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Bluma Finkelstein, par Nelly Carnet

22 avril 2011

par Anne Mounic

Bluma Finkelstein, La petite fille au fond du jardin. La Riche : Editions diabase, 2010.

Le récit autobiographique composé de brefs chapitres en deux grandes parties est écrit sous le signe de la solidarité. Viennent s’ajouter un ensemble de photographies de famille scandant le récit en deux parties égales et un à deux textes poétiques qui ravivent la prose. « Je sais à présent : j’ai été une erreur / comme cette gerbe monotone sur une tombe défoncée / et pourtant je vis / j’en donne même la preuve : j’écris ». L’ensemble est marqué par l’inscription de valeurs élémentaires reliées à l’Histoire des juifs en errance au cours des siècles. L’incipit rappelle leur situation pendant la guerre tout en nous emportant immédiatement dans le flot du récit. L’histoire familiale vient se greffer sur la grande. L’auteur présente son origine et sa naissance problématique en pleine seconde guerre mondiale dans l’organisation du génocide. Les premières pages remuent comme une vague déferlante. « Mars 1942. Solidarité. Je suis née accrochée à ce mot “solidarité ”, comme je l’étais au cordon ombilical qui me reliait à ma mère. » L’autobiographie gagne les membres de la famille, grand-mère, grand-père, oncle, dans une Roumanie communiste désireuse d’alphabétiser le peuple mais proposant « une littérature “formatée” par un parti d’ignorants » et une mode uniforme car « les uniformes sont le propre des régimes totalitaires ». La critique ne touche qu’un fonctionnement communiste précis. La narratrice défendra en Israël un communisme soucieux des meilleures répartitions des richesses cette fois-ci réellement vécu au jour le jour. Dans le kibboutz, elle trouve en effet un vrai modèle communiste constructif.
Avec ce récit, on entre dans la tradition juive, parfois accompagnée d’humour. Le sacrifice de volailles effectué pour le shabbat et la confection des oreillers en duvet est une affaire des plus sérieuses. « Le rabbin, assis à une petite table, ouvrait un grand livre et murmurait d’une voix chantante une prière qu’il répétait avant chaque poule qu’il devait sacrifier. » Si deux rythmes entrent en jeu, celui de la prose et celui du poème, c’est toutefois toujours de vie dont il est question, de mouvement, remuant tout l’intérieur de l’être entre deux eaux et entre joie et douleur.
D’un côté, nous avons une vie quotidienne en Roumanie et les difficultés de la pauvreté, de l’autre, le pays « capitaliste » où les juifs vivent dans des caravanes amiantées cependant heureux de retrouver la libre expression interdite dans le pays d’origine totalitaire. Avec beaucoup de lucidité et la même résistance que lorsqu’elle était toute jeune sage-femme, la narratrice montre du doigt tous ceux qui manifestent une « haine » contre l’Amérique par « envie, complexes d’infériorité de toutes sortes, esprit de vengeance et de destruction, là où on n’est pas capable de construire. » Au milieu de toute la destruction, l’espoir demeure. C’est au cœur d’une parole poétique que les deux versants, « la folie et l’espoir », viennent se dire, car Israël est Jacob boitant, résistant et humanisateur, luttant par la raison contre « la volonté de puissance » qui est aussi « volonté du meurtre ». La fin du récit est un hymne à l’avenir et aux alliances diverses ; la petite fille au fond du jardin roumain rejoint la dame au fond d’un jardin israélien.


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