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Albert Camus, par Frédéric Le Dain

30 septembre 2009

par Frédéric Le Dain

Avatars de l’ « honnête homme » au XXème siècle, essai de relecture « pour aujourd’hui » des romans d’Albert Camus, L’Etranger, La Peste, La Chute.

Pour Anne Mounic, amicalement.

« C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté »
Albert Camus, La Peste (1947)
« Mais les camps d’esclaves sous la bannière de la liberté, les massacres justifiés par l’amour de l’homme ou le goût de la surhumanité, désemparent, en un sens, le jugement. »
Albert Camus, L’Homme révolté (1951)
« J’avais rêvé, cela était clair maintenant, d’être un homme complet, qui se serait fait respecter dans sa personne comme dans son métier. Moitié Cerdan, moitié de Gaulle, si vous voulez. »
Albert Camus, La Chute (1956)

Michel-Ange, chapelle Sixtine

Je la trouve émouvante et belle, cette figure de « l’honnête homme », figure héritée du dix-septième siècle, née de la plume de Nicolas Faret (1630) et qui fit souche et bourgeons. On précise aussitôt : « curieux de tout », un modèle de sociabilité et de civilité. Légère inflexion d’un adjectif qui s’est antéposé. « L’honnête homme », d’ailleurs associé à « l’honnête femme », ce sont au fond des figures héritées de la culture, développement du savoir, des sciences, des arts (voir pour ces deux figures associées Pierre Mesnard, « « Honnête homme » et « honnête femme » dans la culture du XVIIème siècle », dans La Culture du XVIIème siècle, enquête et synthèses, PUF, 1992, p.142-159 ; et aussi, Dictionnaire de littérature au XVIIème siècle, PUF, « Quadrige », 1994/2001, art. « Belles-Lettres »).
Figures rassurantes, qui nous donnent à penser qu’il a pu y avoir un état (édénique) de l’humanité où la seule curiosité de savoir, le désir de se cultiver pouvaient vous attirer, non pas méfiance ou suspicion, mais considération. Figures utopiques pour aujourd’hui ? Mme de La Fayette, avec La Princesse de Clèves, s’adressait sans doute à « l’honnête homme », et à « l’honnête femme », capables d’être sensibles, par exemple, à la scène du vol du portrait de la Princesse par Monsieur de Nemours amoureux, sous ses propres yeux à elle, complice malgré elle. Scène émouvante, pour moi, et qui dit entre autres la complexité de l’humain, et de l’amour, car le tableau devient miroir.
Cette figure générique de « l’honnête homme » est-elle, désormais, pour nous, obsolète ?

Il faudrait évidemment la situer dans une plus large perspective, entre ce que Claude Vigée appelle « l’homme Faustien » de la haute Renaissance et le « nihilisme moderne », que l’on n’assimilera d’ailleurs pas trop vite à la seule négation d’un Dieu (voir Claude Vigée, Révolte et louanges, éd. José Corti, 1962, p.101 et suiv.), mais ce ne sera pas ici directement le propos.
Je voudrais, dans cet essai, faire de cette figure culturelle une « clé de lecture », en quelque sorte, une hypothèse pour relire les trois romans d’Albert Camus : L’Etranger, La Peste, et La Chute. Et je voudrais donc « mettre à l’épreuve » l’honnête homme, à travers cette (re)lecture, en partant de cette idée : le XXème siècle, ses guerres, ses totalitarismes, ses génocides, la Shoah, dont nous sommes, que nous le voulions ou non, les héritiers, bref, ce que Camus nommait « terreur » n’ont-ils pas rendu définitivement « problématique » et hors de propos une telle figure ?

Meursault, un « honnête homme » au pays de l’Absurde ?


En 1942, Albert Camus publie L’étranger, un roman qui est d’emblée salué comme un roman important, et qui touche ses lecteurs. Max Jacob, de Saint-Benoît-sur-Loire, le recommande par exemple à l’un de ses correspondants, Marcel Béalu : « Si tu trouves un livre intitulé L’Etranger, par Albert Camus, lis ça. C’est le type même de l’homme inconscient comme nous sommes tous et que l’inconscience mène au crime. » (7 août 1942, Max Jacob, Lettres à Marcel Bealu, éd. Emmanuel Vitte, Lyon, 1959, p.278). Peut-être y perçoit-il quelque chose d’un reflet de l’époque kafkaïenne qu’il connaît, c’est le moins que l’on puisse dire, et qui va le broyer.
L’étranger inaugure, nous le savons, la première période de l’œuvre de Camus, celle qui pose la question de « l’absurde », qui trouve son écho dans Le Mythe de Sisyphe, publié quelques semaines plus tard. En dépit du succès et d’une lecture ininterrompue (Camus sait susciter la fidélité de ses lecteurs) depuis la parution du roman, à tel point que le livre fait figure de « classique », la critique concernant une œuvre littéraire est parfois la somme des malentendus qu’elle engendre, au moins de façon latérale, et c’est peut-être particulièrement vrai de ce court roman que tout, au premier abord, semble pourtant désigner comme « facile » : le personnage, l’histoire, le style, et à tel point que tout y est vite déclaré, d’ailleurs, « absurde » : le personnage, son histoire… et son style, moyen puissant, pourtant, de poser de belles questions au lecteur. Un exemple ? « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » (« folio », p.9), célèbre incipit : le passage d’une phrase à une autre, d’un adverbe à l’autre, dans cet incipit, ne désignent-ils pas le trou d’un « choc », que l’on impute pourtant d’emblée à l’ « étrangeté » d’un personnage s’installant dans le flou, comme s’il allait de soi que nous devions le condamner…
Comme dans les autres romans de Camus, la parole est ici donnée au personnage central., Meursault, condamné à mort pour le meurtre d’un « Arabe » (on désigne ainsi, à l’époque, un autochtone, sans que ce terme ait une connotation raciste), et qui fait le récit de sa vie avant et après ce meurtre – meurtre dont le récit est fait à la toute fin de la première partie, en une scène à la précision hallucinante de roman policier, au cours de laquelle le visage de l’autre est effacé, donnant exemplairement raison aux analyses d’Emmanuel Lévinas, et illustrant le propos du Mythe de Sisyphe  : « Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. » (« folio essais », Gallimard, 1942, p.20) Etranger « jeté là « comme un être de chute ? « (…) dans un monde soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. » (Le Mythe de Sisyphe, op. cit., p.20). Un étranger…
La vie de Meursault bascule donc autour de ce qui lui apparaît comme « absurde », cette scène sophocléenne cruelle qui va avoir raison de sa vie, irruption, donc, de « l’étranger » – car rien ne dit qu’il faille nécessairement désigner Meursault comme tel…

Meursault est ce que l’on pourrait appeler un « homme ordinaire », un homme sans qualités et, sans que l’on nous précise exactement les coordonnées exactes de sa situation sociale, et pas même son prénom, il nous suffit de savoir qu’il est capable d’avoir écrit le récit que nous lisons, Camus donnant remarquablement voix à ce personnage. Voix blanche ?


Cet homme ordinaire peut-il, alors, être un « honnête homme » ? Car il commet un meurtre… Il le sera paradoxalement à la suite de ce meurtre qu’il a commis. A aucun moment, le personnage ne va en effet nier sa part de responsabilité dans le geste qu’il a commis (même si le récit qu’il en fait place au centre l’absurde presque mythologique d’un aveuglant « destin », entre Œdipe et Sisyphe), et il va assumer la peine qui lui est infligée, même si « la Justice » qui le condamne donne aux yeux du lecteur des signes inquiétants de cécité – confondant jugement de l’homme et jugement de l’acte commis, comme si la gravité de l’acte ne suffisait pas, comme si la justice avait aussi une vengeance à assouvir, au passage.

Cette responsabilité assumée de Meursault va se déplacer de la culpabilité vers l’éloge de la vie, soudain découverte, éloge discret qui n’est pas simple péroraison ou pirouette rhétorique, mais conclusion d’un parcours qui renvoie implicitement au début et rachète – « (…) le seul christ que nous méritions », dit Camus (Œuvres complètes, sous la dir. de Jacqueline Lévi-Valensi, La Pléiade, Gallimard, 2006, p.216) – l’indifférence initiale envers sa mère : « Personne, personne n’avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. » (« folio », Gallimard, 1942, p.185-186) Tous les mots comptent, évidemment, ici.

La sensation du vivant revenue, la beauté de l’acte d’exister reconnue comme suprême valeur, dans un geste nietzschéen, une « mort heureuse », voilà qui peut justifier quelque chose de la vie de cet homme. L’acte commis n’est pas effacé, il va payer lourdement, de sa vie. Mais est-il devenu « honnête homme » ?

Ne peut-on dire que tout fait de ce personnage, que Camus construit suivant un schéma paradoxalement ascendant, un « honnête homme » de l’ère moderne, des sociétés bureaucratisées, de l’homme d’après Le Procès, de l’homme en procès ? Aucun faux-fuyant, une transparence presque exemplaire, apparemment sans faille (sauf le père, absent, dont nous ne saurons rien), sa « confession » ne nous cache rien, sa mort que l’on imagine sous l’échafaud, violente, est comme une garantie de cette existence retrouvée. Une certaine authenticité, cher payée. Cette « traversée existentielle » est bien dans l’esprit de Camus, qui déclare d’ailleurs dans sa dernière interview (1959, il y a cinquante ans) : « Si les prémisses de l’existentialisme se trouvent, comme je le crois, chez Pascal, Nietzsche et Kierkegaard ou Chestov, alors je suis d’accord avec elles » (Œuvres complètes, sous la dir.de Raymonde Gay-Crosier, La Pléiade, éd. Gallimard, 2008, p.663) C’est dire au moins en compagnie de qui nous devons situer notre « honnête homme » Meursault...

Du négatif de l’in-communicable initial (auquel l’homme moderne, à la manière des héros de Beckett, est sensible) à son dépassement final dans cet « acte de communication » que peut constituer, au moins naïvement, l’acte « d’écrire sa vie », avec en point de mire le « bonheur final », entre la vie et la mort, Meursault n’est plus, à la fin du roman, « l’étranger » que l’on voudrait nous imposer, il a mis à distance « l’étranger », si nous sommes tentés de l’identifier comme tel. Cette étrangeté n’est-elle pas devenue singularité ?

Alors, l’honnête homme moderne, homme « du général », ou du singulier ? Homme de la « conversation », ou homme de l’écriture (mais Meursault n’écrit-il pas « comme on parle ») ?

Ainsi, nous pouvons au moins dire que L’Etranger nous propose, à travers le personnage de Meursault, une figure allégorique de l’homme moderne, émergeant, selon la formule de Claude Vigée, d’un « Non total » (Révoltes et louanges, op. cit., p.103), et allant vers un « Oui à la vie », bien paradoxal, certes, étant donné qu’il va mourir. Mais n’est-ce pas notre condition même ?


Rieux ou « l’honnête homme » par temps de peste…

Cette condition de l’homme moderne, entre Faust et néantisation, Camus ne va cesser de la penser, situant peut-être ainsi cette figure de « l’honnête homme ». Dans cette recherche, Camus, qui avait peut-être un certain goût pour le classicisme, comme le montre l’écriture de L’Etranger, dans une Introduction aux « Maximes et anecdotes », de Chamfort, s’en prend pourtant aux Maximes de La Rochefoucauld, pour leur préférer « les romanciers », véritables moralistes :

« Nos plus grands moralistes ne sont pas des faiseurs de maximes, ce sont des romanciers. Qu’est-ce qu’un moraliste en effet ? Disons seulement que c’est un homme qui a la passion du cœur humain. Mais qu’est-ce que le cœur humain ? Cela est bien difficile à savoir, on peut seulement imaginer que c’est ce qu’il y a de moins général au monde. C’est pourquoi, et malgré les apparences, il est bien difficile d’apprendre quelque chose sur la conduite des hommes en lisant les maximes de La Rochefoucauld. Ce bel équilibre dans la phrase, ces antithèses calculées, cet amour-propre érigé en raison universelle, cela est bien loin des replis et des caprices qui font l’expérience d’un homme. Je donnerais volontiers tout le livre des Maximes pour une phrase heureuse de La Princesse de Clèves et pour deux ou trois petits faits vrais comme savait les collectionner Stendhal. » (Œuvres complètes, T.1, Gallimard, coll. La Pléiade, p.924)


Nous sommes en 1944, et Camus est en train de travailler sur La Peste, qui paraîtra en 1947 -la même année que Si c’est un homme, de Primo Levi- roman qu’il avait déjà en tête lorsque paraissait L’Etranger, au milieu de la tourmente. Dans La Peste la réflexion sur « le cœur humain », précisément, n’est pas absente. Cette réflexion, réflexion morale, est présente quasiment à toutes les pages, puisque les personnages sont autant de « symboles », de facettes de ce cœur humain : Rieux et la vigilance inquiète, Rambert et la question du bonheur, Tarrou et la révolte contre l’injustice, Cottard et la trahison, Grand et la petitesse immense du quotidien vécu dans la fidélité à soi (le seul héros du livre), Paneloux et la question du mal, du malheur et du péché…

Chaque personnage semble donc thématiser discrètement une dimension de la morale (entendue comme art de vivre) mise à l’épreuve face à « la peste », mal complexe dont le roman essaie de cerner les contours, et dont Camus donne lui-même une clé : le nazisme, dont il a vu les effets dans Paris occupé et dont il comprend peu à peu les dégâts monstrueux, irréparables, peste moderne, avec ses camps d’extermination et ses usines de mort. Dans une lettre à Roland Barthes, il écrit : « La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. » (L’article de Barthes est dans ses Œuvres complètes, T.I, éd. du Seuil sous la direction d’Eric Marty, p.540-545 ; et la lettre de Camus, voir Œuvres complètes t.II, sous la dir. de J. Levi-Valensi, « La Pléiade », Gallimard, 2006, p.285-286).

Allégorie à plusieurs faces, mais qui désigne sa cible, l’ombre de la peste, mortelle et omniprésente, insaisissable et meurtrière, idéologiquement repérable ; et la lumière tamisée des dialogues et des délibérations, qui élaborent page après page une « pensée par temps de peste ». Dans l’ombre de la peste, et causés par elle, nous le savons, des gouffres immenses, avec notamment la Shoah ; et Auschwitz, qui en est le symbole, mais pas le seul lieu.

L’émergence, assez récente par rapport au roman de Camus, et nécessaire, d’un devoir de mémoire, qui n’est pas qu’un exercice de piété, mais une façon de tenir compte du fait que nous sommes héritiers ; une question faite à chacun, une injonction, dans son intime conscience ; un « souviens-toi » qui est un « plus jamais ça », nous permet de relire La Peste dans cette perspective, et de donner ainsi toute sa force à cette « réflexion morale » qui est au cœur du roman, se poursuivant au-delà, avec Les Justes (1950), L’Homme révolté (1951), puis La Chute (1956), notamment, et amorcée par L’étranger (1942), si connu et pourtant bien déformé, nous venons de le souligner – Meursault, « l’honnête homme » relu à la lumière de Kafka… l’honnête homme d’après Kafka ?

Ainsi peut-on, me semble-t-il, penser avec La Peste quelque chose de notre histoire européenne, quelque chose que nous ne pouvons oublier dans la « juste mémoire » qu’évoquait Paul Ricœur. Non des faits, que les historiens nous font connaître avec précision, mais que l’on peut mettre à distance dans une chronologie, ou dont on peut simplement se faire le comptable ou l’expert, à la manière d’un scientifique. Un événement plus profond encore. Indicible ? On peut parfois le penser, à visiter les lieux de mémoire que sont aujourd’hui les camps d’extermination du régime nazi.

Ainsi nous pouvons peut-être penser, avec Camus, même de façon indirecte, le face-à-face de « l’honnête homme » et de la Shoah, et, au-delà peut-être, de l’honnête homme et de la barbarie. Car, pour moi, disons-le ici, tout homme est mort à Auschwitz, s’il est vrai en effet que l’extermination massive d’êtres humains, dont six millions de juifs, sonne symboliquement le glas de l’humanité elle-même – et tous les discours qui, d’une façon ou d’une autre, tendent à minimiser cet événement-là n’y changeront rien : oui, « l’honnête homme » est en défaut, à Belzec comme à Auschwitz, à Treblinka comme à Mauthausen…ou à Varsovie.

Pourtant, « l’honnête homme », comme remis de sa « crise absurde », fait face aux « baraques noires » et aux fours crématoires des camps de la peste. Rieux, le Docteur Rieux (comme dans L’Etranger, Rieux, le narrateur-personnage, est « sans prénom »), figure de l’Humanisme, médecin et surtout confident, écrivain de surcroît (par nécessité, celle de témoigner), car c’est bien lui qui, non content d’être au centre du roman, est chargé de rédiger la « chronique » que nous lisons, et il fait donc le récit de ce « face à face » avec « la peste », si utile pour nous.

Comme dans L’Etranger, le récit vient donner à son narrateur, devenu écrivain, une « identité narrative » (Ricœur) supplémentaire, qui n’est en rien une nécessité, d’autant plus que le roman compte au moins quatre écrivains (Tarrou et ses carnets, Grand et ses incipits, Rambert le journaliste, et l’ombre du narrateur, Rieux, donc). De ce point de vue, et à peine voilée, c’est bien aussi la question de l’écriture « par temps de peste » qui est posée… Comment, plume en main – cette plume héritée de « l’honnête homme », en somme – est-il donc possible de résister ? Je pense, bien sûr, à Benjamin Fondane, écrivant Baudelaire et l’expérience du gouffre dans Paris occupé.

Dans la première partie du roman, alors que « la peste » n’est pas officiellement déclarée, bien que tout laisse à penser que ce soit elle, le Docteur Rieux est attentif à un « honnête homme », Joseph Grand, homme ordinaire qui n’est pas sans rappeler Meursault, dont il est pourtant l’antithèse (moralement) : « Le docteur, ce soir-là, regardant partir l’employé, comprenait tout à coup ce que Grand avait voulu dire : il écrivait sans doute un livre ou quelque chose d’approchant. Jusque dans le laboratoire où il se rendit enfin, cela rassurait Rieux. Il savait que cette impression était stupide, mais il n’arrivait pas à croire que la peste pût s’installer vraiment dans une ville où l’on pouvait trouver des fonctionnaires modestes qui cultivaient d’honorables manies. Exactement, il n’imaginait pas la place de ces manies au milieu de la peste et il jugeait donc que, pratiquement, la peste était sans avenir parmi nos concitoyens. » (La Peste, op. cit., p.49)

L’honnête homme et sa culture peuvent-ils empêcher « la peste » ? Ou, si l’on veut, dit à la manière de Georges Steiner : « L’art, les préoccupations intellectuelles, les sciences de la nature, de nombreuses formes d’érudition florissaient très près, dans le temps et dans l’espace, des lieux de massacre et des camps de la mort. » (Dans le château de Barbe-bleue, « Notes pour une redéfinition de la culture », (1971, « folio », essais, 1986, p.40), et pourtant ne les empêchent pas… Un thème qui hante également L’Ecriture ou la Vie (Gallimard, 1994), de Jorge Semprun : la proximité de la barbarie nazie et de Weimar, patrie de Goethe… Faust ayant raison de son auteur, en quelque sorte… Le texte de Camus est, à ce stade, nuancé et rassurant : « (…) la peste était sans avenir parmi nos concitoyens. » Mais elle parvient tout de même à semer sa « terreur »…

Dans la deuxième partie du roman, dans la neuvième séquence, un dialogue s’engage entre Rambert, le journaliste « prisonnier de la peste », et Rieux. Rambert, au nom de l’amour et du bonheur, veut fuir Oran pour regagner Paris (et Camus connaissait bien ce trajet) :

« Rieux se leva, avec un air de soudaine lassitude.
- Vous avez raison, Rambert, tout à fait raison, et pour rien au monde je ne voudrais me détourner de ce que vous allez faire, qui me paraît juste et bon. Mais il faut cependant que je vous le dise : il ne s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.
- Qu’est-ce que l’honnêteté ? dit Rambert, d’un air soudain sérieux.
- Je ne sais pas ce qu’elle est en général. Mais dans mon cas, je sais qu’elle consiste à faire mon métier. »
(La Peste, éd. « folio », Gallimard, p.151)

Plusieurs choses nous arrêtent ici. D’une part, il est bien question de définir des positions éthiques, d’un côté comme de l’autre. D’autre part, il s’agit de réfléchir et de donner à penser. On peut se douter que Camus, témoin de la propagande de Vichy, ne fait en rien une apologie du « travail, famille, patrie » serinée ici et là par l’Etat pétainiste, ce qui ne veut nullement dire qu’il nie toute valeur… « dans mon cas » : Rieux est médecin, et lutter contre « la peste » avec les moyens de la médecine, quand on est médecin, c’est « l’honnêteté » première qui s’impose au personnage, serment d’Hippocrate oblige.

On peut donc penser que chacun avec ses propres moyens peut lutter contre la peste… Tarrou avec ses « carnets », qui permettent ces « petits faits vrais » que note Rieux ; (voir « folio » Gallimard p.108-109, le « petit vieux » et les chats) ; Grand avec son culte du « beau style », même stérile (« folio », Gallimard, 1947, p.99-100), luttent à leur façon contre la peste, ainsi que dans leur engagement « dans l’action » : L’honnêteté, c’est donc ici une vertu qui engage à rester au plus près de soi pour essayer de voir ce qu’il est possible de faire : ne pas céder face au mal qui se déclare « une question d’honnêteté », ici. Il n’est pas possible de tricher quand le mal qui vous défie est si évident, si énorme. L’honnêteté, pour Rieux, c’est bien de ne pas dissimuler le mal, de ne pas faire « comme si « il n’existait pas, en obéissant seulement à une société aveuglée. L’honnêteté, ce n’est pas seulement une vertu pratique, comptable, c’est de regarder le Minotaure surgit du Labyrinthe…

Mais on peut aller plus loin encore. La fin du roman de Camus se propose en effet de nous faire apercevoir une autre exigence de « l’honnête homme » du XXème siècle, héritier de la barbarie nazie, des totalitarismes et des génocides : la vigilance. La vigilance critique. A l’écart de la fête qui bat son plein, légitime réjouissance, Rieux médite en effet, délibère sur cette capacité qu’a la peste de faire retour. « L’Histoire est la succession des synonymes d’un même vocable », avertira le grand ami de Camus, René Char, selon une maxime désormais connue…

Mais, si « la peste » peut faire retour, la culture aussi « fait retour », comme moyen de lutter : « Ecoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et que l’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge (…) »
Je souligne… et la mise en abyme, si fréquente chez Camus, nous conduit à son roman…

Soixante deux ans en effet après l’écriture de ce roman de Camus, nos sociétés bourgeoises avancées peuvent-elles prétendre, au nom de l’efficacité, se passer de tels « honnêtes hommes » et « honnêtes femmes » ? Doit-on aussi prononcer leur retraite, car leurs livres ne seraient pas efficaces ? Il n’est pas sûr, pourtant, que l’actualité donne tort à de tels hommes et à de telles femmes…. Même si les cas de peste sont circonscrits.

Camus, lucide, l’écrivait dans un de ses Carnets : « La Peste est un pamphlet ». Et donc pas seulement « un classique ». Dont acte.

Clamence, malaise et misère d’un « honnête homme » paradoxal.

Peut-être Camus a-t-il écrit deux fois L’Etranger. Car l’expérience de ce « juge-pénitent », Jean-Baptiste Clamence, dans La Chute (1956) ressemble en effet à celle de Meursault. Mais la réflexion sur le nihilisme s’est déplacée, s’est approfondie, s’est affinée… L’Homme révolté est passé par là. Nous ne sommes plus, avec La Chute dans une prison, avec Meursault, comme dans L’Etranger, ou dans Oran prisonnière de la peste, avec Rieux, mais nous sommes pourtant enfermés dans le lieu clos d’un bar d’Amsterdam, Mexico-City, où l’on reçoit « des marins de toutes nationalités » (La Chute, « folioplus », Gallimard, 1956, 1997, pour l’édition citée, p.8), qui est aussi le « dernier cercle » de Dante (op. cit. p.16, Dante revient à la page 72)), et valant peut-être métonymiquement pour un « lieu totalitaire », même si Clamence sort de ce lieu pour aller visiter « un enfer mou » (op. cit. p. 63), « le plus beau des paysages négatifs » (op. cit. p.63), à l’île de Marken (op. cit. p.63 et suiv.)

Nous voici donc « à l’étranger » (puisque Clamence, français, s’adresse à un « cher compatriote », op. cit., p.39) et d’emblée avertis : « Quand on a beaucoup médité sur l’homme, par métier ou par vocation, il arrive que l’on éprouve de la nostalgie pour les primates. Ils n’ont pas, eux, d’arrière-pensées. » (op. cit., p.8) Une sorte de Rieux désenchanté se trouve donc dans ce bar perdu (comme Rieux, il emploie d’ailleurs l’expression « nos concitoyens », op. cit. p.10 ou p.46).

Michel-Ange, chapelle Sixtine Nous sommes ainsi introduits dans l’étrange face à face de Clamence, « juge-pénitent » (op. cit., p.11) et du patron du bar, « estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement »(op. cit. p.7), d’où l’allusion aux « primates ». Et les romans de Camus ont toujours quelque chose d’une « explication » du personnage avec une réalité : Meursault s’explique avec l’Absurde, Rieux avec la Peste, et Clamence avec d’Etranges spectres : « (…) les lecteurs de journaux et les fornicateurs (qui) (…) viennent de tous les coins de l’Europe (…) » (op.cit., p.16). Avec « l’Honnête Homme » ? « Hypocrite lecteur… »

Précisons. Clamence, Jean-Baptiste Clamence, est lui-même une sorte d’ « honnête homme », un « honnête partenaire » (op. cit. p.44), un « Français cartésien » (op. cit., p.68) aux goûts classiques, qui regrette par exemple la disparition d’une toile (supposons hollandaise) au-dessus du bar, et qui déclare « Quand je vivais en France, je ne pouvais rencontrer un homme d’esprit sans qu’aussitôt j’en fisse ma société. Ah ! je vois que vous bronchez sur cet imparfait du subjonctif. J’avoue ma faiblesse pour ce mode, et pour le beau langage, en général. » (op. cit., p.9). Plus loin, il sera question également de cette « sociabilité heureuse », de l’honnête homme (op. cit., p.28). Il sera aussi question d’un tableau que cet « honnête homme » a volé, Les Juges intègres, de Van Eyck.

Mais cet honnête homme déclassé fait preuve d’un pessimisme radical , décapant : « Je rêve parfois de ce que diront de nous les historiens futurs. Une phrase leur suffira pour l’homme moderne : il forniquait et lisait des journaux. » (op. cit., p.10), avec tout de même d’autres précisons, sur les Hollandais, « beaucoup moins modernes », mais tout aussi semblables, qui révèlent, en miroir, d’autres activités étranges… la « liquidation » en famille : « N’avez-vous pas remarqué que notre société s’est organisée pour ce genre de liquidation ? » (p.10) et « l’organisation », qui consiste à produire des vies bien propres, dans un souci de « conformisme » qui rappelle nos sociétés avancées… « Ce n’est pas leur organisation qu’il faut dire. Elle est la nôtre, après tout : c’est à qui nettoiera l’autre. » (op. cit., p.11)

A vrai dire, si La Peste est un pamphlet, La Chute en est la suite… avec cette dimension oratoire que Camus a consciemment voulue : « J’y ai utilisé une technique de théâtre (le monologue dramatique et le dialogue implicite) pour décrire un comédien tragique. » (Œuvre complète, dir. R. Gay-Crosier, La Pléiade, 2008, p.663) Ce « comédien tragique » (La Chute, op. cit., p.43) nous rappelle au passage quelques vérités concernant « l’honnête homme », car c’est, au fond, un grand moraliste : « J’ai connu un cœur pur qui refusait la méfiance. Il était pacifiste, libertaire, il aimait d’un seul amour l’humanité entière et les bêtes. Une âme d’élite, oui, cela est sûr. Eh bien, pendant les dernières guerres de religion, en Europe, il s’était retiré à la campagne. Il avait écrit sur le seuil de sa maison : « D’où que vous veniez, entrez et soyez les bienvenus. » Qui, selon vous, répondit à cette belle invitation ? Des miliciens, qui entrèrent comme chez eux et l’étripèrent. » (La Chute, op. cit., p.14). Un moraliste ? « Toujours est-il qu’après de longues études sur moi-même, j’ai mis au jour la duplicité profonde de la créature. » (op.cit, p.73)

Dans sa quête de la vérité sur l’humain, plus équivoque encore, une allusion à « l’honnête homme » aux « mains sales » : « D’ailleurs, je suis appelé en consultation par l’ours brun que vous voyez là-bas. Un honnête homme, à coup sûr, que la police brime vilainement, et par pure perversité. Vous estimez qu’il a une tête de tueur ? Soyez sûr que c’est la tête de l’emploi. » (op. cit., p37). Quelques pages plus loin, une autre anecdote a, de ce point de vue, valeur d’apologue : celle de l’altercation avec le motocycliste (op. cit. , p. 46-49), qui se retourne contre « l’honnête homme » Clamence, courtois, poli… et insulté. Une civilité mise à mal par la brutalité de l’existence ? « J’avais rêvé, cela était clair maintenant, d’être un homme complet qui se serait fait respecter dans sa personne comme dans son métier. Moitié Cerdan, moitié De Gaulle, si vous voulez. » (op. cit., p.49) Et un peu Don Juan, aussi… (op. cit. p.84 et suiv. : « Je me suis réfugié seulement auprès des femmes. » et le récit de la « débauche ») un Don Juan hanté par Kierkegaard.
En tout cas, la réflexion amorcée avec La Peste se poursuit, et l’anecdote, à peine voilée, s’inscrit bien dans la réflexion sur le face à face de l’homme, de « l’honnête homme » et de « la terreur » (L’Homme révolté)

L’honnête homme, ce n’est donc pas seulement la « belle âme », vigilante et critique, mais aussi et d’abord celui qui connaît le fond des passions humaines, « la misère ». Rieux en évoquait déjà la nécessité, en des accents très pascaliens, ou à la façon de Bernanos : « Paneloux est un homme d’études. Il n’a pas vu assez mourir et c’est pourquoi il parle au nom d’une vérité. Mais le moindre prêtre de campagne qui administre ses paroissiens et qui a entendu la respiration d’un mourant pense comme moi. Il soignerait la misère avant de vouloir en démontrer l’excellence. » (La Peste, « folio », Gallimard, 1947, p.119 ; voir aussi p.121)

C’est bien cela qui constitue le fond de la réflexion de « l’honnête homme » Clamence : il a, lui, spécialiste des « nobles causes » (op. cit. p.19), l’homme des « sermons » et des « prédications décisives » (op. cit., p.25), rencontré sa propre misère, et il va en faire « la confession ». Juge de son métier, il fait penser, en réalité, au père de Tarrou, dans La Peste (« folio », Gallimard, p.222 et suiv.), qui est, pour Tarrou lui-même, un porteur de peste qui s’ignore… « Les juges punissaient, les accusés expiaient et moi, libre de tout devoir, soustrait au jugement comme à la sanction, je régnais, librement, dans une lumière édénique. » (La Chute, op.cit., p.27) Bref, « Je ne m’ennuyais pas, puisque je régnais » (op.cit., p.36). Mais sa propre injustice le condamne, puisqu’il est en défaut, sur le Pont-des-Arts, laissant une jeune femme se jeter dans la Seine. « Quelques mots suffiront pour retracer ma découverte essentielle. » (op. cit., p.60) celle de sa propre lâcheté (op. cit., p.61) qui le condamne à se propres yeux… L’honnête homme est « nu » : « Pour que la statue soit nue, les beaux discours doivent s’envoler. » (op. cit., p.60)

Dès lors, peut-être, le malaise culmine… « Je perds le fil de mes discours » (op. cit., p. 64), mais, surtout, le moment est venu de constater que la civilité est atteinte : « Les hommes ne sont convaincus de vos raisons, de votre sincérité, et la gravité de vos peines, que par votre mort (…) Pour cesser d’être douteux, il faut cesser d’être, tout bellement. » (op. cit., p.65) Une civilité qui s’est définitivement retournée : « L’univers entier se mit alors à rire autour de moi. » (op. cit., p.70).


Ce malaise qui s’installe, il est possible de l’appeler, dans la veine de la philosophie nietzschéenne, « confusion des valeurs », qui affecte désormais explicitement « l’honnête homme » : « Mais je me mis soudain à conseiller l’amalgame comme méthode de défense. Non pas, disais-je, cet amalgame perfectionné par les inquisitions modernes qui jugent en même temps un voleur et un honnête homme pour accabler le second des crimes du premier. Il s’agissait au contraire de défendre le voleur en faisant valoir les crimes de l’honnête homme, l’avocat en l’occurrence. » (pp.80-81)

C’est bien ici de l’honnête homme qu’il est explicitement question. Et ce « juge–pénitent », qui n’est en rien un « modèle de vertu », comme sa longue confession le prouve, énonce tout de même un principe paradoxal qui le définit lui-même : « Plus je m’accuse et plus j’ai le droit de vous juger. » (op. cit., p.118). Pas plus que Meursault, Clamence n’est en situation d’être un « modèle ». Comme lui, il estimera finalement que, coupable potentiel, il pourrait avoir le sort de son prédécesseur : décapitation et sentiment que « tout est consommé » (la fin de La Chute faisant écho à la fin de L’Etranger…). Pourtant, il est, lui aussi, dans cette confession impudique, « passionnante » (p.122) au sens propre du terme, un « honnête homme » moderne… « Le réquisitoire est achevé. Mais, du même coup, le portrait que je tends à mes contemporains devient un miroir. » (op. cit., p.117) Et un miroir qui reflète « l’humanité entière » (p.117). Portrait inquiétant, certes, portrait d’une « chute », mais à partir duquel il est peut-être possible de se relever.

Que penser, alors, de ces « honnêtes hommes », si nous admettons que, à leur façon, Meursault, Rieux et Clamence représentent une façon de « dire l’honnête homme » au XXème siècle, de tracer « ses aventures » ? Le moins que l’on puisse dire est que Camus ne les ménage pas…ne les épargne pas. Ils sont soumis à rude épreuve. Certes, ils cultivent une langue soignée et précise (Rieux), explorée dans ses possibilités (Meursault) voire un « beau langage » (Clamence). Ils acceptent de s’expliquer en jouant, plus ou moins, le jeu de la « conversation » (comment dire que Meursault « ne communique pas », alors qu’il écrit, enfermé, seul dans sa prison ?), d’une façon ou d’une autre. Souvent différée, c’est vrai.

Mais, en même temps, ils témoignent du fait que « l’honnête homme » ne peut pas se prévaloir d’une « belle âme » qui le distinguerait du commun des mortels. Dans le meilleur des cas, il est dans la position du « veilleur », conscient que le pire, s’il n’est jamais sûr, peut frapper de sa terreur une « cité heureuse ». Dans le pire des cas, il peut au moins constater les ravages produits sur la civilité (et les termes « concitoyens » et « cité » sont essentiels pour Rieux…), sans éluder les questions posées par le mal : absurdité, nihilisme, mort…


Dirons-nous que « l’honnête homme » a perdu son idéal ? Le Dix-huitième siècle, déjà, en pointait les insuffisances… Peut-être a-t-il la ressource, face aux ravages de la pulsion de mort à l’œuvre dans la culture, de maintenir en lui une révolte qui ne soit pas négation… « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. », écrit Camus dans L’Homme révolté (1951). Fureur… et Mystère, pour reprendre ici le propos de René Char, qui glisse malicieusement dans les Feuillets d’Hypnos, édités par Albert Camus, au terme d’un récit : « L’ennemi nous l’évitâmes de justesse. L’aurore nous surprit plus tôt que lui. » (Fureur et Mystère, Poésie/Gallimard, 1967, p.97) Chacun des personnages de Camus n’est-il pas en chemin pour réapprendre à dire « oui à la vie », c’est-à-dire, au fond, se laisser surprendre par l’aurore ?


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