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Bernard Noël, par Gérard Paris

22 avril 2011

par Gérard Paris

Bernard Noël, Le jardin d’encre. Paris : L’oreille du loup, 2008.

"tout allait mieux sans le petit cadavre de la réalité
Comment l’enterrer en elle même alors que le caveau de la pensée
N’est que de l’air soufflé en l’air la perte perpétuellement continue
Le rempart de maintenant ne bâtit qu’une margelle autour du vide
Le corps d’un Tu y flotte par le pouvoir très vieux d’un rêve interne"

Romancier, essayiste, critique d’art le poète a publié plus de 50 livres depuis "Extraits du corps"(1958),"Le château de cène" (1971° ) jusqu’à cet ultime livre "Le Jardin d’encre" en bilingue(français espagnol) avec une traduction de Myriam Montoya. Etrange recueil où le poète face à la boue du temps, hostile aux jouets sociaux n’a d’autre recours que la "pendaison intérieure" Le mystère a depuis longtemps bouclé son secret sur lui-même
On a cru lui rendre la pareille en disant qu’il n’existe pas
Puis la mort coupe court et soudain nous laisse incomplets"
Dans ce lieu d’insatisfaction qu’est la vie, le poète oscille entre interdit et imagination, dans la pensée de rien, assurant la suprématie de la conscience face à l’instinct :
"on ne sait ce qui tue l’intention première ou bien la mange
On sent seulement flotter dans l’espace le bord d’un en deçà
Un lieu fuyant que la langue parfois caresse inconsciemment"
Coincé entre le cadavre de la réalité et l’abîme interne, mécontent ’offrir un suaire à ses pensées, Bernard Noël, face aux vieilleries de l’identité et à la transparence des mots,("les bâtards misérables du réel et du néant") se dresse face au Tu : "quelque chose a craqué on ne sait pas si là ou là dedans dehors
Une bêtise flotte sous les épaules un désir d’être ailleurs qu’en soi
D’être le tu qui tuera l’imposture d’être un vivant abrégé par devant"
Du Tu (qui fermente avec sa réserve d’images) au Je (chancelant),c’est tout l’espace du dedans qui se morcelle : "deux états aussi inconciliables sont parfois contenus dans un nom

Comme si être et n’être pas se soutenaient à l’intérieur en béquillant"
"Le Jardin d’encre" ou comment "amarrer mentalement le voyage immobile"


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