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Annaig Renault, par Nelly Carnet

22 avril 2011

par Nelly Carnet

Annaig Renault, Le Dieu vagabond. La Riche : Diabase. 2010.

Un conteur nous rapporte aussi simplement que possible l’histoire d’un petit prophète du nom d’Avel choisi comme messager de Dieu dans sa douzième année. Chaque chapitre du livre est une nouvelle étape dans l’existence de l’élu. La voix divine lui commande alors de quitter la maison familiale pour répandre la bonne parole. Mais Avel se heurte à différents obstacles dont le premier est la solitude éprouvante. Cependant, portant en lui le regard « des horizons lointains », il découvre la beauté au milieu du désert. Il est aussi celui qui peut s’élever en paroles et en actes ainsi que l’anagramme de son nom nous le suggère : « Avel » « leva ». Le désir de l’éternel naissant en lui, il est capable de sentir dans le paysage qui l’entoure la présence même de Dieu. « Sur le rocher le plus lointain, le soleil paraissait s’assoupir. Une lumière orangée, venue d’on ne savait où, s’étirait sur la surface de la pierre. De la poussière voletait, laissant derrière elle une traînée brillante, telle une comète cherchant à séduire l’univers. » Parfois, Dieu visite Avel sous les traits d’Adonaï mais toujours trop peu au goût du prophète. La lumière, la découverte du bienfait, accompagnés de la spiritualité et de l’en avant vers un autre jour, rythment le récit dans une langue économe de ses moyens.

Les pérégrinations d’Avel mène celui-ci jusqu’à Moshe, l’homme pragmatique qui gagne sa vie à la sueur de son front et déconsidère les « réflexions de gamin irréfléchi ». L’affairiste lui propose la main de sa fille Sarah pour le lancer dans la vie. Avel se retrouve confronté à un véritable dilemme. Entre l’amour qu’il porte pour la jeune femme et son destin frappé par la parole divine, il choisit l’Eternel. Mais sur son chemin, le souvenir du visage lumineux de la femme lui « écorche l’âme ». La tristesse est telle que l’Eternel est parfois source de ressentiment. La seconde grande expérience traversée est celle du tohu-bohu de la ville où le prophète rencontre un mendiant aux paroles divines détournées au détriment de quelques menues pièces. Mais ce dernier, après avoir entendu les dernières paroles d’Avel, reprend sa route les larmes eux yeux.

Avel est aussi bien l’homme de la solitude, de la rencontre et du partage. Confronté à toutes sortes d’épreuves, de contradictions, de heurts, traversé de doutes et de remises en question, il doit faire face aux alliés comme aux ennemis de la parole divine. Mais quelques soient les circonstances, toujours, il reprend la route pour une réécriture du chemin divin.


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