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Anne Mounic, par Paul Van Melle

26 septembre 2010

par Paul Van Melle

Nous reproduisons ci-dessous, avec l’aimable autorisation de son auteur, Paul Van Melle, cette recension de mon dernier livre, car nous sommes sensibles au sentiment d’amitié qui en émane.

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La prose-poésie raconte

Ne s’agirait-il pas de théâtre, ou même de voyages dans le temps et l’imaginaire ? Anne Mounic, quoi qu’elle écrive ou même peigne ou dessine, ne quitte jamais pour longtemps les mondes étranges de ce que j’appelle les rêves, même si par exemple La Dame à la licorne ne paraît que raconter une promenade studieuse dans Paris et le musée qui abrite la célèbre tapisserie. Je me suis d’ailleurs plu à faire, du couple en promenade, Anne et son cher Guy, tant leurs discussions m’ont appris sur les relations intellectuelles (sans péjoration aucune) des deux personnages, telles que je les vois depuis que je lis l’une et regarde les œuvres graphiques de l’autre. De plus l’analyse très fine de la grande image médiévale me donne une folle envie d’aller y voir, bien au-delà des reproductions dont j’ai dû me contenter jusqu’à présent. J’ai repris, le regret dans l’âme, mes vieux livres du temps de la fin-amor, de la mythologie des troubadours et des conteurs de merveilles accueillis chez les châtelains légendaires. Un autre récit suit dans le même volume et porte le titre Du coin de l’œil où perlent les larmes, libre traduction du nom grec d’un des personnages, Artémis. Il s’agit une fois encore de promenades, mais d’un groupe d’amies tout au long de vies fort différentes, qui veulent se retrouver et se retrouvent en effet, mais toujours dans un décor planté dès le début de leur temps d’études : un parc ou jardin décrit avec force détails... jusqu’à la découverte d’une sculpture amoureuse qu’elles ne reverront que rarement, après vaines recherches et hasards providentiels. Plus excitantes encore sont les longues discussions quasi philosophiques auxquelles elles se livrent et qui ne perdent à aucun moment l’intérêt poétique habituel. J’ai bien cru d’ailleurs découvrir en l’une des amies l’auteure même, sous le nom à peine modifié de Mélanie. Au total, je me suis plu à lire cette définition du boddhisattva : "C’est un être qui, ayant atteint le stade de l’illumination spirituelle, peut quitter à tout jamais le monde douloureux du devenir, mais choisit de demeurer parmi les êtres humains, pour les assister dans leur propre éveil." C’est un peu comme si je reconnaissais Anne Mounic entre les lignes de ce double livre, qui n’est heureusement pas une de ces grosses briques que je déteste, mais contient deux récits de longueurs admissibles, où la poète a voulu retrouver le ton de la novella définie par Goethe. (Éd. Anagrammes, 15 rue de la Poste, F 22700 Perros-Guirec)

Inédit (La Hulpe, Belgique), septembre 2010, n°244.


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