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Baruch Spinoza, par Anne Mounic

26 septembre 2011

par Anne Mounic

Baruch Spinoza, L’Ethique. Introduction, traduction, notes, commentaire et index de Robert Misrahi. Paris : Le Livre de poche, 2011.


Dans son avant-propos, Robert Misrahi dit sa joie de cette parution en livre de poche d’un « traduction où l’on ne confondrait pas affectus et affectio et d’un commentaire assez détaillé […] pour faire comprendre que Spinoza est un philosophe de la liberté heureuse ». Initialement cette traduction vit le jour en 1993, aux P.U.F., puis fut rééditée aux éditions de l’Eclat en 2005. Pour cette publication en poche, qui date d’avril 2011, le philosophe met son travail en contexte : « Chacun sait que notre pays, comme l’Europe et une grande partie du monde, est en crise. On peut aussi souligner le fait que, en France, la crise s’exprime par des actions (violentes et non violentes) qui symbolisent une très profonde insatisfaction, sinon même un désespoir. Or c’est peu de dire qu’aucune des forces en présence ne dispose d’une philosophie éthique et politique qui serait en mesure de répondre aux questions posées par cette crise.

C’est précisément à l’élaboration d’une telle philosophie pour notre temps que prépare la diffusion sérieuse de L Éthique. En effet, nous avons besoin d’une philosophie qui soit à la fois une pensée radicalement neuve et une doctrine extrêmement rigoureuse et gratifiante.
Il est clair que l’opinion publique n’est guère préparée à entendre et à désirer une telle philosophie. Ce pourrait précisément être le rôle de l’Éthique de préparer l’opinion à de toutes nouvelles attitudes, à de toutes nouvelles manières de penser. L’Éthique serait alors l’itinéraire de formation qui ouvrirait au désir d’une sagesse, c’est-à-dire d’une éthique et d’une politique de la libre joie.

Mais pourquoi, dès lors, ne pas diffuser seulement le texte de Spinoza, son Éthique nue comme la vérité (ou comme « la meilleure des philosophies », ainsi qu’il le dit lui-même) ?

C’est parce que l’Éthique est une argumentation rigoureuse et abstraite qui, par sa forme (« mathématique », c’est-à-dire déductive), risque d’occulter ou de rejeter dans l’ombre son contenu existentiel. Or ce grand nombre auquel s’adresse le livre de poche n’est pas forcément préparé à la pratique et à la lecture d’une argumentation conceptuelle au langage bien spécifique. C’est donc en bonne logique que Le Livre de Poche peut proposer une édition de l’Éthique qui soit accompagnée d’une longue introduction, de commentaires amplement développés en notes et d’un index analytique qui permet orientation, recherche et récapitulations.

Mais l’espoir du traducteur reste bien clair : il s’agit de conduire le lecteur de Spinoza vers le désir d’une libre joie aux mille aspects concrets, et vers la certitude qu’une telle joie est effectivement accessible et réalisable. Le bonheur et la démocratie ne sont pas réservés aux « élites ». »


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