens. Ils disent qu’il est ‘mejnoun’ [possédé des démons] qu’il est magicien, qu’il a mauvais œil » [38]. Il est le représentant des hommes bleus dans le récit de Lalla : issu du désert, il fut apporté et abandonné quand il était enfant. Son esseulement provient du fait qu’il n’est pas du village et qu’il appartient au plus profond du désert, espace avec lequel il se confond.
Créant un équilibre entre Marseille et le Sahara, Radiez, le gitan mendiant, voleur se profile comme une projection du Hartani dans la ville. Dans l’espace urbain, il est pourtant difficile de se comporter comme le Hartani du désert. Radiez aussi est effrayant, les cheveux hirsutes, habillé en guenilles, il a faim. Son sort est encore plus triste que celui du Hartani : orphelin de père, mais de surcroît vendu par sa mère, il est l’adolescent le plus affligé (déclassé) des récits le cléziens. Cependant, Le Clézio, en répétant la formule « Radiez le mendiant », nous laisse entendre que c’est un personnage privilégié. Il déclarait d’ailleurs dans un entretien avec Bernard Pivot : « Le mendiant est la projection de Dieu sur notre terre. Il faut lui donner une petite pièce. » [39] Il ne se contente pas de décrire sa marginalité, il le considère comme un héros de l’espace urbain, lui redonnant une valeur et une noblesse méconnues par l’homme moderne.
Comme il est possible de faire un parallèle entre les Umundri d’Onitsha et les hommes bleus de Désert, Oya, l’adolescente étrange, emblème du primitif solitaire, pourrait s’apparenter au Hartani. Qualifiée par Rodes de « folle et muette » [40], rejetée par tout le monde, elle est une créature de rêve, au « regard insensé qui donne le vertige » [41]. En marge de la société blanche, mais aussi de celle des Umundri, elle est considérée comme une sorcière. La première fois que son nom est mentionné, c’est en connotation avec la magie : « La nuit, il se passait des choses bizarres, effrayantes. Bony disait que c’était Oya, la mère des eaux. » [42] Tout comme le Hartani, on ne sait pas d’où elle vient et on ne l’approche que pour abuser d’elle (elle est l’esclave sexuelle, de Bony et de Rodes). Farouche, elle se comporte comme un animal sauvage. Pourtant, le narrateur lui voue une grande admiration : « Elle était la déesse noire qui avait traversé le désert, celle qui régnait sur le fleuve. » [43] C’est elle qui est la base de toute la recherche anthropologique de Geoffroy : il réalise que la fille de la reine de Meroe, Amanirenas, fruit de l’union de la reine et du devin Geberatu, n’est autre qu’Oya.
C’est par l’intermédiaire de tous ces personnages, que naît chez Le Clézio l’idée mythique du sauvage solitaire, sans entraves, rattaché à son seul désir de liberté. Ainsi se crée un mouvement à partir d’un rêve d’origine, vers un paradis perdu. Le Clézio construit un mythe autour de l’homme naturel dont il fait l’éloge, tout en le reliant à la perfection de cette nature par contraste avec la corruption du monde urbain moderne. Ce mythe est renforcé la présence des protagonistes principaux de l’œuvre : les enfants.

3. L’enfant en quête d’une lumière extrême

A en croire Emile Brière, « J.M.G. Le Clézio fait partie de ces romanciers contemporains qui mobilisent la représentation de l’enfance au point de renouveler les caractères qui lui sont habituellement attribués » [44]. Nour, Bogo le muet, Radiez le mendiant… Tous ces enfants auxquels Le Clézio octroie des caractéristiques bien définies, sont en quelque sorte un défi à la civilisation moderne. Michèle Gazier écrit à propos de Le Clézio :
La douleur des enfants, leur pureté, l’espoir qu’ils portent en eux, leur pouvoir d’avenir inspirent à l’écrivain ses plus belles pages. L’enfant chez lui a un pouvoir salvateur qu’il ignore. L’enfance, comme l’aube du monde, l’aube des peuples. Mais aussi leur avenir. [45]

Face à l’existence artificielle, monotone, réglementée de l’adulte, les enfants, eux, ont une vie nourrie d’aventures perpétuelles et de liberté. Mais aussi le monde de l’enfance dans ces récits permet l’originalité significative de la mise à distance. L’enfant est séparé du monde de l’adulte et de la famille ce qui lui permet finalement de se rapprocher des éléments naturels. Le Clézio semble envier à l’enfant cette possibilité de s’isoler du monde des adultes et de la société. Cette attitude rappelle ce que Rainer Maria Rilke écrivait : « Ce qu’il faut pouvoir atteindre est de rentrer en soi-même, sans y rencontrer personne pendant des heures. Etre solitaire comme du temps de l’enfance, quand les adultes tournaient autour de vous, ne faisant qu’un avec des choses… » [46] Si pour Rilke l’enfant est solitaire bien qu’il soit physiquement près de l’adulte, l’enfant le clézien lui, est bien mis à distance des adultes sur le plan géographique, et ainsi, mis en solitude. Orphelins pour la plupart, les enfants des récits ont quitté l’école et vivent au hasard des rencontres. Ils sont parfois même dépossédés d’un nom propre comme c’est le cas de L’Inconnu sur la terre ou de « Bogo le muet » qui n’est pas un nom véritable (Les Géants) ou Nono (Poisson d’or). Dans Désert, avec le personnage du Hartani (épithète) déposé par le guerrier près d’un puits, on a le portrait de l’enfant orphelin, abandonné et sans racines : « Le Hartani a grandi à l’endroit même où le guerrier du désert l’a laissé, près des champs de pierres... » [47] Dans Onitsha, Oya « ...n’était de nulle part, elle était arrivée un jour, à bord d’une pirogue qui venait du sud, et elle était restée » [48].
Les enfants non orphelins eux, quittent brusquement leur entourage, partant à la recherche d’une autre vie. [49] Après le premier élan de courage de l’enfant mettant fin à la vie familiale, on s’attendrait à ce que celui-ci s’engage dans des aventures. Cependant, l’acte de rébellion qui demande beaucoup de hardiesse, dégénère dans une inactivité qui ne correspond pas à la vision de l’enfance « normale » telle qu’on la conçoit, espiègle et remuante. Dans la plupart des écrits le cléziens, dès que les enfants se sont enfuis, ils plongent dans la solitude totale et deviennent inactifs.
C’est parce qu’ils ont gardé toute leur innocence que les enfants ne communiquent pas avec les autres. On pourrait alors s’interroger sur la vraisemblance de cette enfance qui échappe curieusement aux caractéristiques enfantines habituelles ; ces enfants sont étonnamment immobiles et silencieux : ils ne jouent pas, ne rient pas, fuient le bruit et la foule : ils sont farouches. Le Hartani muet, dans Désert, est décrit « assis sur une grosse pierre, et il regarde droit devant lui... » [50]. Les caractéristiques de ce curieux personnage ont des répercussions sur les autres enfants : Lalla passe des journées dans les dunes où « elle marche lentement » [51] et regarde autour d’elle. Oya, ce personnage exceptionnel d’Onitsha, « s’asseyait dehors, parterre [...] à l’ombre des goyaviers. Elle restait là, assise en tailleur, les mains posées à plat sur sa robe bleue » [52]. Le recueil de Mondo présente le même portrait de l’enfant : Juba conduit à l’aurore les bœufs vers la Noria. Là, ce petit paysan après avoir lié les bêtes au joug, contemple l’eau et le soleil qui l’illumine. Daniel, le protagoniste de Celui qui n’avait jamais vu la mer, atteint un état qui dépasse même l’inactivité, l’engourdissement ou la torpeur : ainsi il « ...ne disait rien [...] mais il restait sur place, assis sur un banc, ou bien sur les marches de l’escalier, devant le préau, à regarder dans le vide » [53]. Petite Croix, quant à elle, est ainsi nommée, car elle a coutume de s’asseoir au bout du village, quand le soleil tape très fort, pour faire, sans bouger, un angle bien droit avec la terre. Bogo le muet, qui apparaît dès les premières pages des Géants, « ...s’asseyait sur le pare-chocs d’une voiture, et il restait là un bon moment, au soleil. Il regardait le parking... » [54]. Lullaby, elle, quitte sa maison et l’école pour faire une fugue. L’inertie gênant les contacts et la communication avec les autres, les enfants sont plongés dans un détachement complet de la société, formant un univers à part où n’existent plus les problèmes, les questions, le mystère. L’enfant baigne dans un monde immanent, sans secret, vide de fausses pensées et de mots émis par les adultes, où seuls règnent une profonde simplicité et un grand silence.
Nous découvrons peu à peu que cette inactivité s’avère être une autre sorte d’occupation fortement désirée par l’enfant, très différente de la passivité. Effectivement, ces enfants s’occupent avec ardeur et d’autres caractéristiques très spéciales les définissent : ces non-actifs s’adonnent à la pratique du rêve, à celle de la contemplation, ou de l’observation approfondie, méditative, qui deviennent des exercices quotidiens exaltants, ininterrompus. Ils s’absorbent dans l’observation attentive de la mer, du ciel ou de n’importe quel élément de la nature. Ainsi, à travers leur regard, le lecteur voit le monde vrai comme à travers un filtre qui intensifie le visible. La lumière émanant de leur regard aigu leur permet de métamorphoser l’atmosphère : tout devient plus pur, plus transparent. Cette pratique de l’observation les mène directement à communiquer avec la nature, car contrairement aux adultes, ils ne s’en sont pas éloignés. Ils perçoivent la réalité dans son désintéressement et non corrompue, dénaturée par la conscience adulte. Par cette inactivité qui est une forme de provocation, ils ne participent aucunement au système de la société : ils deviennent invulnérables.
Pourquoi ce retrait des enfants du monde des adultes ? Probablement parce que Le Clézio est particulièrement sensible à cette période de la vie. Dans son œuvre, s’inscrit la figure d’un enfant qui n’a pas été façonné par la civilisation, les normes et la société ; pensant moins que les adultes, il est proche des animaux et en contact direct avec la nature, car les enfants « …n’ont pas d’édifices ni de forteresses. Ils ne possèdent que ce qu’ils sont, ce qu’ils entendent, ce qu’ils voient » [55]. L’intervention éducative des adultes est futile et totalement ignorée. Tout comme pour l’homme sauvage de Rousseau non inséré dans « l’état social », Le Clézio prolonge autant que possible la période de l’enfance de ses protagonistes. Seuls les adultes pauvres et nomades se rapprochent des enfants :

Les enfants éclairent, ils sont la lumière. Les enfants sont semblables aux pauvres, aux nomades, et d’eux vient le même sentiment de force, de vérité, le même pouvoir, la beauté [...] Les enfants sont magiques, les seuls êtres absolument magiques. [56]

Le Clézio octroie aux enfants la possibilité de rêver que les adultes ont perdue. Incessamment, les enfants sont introduits dans les récits, porteurs d’un message analogue à celui du sauvage. L’enfant est toutefois différent, car il peut découvrir un rythme autre que celui de la nature : le rythme de la ville qui n’a pas encore été dévoilé. En décrivant Bogo le muet assis au soleil, sur le pare-chocs d’une automobile statique, l’enfant n’essaie-t-il pas « d’apprivoiser » en quelque sorte cette machine ? Le Clézio déclarait à Jean-Louis Ezine : « Il faut ruser avec le monde de l’automobile pour trouver le moyen de l’apprivoiser. » [57] Apprivoiser, serait la tentative de l’enfant muet, observateur ainsi que celle des enfants déambulant le long des rues de la ville.
Afin d’illustrer le portrait de l’enfant, prenons l’exemple de Mondo. Marchant à contre-courant, il est probablement un indien dont on ignore le passé et dont le nom évoque le monde. Il se promène lentement parmi les passants mais la ville ne tolère en son sein que ceux qui lui ressemblent : des êtres géants (voire des ogres) qui rappellent les contes. Parmi ces géants, Mondo est nain et n’appartient pas au décor urbain, devenant pratiquement invisible : « …seuls ceux qui regardent vers le bas pouvaient le voir. » [58] Ses amis font comme lui, vivant en marge de la vie morose des adultes, parmi les pauvres « ... dont la beauté pèse sur le cœur des villes, et puis le soleil et la mer, tant il est vrai que la véritable famille des hommes est l’espace de leur amour » [59]. Avec l’espoir de s’égarer, de quitter les labyrinthes urbains, ils désirent rencontrer l’insignifiant (car ni étudié ni pensé) et l’intact (qui n’a pas été touché par les humains). Les endroits préférés de Mondo, sont comme pour Lalla l’héroïne de Désert, les esplanades, les étendues et les plages, déserts virtuels où il se réfugie pour le rêve et la contemplation : « Mondo n’aimait pas tellement les endroits où il y avait beaucoup de gens. Il préférait les espaces ouverts, là où l’on voit au loin, les esplanades, les jetées qui avancent au milieu de la mer… » [60] Dans le jardin sauvage de Thi chin, Mondo trouve refuge dans la nature. Avec son désordre végétal, le jardin est un espace qui renvoie à un univers originel à partir duquel a lieu l’ascension de l’enfant vers le cosmos. Si Mondo éprouve des difficultés avec ses semblables, il semble en revanche, être le détenteur d’une parole élémentaire, sacrée. Il peut saisir le langage des animaux, comme on le voit dans ce passage : « Les oiseaux de mer glissaient dans le vent, planaient, tournaient lentement en poussant des gémissements d’enfant. Ils volaient au-dessus de Mondo, ils frôlaient sa tête et l’appelaient » [61]. Tentant de parler une langue perdue, primordiale qui permet à l’homme d’être en contact permanent avec la nature, Mondo, comme tous les autres enfants, accède à l’expression autrement que par le truchement des mots. Cette communication trouvant son accomplissement dans le silence et la solitude, possède une fonction particulière : elle permet de tisser des liens invisibles par des ondes que Mondo envoie. Plus efficace que la parole, cette communication s’effectue pourtant de la manière la plus solitaire.
Un autre portrait de l’enfant que nous aimerions évoquer est celui de L’inconnu sur la terre. Bien qu’ayant des caractéristiques similaires aux autres (« ...mystérieux, un enfant qui n’appartient à personne » [62]) il possède une toute autre dimension. Il est, semble-t-il, un enfant imaginaire, un enfant magique. L’enfant est « le petit prince », écrit Jean-Michel Maulpoix en parlant de L’Inconnu sur la terre, et il continue en citant Le Clézio à propos de l’enfant :
… le seul être absolument magique, c’est-à-dire que lui seul sait parfaitement se fondre dans l’univers. Lui seul peut donc nous apprendre à habiter ce monde qui est le nôtre. Il faut pour cela, devenir soi-même petit, si petit qu’on est à l’ombre d’une herbe et d’une fleur, et vivre au soleil, dans la poussière, sous le vent dans une seule journée longue comme une saison. [63]

Maulpoix compare l’enfant de L’Inconnu sur la terre à celui du Petit prince de Saint Exupéry. En effet, les deux récits relèvent du conte magique racontant l’histoire (coupée çà et là par de petits dessins des auteurs) d’un petit garçon qui apparaît subitement : Le petit prince au sein du désert, et L’inconnu sur la terre, sur un nuage en forme de dune. Les deux narrateurs soulignent le fait que les récits sont écrits pour les enfants. [64] Pourtant, il est évident que les deux sont porteurs d’une dimension philosophique remarquable et si Le Petit Prince de Saint Exupéry est l’âme de celui-ci, L’Inconnu sur la terre ne serait-il pas à son tour, l’âme de Le Clézio ?
Les éléments essentiels à la quête du bonheur qui s’exprime dans l’écriture de Le Clézio sont discernés au sein de la nature et dans le monde de l’enfance. Par la valorisation de l’homme naturel et de la figure de l’enfant, Le Clézio lance un défi à la civilisation moderne : face à l’existence artificielle, monotone, réglementée de l’adulte, l’enfant a une vie nourrie d’aventures perpétuelles et de liberté. L’enfant est séparé du monde des adultes afin d’être proche de la nature. Les espaces naturels, ont alors la charge de recréer le « paradis perdu » [65] et contribuent immédiatement à l’expression du bonheur.

Notes

[1Gilles Lipovetsky, Les Temps hypermodernes Nouveau Collège de Philosophie. Paris : Grasset, 2004

[2J. M.G. Le Clézio, L ’Extase matérielle. Paris : Gallimard, 1967, p. 66.

[3Isabelle Roussel-Gillet, « envisager l’autre : les re-sources d’un héritier », Le Procès- verbal, Hai, Révolutions et L’Africain, Ailleurs et Origines : parcours poétiques, J.M.G. Le Clézio, Actes du colloque dirigé par Bernadette Rey Mimoso-Ruiz. Toulouse : Éditions Universitaires du Sud, 2006, pp. 22-30, p. 26.

[4J. M.G. Le Clézio, L ’Extase matérielle, op. cit., p. 130.

[5M. Rollo, E. Angel, Fellenberger, Existence- A new Dimension in Psychiatry and Psychology. New York : Basic Books, 1958, p. 56. (Notre traduction de l’anglais).

[6Miriam Stendal Boulos, « La dimension poétique de l’intertextualité dans l’œuvre de Le Clézio », Lectures d’une œuvre J.M.G. Le Clézio, ouvrage collectif coordonné par Sophie Jollin-Bertocchi et Bruno Thibault. Nantes : Ed. du Temps, 2004, pp.71- 81, p. 74.

[7J. M.G. Le Clézio, L ’Extase matérielle, op. cit., p. 130.

[8Ibid., p. 131.

[9Ibid., p. 156.

[10J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre. Paris : Gallimard, 1978, p. 283.

[11Ibid., p. 123.

[12Christopher Lasch, La Culture du narcissisme, traduit par Michel Landa. Paris : Champs-Flammarion, 2006.

[13Ibid., p. 296.

[14Ibid., p. 129.

[15Gilles Lipovetsky, L’Ere du vide, Essais sur l’individualisme contemporain. Paris : Gallimard, 1983, p. 109.

[16J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, op. cit., p. 285.

[17J.M.G. Le Clézio, Désert. Paris : Gallimard, 1980, p. 307.

[18J.M.G. LE Clézio, Désert, op. cit., p. 349.

[19J.M.G. LE Clézio, L’Extase matérielle, op. cit., p. 133.

[20Jean Jacques Rousseau, Œuvres complètes, III, Du contrat social, écrits politiques. Paris : Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1964, p. 7.

[21Ibid., p. 144.

[22J.M.G. Le Clézio, Désert, op. cit., p. 12.

[23Ibid., p. 22.

[24Ibid., p. 125.

[25Ibid., p. 124.

[26J.M.G. Le Clézio, L’Extase matérielle, op. cit., p. 156.

[27J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, op. cit., p. 283.

[28Ibid., p. 283.

[29J.M.G. Le Clézio, Désert, op. cit., p. 79.

[30Ibid. , p. 80.

[31Ibid., p. 80.

[32J.M.G. Le Clézio, Ailleurs , Entretiens sur France Culture avec Jean-Louis Ezine. Paris : Arléa, 1995, p. 59.

[33J.M.G. Le Clézio, Onitsh. Paris : Gallimard, 1991, p. 215.

[34J.M.G. Le Clézio, Désert, op. cit., p. 210.

[35Ibid., p. 251.

[36Ibid., p. 251.

[37Ibid., p. 253.

[38Ibid., p. 122.

[39Bernard Pivot, Apostrophes, France II, 1984.

[40J.M.G. Le Clézio, Onitsha, op. cit., p.173.

[41Ibid., p. 172.

[42Ibid., p. 79.

[43Ibid., p. 94.

[44Emile Brière, « Sans passé, quel avenir ? Les enfants de Poisson d’or  », Le Clézio aux lisières de l’enfance. Arras : Cahiers Robinson, n° 23, 2008, pp.110-120, p.110.

[45Michèle Gazier, « Le Clézio, enfant lecteur, enfant écrivain, les lisières de l’écriture », Le Clézio aux lisières de l’enfance, ibid., pp.17-22, p.20.

[46Rainer Maria Rilke, « Lettres à un jeune poète », Œuvres en prose récits et essais. Plusieurs traducteurs. Paris : Gallimard, 1993, p. 938.

[47J.M.G. Le Clézio, Désert, op. cit., p. 111.

[48J.M.G. Le Clézio, Onitsha, op. cit., p. 93

[49Le recueil de Mondo présente des nouvelles où les enfants cherchent à atteindre une liberté en fuyant le cadre social. Daniel, Celui qui n’avait jamais vu la mer, quitte ses parents et l’école pour l’unique raison d’aller voir la mer et après sa disparition, on nous déclare que ses parents « ...se sont consolés, parce qu’ils étaient très pauvres et qu’il n’y avait rien d’autre à faire » (CQ13). Lullaby quitte le lycée et s’en va comme Daniel passer son temps au bord de la mer, rêvant. Jon escalade le mont Reydarbarmur, où se tient le « dieu vivant », et où l’on peut toucher le ciel. Bogo le muet dans Les géants, s’est « sauvé de chez lui »(G101). Dans Désert, Lalla est orpheline et décide de s’enfuir en entreprenant la traversée du désert. L’héroïne de Poisson d’or a été enlevée quand elle avait « six ou sept ans » (PD11) et sera achetée et élevée par une femme jusqu’au jour où elle décide de s’enfuir. Dans la dernière nouvelle de Le Clézio, Hasard, Nassima décide de partir : « ...elle a su qu’elle devait partir[...] pour ne jamais revenir. Quitter tout ce qu’elle connaissait, devenir une autre » (H14). Il faut pourtant signaler le fait que le Hartani peut bondir et courir, faisant preuve d’une activité soudaine comme lors de son trajet à travers le désert avec Lalla ou quand il lui fait découvrir de nouveaux chemins. J.M.G. Le Clézio, Mondo et autres histoires, contes. Paris : Gallimard, 1978.

[50J.M.G. Le Clézio, Désert, op. cit., p. 109.

[51Ibidem, p. 75.

[52J.M.G. Le Clézio, Onitsha, op. cit., p.150.

[53J.M.G. Le Clézio, Celui qui n’avait jamais vu la mer. Paris : Gallimard, 1978, p. 11.

[54J.M.G. Le Clézio, Mondo et autres histoires, contes, op. cit., p. 37.

[55J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, op. cit., p. 226.

[56Ibid., p. 225.

[57J.M.G. Le Clézio, Ailleurs, op. cit., p. 85.

[58J.M.G. Le Clézio, Mondo et autres histoires, contes, op. cit., p. 38.

[59Jean-Michel Maulpoix, « deux hymnes de Le Clézio à la liberté », Jean Michel Maulpoix & Cie (persoweb. francenet.fr./ malpoix) Ecritures contemporaines.

[60J.M.G. Le Clézio, Mondo et autres histoires, contes, op. cit., p. 56

[61Ibid., p. 17.

[62J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, op. cit., p. 7.

[63Jean-Michel Maulpoix, « deux hymnes de Le Clézio à la liberté », art.cit.

[64Le Clézio écrit à propos de L’Inconnu sur la terre  : « Ceci est une histoire, écrite sur plusieurs cahiers d’écoliers italiens » (sur la couverture du livre chez Gallimard). Saint Exupéry écrit : « Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne […] Je corrige donc ma dédicace : A Léon Werth quand il était petit garçon » (dédicace dans Gallimard Folio, 1999).

[65Expression utilisée par Ana Luiza Silva Caramani dans son article : « La magie de l’enfance chez Le Clézio : dialogue avec le surréalisme », Le Clézio aux lisières de l’enfance. Arras : Cahiers Robinson, n° 23, 2008, pp.64-74, p.74.


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