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Arthur Rimbaud, par Frédéric Le Dain

28 septembre 2008

par Frédéric Le Dain

Rimbaud, le poète de la « bizarre souffrance » ?
L’in-ouï de l’adolescence, entre psychanalyse et poésie

« Alors la question qu’on peut se poser avec Benjamin Fondane, en 1933, est la suivante : est-ce que Rimbaud ne serait pas le premier adolescent moderne ? » Philippe Lacadée, L’éveil et l’exil, éd. Cécile Defaut, 2007, p.137.

« Mais, cette bizarre souffrance possédant une autorité inquiétante (…) » Arthur Rimbaud, in Œuvre-vie, éd. Arléa, 1991, p.175, cité par Philippe Lacadée.

« Rimbaud serait-il donc un des premiers phénomènes du grand décalage spirituel moderne qui fait que les tempéraments métaphysiques, ne pouvant plus trouver de place dans le cadre du fait religieux historique, tombent comme des fruits trop mûrs dans le siècle et envahissent le temporel (…) » Benjamin Fondane, Rimbaud le Voyou, éd. Complexe, 1990, p.82-83, citation Philippe Lacadée p.137

Notes de lecture sur le livre de Philippe Lacadée, L’Eveil et l’Exil, enseignements psychanalytiques de la plus délicate des transitions : l’adolescence, éd. Cécile Defaut, collection « Psyché », 2007.

« Arthur Rimbaud est celui qui a le mieux saisi cette question de l’exil chez l’adolescent, en incarnant cet adolescent toujours moderne, toujours pressé, dont Verlaine disait : « C’est l’homme pressé aux semelles de vent. », écrit Philippe Lacadée dans L’éveil et l’exil (p.122, Addenda I, « Les souffrances modernes »)
Les livres sur Rimbaud sont nombreux, il est vrai. Et l’on peut bien se demander ce qui me pousse à en recommander un –outre le fait que celui-ci est récemment paru- puisqu’après tout il faudrait les dire tous… On se souvient de Rimbaud le Voyou, de Benjamin Fondane, qui fait résonance et que cite à plusieurs reprises l’auteur, d’ailleurs (p.38-39).
Mais l’ouvrage de Philippe Lacadée que je viens de citer, L’éveil et l’exil, publié aux éditions Cécile Defaut en 2007, dans la collection « Psyché », est particulièrement intéressant et ouvre peut-être, qui sait, une façon nouvelle de faire résonner la vie et l’œuvre du poète, précisément parce qu’il ne se veut pas seulement « un livre sur Rimbaud », tout en étant, dans son cœur même, un bel hommage à la poésie rimbaldienne saisie dans ses effets de vérité, et pour chacun. Et c’est aussi un hommage au pouvoir de subversion, à la « subversion créatrice » (p.170) qui est au cœur de l’expérience du sujet moderne.Il porte d’ailleurs sur sa couverture, comme un signe, comme une vignette, le portrait que Pablo Picasso fit d’Arthur Rimbaud en 1960. Comme un hommage ? Un symbole, aussi bien, du parti-pris d’interdisciplinarité (voir, p.46 et suiv., le « dialogue » avec la pensée du sociologue David Le Breton).

1) Le lieu de l’exil ?
Le propos de l’auteur, psychanalyste, est évoqué dans un sous-titre qui, dans son étirement même, est déjà comme une entrée en matière, tant il suggère au premier abord en engageant un point de vue : « Enseignements psychanalytiques de la plus délicate des transitions : l’adolescence ».
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Sous ce titre, « L’Eveil et l’Exil », et avec un tel sous-titre, l’auteur, s’autorisant d’un savoir, puisqu’il est psychiatre, et d’une pratique vivante, puisqu’il est psychanalyste, ne nous livre pas une sorte de « biographie psychanalytique »… Il le déclare d’ailleurs dans un verbatim de dialogue après une conférence : « (…) je ne suis pas allé chercher chez Rimbaud un cas clinique mais plutôt en quoi il précède la psychanalyse, en quoi il nous enseigne des choses essentielles sur le corps, le langage, la jouissance, et ce qui est en jeu dans l’adolescence » (Addenda I, p.146)

Le propos de Philippe Lacadée est bien de « tirer enseignement(s) » de l’adolescence, à la façon dont le talmudiste apprend de son élève, à la façon surtout dont D.W. Winnicott dédicaçait, on s’en souvient, un ouvrage à ses patients qui lui avaient « appris » (« To my patients who have paid to teach me » ) et dans la lignée de Sigmund Freud, apprenant la langue de l’hystérie et dé-couvrant la psychanalyse, ou de Jacques Lacan, dé-cryptant celle de la paranoïa.

Ces auteurs, au sens fort, ces fondateurs, Freud et Lacan, Philippe Lacadée les connaît bien, il s’en réclame et les cite avec beaucoup de finesse.
Mais le propos n’est pas tant ici de « faire thèse » (la psychanalyse préfère « mettre à l’épreuve ») que de donner des repères éprouvés pour une lecture de ce temps de l’existence dont pas un humain ne peut faire l’économie et l’auteur, qui connaît fort bien son sujet, notamment par sa pratique de psychanalyste au service du CIEN (Centre Interdisciplinaire sur l’Enfance, doté de « laboratoires », espaces de « conversations analytiques », dont il est question dans l’addenda 2, « Faire ses classes à l’école ») au Collège Pierre-Senart de Bobigny (93), inscrit, lucide, sa réflexion dans un « horizon social » : « La société de consommation est celle de tous les risques : une fois l’idéal déchu, l’objet de consommation attend tout sujet en désarroi et consomme plus ce sujet qu’il ne se laisse consommer. » (p.81)
Entendre, donc, « la langue du poème » à partir du « symptôme adolescent » situé dans « la culture de la techno-science » (p.81), et vice versa, dans un contexte donné.
Et j’ai tout particulièrement apprécié la mise en perspective courageuse que propose « L’avant-propos », qui nous invite à réentendre certains discours tenus lors des « émeutes » de l’automne 2005, en France, ce que l’auteur appellera plus loin, de façon métaphorique « printemps brûlé » (p.82), et qui peut interroger une « politique de l’adolescence », qui pourrait faire la « part d’u-topie » dont cet âge est porteur, si elle n’est pas réduite à la jouissance de la consommation (ou de la destruction, qui en est la face cachée…) : « Le point d’où nous importe aujourd’hui, dans ce temps de solitude où l’être est prêt à se corréler à n’importe quel objet pour satisfaire sa jouissance fût-ce au prix de s’y addicter. Ce point d’où nous importe aussi car il rappelle la fonction de l’idéal du moi qui met le sujet dans l’axe de ce qu’il a à faire comme homme ou comme femme et l’éloigne de la pulsion de mort. » (p.18)
Le « point d’où » ? Belle expression poétique, trouvaille…« Le point d’où est un point de perspective nécessaire à cette architecture de l’être. » (p.88) On aimerait pouvoir l’écrire, bien sûr, « point doux », et c’est un des enjeux de cette réflexion…

Il existe un lien secret, en tout cas rarement élucidé, entre adolescence et poésie, adolescence et littérature, aujourd’hui encore et en dépit de tous les discours convenus, peut-être parce que « la création » peut l’emporter sur « la destruction » : « L’adolescent Rimbaud hante encore les jeunes d’aujourd’hui, j’en veux pour preuve le livre de Faïza Guène, Kiffe-kiffe demain, dans lequel elle témoigne de la façon dont elle s’est sortie de la difficile vie de sa cité, grâce à sa psychothérapeute et grâce à Hammoudi, l’un des grands de la cité, qui lui récitait des poésies de Rimbaud auxquelles elle ne comprenait rien, mais qu’elle trouvait belles. » (p.123)

L’intérêt de l’ouvrage de Philippe Lacadée est donc de faire trou dans le discours sur l’adolescence –souvent convenu ou désorienté, voire- comme dans le discours sur la poésie –souvent réduite au rang de pratique marginale (peut-être peut-elle servir, justement, de « point d’où » voir l’existence autrement, la dire dans « des mots » qui flirtent avec l’indicible…).
Et l’on attend bien de la psychanalyse qu’elle nous surprenne, en montrant combien « de la marge », ou, plus précisément, d’un « point d’où », ici la pratique psychanalytique « d’orientation lacanienne », il est possible d’entendre, autrement.

Pour donner une idée de la façon dont la pensée procède ici, partons de ce qui singularise en effet pour le psychanalyste cette période de l’existence. Quel est l’enjeu ? L’un des mots du titre nous l’indique : l’exil… Et il ne faudrait pas croire que Philippe Lacadée veuille nous proposer « une nouvelle lecture de Rimbaud », puisque c’est bien le fil de l’adolescence qui construit son discours, mais « cet indirect est précieux », pour reprendre une formule de Roland Barthes. Rencontrant l’adolescent, nous croisons l’ombre de Rimbaud…
L’adolescent est exilé de l’enfance… « L’exilé, auquel s’identifie l’adolescent, éprouve dans sa chair la douleur de tous ceux qui se voient privés de leur langue –celle de leur enfance qui soutenait l’identification constituante de leur être et le sentiment de la vie. » (p.17-18)
L’adolescence, exil d’enfance, est donc cette période de remaniement, ce passage, cette « transition » : « La transition est un procédé rhétorique qui rend compte ici du changement qui survient chez l’enfant à partir d’un réel, changement marqué par la difficulté qu’éprouve le sujet à continuer à se situer dans le discours qui, jusque-là, lui donnait une idée de lui. La transition définit le passage de l’expression d’une idée à une autre, la traversée de la zone crépusculaire dépeinte par Hugo : « le commencement d’une femme » qui s’origine de « la fin d’une enfant ». » (p.25)
« Passage » et « transition » qui se retrouvent « en écho » dans des œuvres comme celle de Hölderlin ou, de façon plus narrative, dans Les désarrois de l’élève Tôrless de Robert Musil.
Ce très grand roman de Musil, moins cité que L’homme sans qualités dont le titre a fait tache dans la langue, fait l’objet d’une analyse approfondie et pleine de finesse, de la part de Philippe Lacadée, tant il figure à merveille le « parcours » symbolique que représente l’adolescence comme moment fondateur, avec notamment cette relation entre Basini et Tôrless qui montre combien « la tache noire » qui est au fond de chacun –au-delà de l’adolescence comme en-deçà…- peut devenir tableau repoussant, passage à l’acte sadique.
Une partie de l’ouvrage, « La leçon de Musil » (p.60-68), est consacrée à un commentaire du roman, une mise en résonance, roman qui m’avait pour ma part tant frappé par sa pertinence.
La question posée par le livre de Musil est aussi, bien sûr, celle de l’impasse possible de ce « passage », cette « transition ». Philippe Lacadée n’élude en rien les questions venues de faits divers récents, notamment celui que Gus Van Sant illustre dans Elephant (p. 49)

Cet exil d’enfance, ce passage vers l’âge adulte, le psychanalyste ne peut, pour l’approcher, se contenter de quelques formules générales ou superficielles, généreuses. Et Philippe Lacadée, même si son propos n’est pas de faire « une théorie de l’adolescence », propose des repères théoriques précis, étayés sur des citations choisies, d’un Freud relu par Lacan, que j’ai perçues pour ma part non comme des « grilles », mais plutôt comme des points de résonance, mise en dialogue.
Cet « exil », ce n’est donc pas seulement un « thème existentiel », c’est bien une donnée constitutive de la psyché : « Lacan précise qu’il n’y a pas de meilleur terme que celui d’Exil pour exprimer le non-rapport sexuel, c’est-à-dire la rencontre avec la sexualité qui révèle toujours un trou dans le savoir, lieu d’une certaine vérité, celle dont Lacan donnera la formule : « Il n’y a pas de rapport sexuel . » Entre l’homme et la femme, il n’y a en effet pas de rapport instinctuel comme chez les animaux, car tout ça est perturbé par l’usage du langage. » (p.121)
En termes plus lacaniens encore, c’est bien la question « de la jouissance » que pose l’adolescence, et l’on comprend dès lors qu’une société fondée sur le « plus-de-jouir » permanent rencontre quelques difficultés…

2) Le lieu de l’éveil ?
Face à ce « trou dans le réel » que constitue la découverte de la sexualité, et la solitude qu’entraîne la découverte du principe d’incomplétude qui l’accompagne, disons les choses ainsi, l’adolescent doit inventer, parce que « ( …) les mots justes pour dire ce qui se transforme apparaissent plus ou moins caducs, le temps est arraché à son déroulement linéaire. » (p.26) Et c’est bien ici que nous retrouvons la fonction « du poème » (entre autres) et son espace d’invention :
« L’adolescent se doit d’inventer sa propre ouverture signifiante vers la société à partir du point d’où il ne se voit plus comme l’enfant qu’il était, pris dans le désir de l’Autre, mais d’où il peut apercevoir, de façon contingente, une certaine vision de lui-même et du monde. » (p.24)
« Il cherche sa voie », entend-on… « Il se cherche »… dit le discours courant.
Et l’auteur de poursuivre, pour nous « faire entendre » ce dont il s’agit à l’aide des intuitions rimbaldiennes :
« Dans son poème Vagabonds, Rimbaud, encore adolescent, plante le cadre de cette ouverture signifiante, avec la métaphore de la fenêtre de la maison familiale, cadre sur lequel s’appuyer pour soutenir le point de la perspective à partir duquel opérer cette séparation d’un adulte à la fois trop présent et sourd à ce qui est en jeu pour lui. Fenêtre ouvrant sur la vraie vie, ailleurs, loin de sa famille et lui permettant de se créer « ses fantômes du futur luxe nocturne » qu’il rejoindra dans ses fugues. « Et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule » (p.24)
Tout le « pari herméneutique » de Philippe Lacadée est bien dans ce constant rapprochement : 1) Que vivent « les adolescents » ? 2) Que dit la psychanalyse, affûtée de la pratique qu’elle institue ? 3) Que dit la littérature, de « cette chose » dont je parle ou que j’analyse…
Avec ce très beau renversement, fidèle à l’esprit même de l’élaboration de Lacan : « Rimbaud ainsi précède Lacan (…) » (p.122), qui permet peut-être de mieux lire Lacan : « Tous les néologismes inventés par Lacan provoquent le petit décalage nécessaire à la vie du langage, faisant sonner la résonance de la parole, à la façon dont la poésie fait jaillir l’étincelle de « l’écrit dans la parole » » (p.32)
Bel hommage… rendu à travers la formule « Je est un Autre », que le linguiste Emile Benveniste, souvent éclairant dans sa réflexion sur l’énonciation, donnait pourtant comme la formule même de « l’aliénation ».
Cette étrangeté (« alienus » en latin…), Philippe Lacadée la met en résonance avec Lacan : « (…) Rimbaud met à ciel ouvert le fait que le sujet peut être soumis à des pensées, dépourvues d’un je pense. C’est ce que Lacan éclairera plus tard en montrant que la pensée est du côté du lieu de l’inconscient, -lieu d’une certaine jouissance- « on me pense », représentant le lieu de « l’éprouvé de la sensation multiple ». » (p.122)

Le désir, repéré au cœur de chaque adolescent, « d’inventer sa propre ouverture signifiante » (peut-être de quoi entendre autrement les nombreux « moi, je… », affirmations qui peuvent paraître « vides de sens », mais qui disent le sens du vide) trouve donc un écho dans cette « invention » qui a nom poème, et qui est une « ouverture signifiante ».
Un repère qui peut s’avérer non négligeable dans la pratique pédagogique, non pour croire que le poème va « tout résoudre », mais plutôt comme « paradigme d’invention », lieu de trouvaille…
« Cet énoncé –trouver le lieu et la formule- nous apparaît comme une forme de paradigme de la quête de tout adolescent lorsqu’il remet en question, voire dénonce, la langue dont les semblants le soutenaient jusque-là et va jusqu’à inventer une autre langue. » (p.24), puis : « On énoncé, trouver le lieu et la formule, est à mon avis l’énoncé paradigmatique de la quête de tout adolescent. » (Addenda 1, p.129)
Et c’est bien ici que le « pari herméneutique » dont je parlais à l’instant deviendra, d’une certaine façon, « le pari de Rimbaud », celui que nous pouvons faire à propos de tout adolescent.
Plus profondément encore, Philippe Lacadée montre, exemples à l’appui, comment « le poème de Rimbaud » (son œuvre poétique) porte trace(s) de l’adolescence, de ses questions, mais aussi de ses intuitions.

Mais cette « ouverture signifiante » pouvant apparaître comme une quête (é)perdue, n’est pas donnée d’emblée. Si, selon la formule cité de Joseph Rossetto, Principal du Collège de Bobigny et partie prenante dans la mise en place du CIEN dans son établissement, l’adolescent est en état d’ « insécurité langagière », il peut trouver ou chercher des solutions qui sont des impasses : « C’est l’impossible à supporter qui, à notre époque d’un remaniement des discours et de la jouissance, poussent certains à user d’actes ou de mots les exilant de la langue commune. Dans ces mises en jeu, souvent pas sans risques vitaux ou légaux, certains relèvent le pari parfois impossible de prendre position dans l’existence tout en provoquant une réponse de l’Autre.
Là où le défaut de traduction se traduit par la mise en action d’un comportement, l’écrivain et le poète nous permettent de lire la part obscure de l’être qui agite le sujet. » (p.102)
Un pari herméneutique qui inclut le psychanalyste : « L’éducateur éclairé par le discours de la psychanalyse et le psychanalyste, dans l’après-coup de la traduction, donnent à lire cette part obscure comme le texte, écrit à son insu, de sa pantomime. Reste alors à chacun à savoir comment y faire avec ce texte, comment s’en rendre responsable et y répondre d’une autre façon. » (p.102)

Et ce psychanalyste a aussi des histoires à nous « raconter », c’est-à-dire à nous faire entendre autrement. Les nôtres, en somme. Les récits de cure sont peu nombreux, ici, mais sont signifiants des enjeux qui sont ceux d’aujourd’hui, l’un notamment mettant en jeu la question du sida et de la mort liée à la contamination ; l’autre celle de l’addiction, qui n’est pas moins problématique aujourd’hui, et pas seulement pour les adolescents, d’ailleurs. C’est à propos de ce dernier que la démonstration est faite qu’un « éveil » est possible dans le travail de la cure que propose l’analyste. Et avec Winnicott nous avons envie de dire : « La statistique ne pourrait pas rendre compte de ces changements-là. »

La statistique qui sévit pourra-t-elle rendre compte de ce qui se pense et se vit, se cherche aussi dans des lieux d’éducation comme le Collège de Bobigny ? On peut en douter, heureusement. Mais, en tout cas, « Le fait que les enseignants acceptent de venir à une réunion comme celle du laboratoire montre que dans ce collège, il y a une attention portée aux enfants qui est très précieuse. » (p.150)

Les livres sur Rimbaud sont nombreux, il est vrai., nous l’avons dit… Mais celui-ci nous aura appris à lire Arthur Rimbaud avec Jacques Lacan, ou Lacan avec Rimbaud, en compagnie de quelques autres, et non des moindres, Freud, bien sûr, Rousseau, Hölderlin, Robert Musil, Robert Walser, Michel Leiris… David Le Breton. Bref, à lire aujourd’hui Rimbaud, et pour aujourd’hui, et pas seulement comme un monument de l’Histoire littéraire. Le lire comme une confrontation, en somme.
Un livre tonique, donc. Qui nous propose, sans l’énoncer ainsi, de « faire le pari » de Rimbaud contre les discours convenus et peu rassurants, discours qui « font masse », dans tous les sens du terme…
Et si la poésie est encore capable de nous éclairer sur « les émeutes de banlieue », il faut remercier encore une fois l’auteur, Philippe Lacadée, de laisser le poème faire trou dans nos discours tous faits, pour nous faire entendre et la voix neuve du poème (et en dénuder la vérité), et celle de la psychanalyse, quand elle entend la voix de passage de l’adolescent comme une promesse d’éveil.
Et je dois aussi remercier Claude Vigée d’avoir su, avec d’autres (et notamment Evy, disant -juin 2006-d’internet « si c’est un outil, il faut s’en servir », mais aussi Anne Mounic) « faire le pari de Rimbaud » au pays de la techno-science.
Adolescent, je me souviens que j’aimais beaucoup cette formule de Guillaume Apollinaire dans Alcools :
« Perdre
Mais perdre vraiment

Pour faire place à la trouvaille »

Je réalise en lisant l’ouvrage de Philippe Lacadée qu’elle résume bien les enjeux de l’adolescence : l’exil, né d’une perte ; l’invention, qui témoigne de l’éveil. Et les paroles de rappeurs qui sont proposés à la fin du livre m’ont rappelé combien, en son temps, la lecture de Paroles, de Jacques Prévert, avait pu avoir un écho important, et peut-être des effets à long terme.
Ce livre est donc un moyen de se « mettre en travail » autour de l’adolescence. Bref, en un pays où « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », il s’inscrit comme un « livre de méthode », et c’est précieux, si l’on se réfère à l’étymologie de ce mot.
Il invite en tout cas à faire, face au défi de l’adolescence aujourd’hui, dans la traversée de la « bizarre souffrance », à faire aussi le pari de Rimbaud…


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