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Anne Mounic, prose

22 avril 2011

par Anne Mounic

Nous publions ci-dessous deux extraits de roman ou de nouvelle, le premier inclus dans Jusqu’à l’excès ou le reptile dans le livre, le second dans une des nouvelles de (X) de nom et prénom inconnu, « Paysage d’hiver ».

Tristesse de la vie

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San Pietro, Tuscania. Photographie : Guy Braun.

Iole se souvient de l’histoire que contait souvent le vieux serviteur du palais de splendeur déchue. Toujours, derrière le personnage de la femme, il avait imaginé sa mère. Peut-être n’en était-il pas ainsi. Peut-être interprétait-il les intentions de Raju qui, lui, n’avait rien dit de plus que ce que, souvent, il contait.

"C’est comme les nénuphars", dit-elle la veille de ses noces.
La racine se mouvait sous les eaux et Monsieur Nénuphar se mouvait dans l’existence comme une fleur. Il ne se montrait jamais très sûr de lui. C’était tout du moins ce qui paraissait. Peu d’assurance et surtout pas ce ton tranchant, autoritaire et coupe-souffle qui caractérisait nombre de ses contemporains parmi les puissants.
Monsieur Nénuphar n’était pas sans cesse ailleurs, projeté dans le temps par l’ambition, ou dans l’espace par la curiosité. Il se bornait à être là, d’une sorte de présence flottante et épanouie que peu de ceux qui l’entouraient comprenaient vraiment.

Quand il épousa Padma, celle-ci entra, conquise, dans le monde du silence et de la parole suave, loin des échos cassants du monde, loin des meurtrissures et des contrariétés. Loin de l’indifférence aussi, la terrible indifférence de chacun, chacun lesté de ses propres soucis, qu’il ne partage pas avec les autres. En somme, avec Monsieur Nénuphar, la vie se déroulait sans heurts, mais au bout d’un moment, Padma en vint à s’ennuyer et Monsieur Nénuphar, contre l’ennui que son mode de vie engendrait, ne disposait d’aucun antidote. Savait-il même ce dont il s’agissait ?

Peut-être maintenant le sait-il, maintenant que la terrible leçon lui a été donnée.
"C’est comme les nénuphars", dit-elle un peu dépitée.
Et puis, on dirait que Monsieur Nénuphar en sait trop, ou bien qu’il ignore tout. L’ennui est une énigme.

Ce qui frappait de prime abord chez ce personnage curieux, c’était son grand naturel. Rien ne l’indisposait, rien ne le fâchait. Jamais il n’avait dressé contre le monde son individualité. A tout instant, flottant, il épousait parfaitement la nature de l’eau, sa fluidité ; par le courant ininterrompu, il se laissait caresser. Rien ne le heurtait, rien ne l’ébranlait. On pouvait même se demander s’il se rendait compte… s’il avait conscience du patent défaut du reptile.
Et bien sûr, il ne fut même pas fichu de s’apercevoir que Padma s’ennuyait. De se montrer aussi naïf, il finit par l’agacer. Bien, vite, elle ne le supporta plus. Ne s’accommoda plus du silence et des paroles suaves et se demanda, de façon de plus en plus pressante, que faire de son existence. Elle ne pouvait pas attendre !

Monsieur Nénuphar, lui, n’offrait qu’une seule réponse, sans mystère, et simpliste à force d’être évidente : « Vivre… » La racine se mouvait sous les eaux. Padma la coupa d’un coup sec de sécateur. Clac.
"C’est comme les nénuphars", affirma-t-elle, exaspérée.
Et elle songea ensuite, sans remords ni doute :
"Il faudra bien qu’il se révèle tel qu’il est."

Or, et cela, Padma, dans l’étroitesse de son irritation, n’y avait pas songé un seul instant, c’est à la racine du monde que Monsieur Nénuphar au-delà de lui-même était lié. Comment aurait-il pu survivre au coup de sécateur ? Ce qui s’ensuivit est désolant, mais absolument inéluctable. Il s’étiola, se fana, perdit tout son charme. La racine, toute défigurée, chétive, recroquevillée, avait sombré sous les eaux. Aux oubliettes.
Monsieur Nénuphar mourut comme une fleur, aussi simplement. Padma, sans comprendre, ne s’en remit pas, plongea au cœur de la sève et finit par oublier même qu’elle avait vécu.
"C’est comme les nénuphars", murmurait-elle parfois, en son amnésie.
Une chose en elle s’était évanouie. La racine se mouvait sous les eaux, là, tout au fond. On ne la voyait pas. On ne pouvait pas la voir puisque la corolle et les feuilles épaisses et bien vertes étaient perdues. Monsieur Nénuphar n’avait plus nulle part où aller, sinon la transparence du songe, comme une fleur, ailleurs.

A la fin du morceau de musique, Magali se glissa dans les bras de Iole. Isabelle proposa à Jérôme une promenade sur les rives du fleuve et dans les bois. Quand Eloi parvint à la cime de la colline, ce fut le reptile lui-même qui vint à sa rencontre. Il frissonna.
En effet, un python qui s’éveille, lentement mais sûrement, c’est plutôt effrayant. J’en ai vu un de près, au zoo de Budapest, près de la cage des orangs-outans. Ces derniers faisaient plutôt figure de joyeux drilles. L’un d’eux, né au zoo de Berlin, s’avéra même un véritable pitre, se coiffant d’un morceau de carton comme d’un toit escamotable et personnel et passant le doigt, très soigneusement, dans un pot de yaourt blanc qu’il contemplait avec ravissement, puis jetant tous ses jouets pour aller tirer l’oreille de son compère et faire de la voltige.
Pendant ce temps-là, le reptile, son voisin, à son rythme se déroulait. Il étirait la tête, un peu comme s’étire un chewing-gum au bord des lèvres d’un garnement. Il avançait sur le sol. Entre lui et nous, une paroi de verre, transparente, comme rien. Il avançait, rampant. C’est d’ailleurs tout à fait ce qu’on reproche aux reptiles, de ramper. Nous le fixions. Il s’étirait. Le garnement ne parviendrait jamais à faire éclater une bulle au seuil de sa bouche. Il progressait. Jusqu’au carreau. Là, sans hâte, il s’éleva peu à peu sur le rien transparent, découvrant son long ventre blanc. (Peut-on vraiment parler de ventre chez un animal aussi filiforme ?) Eloi frissonna. Lui, il n’était pas protégé par le verre puisque le serpent, tranquillement, s’était esquivé de la façade pour venir ainsi, sans se presser, à sa rencontre. Le démon là-haut, complice, l’avait laissé filer. Le démon disposait de plusieurs visages, plusieurs saisons, un véritable calendrier. Eloi ne chercha pas à se défendre, mais l’animal le fixa. Ou peut-être ne le voyait-il pas. En tout cas, ce regard en reptation donnait à tout instant l’impression de vous fixer. Il sembla même à notre chevalier-troubadour que ces yeux l’absorbaient, comme si l’animal le bût, comme si par cette indifférence, ce manque de bonté qui le dévisageait, il eût déjà expédié Eloi, avec armes et bagages, au monde des ombres. Autant dire que notre preux, ainsi parvenu à l’instant de l’épreuve, en demeura pétrifié, comme glacé sous l’étendue de la révélation.
Le serpent, lui, n’avait pas l’air de se rendre compte de l’effet qu’il produisait. Pour l’heure et pour un animal à sang froid, il s’était beaucoup dépensé. Il n’était pas tout à fait certain de ses intentions. Juste le temps pour Eloi de revenir de l’illusion.
"Quelle illusion ?"
"L’illusion qu’on pouvait vaincre le manque de bonté du reptile, le terrasser, là, comme un vulgaire dragon, et filer impunément, seul et victorieux, héros de l’heure, immortel et tout-puissant sur la voie unique du néant en sa gloire."
"Esprit de podium ?"
"Esprit de podium."

Le reptile innocent reprend sa place dans les mains du démon des saisons.

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San Pietro, Tuscania. Photographie : Guy Braun.

Mélusine

Extrait de Jusqu’à l’excès ou Le reptile dans le livre. Paris : L’Harmattan, 2007, pp. 169-172.

Mélusine, dans sa robe de velours vert, ondule comme ondine sous le vent. Elle n’a pas calculé son geste, son mouvement. C’est ainsi qu’elle agit, la nuit, quand une sorte d’intuition la meut, qui possède la vigueur du reptile, sa conscience sur l’arête de l’extase – la sensation immédiate, effroi et joie, stridente à pleurer, de l’existence, quand la jouissance à son orgasme se déploie, se détend, quand la tension se relâche avec la souplesse du saule.
Mélusine, d’un cri, ouvre grande la paroi de verre. Elle a tourné suffisamment longtemps autour des lieux d’où la pusillanimité l’avait chassée. Elle entend désormais faire fi de son bannissement. Le python, lui, va entrer dans le cercle de l’attention. Le python, chargé de nos angoisses, de nos paroles, de notre effort à traverser l’échiquier tant bien que mal – le python des profondeurs, témoin du silence.

Et tous se taisent d’ailleurs tandis que le reptile rampe au milieu de nous – lentement, comme savent le faire les reptiles, à nous couper le souffle. A forcer notre attention. Coûte que coûte. Vaille que vaille.

Tous se taisent, sauf Mélusine elle-même, qui remue les lèvres. Ce qui en sort, de ces lèvres qui sinuent à peine, c’est une voix qui n’est qu’un murmure – basse continue de nos émotions rampantes, ce que jamais nous ne nous avouons, ce qui nous consume à l’intérieur, mais que nous cherchons souvent à ne jamais connaître…

C’était un premier novembre, se souvient-elle en nous parlant, de cette voix à peine perceptible qui pourrait bien être la nôtre au fin fond, la nôtre quand la nuit, comme elle, nous ouvrons la cage du grand serpent muet.
C’était un premier novembre, jour gris au ciel bas et ouaté, sans espoir. M. passe le porche du cimetière, une bruyère éternelle et quelques outils de jardin dans son grand panier d’osier. Son petit chien, qu’elle tient en laisse, la précède. C’est un petit animal rouquin aux oreilles tombantes, au pelage pareil à de la paille, aux yeux câlins – son seul compagnon. C’est pour cette raison que le gardien de cimetière les laisse entrer tous deux – elle, et le chien.

Ils sont tous plongés dans un grand silence, comme s’ils participaient soudain, tous, sans exception, de l’énorme mutisme du serpent, qui exposait le tourment de l’humanité sur son long échiquier – démesurément long. Voyez comme il rampe parmi nous. Voyez comme il glisse – lent, et froid, l’œil… Que dire de son œil ? Que diriez-vous, vous, à le voir ?

M. n’avait jamais abandonné la tombe de ses grands-parents, puis de ses parents. Ils étaient même restés ses seuls amis. Elle y mettait une bruyère à l’automne, des géraniums et des rosiers au printemps, et veillait à ce que la pierre fût toujours propre, les noms toujours lisibles. A soixante-quinze ans, M. marchait toujours d’un bon pas et venait à pied du métro qui était assez loin. Tant qu’elle le pourrait, elle viendrait s’occuper de ses souvenirs défunts.
Bien sûr, les grands cimetières parisiens sont les H.L.M. des morts, simplement plus calmes et plus fleuris. Ce jour-là particulièrement, les chrysanthèmes dorés brillaient comme des soleils de tombe en tombe, dans les longues rangées monotones où les morts s’alignaient comme de petits soldats. D’ailleurs, les morts civils étaient gardés tout autour par les lignes de croix des soldats défunts, de jeunes recrues pour la plupart, la fougue de 14 au garde-à-vous, l’innocence veillant sur les ombres de tous les temps. Au-dessus d’eux flottaient les drapeaux des nations réunies dans la mort et les oiseaux gazouillaient, fragiles et obstinés.

Et il y avait une chose aussi…

Non, Mélusine se reprend. Elle devrait dire… Il y avait des êtres aussi, des êtres dont on n’avait pas soupçonné jusqu’à présent la présence ici, des êtres qu’on avait sans doute enfouis là pour mieux les oublier – des fusillés, qu’on avait jetés dans un trou hâtivement creusé, une « fosse commune », pour s’en débarrasser. Y a-t-il toujours, au sein de la barbarie, une mauvaise conscience ?
Toujours est-il qu’on venait d’inaugurer, il n’y avait que deux ou trois ans, une stèle en mémoire de ces quelques types assassinés au Mont Valérien durant l’Occupation, et entassés ici, sans nom, sans bénédiction. Et la tombe dont s’occupait M. était à deux pas. Ses défunts gisaient non loin des oubliés.

A cet endroit précis, là où les oubliés par notre truchement leur propre vie se remémorent, l’échiquier est très sombre. Quand le reptile nous frôle à cette hauteur-là, c’est l’effarement.

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San Pietro, Tuscania. Photographie : Guy Braun.

M. marche lentement dans la grande allée jonchée de feuilles mortes humides qui donnent au jour ce mélancolique parfum d’automne, puis parcourt la ligne où reposent ses ancêtres. Il lui semble, de loin, apercevoir quelqu’un auprès de la tombe. Pourtant, nulle autre qu’elle ne pouvait venir ici. Elle était, de la famille, l’ultime survivante, celle qui refermait l’impasse. Ses yeux devaient donc la trahir. La silhouette, d’ailleurs, paraissait plutôt s’incliner sur une autre tombe.
M. continue de progresser entre les sépultures parallèles, s’immobilisant à un mètre environ de la pierre tombale. Elle y voit, comme je vous vois en ce moment, assise sur le rebord, une petite fille qui la regarde. Cette dernière ne peut pas avoir plus d’une dizaine d’années et lui paraît sortir tout droit d’un cliché photographique. Bien entendu, M. est surprise. Son petit chien doit l’être également, car il vient se blottir entre ses jambes, comme s’il craignait quelque chose, en ignorant tout de ce qu’il aurait pu craindre.

"N’aie pas peur, Tobie," dit la vieille femme en lui caressant la tête entre les deux oreilles.
La petite fille porte une robe de satin brun à la jupe froncée et aux manches bouffantes. Sa chevelure blonde est ramassée sous un gros nœud de velours orangé. Elle est chaussée de bottines lacées.
"Tu es si jeune," remarque M., "et je suis si vieille."
"Dans notre monde, ma petite fille," déclare l’apparition, l"e temps n’existe plus et nous tenons à notre disposition à chaque instant toutes les formes de notre être. Il nous suffit de choisir. Nous sommes parfaitement libres de nous en revêtir comme il nous plaît, et s’il nous plaît."

La femme médecin frémit.

M. s’émerveille de ce prodige.
"Je ne t’ai vue comme je te vois maintenant que sur les photos, et, vraiment, je ne sais comment te nommer…" hésite M. "Je suis, pour tout dire, déroutée."
"Ne t’inquiète pas, ma petite fille," dit la très jeune apparition, "là-haut, il n’existe plus de générations. Nous ne nous chassons plus les uns les autres comme nous le faisions ici, mais prenons plaisir à vivre tous en même temps, tous en vibrante harmonie..."
Les points de suspension ne sont pas de trop. M. ouvre de grands yeux. Tobie, près d’elle, se met à pleurer.
"Ne crains rien, Tobie," lui dit la vieille femme en le caressant, "ce ne sont que de bonnes nouvelles."
"Tu viendras bientôt nous rejoindre," dit la petite fille. "Nous te préparons ta place parmi nous."
"Et qui viendra ici vous mettre des fleurs ?" s’inquiète M.
La silhouette sourit. Tobie gémit.
"Il n’y a pas que toi, ici," proteste M., rebelle.
"Il ne reste personne, je le sais bien," répond le Spectre. "Tu nous as tous enterrés, mais qu’importe !"
M. fronce les sourcils. Elle se souvient, au temps jadis, de ses moments d’indignation devant les insinuations de cette femme… Tobie, avec insistance, couine.
"Je t’assure que nous sommes véritablement pleinement heureux dans notre nouveau monde ! Bien plus heureux qu’ici. Tu as eu raison de ne pas trop me pleurer…"
Encore ces points de suspension… Devant les insinuations de cette femme qui ne désirait jamais qu’être obéie.
"Je ne peux abandonner Tobie," gémit M.
Le petit chien glapissait tout près d’elle.
"Je suis venu aujourd’hui le chercher !" annonce brutalement l’impérieuse enfant.
Tobie se couche aux pieds de la vieille femme qui s’accroupit tout près de lui. Il la regarde de ses yeux plaintifs, de ses yeux tristes de simple chien, car les chiens ont toujours les yeux tristes, non ?
"Non !" se rebelle la vieille femme qui se souvient de ces scènes d’autrefois, quand elle tenait tête, farouchement… "Non ! je n’ai plus que lui…" implore-t-elle.
Le petit chien lui lèche la main en modulant une sorte de plainte aiguë… Comme pour plaider sa cause, ne sachant bien laquelle…
"Sa place est toute prête là-haut," dit l’apparition, mielleuse. "Il t’attendra…"
"Mon petit chien, mon pauvre petit chien," glapit M., désemparée.
"Nous le voulons, nous le voulons !" s’écrie alors la très jeune maman qui ne se retient plus. "Nous en avons décidé ainsi !"
"Je ne veux pas mourir seule…" murmure la vieille femme.
"Ce n’est pas à toi de décider," réplique l’enfant en tapant du pied. "Toujours cabocharde à ce que je vois. Tu n’as pas changé."
M. se consume, blessée.
"Nous le voulons ! Nous le voulons ! Nous le voulons !" scande l’apparition.
"Oh !" gémit M.
"Je te dis que nous le voulons ! Il est à nous."
"Ma seule consolation…" marmonne M. "Mon petit chien. Mon tout petit chien. Je n’ai que lui. Oh, mère, je t’en prie !"
La petite fille trépigne.
"Si tu savais comme c’est terrible, la solitude…"
La bouche de l’enfant se tord.
"Nous le voulons ! Nous le voulons ! Nous le voulons !" répète-t-elle, acharnée.
M. la dévisage, surprise, désemparée, révoltée – comme jadis.
"Tu ne peux pas refuser," bougonne la petite fille têtue. "Et souviens-toi de tous tes caprices, de tous tes caprices, à toi – de ce que tu m’as fait subir, à moi ! Parce que, quand tu avais quelque chose dans la tête, mon Dieu, tu devenais un vrai poison !"
M. regarde l’enfant avec les yeux d’une petite fille prise en faute.

- Un vrai poison !
L’expression lui résonnait dans les oreilles, qui lui bourdonnaient.
"Mais toi," articula-t-elle, "tu n’as jamais connu la solitude. Toujours tu as été protégée. Toujours. Tu ne peux pas comprendre ma douleur. Non, tu ne le peux pas."
M. pleura.
"N’essaie pas de m’attendrir, veux-tu ?" rétorqua l’autre sèchement." Nous voulons ton petit chien. Nous l’exigeons. Tout de suite."
Tobie cessa donc de gémir et M. sanglota de plus belle. L’enfant s’évanouit dans l’air sans substance. La vieille femme planta sa bruyère rose foncé dans la jardinière et repartit après avoir soigneusement couché dans son grand panier d’osier le corps sans âme de Tobie, son petit chien, son seul ami, parmi nous.

Mélusine vient de nous faire son numéro. C’est tout. Le reptile a glissé sur nous, comme sur l’Osiris du palais Altemps, à Rome. L’animal regagne sa cage de verre.

Il fut admis pour des raisons thérapeutiques.

Mélusine referme la porte.

La mouche bourdonne sur le rameau d’or qui frissonne.

Extrait de (X) de nom et prénom inconnu. Paris : Orizons, 2010, pp. 248-252.

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San Pietro, Tuscania. Photographie : Guy Braun.


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