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Aucune illusion à se faire : Paul Van Melle

27 septembre 2006

par Paul Van Melle

De la nécessité d’intercesseurs internationaux pour l’éveil d’une poésie transnationale

Paul Van Melle


AUCUNE ILLUSION À SE FAIRE

Depuis que la planète a, très lentement, pris conscience d’être porteuse d’une seule espèce pensante et non d’un amas de peuplades et de tribus diverses, depuis que la poésie est née dans les cavernes de la préhistoire, les artistes et poètes ont rêvé d’unir leurs efforts et leurs productions en une merveilleuse harmonie. D’abord locale, régionale, nationale, continentale et enfin mondiale. Cela s’est réalisé à mesure dans les trois premières sections, mais dès la dimension d’un continent, des problèmes ont surgi. Des problèmes d’identité.

II est bien normal qu’un individu se sente partie d’un groupe donné, du hameau ou du village à une entité plus large, jusqu’aux mégalopoles et nations d’aujourd’hui. Au moment où des groupes de ces nations tentent de s’unir aux plans économique et politique, il semblerait souhaitable que les plus conscients des citoyens tentent d’aller plus loin encore et que puissent réussir des initiatives comme cette "Union mondiale des poètes" imaginée par l’écrivain Jean Cussat-Blanc avec sa revue Résu , ainsi que quelques autres utopies de ce genre.

II apparaît pénible aux artistes et poètes de renoncer à leur individualité, sauf de temps à autre pour des mouvements ou écoles, toujours limités dans de brèves époques et de petits ensembles, comme le romantisme, le symbolisme ou le surréalisme, pour ne citer que des exemples récents et qui tout de même ont traversé d’étroites frontières. Mais une union mondiale demeure du domaine du rêve.

De quoi s’agirait-il ? Déjà une définition de quelque art que ce soit et plus encore de la poésie est impossible. Elle risquerait trop de limiter la liberté des créateurs et de provoquer le type de « mondialisation » qu’à juste titre les humains qui réfléchissent refusent dans les domaines plus à ras de terre : économie, politique et justice sociale. De plus il serait particulièrement réducteur de pratiquer partout les mêmes thèmes, les mêmes techniques, la même « inspiration ». On assisterait alors à une médiocrité généralisée, un fast food culturel dont on a déjà bien trop d’exemples. De surcroît les presque 200 langues, sans compter celles dont la diffusion est réduite et les dialectes locaux (mais encore un nombre important, que l’on oublie trop souvent dans les histoires des lettres, de langues qui ne sont plus pratiquées et que l’on qualifie de « mortes » alors que les cultures qu’elles ont véhiculées sont parmi les racines les plus fécondes de celles d’aujourd’hui), constituent un frein très et surtout trop efficace limitant la circulation des idées et de la pensée humaine en général.
J’en arrive ainsi au thème que j’ai choisi de traiter ici et qui sera détaillé dans les pages suivantes. II est bien vrai que les traductions sont nombreuses et parfois même mieux diffusées que les textes originaux. Pourquoi dès lors utiliser plus que des traducteurs ? Des intercesseurs sont à mon sens indispensables, car, je le préciserai plus loin, les traductions ne sont pas le seul moyen de faire circuler les cultures de langues différentes. Et surtout pas un moyen suffisant. Il y faut encore de très nombreux missi dominici capables de porter « la bonne parole » au loin, de la populariser. Ce que faisait si bien de son vivant Marcel Kopp , un Belgo-américain qui se répandait dans tous les USA, au départ d’Arlington, avec des séances de lecture, "slams" et autres performances destinées à faire circuler la poésie.

D’autres intercesseurs sont les auteurs d’études, de présentations, de préfaces et postfaces qui font connaître les poètes aussi bien que les textes. Et tout cela paraît dans des revues dont je parlerai plus en détail. Tout ceci pour indiquer qu’au-delà des traductions, des éditeurs et des diffuseurs, d’autres intermédiaires font connaître ce qui est destiné au départ à un public très réduit.

Ces moyens sont-ils suffisants ? Certes non : un énorme pan manque, celui dont on se gargarise volontiers, les « pouvoirs publics ». Ce qui me désole depuis longtemps, c’est que beaucoup semblent croire qu’il s’agit de la manne céleste et que les subventions officielles et autres résolvent tous les problèmes. Quelle aberration ! La plus grasse subvention empêche précisément les éditeurs de faire réellement leur travail de distribution et de diffusion, dont ils ne ressentent du coup plus la nécessité, puisqu’ils sont « rétribués » d’avance ! Faut-il désespérer ? Au contraire. On finira bien par revenir au respect du principe majeur, bien oublié du fait des difficultés et des découragements : un livre, même de poésie (je plaisante à peine) doit se vendre. De cela aussi je reparle plus loin.

Désillusion ? Non. Absence d’illusions et lutte pour un avenir meilleur de la poésie ? Oui.


LE MYTHE DES POESIES NATIONALES

C’est un refrain que l’on entend dans tous les domaines : tous les secteurs de l’activité humaine devraient être « nationaux ». C’est oublier que la nation est une notion récente, que les frontières d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier et même pas peut-être celles de demain, et surtout qu’elles ne correspondent en fait, sauf rares exceptions, à rien de réel aux plans ethnique ni social. Pire, elles sont pour la plupart nées de guerres souvent atroces.

Qu’en est-il alors de la poésie ? Peut-on prétendre que les Niebelungen soient allemands ? Non, ils sont germains, du temps des tribus en migration. Peut-on dire que la Chanson de Roland soit française, alors que Charlemagne était « empereur d’Occident » ! Je pourrais multiplier les exemples, sans compter même que les plus grands pays sont faits d’au moins plusieurs peuplades (pour ne pas écrire « peuples ») ? Même les petits sont dans le cas. La Belgique est faite de deux populations qui d’ailleurs ne s’entendent pas si bien.

Je puis corriger mon point de vue si je songe aux périodes de lutte contre des occupants. Résistants d’Europe centrale contre les Ottomans ou d’Europe occidentale (Allemagne comprise) contre les nazis. À ces moments (mais peut-on les qualifier de « privilégiés » ?) se mettent à exister des poésies que l’on appellera nationales et qui en fait ne sont que de résistance, sauf de la part de quelques chauvins qui ne pourront que disparaître dans les fameuses oubliettes de l’histoire.

Le mythe que j’évoque est une des causes principales de la difficile circulation des poésies. Protégés en principe par les frontières, les « nationaux » se retranchent derrière elles pour imagier qu’elles représentent une réalité. Et l’on parle de littératures anglaise (angle, saxonne, écossaise ou galloise ?), française (bretonne, provençale, basque, savoyarde, alsacienne, et j’en passe ?) ou espagnole (catalane, castillane, basque, andalouse, et j’oublie l’arabe et la juive ?) ! Il vaudrait mieux que les historiens et analystes des littératures partent des langues plutôt que des nations. Ce qui me ramène aux difficultés de circulation des œuvres si l’on n’adopte pas les traductions.

Je veux ne parler que de poésie, genre le plus proche des gens simples et le plus répandu dans le monde entier (malgré l’universelle présence commerciale du roman) parce que le paysan et l’ouvrier, aussi bien que le « tiers- état » et les « intellectuels », la pratiquent à défaut de la lire. Qu’ils la pratiquent bien ou mal importe peu, car leurs erreurs ou fautes ne leur sont imputables, mais à un enseignement centré sur le pratico-pratique depuis bien longtemps. Où sont les époques où l’Université s’occupait plus de culture que d’économie et où dès l’école maternelle on apprenait « par cœur » des poèmes ? Ce n’étaient pas toujours les meilleurs possibles, mais cela donnait déjà aux enfants une idée de la musique des mots et du rythme dans l’élocution. Un petit début.

J’avoue que les poésies actuelles, dans le monde entier, ne favorisent pas vraiment les apprentissages que je viens de citer. À force de ne s’occuper que de l’écrit et non de l’oral, une des spécificités majeures de la poésie a largement disparu. Ce n’est pas nécessairement un mal : cela correspond à des ouvertures nouvelles et peut ainsi permettre d’autres manières d’aborder la poésie. Mais il ne faudrait pas négliger l’oral au seul profit de l’écrit, le dire et ne privilégier que le lire.

Les traductions actuelles, le plus souvent fort respectueuses du sens des textes, se préoccupent peu de l’oral. C’est une difficulté de plus pour la circulation des œuvres dans un monde qui déjà ne communique plus que par borborygmes et abréviations, le plus souvent, via Internet, sms et autres styles télégraphiques, où même les meilleurs créateurs se laissent glisser parfois vers la facilité, oubliant plus encore aujourd’hui qu’hier la dure nécessité, pour tout écrivant, des relectures et des corrections. Je constate de plus en plus que les poèmes trouvés sur Internet doivent obligatoirement être lus par le simple lecteur avec l’encre rouge de l’enseignant, alors que les livres imprimés, eux, sont corrigés par des professionnels avant d’être mis sur le « marché »...

LE DRAME DES TRADUCTIONS HABITUELLES

Pourquoi « drame » ? Pourquoi « habituelles » ? Je commence par le qualificatif : il faut bien se rendre compte que presque toutes les traductions de poésie sont le fait de professeurs, de linguistes, voire de chercheurs de haut vol. Ce qui en principe est excellent. Les sens sont le plus souvent intégralement respectés et la langue cible comme la langue source parfaitement maîtrisées. Ces traductions sont destinées à l’enseignement, et c’est là que pointe le drame : elles ne sont pas aisément lisibles par le commun des mortels, donc les lecteurs moyens.

Par ailleurs les livres ainsi publiés, traductions savantes, le sont trop souvent dans des collections relativement chères et spécialisées, ce qui en écarte plus encore le lectorat moyen de la poésie. Et que dire de la présentation, sobre et claire, mais pratiquement jamais belle, aérée et parfois illustrée comme le sont les recueils originaux, avec le soin qu’y apportent l’auteur, l’imprimeur et, dans le meilleur des cas, un éditeur attentif.

De surcroît la perfection d’une traduction ne me satisfait pas toujours. Je demande à de la poésie d’être attirante, agréable à lire pour le plaisir et pas seulement pour l’étude. Certaines collections l’ont compris et se présentent comme de beaux objets ou tout au moins comme de jolis volumes. Cela concerne le plus souvent de grands classiques, surtout très étrangers, poésie japonaise, persane ou africaine, dont la tradition, pour les originaux, est déjà de beauté. C’est statistiquement moins le cas pour des littératures plus proches de nos techniques d’impression occidentales, centrées sur le texte lui-même, sinon sur le choix du caractère utilisé. Et ce, une fois encore, dans le meilleur des cas.

Si je passe de la qualité de la présentation à celle de la traduction, je vais sans doute aborder un combat plus dur, car je privilégie là aussi la beauté du texte au moins autant que sa correction. Au point qu’il m’arrive de préférer une « belle infidèle » ou une adaptation à la fidélité sourcilleuse des traductions savantes. L’idéal étant selon moi que le lecteur puisse lire le poème cible avec autant de plaisir que le poème source, comme s’il s’agissait d’une œuvre originale. En quoi je me fais des adversaires fort déterminés, partisans d’une littéralité absolue, ou même relative si le traducteur aime plus la poésie que la langue. Je préfère même (horresco referens !) lire le « tradittore » Edward Fitzgerald que le très fidèle Arthur Guy pour aborder Omar Khayyâm, et puisque j’en suis à me poser la tête sur le billot, je citerai avec le plaisir la double trahison de l’anglais de Fitzgerald traduit en français (et, pire encore, en vers français !) par un universitaire belge (je ne me contredis pas : il aime manifestement et passionnément la poésie !), Émile Désiron .

Je vais plus loin encore, comme je l’ai exposé dans la revue roumaine Grai , je suis persuadé que si c’est possible, une traduction réalisée par un poète sera presque toujours préférable à celle d’un spécialiste de la langue. Cela va chez moi jusqu’à préférer parfois ces fausses traductions faites par l’intermédiaire d’une traduction littérale, fréquemment approximative, sinon fautive, due à l’auteur le plus souvent et réalisées par un poète de la langue cible. Ce qui fut sans doute le cas de Paul Éluard pour les poèmes grecs des poètes résistants assassinés, K. Yannopoulos et F. Asteris, pour lesquels il fut aidé, ne connaissant pas la langue, par MeIpo Axioti.

Je me refuse cependant à faire entièrement confiance aux poètes, dont la bonne volonté s’arrête parfois à leur propre écriture et dont les « traductions » portent trop leur marque. C’est un écueil qu’a magistralement évité Stéphane Mallarmé en traduisant le célèbre « Corbeau » et d’autres poèmes d’Edgar Allan Poe. Mais c’est une grande réussite, du fait que Mallarmé avait sa langue française très particulière. On pouvait craindre le pire et ne découvrir qu’un Poe purement mallarméen ! Mais le respect du Français pour le poète américain a fait de cette traduction, en prose cependant, un modèle, même de musicalité.
Beaucoup moins connue est la traduction qu’a faite Chateaubriand du Paradis perdu (qu’à tort, on ne lit presque plus, même en anglais) de John Milton. Il n’a voulu, se défend-il, que donner une traduction littérale. Mais il précise que cela lui a coûté « pour dérouler une longue phrase d’une manière élégante sans hacher le style, pour arrêter sur la même chute, la même mesure, la même harmonie ». Des traductions littérales comme celle-là, j’en redemande ! Et le traducteur continue en expliquant comment et pourquoi il s’est permis tels néologismes ou l’utilisation de mots anciens, afin de conserver le ton et parfois même le rythme de l’original. Je sais que les poèmes de Chateaubriand portent trop la marque de son temps, mais sa prose reste une des plus poétiques de toute la littérature française. Il était particulièrement indiqué pour s’attaquer à la traduction en prose de poèmes.

Très différent est Paul Valéry poète des fameux « vers donnés » et grand travailleur, comme Poe, en vue de l’effet à produire. Sa traduction des Bucoliques de Virgile, en vers non rimés, est pour moi un véritable chef-d’oeuvre de traduction, conservant l’inimitable musique des vers latins, sans se laisser aller à tenter de reproduire le mètre, puisque c’est impossible, le français ne disposant pas suffisamment des temps forts et temps faibles (les longues et les brèves des dactyles et spondées), parfaitement remplacés, pour le lecteur français, par les allures de l’alexandrin. Quand je pense aux traductions scolaires d’un.Maurice Rat ou d’un Jacques Delille et même celles de Victor Hugo, je ne comprends pas que les enseignants s’obstinent à ignorer ces Bucoliques où tout Virgile se retrouve.

C’est donc bien par des poètes, fût-ce via une traduction littérale primaire, que les poètes doivent être traduits. Ou adaptés. Ainsi le lecteur pourra prendre son plaisir et ne se reporter au texte original que pour tenter d’en ressentir un tout petit peu l’ambiance ou même graphiquement l’aspect comme d’un calligramme ou d’une calligraphie. Ce que j’ai toujours privilégié dans la revue Inédit nouveau en publiant en regard l’original et la traduction. Même lorsqu’il s’agissait de langues sources aussi lointaines et mal connues des lecteurs francophones que l’arabe, l’hébreu ou le japonais. Alors presque des illustrations !

D’AUTRES INTERCESSEURS QUE LES TRADUCTEURS ?

Pour une diffusion réelle de la poésie dans le monde, en dépassant même les limites des continents (au moment où j’écris, les frontières nationales ont beaucoup perdu de leur importance), les traducteurs ne suffisent pas. Ni les éditeurs accrochés à leur « marché ». Et ce ne sont pas les grands groupes internationaux qui sauveront la mise au secteur littéraire le moins vendu au monde. II y faudra d’autres intercesseurs, « sur le terrain », comme on dit aujourd’hui. Ne parlons pas trop des pays slaves, où la poésie est encore une forme populaire capable de déplacer des foules... Mais pour combien de temps encore, maintenant que les plus jeunes sont là comme ailleurs tentés par la consommation facile ? Et ce n’est pas, ou pas encore, l’Internet, avec ses messages minimaux, qui encouragera suffisamment la qualité des « produits » poétiques, vu la trompeuse possibilité de mettre en page et d’obtenir ainsi l’apparence de « produits finis ». Ce qui donne l’impression de rendre relectures et corrections inutiles !

Autres intercesseurs ? Peut-il y en avoir qui échappent à la commercialisation sauvage des « bestsellers » si aisés à vendre ? Je le crois, et je cite les conférenciers, les essayistes et les journalistes. Même si ceux-là également sont souvent gangrenés par le toboggan commercial.

Les conférenciers tout d’abord. Comment imaginer de renoncer à la manne presque automatique consacrée aux causeries touristiques (surtout lorsqu’elles sont accompagnées de films en couleurs attirantes et par la perspective de voyages), qui de plus assurent des audiences nombreuses, alors que la poésie n’attire (et encore !) que quelques convaincus... ou intéressés à se montrer ou à s’entendre complimenter ?

Heureusement il reste quelques idéalistes, souvent des comédiens et récitants, dont le seul défaut est de ne pouvoir, pour des raisons économiques, parcourir le monde, et qui restent limités par une langue unique. Il serait bon sans doute de constituer des équipes polyglottes et de les envoyer par monts et par vaux populariser poètes et traductions. Troubadours et trouvères adaptés à notre XXIe siècle comme se sont adaptés les théâtres, qui disposent aujourd’hui, dans certains cas encore trop rares, de traductions simultanées ou de sous-titrages. Même sans cela, des initiatives comme les colloques internationaux, même s’ils sont trop souvent élitaires et restent confinés dans un lieu (Cerisy-la-Salle ou Carmaux ) ou une université (York, Lirnoges, Vmcennes, Paris et bien d’autres), le Théâtre Poème de Bruxelles, les voyages d’un Yvan Avena pour les poésies d’Amérique latine ou certaines réalisations de Pen Clubs nationaux permettent à la, poésie de voyager mieux. Et je ne parle pas encore des efforts de traducteurs comme l’Allemand Rüdiger Fischer, les Français Colette Rousselle, Jean-Paul Mestas ou les poètes belges Marcel Hennart et André Doms pour faire circuler, par écrit, dans des revues, des poèmes de réelle qualité. Simples exemples.

Au-delà des conférenciers et traducteurs qui voyagent, des essayistes publient des livres et des études sur des poètes qui les passionnent. Anne Mounic se consacre depuis longtemps à des poètes anglais d’hier et d’aujourd’hui en des livres bien faits pour donner envie de se reporter aux œuvres, en traduction ou non. Les Français font de même pour de grands anniversaires : Victor Hugo, Rimbaud, Michaux et bien d’autres. Opérations un petit peu trop commercialement orchestrées sans doute pour donner envie de lire les œuvres. Les essais et les manifestations semblent suffire à un public plus attiré par les spectacles et les biographies (influence pernicieuse des biographies de stars ?) que par l’effort de lire les originaux. Car un effort de ce genre, cela fatigue et l’enseignement, à toutes ses étapes, de la maternelle à l’université, ne donne vraiment pas l’habitude ni l’envie de lire les poètes. Il faut continuer, bien entendu, mais pourquoi ne pas faire plus souvent l’effort très difficile (encore un effort !) de vulgariser, et j’entends par là de mettre à la portée d’un public moyen ce qui aujourd’hui n’est destiné qu’à un public très averti ?

Les journalistes enfin, ces mal-aimés qui tentent parfois de faire l’impossible pour rendre compte des livres qu’ils reçoivent et qui seraient si utiles aux poètes s’ils acceptaient d’en traiter dans les quotidiens. Seul quelque hebdomadaire, parfois, se risque à parler de poésie dans un entrefilet. Les mensuels le font mieux, quoique pas toujours, parce que la plupart sont précisément littéraires, de même que les trimestriels. Mais les journalistes des quotidiens, muselés par leurs directions soucieuses des goûts de leur lectorat au lieu, comme ce fut parfois le cas au XIXe siècle, d’assurer la part pédagogique de leur tâche et d’utiliser leur pouvoir à rendre le service d’ouvrir les esprits ne consacreront pratiquement jamais à la poésie (« on la lit si peu ») les quelques lignes qu’elle mériterait tout de même. Ne soyons pas négatif : certaines pages culturelles, une fois par semaine ou par mois, traitent de littérature, mais reconnaissons que la poésie n’y apparaît que très rarement. Où sont les enthousiastes qui ont fait connaître de grands poètes et leur ont donné leur chance ? Il faut remonter le temps de deux siècles pour trouver les derniers de la lignée. Qui prenaient des risques incroyables pour des inconnus.

Je ne veux absolument pas renoncer à sensibiliser ces trois types d’intercesseurs, les seuls ou presque qui peuvent abattre les obstacles que rencontre la poésie d’aujourd’hui pour se faire apprécier, tant dans son lieu de naissance qu’au loin, puisque les meilleures traductions publiées n’y arrivent pas toutes seules, même en étant bien diffusées !


CAR ÉDITEURS ET DIFFUSION COMPTENT BEAUCOUP

Chercher le rayon poésie dans une librairie relève souvent du parcours du combattant. Un petit coin, trop haut ou trop bas et dans un coin sombre, loin des tables où trônent les volumes à la mode, est le lot courant des minces recueils et même de gros volumes de vers, tirés à si peu d’exemplaires et même pas assez attirants pour le regard des rares amateurs. Cela vaut-il vraiment la peine d’exposer ce qui va se vendre deux ou trois fois dans le meilleur des cas, et pas toujours avant que passe le train des reprises, puisque de nos jours il n’est question que de « rotations » de deux ou trois mois quand tout va bien ? Commerce oblige !

Il importe de remonter jusqu’au diffuseur, quittant les étals du libraire, qui n’est que dépositaire à titre personnel. Ce diffuseur, qui reçoit les volumes et en principe doit les répartir dans un énorme territoire semé de boutiques diverses intéressées uniquement à vendre au particulier, c’est avant tout un ensemble de lieux de stockage encombrés de marchandises. Que ces marchandises soient des livres ne l’intéresse pas du tout. En bon intermédiaire, il ne voit que l’argent qui entre et sort. L’intérêt de l’éditeur est moins essentiel pour lui que ses factures honorées par les libraires, et le contrat signé avec les éditeurs. Que les premiers ne paient pas ou que le second se révèle invendable et le diffuseur les jette à la poubelle. Seul correctif : s’il est distrait un court instant, c’est lui qui sera failli.

Selon quels critères un contrat de diffusion est-il établi ? Ne nous cachons pas la réalité : le seul profit. Qu’il s’agisse d’auteurs géniaux ou de minables écrivassiers, peu lui chaut. Le livre doit être vendable en grande quantité. Que dire dans ces conditions et comment faire du diffuseur un intercesseur pour la poésie ? Inutile d’y songer ! C’est un autre monde !

Et cependant les techniques actuelles permettraient des modes de diffusion (ou faut-il dire de « distribution » ?) bien plus efficaces qu’avant. Internet pour envoyer tapuscrits ou même recueils parfaitement préparés, et ce dans le monde entier. Les problèmes qui demeurent sont le choix des adresses, l’éviction des messages parasites et la protection des textes. Le numérique ensuite, qui permet le tirage de fort peu d’exemplaires et une présentation impeccable, mais ne résout pas le problème de la diffusion. Il faudra donc attendre que ces techniques soient mieux contrôlées et qu’une législation mondialement respectée protège les droits des auteurs. Et je ne parle pas du coût !

Tout cela semble pouvoir éviter des intercesseurs, mais c’est une illusion. Aucun contact direct ne remplacera la parole publique, directe, radio ou télévision, la pénétration des essayistes ni la puissance de la presse. Encore faudrait-il convaincre ces médias indispensables de faire leur travail pour la poésie comme ils le font pour les événements que leur public attend et qui nécessitent de ce fait moins de recherches et d’efforts de lecture et de rédaction. Toujours cette pente de la facilité !

Tout est-il donc perdu ? Certes non, mais la patience, qui se porte aujourd’hui si peu et si mal, est plus nécessaire que jamais dans le domaine poétique. Loin des fausses stars de la chanson, qui disparaissent très vite dans les oubliettes après une réussite à paillettes et autres disques d’or ou de platine, obtenus uniquement pour la quantité des ventes. Cela n’est pas et ne sera je crois jmais le lot de la poésie, qui peut et doit se permettre d’attendre quelques générations avant d’entrer dans les mémoires, sauf très rares exceptions. II y a bien plus de Rimbauds que de Préverts.

LA POESIE POUR TOUS ET PAR TOUS ?

Peut-être certains songent-ils à ce slogan d’un Lautréamont bien mal compris, lui qui n’en fut jamais à un paradoxe près. Ce serait la possibilité de se passer de tout intercesseur et de populariser la poésie puisque tout le monde serait capable d’en faire. Cette notion est allée dans tous les sens déjà : il fut un temps où il s’agissait de privilégier les poètes ouvriers, dont bien peu survivent (parce qu’ils furent vrais poètes, puis des écoles d’ailleurs mal comprises elles aussi lancèrent des procédés de facilité que récupérèrent à la fois les sans talent, les tricheurs et les arnaqueurs à l’affût de victimes consentantes : dada, écriture automatique, lettrisme, déconstructionnisme et aujourd’hui les ateliers d’écriture. Le pire est la déception inévitable des victimes, après coup, des comptes d’auteur abusifs, des contrats léonins, des diffusions prétendues, La poésie sort de tout cela avec une réputation abominablement ternie.

En fait la poésie, ne nous le cachons pas, reste un art élitaire, au même titre que la peinture, la sculpture ou la musique. Qui donc songerait à lancer le slogan de Lautréamont dans ces domaines ? Le premier venu peut-il y croire ? Je sais bien que parfois les artistes eux-mêmes peuvent s’amuser à faire n’importe quoi : les pastiches, les emballages, les installations ont la cote aujourd’hui et le public se laisse prendre au pire comme au meilleur. Même des galeries et des musées se prêtent à la tromperie et ne peuvent plus tous être considérés comme les indispensables intercesseurs des beaux-arts.

C’est, j’y reviendrai obstinément, un enseignement qui néglige l’apprentissage de l’esprit critique qu’il faut considérer comme responsable de l’ouverture des arts au n’importe quoi et même à leur marchandisation. Les modes en sont le meilleur exemple, de plus en plus provisoires et souvent sans une once de créativité, elles se jouent de l’humain et n’hésitent plus à remonter à l’arbre pour des jeux même pas innocents. On assiste à une déshumanisation générale par l’obligation de vendre toujours et la tentation d’accumuler des richesses inutiles et plus encore des inutilités pas riches du tout.

Par chance la poésie, moins visible que les autres arts, échappe encore un peu au règne du marketing généralisé. Pour combien de temps ? J’ai presque mauvaise conscience de plaider pour des intercesseurs, au risque de tomber dans le piège et de voir la poésie (mais quelle poésie ?) se prêter aux mêmes mascarades que les autres arts, devenus otages de la publicité envahissante. La poésie par tous et pour tous ? Un cauchemar !

ET DES EDITIONS « POPULAIRES » ?

On en dit beaucoup de mal et l’on a raison en ce qui concerne le public, en partie tout au moins, car ce qui l’intéresse le plus est la « lecture de vacances ». Vite lu, vite jeté. Mais depuis Marabout (au temps de Verviers et de Bruxelles, de Jean-Jacques Schellens et d’André Gérard) et le Livre de poche , les choses ont bien changé et les livres de qualité (originaux ou rééditions) ont réussi à fidéliser un public lui aussi de qualité. Je ne parle pas des collections plus chères et plus spécialisées, qui ne sont plus vraiment du livre populaire.
La poésie a-t-elle sa place dans ce secteur particulie r ? Je le crois et en veux pour preuve la collection Poésie lancée en 1969 par des poètes et pilotée par Jean Orizet et Michel Breton parmi d’autres, vendue au prix de 1 franc français de l’époque et possible grâce à l’insertion de la publicité, mais rapidement passée à 3 de ces francs, ce qui lui enlevait son originalité et une bonne part de ses chances de conquérir « des millions de lecteurs ». Elle a disparu aujourd’hui, mais c’était une belle idée. Le malheur a voulu qu’elle ait été confiée à un éditeur spécialiste du compte d’auteur abusif. Cela ne pouvait durer que grâce à la naïveté des poètes et le public n’a que peu répondu. D’autres initiatives sont nées depuis, mais ce n’est plus du livre populaire avec Gallimard ou Albin Michel , même si leurs collections, d’une irréprochable qualité, se vendent bien mieux que la disparue ! La notion et l’aspect du « pocket book » née avec Penguin en Grande-Bretagne et avec les grandes poches des GI aux USA est seulement évoqué par leur format plus petit que celui des livres courants.

La poésie est-elle donc condamnée à l’autoédition et au compte d’auteur, sauf rares exceptions ? Sans doute, et de surcroît les tirages imposés par les techniques d’impression traditionnelles (voir plus haut les chances offertes par le numérique et le téléchargement) ne feront pas aisément disparaître les stocks d’invendus encombrant caves et greniers de poètes. Et ces techniques sont parfois imposées pour que les instances officielles acceptent de reconnaître les recueils comme des livres authentiques. Le meilleur exemple est l’énorme Bibliothèque Nationale française, qui refuse désormais tout artisanat, même d’art et de qualité, sous prétexte de « manque de place » ! On en rirait si ce n’était aussi tristement preuve d’une indifférence des pouvoirs publics à l’égard de la poésie, qui se verrait ainsi contrainte de devenir purement commerciale.

Les seules possibilités réelles de ventes (et encore !) restent l’utilisation des intercesseurs dont j’ai parlé déjà, mais qui constituent une poussière d’étoiles isolées, souvent à des années-lumière les uns des autres et des poètes eux-mêmes. Dramatique situation pour une production quantitativement imposante, mais qui n’est pas un « marché ». Peut-on rêver d’une association des intercesseurs, ou d’un syndicat, mais tout cela obligé d’être international, à cause de l’ampleur du problème ? C’est encore une de ces utopies bonnes à nourrir seulement les espérances des idéalistes aux pieds loin de terre...

LA TRAGEDIE DES ERMITES ET LEUR MINICHANCES

Flaubert déclarait écrire pour les générations futures. Beaucoup de poètes, les meilleurs comme les autres, doivent se faire à l’idée qu’aucun succès ne viendra couronner leurs efforts dans l’immédiat. Le génie ou le talent ne présentent pas la moindre garantie à cet égard. Force est donc à ceux qui ne peuvent ou ne désirent pas se faire leurs propres intercesseurs en vue de convaincre des lecteurs, de se retirer dans une thébaïde pour écrire. Avec bien peu de chances d’en sortir, rapidement ou non. En guise de consolation, il existe tout de même un type d’intercesseurs que je n’ai pas encore évoqué : les revues littéraires, de la plus luxueuse à la plus modeste. Prêtes à accueillir selon divers critères les poèmes des ermites.
Certaines sont plus difficiles à approcher que d’autres. Les principes sont aussi nombreux que les revues elles-mêmes. Il y a les groupes fermés se consacrant à une école ou à un mouvement. Il y a les « riches » qui n’admettent que des poètes « arrivés ». I1 y a les rédactions ouvertes à tout ce qu’elles estiment de qualité, choisissant avec une inévitable subjectivité. Il y a enfin les plus nombreuses revues et revuettes acceptant de publier n’importe quoi moyennant cotisations ou abonnements.

Le tri n’est pas facile. Impossible de se fier à l’aspect de la revue, car une présentation luxueuse peut ne signifier que les moyens déployés et pas nécessairement le souci de qualité. Impossible aussi de croire aveuglément à la réputation des animateurs ou des instances éditrices, car cela peut cacher (et cache même souvent) une étroitesse de vues, sinon même un élitisme de caste ou un refus d’ouverture, presque un intégrisme...

Il existe (ou il existait, car l’initiative, née en 1979, est menacée de disparaître sous les coups des ennemis qu’elle s’est faits) un organisme d’information particulièrement précieux, le Calcre (« Comité des Auteurs en lutte contre le racket de l’édition » puis, pour élargir les objectifs. « Association d’information et de défense des auteurs »), qui publie depuis vingt-cinq ans une revue (devenue Écrire & Éditer dans son dernier avatar) et deux annuaires extraordinairement précieux, l’un, Audace, définissant et cotant objectivement un millier d’éditeurs littéraires, l’autre, Arlit, faisant de même pour un millier de revues littéraires francophones et qui nous intéresse ici pour aider les poètes ermites (et tout autant les autres d’ailleurs) à éviter de se tromper de cible pour l’envoi de leurs textes. Sont mentionnés clairement les principes de choix le type de textes souhaités, la rémunération ou non et bien sûr la périodicité.

PLAIDOYER POUR DES INITIATIVES DES POUVOIRS

Beaucoup de poètes (presque tous en fait) se sont habitués à demander à mécènes et pouvoirs des aides, des subventions, des coups de pouce divers. Je ne puis me défendre de trouver dégradante cette habitude, alors qu’il semble tellement évident que ces instances subsidiantes devraient d’initiative aider les artistes en général et les poètes en particulier, puisqu’ils sont plus encore que les autres condamnés à une diffusion minimale de leurs recueils, si mal considérés par le « marché ».

Depuis toujours ceux qui disposent de pouvoir et d’argent attendent que frappent à leur porte les mendiants. Qu’il s’agisse des rois, des administrations, des entreprises ou même des privés. Il n’y a pas eu d’exceptions notables, ou elles ne sont pas connues. J’ai en mémoire seulement les très riches amis des surréalistes français, qui ont permis à cette avant-garde des années 1920 de se faire connaître mieux que par leurs propres moyens. Mais je ne sais même pas si tout n’a pas commencé, par une forme de cette mendicité que je récuse et refuse.

Pire encore : si rois et autres gens fortunés peuvent se justifier (bien mal) en arguant de leur ignorance des artistes méritant d’être aidés de quelque manière que ce soit, puisqu’ils n’ont aucune obligation, de s’intéresser à ces marginaux souvent insupportables à leurs yeux, il n’en est pas de même pour les pouvoirs publics, dont c’est la tâche en principe de se tenir au courant de ce qui se passe et dont les budgets affectés à ces devoirs civiques (puisqu’ils ne sont pas obligés d’aimer !) ne sortent même pas de leur poche...

Malheureusement le pli est bien pris de privilégier les mendiants les plus habiles, les plus bruyants et les plus présents dans les couloirs des ministères ou des académies. Et le plus souvent ceux qui passent le plus aisément sous les portes. Cela rassure les fonctionnaires, qui dès lors se prennent pour des mécènes authentiques. Il n’est pas si difficile cependant de se tenir au courant des nouveautés, même en ce qui concerne les plus retirés ermites, tout de même présents dans quelque petite association ou repérables dans une petite revue. De surcroît le dépôt légal permet de presque tout savoir... mais quel travail de titan de se tenir au fait de ce qui se passe ! Alors qu’il est si simple de répondre (même pour dire non) à des sollicitations.
Ainsi apparaît plus encore la nécessité des intercesseurs internationaux, qui à tous les niveaux constituent une véritable ONU pour la poésie et les artistes en général. Le chiendent est que rien de cela ne soit organisé. Et que si c’était organisé, on risquerait fort de retomber dans le fonctionnariat.

Les meilleurs intercesseurs (réellement internationaux ceux-là puisqu’ils œuvrent dans le monde entier), et sans le moindre espoir de ventes ou de gloire, seraient bien les enseignants, et de préférence les enseignants de maternelle et de primaire, qui forment aujourd’hui les adultes d’après-demain. Capables de faire aimer la poésie (je ne pense pas au dégoût des petites « récitations », mais à la lecture par le maître, pour encourager l’amour du texte) et d’éviter l’absence d’esprit critique. Encore faut-il imaginer que tous les enseignants soient des passionnés de leur profession... et reconnaissons qu’aujourd’hui ce n’est pas tellement habituel, tout métier relevant désormais du « marché » !

LE RÊVE D’UNE GRANDE POÉSIE SANS FRONTIÈRES

Pourquoi un rêve ? Elle existe, cette poésie. Le seul problème est qu’elle ne soit connue que par morceaux. Presque par miettes. Parce que les frontières restent bien présentes et que les meilleures anthologies, en quelque langue que ce soit, ne les effacent absolument pas. C’est dans des encyclopédies que l’on parvient à se rendre compte que l’humanité vit sur une planète dont l’unité est bien visible de l’espace. Et sur une seule jusqu’à présent ! Dès que l’on se rapproche, ce ne sont même pas des frontières qui apparaissent, mais de profondes différences de climat, sans plus.

Approchons encore. A quelle distance verra-t-on les couleurs diverses des humains ? Et à quelle distance devinerait-on l’existence de poètes ? Ne plaisantons plus : mes encyclopédies ne m’ont jamais incité à élever des murs entre les littératures. Au contraire. Les langues n’apparaissant pas, on peut ne tenir compte que des noms et de quelques citations éventuelles. Surtout si l’encyclopédie, pas trop volumineuse, est le travail, au moins pour les littératures, d’une seule équipe bien soudée et non d’un tas d’individualités forcément disparates. Une seule littérature planétaire, une seule poésie.

Grâce aux nombreux types d’intercesseurs évoqués plus haut, il est possible d’imaginer l’anthologie idéale, celle où chacun, d’où qu’il soit, pourra lire la poésie et non des poésies. Les différences et même divergences accentuant encore l’effet d’unité foncière.

Quand donc sera-t-il possible d’envisager la réalisation de cette utopie ? Je crois que le délai peut être long, très long, mais que nos descendants, s’ils deviennent plus sages que nous, pourront un jour ne conserver en mémoire que le « bon grain ». En un gros volume, un très gros volume sans doute, ne publiant, dans chaque langue de la boule bleue, que les plus grands.

Cette sagesse viendra-t-elle ? Avec l’aide d’innombrables intercesseurs internationaux.., peut-être. Je veux le croire.


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