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Anthologie bilingue de la poésie anglaise.

1er février 2006

par Anne Mounic

Anthologie bilingue de la poésie anglaise. Préface de Bernard Brugière. Édition établie par Paul Bensimon, Bernard Brugière, François Piquet et Michel Remy. Paris : Gallimard Pléiade, 2005.


Somme considérable de travail, sur plusieurs années, cette anthologie offre un panorama à la fois complet et détaillé de la poésie anglaise, des origines (Beowulf, vers 700, « monument de la poésie anglo-saxonne », préface p. VIII) jusqu’à nos jours (les derniers poèmes sont ceux de Simon Armitage, pp. 1620-1627). Dans la préface, Bernard Brugière met en valeur les qualités musicales et rythmiques de la poésie anglaise, « ensemble de pousses diverses, de rameaux enlacés » (p. VII) : « Les sonorités, les rythmes de l’anglo-saxon, du celtique, de l’anglo-normand, du moyen anglais et de l’écossais ont tous marqué de leur empreinte cette poésie ; il faut y ajouter les influences du latin et aussi, à des périodes diverses, celles du français, de l’italien et de l’espagnol. » Et le rythme, des origines à nos jours, demeure fondamental : « Le trésor de ces monosyllabes consonantiques, où le son fait souvent écho au sens, servira de basse continue à toute la musique de la poésie anglaise. Il y avait dans le vieil anglais un lien très fort entre les noms et les choses qu’ils désignent ; ce lien, symptomatique de l’enracinement physique, immédiat et comme viscéral, des Anglo-Saxons et des Vikings dans leur milieu, se mêlera, après la conquête du pays en 1066, à la perception plus cérébrale des Normands, et de leur langue. » (p. IX)

Il est vrai que la poésie anglaise, des sonnets de la Renaissance aux méditations romantiques en passant par le conceit métaphysique, demeure toujours poésie à dire. Les Romantiques ont apporté leur propre diction et une certaine vision de l’imagination : « Les définitions que donne Coleridge de l’imagination dans sa Biographia Literaria (1817) gardent aujourd’hui encore toute leur force et leur pertinence pour définir la création poétique. » (p. XXVII) Même quand, à l’époque victorienne, Darwin vient mettre au moins le doute dans les esprits, le langage continue de préserver le lien aux choses et, à l’époque des remises en cause modernistes, le mot résonne encore en toute son intensité (voir préface p. XXXIX). Dans le poème de T.S. Eliot, La Terre vaine, symbole, entre autres, de cette période, le rythme continue, malgré les libertés métriques, à étayer la musique du vers. Et les poètes anglais du vingtième siècle se montrent beaucoup moins méfiants à l’égard de la forme poétique que les poètes français de la même période. Bernard Brugière décrit les « tensions et polarités » (p. XLVII) qui séparent les différents courants, mais conclut à une unité.

Citons comme exemple de ce lien du mot au réel ces quelques vers qui ouvrent l’ode de Keats « To Autumn » (« À l’automne ») :

« Season of mists and mellow fruitfulness,
Close bosom-friend of the maturing sun ;
Conspiring with him how to load and bless
With fruit the vines that round the thatch-eves run ;
To bend with apples the moss’d cottage-trees,
And fill all fruit with ripeness to the core. » (p. 840)
« Saison de brume et de savoureuse abondance,
Tendre amie du soleil qui mûrit toutes choses,
Avec lui conspirant à enrichir de fruits
Les treilles surchargées au bord des toits de chaume,
À courber sous les pommes l’arbre moussu du clos
Et remplir jusqu’au cœur tous les fruits mûrissants. »
(p. 841. Traduction de R. Ellrodt.)

Les notices sont écrites par Bernard Brugière, Français Piquet et Michel Remy. Paul Bensimon s’est chargé de réunir l’ensemble des traductions (soixante-douze traducteurs), et de plusieurs traductions, notamment celles d’Oscar Wilde.

A.M.


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