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Beryl Cathelineau-Villate, poèmes

22 septembre 2014

par Béryl Cathelineau-Villatte

Loire et Loires au fil du temps et vues du train.....

Loire

Retour de Nantes.... La Loire.... le blanc des remous à la retenue des eaux, le glacis léger gris bleuté laquant la surface du fleuve, la franche lumière verte des berges d’herbe fraiche, la nappe des prairies aussi étale que la rivière dans un espace d’accolade généreuse, quelques animaux paissant paisiblement. Le temps n’est pas d’hiver, de printemps plutôt, sous un soleil tiède, un ciel tantôt net tantôt inondé. Seule l’absence de bourgeons, la brûlure des camélias surpris par le gel, la noirceur et la roideur des têtes d’hortensias que la neige a coiffés, les arbres dépouillés attestent que nous sommes bien en hiver et même à ses débuts.

Bords de Loire. Les bancs de sable ont des ondoiements semblable à ceux de l’eau. La rectitude du fleuve et de ses berges impassibles se rompt à l’abord des bancs de sable et des îlots, où elle se mue en méandres dont les sinuosités offrent des couleurs variables selon la nature et la profondeur de l’eau, oscillant entre les ocres clair ou orangé chargés de limon, les verts jade et les bleus sombres au déclin du jour.
Cette apparente immobilité et tranquillité cache des courants obscurs, des combats profonds, des échappées incontrôlables parfois, qu’attestent les levées de terre ancestrales.
Tout semble sous le soleil pâle et le ciel voilé du mi-été, paisible, rassurant, apaisant. Le temps semble interrompu. Mais le fleuve poursuit son avancée implacable. Un seul but : la mer. Quel parcours pour toutes ces molécules venues des glaciers et transhumant vers de si lointains horizons, dans cette cadence réglée, pour aller se mêler à d’autres, inconnues et salées....

Les arbres profilent leur écho sur l’eau plate, elle-même image en miroir du ciel, jumelle du ciel. Transparence densifiée de l’ombre des nuages masquant l’invisible, animée d’un lacis de lumière que le soir grise. L’air nué de blancs pétales et le flux de lumière allégeant les flots, jusqu’aux berges de la terre, la morsure blanche de la vague.

La Loire a le dos annelé d’un serpent au repos. Quelques îles émergées ont le dos plat des soles allongées sur le fond sablonneux. Quelques bouées pointent des chatons d’émeraude, au front lisse de l’eau, entre deux grèves.
Le ciel est plus animé que le fleuve s’éclairant d’îlots bleus entre deux mers de nuages et s’ornant d’un morceau de banquise glaçant de son éclat le gris sombre d’un cumulus.

Neige. Les talus se succèdent, tels des hérissons poudrés. Trois couleurs : celle de la neige, du ciel, et le marron sienne de la terre et des arbres.
La neige déposée sur les branches ne laisse plus apparaître qu’une idée de branche restant amarrée au tronc.
Les sillons sont remplis dans leur creux seulement, créant une alternance de bandes sombres et claires, qui du train se déploient comme les ailes en marche d’un moulin .
Le ciel est si bas que la présence des éoliennes n’est plus révélée que par leur sémaphore clignotant. Seuls, les bosquets indiquent des limites, marquant les bornes de cet espace sans horizon.
Blanc et silence sont complémentaires.
Seul le très léger contraste du blanc de la neige couvrant leur toit, et du blanc du ciel brumeux évoque de fantomatiques fermes.
Parfois une route déchire de sa tranchée noire la nappe incertaine et inanimée.
L’étendue blanche de la terre fait écho à l’infini du ciel en miroir.
Pourtant, par endroits, une poussée verte en coulée douce, émerge du glacis blanc qu’elle conquiert en colonnes d’impeccable rectitude.
Les arbres dénudés ne sont fleuris que des boules des nids.
Soudain, la neige n’est plus qu’un vague souvenir, en traits de pinceaux furtifs, appliqués çà et là, comme une écume légère que la vague aurait oubliée, comme une trace de lait aux lèvres d’un nourrisson.

Sur la Loire, belle et lisse, les bans de sable, comme d’impassibles cachalots.

Bosquets gris de nuages, bosquets verts au sol ponctuant de souples étendues de prés récemment semés, de prairies en pente douce, de champs de soleils éteints, de jeunes peupliers déjà inclinés par le vent d’ouest, d’espaces déchirés par le passage d’une rivière aux berges redondantes et fournies.
Le tracé des routes et des haies dessine des espaces qui eussent été autres livrés à leur prolifération seule. Le charme apparent d’un paysage est livré à la main directrice qui en guide le déploiement...., mais l’on sait ce que la friche entraînerait de désordre... Pourtant, le soudain passage d’un vol d’étourneaux éclaire de sa fantaisie inattendue et non programmée, cet espace, comme un nuage d’akènes soufflés par le poète.

L’eau a passé les limites et bordé le flanc de nouvelles rives, laissant en son milieu des arbres radeaux dont s’élèvent des mâts ramifiés. Des prairies sont en partie saisies par des mirages grisés qu’attise le soleil rasant du matin. Soleil d’hiver, d’argent, martelant d’une vibration mate la surface de l’eau.

Nul acier, nul béton, dont la frêle avoine et l’herbe tenace n’auront raison.
Le front vert des talus blanchis de pâquerettes s’offre au voyageur.

Les larmes sont aux gares, comme des oasis au désert.


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