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Bertrand Degott, par France Burghelle-Rey

22 septembre 2014


Bertrand Degott, Plus que les ronces. Jegun : L’Arrière-Pays, 2013

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Dans son dernier recueil Plus que les ronces Bertrand Degott se livre en déclinant, entre autres, son art poétique. Si celui-ci est fait de quintils en vers rimés comportant, d’après son auteur, des mots plus que du sens puisque « pour la théorie évidemment, c’est nul », c’est bien le lecteur qui, au final, décidera : « c’est à toi lecteur d’en décider / je fais de moins en moins confiance à mes idées. » Il devra alors constater que le travail du poète atteint, grâce au rythme, assuré notamment par les allitérations et les assonances, la beauté des sonnets d’un du Bellay : « A tramer tant de soie souvent je te côtoie. ».

Mais, sous un abord a priori classique, la poésie offerte ici se définit comme un écart autant sur le plan sémantique que syntaxique et la conséquence en est, à chaque instant, la joie de la surprise. Ainsi, comme en peinture, des touches inattendues dues à un souci de réalisme qui contribuent à la variété et à l’originalité du texte : « ton mouchoir à carreaux bleus porte une reprise », l’utilisation également des noms propres, orientaux par exemple, et de leur musique qui s’ajoute à celle produite par le vers pair. C’est par ce travail que Bertrand Degott avoue trouver « une solution de dépassement ».

Cette poésie du signifiant, d’un autre côté, n’en laisse pas moins une grande part à la tentation de la narration et de l’introspection. En effet, aux notations autobiographiques le poète ajoute un récit de sa propre histoire et, avec un jeu des pronoms par lesquels il s’adresse à lui-même, de l’histoire également de son double qui le « hante » puisque « impossible de renier ce Bertrand de Got ! » « Ces jeux de cache-cache » ne s’achèveront qu’à la fin de l’opus où le dernier quintil, de la même façon que dans un rondeau, renvoie au tout premier. Ils montrent que leur auteur a toujours cet esprit d’enfance et joue encore comme il jouait « bambin » en bon lecteur des Contes du Chat perché de Marcel Aymé.

Par ailleurs, il maîtrise parfaitement l’écriture lyrique et n’oublie pas le romantisme ‒ l’allusion au Lac de Lamartine en est la preuve ‒ puisque sont énumérées, avec leurs noms, les femmes aimées. Mais distance est prise jusqu’à l’humour, voire la dérision à propos de soi-même, ainsi que le dévoile cette interrogation finale : « et d’où sors-tu ces vers qui font pleurer les filles ? / de ton cœur d’artichaut en décomposition ? » Et c’est bien la convocation moderne du silence qui ponctue, par une exclamation, cette posture : « mais les temps ont changé – silence dans les rangs ! »

Quel peut alors être l’adjuvant du poète contre la mort qui rôde, sinon la nature elle-même ? Ce sont les fleurs qui sont choisies tout le long du recueil pour tenir ce rôle car, avec elles, « la vie redevient si légère » et, si on leur demande, les bouquets de lilas permettront que « la journée s’achève par moins d’amertume ». Tous ces noms précis de végétaux évoqués dans l’intensité du travail nettoient « la boue » qui entre dans les vers.

Grâce à l’écriture, même si la question essentielle, celle de « trouver » les mots, s’est posée, et grâce aussi au pari de l’optimisme : « dans l’isoloir / tu votes pour la fleur l’oiseau et le silence », Bertrand Degott reconnaît qu’il arrive à transcender la réalité angoissante de « l’impermanence » et la rouille du printemps.


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