Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Bejamin Fondane

Bejamin Fondane

20 avril 2013

par Anne Mounic

Benjamin Fondane, Poèmes retrouvés 1925-1944 : Edition sans fin. Paris : Parole et Silence, 2013.


« Edition sans fin », nous dit Monique Jutrin dans sa présentation de cet ouvrage, « c’est ainsi que Fondane avait sous-titré la deuxième version d’Ulysse. Ce titre conviendrait à toute l’œuvre entière. » (p. 9) Ce livre doit beaucoup à la ténacité de la Présidente de la Société d’études Benjamin Fondane, qui nous conte que, rendant visite en 1996 à la sœur aînée de Geneviève Fondane, celle-ci lui remit un grand sac empli de manuscrits de poèmes (p. 8). « Toutefois la tâche était ardue : les manuscrits étaient pêle-mêle. Il me fallut les classer selon leur appartenance aux divers recueils. j’ai longtemps tâtonné dans le noir. »

Le recueil qui vient à la lumière est donc classé en partie chronologiquement, en partie par rapport aux poèmes dans la « marge » desquels ils se tiennent, après un « Projet de préface » dans laquelle Fondane dit du poète qu’il « touche des réels que l’on croyait évanouis » (p. 13). On trouve, dans la période 1925-1930, un poème dédié à Tristan Tzara, qui s’achève sur ce vers : « la faim et ses petits mangent le lard tout cru » (p. 20). En marge de Titanic se lit ce vers, typique de son auteur : « Allons, j’y vais... La vie crie au secours, s’enfonce... » (p. 49) Dans « Poèmes épars », Fondane donne la parole à Job, personnage mis en relief par Chestov :

Je ne veux pas de ta Justice ‒
mais où est-elle ta Pitié ?
je ne veux pas de ta raison

mais où est-elle ta souffrance ? (p. 80)

Un autre poème s’intitule « Eros » :

émus de pitié l’un pour l’autre
et prêts à sangloter
d’avoir consenti un instant
à nous rejoindre ‒ pour nous perdre. (p. 88)

Entre affres de l’histoire et apocalypse se tient le poète : « ... la fin du monde et moi, ici sur le balcon ? » (p. 148) On la retrouve, cette fin du monde, dans le poème dédié à Léon Chestov « je dois toujours crier jusqu’à la fin du monde / il ne faut pas dormir jusqu’à la fin du monde » (p. 195). On retrouve donc ici Fondane tel qu’en lui-même, certains poèmes offrant des variantes des poèmes que nous connaissons déjà.


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page