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Amérique latine : poèmes

30 septembre 2009

par Yvan Avena

Trois poètes latino-américains,
traduits et présentés par Yvan Avena

Aidenor Aires

Né en 1946 dans l’état de Bahia, Aidenor Aires vit à Goiâna (Goias). Il est juriste de profession.

Enfance
Par enfance
comprenons ce parcours bleu, ce modèle tissé.
Et les choses innommables, sans ligne d’arrivée,
tout juste à l’horizon
les oiseaux pressentis. Comprenons, l’amour
couteau à trancher, cet autre nom
que porte la mort.

Poissons
Ils arrivaient dégoulinants
du profond de l’eau, où la nature
gardait avaricieusement leurs formes argentées.
Une constellation d’écailles examinèrent mes rêves. Les poissons, étoiles aux yeux brillants dans l’abîme,
étaient des fleurs de chair solidaire, la main cordiale du fleuve embrassant le sertâo.

***

Humberto Ak’abal

Né en 1923 au Guatemala, il écrit en langue kiché et se traduit lui-même en espagnol.

Métier à tisser

Là le vieux métier à tisser et moi, sans fil pour tisser.

Ces nuages gris donnent plus de poids à ma tristesse.

Il commence à pleuvoir.

Je cours
et j’attrape le bout d’un fil d’eau : j’enroule j’enroule j’enroule
juqu’à en faire une pelote.

Mon cœur est heureux, le métier à tisser chante et je commence à tisser.

Poète

La poésie
est la façon la plus belle…
De mourir de faim.

La plus triste
pour quêter un souvenir.

La plus pauvre
parmi la misère.

Faire de la poésie :
c’est se poignarder vers après vers
par amour de la vie.

***

Rodolfo Alonso

Né à Buenos Aires en 1934, il participa au mouvement d’avant-garde « poesia buenos aires » dirigé par Raùl Guistavo Aguirre (1927-1983).

La sérénade est longue

Ce serait si simple s’il s’agissait seulement
de l’injustice ou de la liberté,
du bien ou du mal, du sexe
ou de la répression,
de la fraternité ou de l’égoïsme.
Mais maintenant il est même nécessaire
de présenter le visage à l’intérieur de soi-même
autant que celui du dehors.

Dimanche de ville

Un poème ne peut pas
empêcher une guerre
Il ne parviendrait pas à empêcher
le silence d’un ami
qu’un sadique torture
que l’amour se perde
que le temps passe

mais non plus
que l’arbre d’à côté
se couvre de feuilles
ou que le printemps
soit éternel.

Ces poèmes sont extraits de 3 + 1, recueil publié par Les Amis de Thalie en 2008.


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