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Alexandre Davydov, prose

26 avril 2014

par Alexandre Davydov

Texte-matriochka en langue mythique

(poésie russe en prose française ou prose française en poésie russe)

A Laure de Guy Goffette

Je pense qu’il ne faut pas prévenir que le français n’est pas ma langue maternelle : pas besoin parce que ce sera évident pour l’instant (ô, rime ! c’est bon ! ou non ?) pour ceux qui risqueront (en russe à peu près le même verbe : risknout’ ; ce verbe très important pour les Russes je serai obligé de l’utiliser plusieurs fois dans mon texte en des modes et temps différents) se mettre à lire ce texte étrange et étranger. Je ne m’excuse pas pour mon français (“je m’excuse pour mon français” – en Russie on prononce cette phrase ironique après quelques expressions verbales pas comme il faut (en russe on dit presque pareil : ne komilfo) : c’est mon français presque maternel : français russe ou russe français. J’ai commencé à l’apprendre à l’école, puis je (ne) l’ai (pas) appris à l’université. Adolescent, je lisais des livres français [rime encore, pour la rime suivante je peux dire que j’étais ivre des livres français (et des films aussi)], puis, puis, puis... et c’en est assez. Peut-être j’aime la langue française depuis mes années scolaires jusqu’à présent parce que ses règles de ponctuation sont moins catégoriques (dures ?) que celles de la langue russe, où on trébuche (hésite) à chaque pas sur des virgules (ces sacrées russes virgules ! mon cauchemar permanent de mon enfance écolière et de ma jeunesse universitaire !)

Cette langue que j’ai apprise n’est pas le français contemporain, vif, parlé, mais une [si la, ce serait la-la : en russe (ля-ля) : mensonge, verbiage creux] langue pas organique mais (deuxième mais dans une phrase, c’est dommage !) mécanique (mé, mé, quelle horreur !), demi-morte, un peu classique, mais pas tout à fait, à peu près burlesque mais pas tout à fait : c’était un étrange mélange [méli-mélo ? Fatras (livre de Prévert) ?] en russe on peut dire okrochka (une soupe russe éclectique)de Ronsard, Racine, Molière, Balzac, Stendhal, Flaubert, Mauriac et de lexique de la concierge parisienne de la belle-époque (peut-être). Au total, je suis à présent armé par mon français russe scolaire, mais de plus scolastique, c’est-à-dire confortable (favorable ?) pour des spéculations philosophiques souvenons que la [ou une : je confonds toujours les articles parce qu’en Russie il n’y pas d’articles, mille pardons, sorry d’avance ; ô, si je pouvais refuser les articles dans ce texte-ci ! mais ce serait trop risqué (riskovanno) : sans articles n’importe quel français n’est pas tout à fait français] scolastique médiévale [qui a choisi pour ses scholias (études scolaires ?) une langue morte] était pénétrée par la logique d’Aristote, qui me donne de l’aversion et des expériences spirituelles. Bref, mon français, pas vif, pas parlé (pa-pa !), pas (et encore une fois pa ! comme un clairon ou le Morse) organique et contemporain, mémécanique, cuisiné comme okrochka, fatrassé comme les livres de Prévert, demi-mort comme le latin médiéval, méarmé par Ronsard, Racine, Molière, Balzac, Stendhal, Flaubert, Mauriac et aussi par la lexique de la vénérable [presque Venus, en russe : Venera ; ô, j’ai failli oublier que je suis armé pas seulement par R., M., B., S., F., M., A(ragon), B(audelaire), C(amus) et tout l’alphabet jusque la dernière lettre Z(ola), mais encore par le français exotique de Venus française (un peu libanaise) : jadis j’ai traduit en russe une douzaine (peut-être + 1 = nombre malheureux) de vers de la poétesse Venus Khoury-Ghata)] concierge parisienne de belle-époque [or je suis obligé de déclarer orbi et urbi (et Barby chemin faisant) que ni A., ni B., ni R., ni… M., ni Venus, ni Mars [son amant qui habite au champ de Paris (7ème arrondissement) à coté des Champs-Élysées (paradis antique)], ni aucune concierge parisienne (ni tous ensemble) ne sont pas responsables de mon français trop individuel] est ma langue clandestine, presque sacrale, comme pour des Juifs anciens leur Hébreu [moi, je suis à peu près Juif (à moitié) à peu près ancien (c’est-à-dire vieux)] ; c’est la langue irréelle, inventée, barbare, mythique (pas de la mythologie gréco-romaine mais celle de moi seul) et mystique de mon âme et mon esprit.

Dois-je donc m’excuser pour mon français ? Non, non, encore une fois non et mille fois non ! Mais je m’excuse de mon écriture un peu schizophrénique ou peut-être paranoïde ou hystérique au moins. Je ne suis pas un schizo (pas plus que tout Russe) bien que plusieurs phrases de mon texte sont (seront ? soient ?) construites comme une matriochka (on sait que c’est une célèbre poupée russe qui a gagné le monde entier) à l’aide d’un grand nombre de parenthèses (comme ça : (), comme ça : [] et parfois comme ça : ). Je crois qu’il n’est pas besoin de décrire ici une construction [structure ? constitution ? mais pour des Russes de mon âge ce dernier mot a un sens concret : nous savions bien que La Constitution de l’URSS était la meilleure du monde) de cette fameuse matriochka connue de tout le monde, mais je suis obligé de noter que Matriochka est un diminutif du prénom féminin russe rustique [calembour pas à moi mais au poète russe Pouchkine qui a écrit de plus quelque petits vers en français : la langue maternelle pour les Russes nobles à l’époque)] Matryona (de matrona latine : une dame noble). Bref, mon texte (nouvelle ? récit ? poésie ? essai ?) a (aura ?) la structure d’une matriochka russe ou, si vous (qui donc ?) voulez, la structure russe de matriochka.
Mais c’est une question : à quoi bon moi à mon âge pas trop jeune je risknoul [ici с’est le passé (très simple) du verbe risknout’ en première personne] de quitter (pas à jamais) ma langue maternelle pour (ou à la recherche du..., comme Proust) la langue-okrochka, irréelle [irréelle ? pas contemporaine ? mais c’est bon : c’est-à-dire, hors de la réalité contemporaine, politique, économique, ethnique, terroristique, maigre, chagrine (comme la peau de Balzac), assommante etc.], inventée, barbare ? Oh, ce sera une deuxième question. Mais voici la première : Qui suis-je ? [Qui est ce JE dont est (deux « est » mieux qu’un seul) un (pas le) sujet (je sais bien que dans la langue française ce mot est poly- polysémique ; en russe aussi) de cette prose poétique ou cette poésie prosaïque ?]. C’est une grande question pour moi, une question fatale [ce mot international on peut le comprendre sans dictionnaires dans toutes les langues du monde ; en russe le mot fatal’ny bourdonne (est-ce qu’on peut dire comme ça ?) plus profondément et tragique qu’en français, avec le grand nombre d’harmoniques [pour moi ce dernier mot n’est pas tout à fait harmonique : harmonica (garmonika), en russe, c’est un instrument de musique - populaire, rustique, un peu profane ; je préférerais pour un harmonique français le terme oberton, aussi international, mais qui bourdonne plus harmonieusement dans l’oreille russe)]. Or en Russie il y a beaucoup de mots pour rendre (un mot magnifique, aussi polysémique que “sujet” et aussi important que dat’ russe !) bien cette notion (peut-être concept ou idée ?) : besiskhodny, rokovoï (sans aucune relation avec un rock musical), marazrechimy etc. Hélas, je dois reconnaître (peut-être cet usage de mots n’est en ce cas totalement correct ; mais est-ce que nous savons quelque chose de totalement correct ?) qu’en Russie presque chaque problème est besiskhodny, rokovoï, nerazrechimy, et fatal aussi. Pour (ça) dire totalement russe : splochnay khernya (le deuxième mot est une version douce d’un mot russe très dur et presque sacré, qu’on ne peut pas traduire en des langues étrangères).
Moi, qui suis-je ? On pourrait dire que je suis un homme russe (à moitié juif)… Non, non, pas un homme [rime, merde ! (j’espère que les Français m’excuseront pour cet usage de leur mot sacral moins dur qu’un mot russe analogue), j’entends constamment (encore une ! o, rimes, rimes partout ! partout dans ma vie, non seulement ici) des rimes dans (ou en ?) mon texte et ça détourne mon esprit de son objet principal (en ce cas-là peut-être mon français n’est pas totalement correct parce que cette situation est totalement russe) ; peut-être suis-je un poète ? (est-ce que ce texte-ci est un poème ? pas poème tout à fait, mais quelque chose de lyrique) ou une cloche de la langue aimée mais étrangère me donne (don-don, comme ça) à entendre des rimes mieux que ma langue maternelle (un poète français m’a dit que les consonances que j’entends comme des rimes ne sont pas des rimes pour l’oreille française ; peut-être l’oreille russe les entend mieux que la française : non sans raison la poésie russe ne s’est pas défaite d’une habitude de rimer) et le français (mon français barbare) est pour moi une langue la plus rimique [je crois que c’est un mot nouveau : je n’ai pas pu le trouver dans aucun dictionnaire français-russe ni dans le Grand Larousse (rime, rime, pour moi c’est une rime !) non plus], non, non, moi je ne suis pas un homme [rime, merde ! c’est une grande faute de se laisser entraîner par des consonances dont bouillonne la surface de la langue étrangère : ce bouillon (les Russes ont usurpé cette soupe et ce mot) empêche d’examiner leur profondeurs (rime ! ; Nabokov qui connaissait l’anglais pire que les Anglais et Américains et qui a presque oublié le russe était poursuivi par des rimes de ces deux langues )]…

Mais qui suis-je moi donc ? Une femme ? Encore moins qu’un homme. Des hommes (gens) habitent en France (Belgique, Suisse, Canada) et parlent français mieux que moi (-même ?). Men live in the USA (and Canada) or England and speak English better than me. Die Männer (à majuscule) leben in Deutschland und sprechen Deutsch (als Kind kannte ich nicht schlecht Deutsch, aber habe vast alle fergesen). A v Rossii (en Russie) givout (habitent) des mouzhtchiny ou des moujiki [hommes authentique russes (juifs, tatares, nord-caucasiens etc.)] qui parlent russe pire que moi (en majorité). Peut-on dire donc que moi je suis un mouzhtchina d’âge moyen (Moyen Age c’est autre chose : époque de la scolastique), pas laid, pas sot, pas incapable… (et encore pa-pa-pa d’un clairon) ? Je pense que ce ne serait pas (c’est clair que c’est un clairon !) totalement (ô, ce mot total et natal : j’habitais longtemps dans un pays au régime totalitaire) correct, parce que j’ai refusé totalement (pas à jamais) ma langue (sacrifié ma langue ? offert ?) natale, maternelle, paternelle etc. pour mon français individuel [langue à moi seul, mais pas pucelle : j’ai profité déjà de mon droit de cuissage pour elle (ô, ces rimes accidentelles sacrées ! ou sacrales ?) ; tous ceux qui disent que je l’ai violée sont des menteurs], barbare, macaronique (macaroni c’est une nourriture préférée des Russes et des Italiens), marginale, anachronique (ou achronique), presque dégrammatisée, mal lexifiée (mot de mon français individuel), bien russifiée, maigre mais libre, qui est [ou était ? concordance des temps ? j’ai déjà oublié l’intrigue de cette phrase trop longue], la langue sacrale de mon âme, qui chuchote en cette langue clandestine avec mon esprit (rasoum, en russe). Je risknoul by (le conditionnel du verbe risknout’) de dire que la langue russe c’est ma femme aimée, mais familière après plusieurs dizaines d’années de mariage et ma langue française c’est ma maîtresse désirée mais un peu (ou en grande partie ?) tortue, adorée mais capricieuse, volontaire et inconstante. Non, après ça je ne peux pas (le Morse !) me nommer un mouzhtchina[moujik non plus : un moujik habite à la campagne (ou plutôt à derevnia : une campagne française c’est autre chose que la mal soignée et inconfortable rousskaïa derevnia) ou travaille à l’usine ; moi j’aime mieux des datchas que des derevni et je (ne) travaille (pas) dans mon cabinet (je me souviens qu’en français ce mot a le sens parallèle : toilettes ; n’est-ce pas ?) de travail en mon sofa aimé [Sófa c’est un prénom féminin russe, forme (mode ?) complète : Sofya = Sophie, Sagesse Divine, accouchée de trois filles : Foi, Espérance et Charité ; mais en français “faire sa Sophie” c’est à dire “faire des façons” : vypendrivatsa, en russe ; or je crois que cette Sophie-ci n’est pas gnostique mais du livre “Les Malheurs de Sophie” de la comtesse Sophie (ou peut-être cette Sophie-ci est cette Sophie-là, qui est l’auteur de ce roman ?) Ségur (d’origine russe, à propos : Sofya Fedorovna Rastoptchina) que je n’ai pas lu et ne lirai jamais de ma vie] de travail.

Mais qui suis-je donc ? (Troisième fois !) Ni une femme (eine woman, a Frau, une genstchina), ni au contraire un homme (der man, un Mensch, a mouzhtchina or a moujik au pis aller). Peut-être suis-je un Ange ? Non, je n’ai rien de commun avec un Ange : ma nature n’est pas angélique, bien qu’à ce moment-ci (là ?) j’habite à l’Eden de la langue française étrange (hélas, loin des Champs-Élysées antiques et contemporains) sans peur (et reproche à quelqu’un) d’être chassé de mon paradis individuel, bâti (bien) des lexèmes de ma langue (étrangère mais natale) à moi seul (je suis moi-même un gardien de ce jardin des plantes non-interdites). Je suis un (ou le ?) souverain de ce lieu mystique, enchanté et lyrique, de cet univers carnavalesque où des genres [masculin, féminin (souvenons-nous que des Anges n’ont pas de sexe), littéraires] sont mêlés (comme russe éclectique okrochka), où je confonds pourtant une définité et (avec ?) une indéfinité (ô, sacrés articles ! ou sacraux ?), formes verbales et toutes modalités, mais où je suis réellement libre (comme un vers), hors de la grammaire banale de ma vie journalière (de jours en jours) : je me trouve au milieu de mon mythe linguistique (ou langue mythique) ; je nage à style libre (titre russe du crawl, style le plus rapide de natation) dans l’Océan Expressif (de la linguistique spontanée et volontaire), baigné des mots, sens et consonances bouillonnés. [On peut, à vrai dire, se noyer dans cet océan tempétueux mais comme on a dit j’avais perdu ma peur (et reproche à quelqu’un)]. Peut-être c’est un Océan Primordial parce que toutes les langues du monde (modernes, mortes, inventées, individuelles) remontent à une langue pré-babylonienne détruite [et puis ses fragments (épaves ?) étaient mêlés] après la destruction de la Tour de Babel [pas la demeure du grand écrivain russe-juif Isaac Babel tué par les bolcheviks mais la tour pré-babylonienne qui était sûrement beaucoup plus haute (élevée) que la Tour Eiffel et la Tour d’Ostankino (ensemble) qui favorisent aussi la confusion des langues (radio, TV)].

Mais qui est donc ce nageur libre hors de la réalité quotidienne dépressive, politique, économique, ethnique, terroristique, contre-terroristique, chagrine comme la peau de Balzac, apocalyptique probable que (nageur, pas réalité) j’appelle “JE” ? Peut-être moi je suis une (un ?) chimèr(e) ? Mais pas ressemblante à celles qui nous sourient malicieusement du toit de Notre-Dame (en Russie ces gargouilles portent le nom des chimères), ou plutôt à un monstre mythologique et mythique à têtes de lion, de bique (ou bouc) et de dragon : il est possible que la structure (constitution ?) de tout Russe est comme ça : lion + bouc [en russe, koziol [presque le même sens que moudak (une terrible injure !)] c’est pis qu’un idiot, pis qu’un crétin, gredin et coquin, pis que… je ne sais pas qui ; je risknoul by de traduire cette notion spécifiquement russe comme “un sot et insolent guignard” ; dans des prisons russes [mieux dire tur’ma : la prison française est une maison de repos en comparaison avec tur’ma russe selon le récit de mon ami qui était quelques jours à la Santé (d’ailleurs, ni lui, ni moi n’étaient jamais en tur’ma)] koziol (pis qu’un moudak) c’est un juron le plus affreux, mot interdit : ceux qui risknet d’appeler quelqu’un koziol, riskouet d’être égorgés (totchno zamotchat, comme un jour s’était exprimé le Président de Russie en argot des prisonniers], comme tout Français est singe + tigre (formule de Voltaire, n’est-ce pas ? à propos, notre Pouchkine avait au lycée deux surnoms : “singe avec tigre” et “Français”) ; je me souviens qu’à l’école je me disputais à la folie avec mes copains : qui est plus fort un lion ou un tigre ? (Ce problème est un des plus importants pour les écoliers du monde entier). En plus la nature de tout Russe est quelque peu (ou pour beaucoup ?) dragonique [si un dragon c’est le symbole du chaos primordial (pré-culturel)] ainsi que chimérique. Finalement, с’est voilà l’égalité (hélas, sans Liberté et Fraternité) assez correcte : lion (en russe Lev : le prénom du lion de la littérature russe grand comte Tolstoï) + bouc-bique + dragon = tout Russe (et juif russe aussi).

Mais quant à moi je (le JE à moi) ne suis pas (toujours ces pas ! à moi est difficile de marcher à pas français) seulement en un sens cette (ce) chimer(e) russe universel(le), mais ma (presque mama) chimérique (chemériqueté ?) a encore une autre source (cause ?) : à présent je suis le chimer (souvenons que c’est pas Moyen âge mais l’antiquité grecque) linguistique, je risknoul by à dire qu’à la tête française et à la queue russe Chimère mythique engendrée par Typhon (dinosaurien tué par la flèche apollonienne) et Échidna (en russe être ekhidny c’est-à-dire être un malicieux (mauvais ?) plaisant] avait au bout de sa queue une tête de dragon) ou vice versa. Non, ce n’est pas comme ça : ou plutôt, aux ailles françaises et à la queue russe (ou vice versa ?). Bref, maintenant je suis un être pas unique mais unical (presqu’en russe), un peu angélique, un peu chimérique, pas bicéphal mais dual (on peut aussi dire : ambigu) puisque j’ai obtenu mon Sosie (la nouvelle de Dostoïevski : “Dvoïnik” en russe ; ce Dostoïevski est lui-même la moitié de l’écrivain non seulement le plus grand de la littérature russe mais un des meilleurs de la Civilisation Humaine, qui s’appelle Tolstoïevsky) ou mon jumeau. A ce moment-ci (là) je me regarde dans le miroir embué de ma respiration (soupirs ?) spasmodique (est-ce que le nageur à style libre est déjà fatigué ?) de ma langue barbare mythique où habite (dans ce miroir, mais dans cette langue aussi) quelqu’être bilingue à qui le français est une langue presque maternelle à peu près étrangère et le russe est une langue maternelle à peu près oubliée.

Mais qui suis-je donc ? (Pour la quatrième fois et j’espère que pour la dernière). Puis-je dire au moins comment s’appelle ce monstre bilingue et biculturel ? Peut-être Alexandre ? Non, non. Cet Alexandre à moi, que je (mon JE) connais si bien (profondément ?) et depuis si longtemps qu’il ne m’intéresse plus, n’est pas un monstre chimérique. Il est un homme (ou un mouzhtchina, pas un moujik) russe (à moitie juif) d’âge moyen pas…, pas…, pas… (beaucoup de pas rapides et encore pa-pa-pa du Morse). Je pourrais donner à mon chimer quelque prénom ou russe [Ivan ? mais ce serait trop banal ; Lev-Fiodor (comme Tolstoïevsky) ? mais ce serait trop ambitieux (il faut noter en plus que Fiodor russe = Théodor grec : “don de Dieu”)] ou juif [Abraham, par exemple ; pourtant en Russie Abram (version russe de ce prénom ; diminutif : Abracha) n’est pas un patriarche biblique mais un personnage comique (rimes ! Presque un vers), un héros (avec son épouse Sara) de grand nombre d’anecdotes très populaires, très risibles, parfois obscènes et presque toujours antisémites] ou peut-être français (Alexandre, par exemple, comme Dumas-père, mon écrivain le plus aimé de mon enfance romantique ; grâce aux trois mousquetaires j’ai commencé à m’intéresser à la France), mais non, un non (pour des noms français) catégorique et final : je ne veux pas m’approprier des prénoms étrangers pleins d’associations et d’allusions étranges (est-ce compréhensible ?) : ce serait presque une imposture [samozvanstvo russe est un mot beaucoup plus expressif (éloquent ? suggestif ?) et injurieux qu’une imposture française : samozvanstvo (ou samozvantchestvo) c’est un malheur authentique (mais pas exclusif) russe ; le plus fameux Imposteur dans l’histoire de Russie est le Tsar Dmitry Samozvanets (alias Lge(Faux)dmitry,  ?–1606), catholique et zapadnik (du mot zapad = l’occident, c’est à dire un amateur de la culture de l’Europe Occidentale) tué par ses boyards, brûlé et ses cendres ont été canonées (pas de canon catholique mais de canon militaire : encore un mot de mon français individuel) dans la direction des centres du catholicisme européens (Rome, Varsovie, et Paris de même) ; quel terrible, grandiose et édifiant destin !]mais je ne veux pas le faire [cette phrase est supermatriochka : pour la saisir totalement on a besoin de la relire (sinon on ne pourra pas comprendre la phrase suivante) quelque fois du premier mot jusqu’à ce dernier-ci (ou si : la note finale de la gamme musicale)]. Pas puisque moi j’ai peur d’être brûlé et canoné comme samozvanets bien que je sois zapadnik, je ne suis pas un Tsar russe [peut-être je suis le petit roi (Petit Prince ?) ou tsar (à minuscule) mais du royaume enchanté et carnavalesque de la linguistique libérée sans boyards, canons, missiles tactiques et stratégiques, mitraillettes Kalachnikov, tur’mas, prisons, tortures, peine de mort, droit pénal (ainsi que civil, privé et commercial), règles de grammaire, orthographe et ponctuation (c’est très important pour moi !), du tsarstva en partie poséidonique (de Poséidon), plongé dans le bouillon (soupe française, usurpée par les Russes) Expressif de ma langue sacrale où (en mon tsarstvo) je suis défendu par cette langue pas compréhensible pour presque tout le monde ; je crois que personne ne risknyot de faire irruption dans mon domaine où bouillonnent des sens sauvages, consonances cacophoniques et des mots affolés qui ne connaissent pas ni un droit civilisé ni règles syntaxiques ou paradigmatiques [en russe tur’ma on dirait que c’est le lieu de bespredel (excellent mot russe pas seulement d’argot des prisonniers, très-très poly- polysémique, éloquent et suggestif qui signifie quelque chose hors des limites quelconques) total], mais parce que je ne veux pas donner quelque prénom, ni russe, ni juif, ni français, ni grec, ni romain, ni biblique, ni alexandrin à ce JE qui est l’auteur de ce texte ci-là (la : la sixième, avant-dernière note de la gamme) : chaque prénom [et nom de famille encore mieux (ou pis ?)] limite (entrave ?) notre personnalité : on peut dire que nos noms (no-no on dit en Russie pour menacer quelqu’un) est la cellule ou le cabanon pour chacun de nous. (A la fin je suis arrivé à la fin de cette phrase à peu près bespredelle ! en compensation la phrase suivante sera courte :) Je suis si heureux que mon prénom s’est noyé dans le bouillon linguistique qu’à présent je ne veux même pas me souvenir comment s’appelait ce noyé : Aleksandr-Alexandre ou Ivan-Jean, Lev-Fedor ou Abraham-Abram, ou peut-être Faux-Dmitry (tous ces prénoms sont en partie faux) ?

Est-ce que j’ai répondu à la question : qui suis JE (MOI) ? [On peut me reprocher que je la pose pour la cinquième fois malgré ma promesse de ne la (ля-ля ?) poser plus. Pour la (ou déjà la note si ?) cinquième ? Est-ce vrai ? Il faut le compter précisément : auriculaire : au cinquième paragraphe ; annulaire : au sixième paragraphe ; majeur : au septième paragraphe ; index : au dixième paragraphe ; grand pouce : au ... (ce doigt seul reste pour le moment vertical : geste international signifiant que tout est bon ; un seul majeur vertical signifie l’autre chose) onziè... à l’instant je serrerais (quel vilain mot ! ou peut-on dire « je vais serrer » ?) mes doigts au (en ?) gros poing... mais non... non parce que les questions « qui suis-je (donc) ? » et « qui suis JE (MOI) ? » sont tout à fait différentes ainsi que ce « je » presque impersonnel et mon JE à MOI ; et encore en ce cas je ne questionne pas qui est un je de ce MOI mais : est-ce qu’on (qui ? peut-être un lecteur risqué) a compris ou non ma réponse (maintenant j’éprouve se noyer dans la Mer de la linguistique Noire)]. J’espère que non (quatrième non dans ce paragraphe et aucun oui). Le chimer russe-juif-francais alexandrin est-ce quelque chose (un être ?) réel ? Mais non, c’est une métaphore poétique, pas plus. C’est triste pour un ex-mouzhtchina de moyen âge (de sa vie) de peau et de sang (de-de-de, ô mon pauvre français !) ni laid, ni sot, ni faible, ni incapable, ni impuissant (et encore ni-ni : en Russie on dit comme ça pour prévenir un bébé du danger) de se métamorphoser en métaphore (tautologie !), n’est-ce pas ? On peut dire que cet ex-homme de moyen sans un nom et prénom est devenu lui-même quelque mot inventé métaphorique du texte macaronique. Quelle horreur ! Horreur ? Oui (premier oui dans ce texte), c’est l’horreur ! peut-être l’horreur-horreur ! mais pas l’horreur-horreur-horreur (l’opinion de la putain de l’anecdote russe un peu obscène sur un de ses clients). Est-ce que pas moi seul mais tout être humain (j’y parle de leur personnalité) n’est-il pas en quelque sens un plat de macaroni à parmesan des opinions (parfois putaines, si on peut dire comme ça), idées, notions, conceptions, convictions, intentions apprises en lisant des textes différents : blogues, graffitis, menus, instructions, statuts, rapports et délations, légendes (au sens propre et figuré), annonces, journaux et revues populaires, pulp fiction (le film médiocre de Tarantino) et même de tout l’alphabet littéraire français [A(pollinaire)..., B..., C.........., ...Z(ola)] ou russe de A[ksakov, par exemple : ce pas très grand écrivain est mieux connu comme le premier slavophile (amateur des slaves à la différence de samozvanets-zapadnik Dmitry)] jusqu’à la dernière lettre Я (ce n’est pas seulement une lettre, mais encore un mot : я russe = je ou moi français), c’est-à-dire : de l’A de l’Aksakov jusqu’à mon Я (JE à MOI) qui est l’auteur de ce texte en langue mythique.

On pourrait penser que j’y contredis moi-même : j’ai commencé par mon bonheur de nager dans l’Océan Primordial Expressif ou dans la Mer des sens noirs, consonances cacophoniques, rimes accidentelles et intentionnelles, mots affolés sacrés et fini par mon horreur d’être un être (tautologie encore !) fictif : pas de peau et de sang mais de la lexique francaise-russe, grammaire française russe, ma ponctuation individuelle et des lettres latines-cyrilliques : à partir de ma lettre préférée A(lexandre) jusqu’à ma lettre la plus aimée Я (JE-MOI). Non (négations régulières !), je vous (qui donc ?) assure qu’en ce cas-ci-là il n’y a aucune contradiction. Le nageur de l’okrochka ardente bien qu’il n’ait ni peur ni reproche (ryskovy moujik en russe) éprouve même une horreur kierkegaardienne (nous connaissons bien que c’est autre chose que la peur du poltron) de s’annuler (noyer après qu’il soit cuit ? plonger dans la nuit ?) totalement. Est-ce compréhensible ? Pas tout à fait ? Mais quant à moi j’ai annoncé orbi et urbi d’avance que mon chimer bilingue double-têté était en plus double-sensé (ambigu) et un peu ekhidny comme les chimères (gargouilles) de Notre-Dame.

Bon (ou mal), mettons que je n’aie pas pu répondre comme il faut à cette rokovoï question [je ne veux pas la répéter pour une sixième fois parce que mes doigts sont déjà serrés au (en ?) poing]. Est-il étonnant si cette question n’était pas repondable (reste sans réponse à toujours : bezotvetny en russe) pour moi-même dans ma langue maternelle ? (Cette dernière phrase est à mon français individuel). Passons donc à la deuxième question : à quoi bon... âge... je riknoul... langue maternelle... à la recherche du..., comme Proust... langue-okrochka... inventée... (in extenso : au quatrième paragraphe) ? Mais n’ayant répondu à la première question j’ai déjà presque répondu à la deuxième. Je crois que tout mouzhtchina (un man, der homme, a Mensch ) d’âge moyen voudrait de se débarrasser de sa vie journalière (de jour en jour), de sa famille aimée, ses maîtresses désirées, ses amis très chers, ses voisins complaisants, son travail adoré et encore si on peut de sa langue natale, bref de sa personnalité importune [de voir aux (ou à un seul au pis aller) miroir(s) quelque chose d’autre qu’une image rasante de mouzhtchinani-ni-ni-ni-ni-ni-ni-ni-ni (comme une menace) ou pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa (comme un clairon du Morse)] ; c’est-à-dire de quitter sa peau chagrine comme un serpent. Mouzhtchina de Moyen Age en pareilles occasions enfonçait un bassinet sur sa tête et sellait sa rossinante (à propos, dans toutes les traductions russes Rossinante de Don Quichotte est un mâle) pour aller exterminer des moulins à vent ou ses chimères dragoniques ; or certains hommes, men et Männer de l’époque préféraient s’en aller à l’Orient pour la Croisade [comme à notre époque quelque roguel (homme musulman) s’achemine dans le sens inverse pour son djihad]. En gros, de s’enfuir de la tur’ma de sa personnalité âgée. Et c’est heureux pour moi-même d’être le commandant de ma petite forteresse (pas de Moyen Age mais d’aujourd’hui, située sur l’île au milieu de l’Océan Primordial Noir) à garnison des mots et des sens sauvages dangereux par leur imprévisibilité où je peux me cacher (rentrer en soi-même ?) à chaque moment pour être défendu de ma réalité contemporaine politique, économique, familiale, maîtressiale, amicale, voisinelle et travailleuse (on peut dire comme ça en ma langue-maîtresse).

J’avoue que mon français mythique disposant d’une grande quantité de grammaire qui est presque bespredelny (multitude des règles dont je m’institue en personne) est beaucoup moins lexifié que mon russe. C’est dommage mais pas l’horreur-horreur-horreur comme dirait la prostituée anecdotique russe parce que ce manque est de grande partie pour le compte des mots malicieux, méchants, cruels et injurieux [sans les grossièretés russes (mat) les plus grosses du monde] puisque je n’ai pas lu en français ni les romans sadiques de Marquis, ni les histoires masochistes d’O. Conclusion, mon domaine babylonique, mon royaume linguistique, l’île à mon trésor au milieu d’Océan presque tout à fait Noir qui sépare la France et la Russie est un lieu un peu schizophrénique (ou peut-être paranoïde ou hystérique au moins), capricieux, volontaire, inconstant mais assez poli (élevé mieux que la réalité contemporaine des politiques agressives, économies dépressives et terrorismes ethniques).
Je vous (un lecteur riskovy) assure que je pourrais continuer ce bavardage français russe jusqu’à bespredelnost’ mais je me crois déjà répondu complètement à la deuxième question (à quoi bon... je... risknoul... à la recherche de... Proust... et okrochka... inventée... ?) qui est bien plus simple que ma rokovoï. On peut poser encore une question, la troisième : est-ce que ce lieu enchanté que je glorifiais sera désormais ma résidence permanente ou quelque chose comme datcha pour me reposer de mon travail journalier et des gens aimés ? Oh, je voudrais peut-être me fourrer dans ma forteresse, ma tour de Babel et d’ivoire (comme celle de Bouddha) pour toujours mais comment pourrais-je quitter ma réalité aimée, ma famille un peu terroristique, mes amis un peu dépressifs, ma personnalité un peu ethnique à jamais ? Non, non et encore une fois non et mille nons à la fois ! Ne rysknoul by pas ! Jamais de la vie ! Maintenant je vois que l’Océan burlesque (burlivy en russe : c’est-à-dire orageux) anachronique et achronique des mots et des sens se pacifie mais le nageur est déjà très fatigué et son miroir linguistique est devenu si trouble de sa respiration difficile qu’on ne peut presque pas y décerner une image quelconque. Est-ce qu’il y a quelque raison à continuer de nager dans l’eau trouble ? Je pense que c’est assez, mon expérience riskovanny (puisque je riskoval de perdre mon JE à MOI dans presque bespredelny multitude de mes fautes et lapsus) touche à la fin : il est temps de revenir dans (en ? à ?) ma chagrine peau quotidienne (ou la peau de ma chagrine quotidienneté ?), il est temps de quitter cet univers carnavalesque où je représente un bouffon. C’est triste bien sûr pour un ex-futur-mouzhtchina de moyen (âge) mais que faire si toutes mes aimées-adorées-desirées m’attendent avec passion et moi aussi je m’ennuie d’elles. A vrai dire non seulement d’elles, mais d’un univers stable, distinct et intelligible (où chaque mot a son sens permanent) qui n’est pas cette okrochka je confondais parfois des genres (masculin, féminin, littéraires), temps des verbes, leurs modes et modalités. Ma fête est finie et je vais revenir dans (en ?) mes jours ouvrables aimés-détestés.

Je sens que ma langue personnelle pâteuse mais bifurquée comme un dard commence déjà à tituber comme un poivrot. Notre Pouchkine affirmait qu’un vrai prophète devait changer (à l’aide d’un Séraphin qui lui avait d’abord arraché sa langue maternelle de sa bouche) une langue d’un homme en un « dard du sage serpent ». Quant à moi, bien que je puisse darder, je ne suis pas un prophète et je ne suis pas en rapport avec des Séraphins. Je pourrais bien sûr arracher ma bilangue par moi-même, mais je ne veux pas le faire. Peut-être est-elle aussi fatiguée que ce nageur libre qui était mon JE à MOI de souverain du tsarstva tout à fait petit. Il est temps de nous reposer nous deux. Adieu, un (très risqué : riskovy) visiteur mythique de mon île mythique bien fortifiée [si c’est un Français j’espère que ce soit intéressant pour cette personne (dernières consonances !) de se mirer dans le miroir déformant de ma langue hybride], ou peut-être, au revoir : je crois qu’un jour ma chimère se réveillera. Je te donne de cette matriochka-texte : il est connu de tous qu’une matriochka est le meilleur souvenir russe.


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