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Béatrice Libert, par Nelly Carnet

23 avril 2016

par Nelly Carnet

Béatrice Libert, L’aura du blanc. Châtelineau : Le taillis pré, 2016.

Aux encres de Motoko Tachikawa qui sont comme des mobiles ou des particules en suspension, le recueil de Béatrice Libert fait écho avec ses brèves compositions de cinq, quatre ou deux vers blancs en miroir sur la page. Le blanc envahit d’ailleurs l’espace scriptural, du titre même « l’aura du blanc » avec son pouvoir de miroitement, jusqu’au cœur des créations qui tendent un bouclier à tout ce qui semblerait trop violent à l’âme humaine. Cette virginité accueillante permet d’imaginer le vide entre les choses du monde et de les faire briller séparément sur ce fond de neutralité absolue. Certaines créations se rapprochent du haïku comme le chant si familier et si vital de l’eau qui coule sur la terre et roule sur la pierre, rappelant alors la source de l’être et son mouvement régénérateur : « Le murmure du ruisseau/Est la plus nécessaire/Des musiques ». C’est peut-être ce même murmure que le travailleur des signes et des sons tente de nous faire entendre tout au fil de ses portées. Mais rien n’est jamais sûr. Il ne fait que chercher entre déclaration péremptoire et interrogation dénonçant une incertitude maladive. A l’affirmation joyeuse (« Des lampes ont éclairé nos vies/Comme des anémones de passage »), la page d’en face renvoie une inquiétude (« Au seuil de quel horizon/Poser sa lampe ? »). « Assise entre deux phrases, Béatrice Libert « [cherche] un équilibre ». L’espace imaginaire offre une possibilité de répondre aux attentes, aux désirs, aux espoirs du magicien de la langue, car « seul y pourvoit ce jardin-poème ». C’est dans le puits humain que l’écriture plonge ou prend racine, et c’est de ce puits qu’elle tente de s’approcher toujours plus près pour en faire remonter les substances ou substrats qui rendent humain ou débêtisse un siècle en chute libre.

L’écriture permet « de déplier un paysage mental » à la fois singulier et universel dans le sens où elle cherche à révéler un fond commun entre soucis du quotidien, aspirations les plus hautes, bien-être et harmonie entrevus. « Au fond du puits/Le jour se lève aussi ». « Etre dans la mer/Comme un mot dans la langue ». Le sentiment océanique est au bout des doigts. La recherche et la révélation d’une pureté qui ne serait autre chose que l’expression d’une justesse d’âme viennent s’inscrire sur chaque page. C’est dans les diverses manifestations du monde terrestre et principalement atmosphériques que cela apparaît : « Il a neigé partout/Pays blanc replié sur lui-même/Visage lavé de sa nuit/je dormirai nue/pour lui ressembler ». Ici, c’est la neige, ailleurs, ce sera l’aube qui souvent revient ou encore « l’oiseau ouvrant ses ailes », « le vent », « un pain frais » ou bien le matin, des mots annonçant un renouveau, un espace ou un climat neufs. La forme qui conviendrait le mieux à l’âme serait alors le haïku, bref, bien taillé, où chaque mot est à sa place pour donner une espèce de rondeur à un absolu. « Haïku du petit jour/Pour saluer la terre/Qui a toujours un peu/froid aux pieds ». Ce que permet la langue ciselée comme du diamant, c’est d’être dans la réalité extrême de la chose survenue, autrement dit l’instant qui annule la notion même de temps. Atemporelle est la langue de l’âme. « Etre dans l’instant/comme l’oiseau/Dans son chant », c’est rejoindre la joie simple sans arrière-pensée, son centre culminant, une espèce de naïveté que l’on s’efforcerait à défendre et à tenir en vie contre le climat ambiant, celui du complot de toute sorte, de la jalousie ou de la haine de l’autre, des petites manigances humaines qui cherchent à tirer profit de tout et de chacun, l’engluement humain dans un magma ou un imbroglio indescriptible, indémêlable et inextricable. Il s’agit d’aller à soi-même par tous les chemins poétiques possibles.


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